LIV. VII
les individus presentent des différences très considérables dues au climat, au tempérament ou aux habitudes ; les habitans des pays marécageux, par exemple, ne sont pas capables de soutenir pendant long-temps des travaux agricoles un peu pénibles et sont bien inférieurs en force à ceux des pays secs et découverts où aux habitans vigoureux des montagnes. Dans quelques districts de l'Angleterre les laboureurs, selon SiNcLaïR, habituent, par indolence, les chevaux à aller d'un pas si lent
w’ils ne parcourent pas 3,000 mèt. à l'heure
ans les sols légers, tandis qu’ils devraient tracer dans le même espace de tempsun sillon de plus de4,500 mèt. de développement. La nourriture influe aussi beaucoup sur la force et l’énergie des travailleurs; pluselle est abondante etanimalisée, plus en général ils sont capables d'efforts musculaires soutenus, et plus elle est chétive et réduite aux substances végétales, plus l’énergie des hommes diminue et s'éteint.
La difficulté de se procurer de bons serviteurs engage souvent un agriculteur à les aller chercher au loin ou à les faire venir des pays où ils se distinguent par leur fidélité où leur activité, ou par des connaissances pratiques. C’est une méthode qui a parfois réussi, mais qui aussi n’a pas toujours eu les avantages qu’on s’en promettait. Dans les pays où l’agriculture prospère il n’y a généralement que les hommes les moins habiles et quelquefois les moins honnêtes qui consentent à émigrer. Ceux qu’on parvient à déterminer à se déplacer ainsi, tout intelligens qu’on les suppose, transportés ainsi au sein d’une population de mœurs différentes, et appelés à exécuter des travaux nouveaux pour eux ou à se livrer à des pratiques qu’ils ignorent, perdent une partie de leurs avantages; quelquefois d’ailleurs, on n’obtient leurs services qu'au moyen d’un salaire élevé et fort supérieur au prix du travail dans le pays, et nous croyons qu'il sera toujours prudent de réflé= chir avec maturité avant de se déterminer à peupler un domaine d’agens appelés d’un canton ou d’un pays lointain.
Une autre méthode Gr paraît avoir donné presque constamment de bons résultats, c’est de faire choix de jeunes gens intelligens, et dans l’âge où l’on est encore exempt de préjugés et de dispositions vicieuses, appartenant à des familles honnêtes et laborieuses, et de les dresser suivant les besoins de l’établissement en leur faisant contracter de bonne heure des habitudes de travail, d’ordre et d'économie.
| Dans la Flandre on n’agit pas autrement, sui-
vant M. Arceroecx. Là, les fermiers ont des serviteurs à demeure qui sont tous les fils non mariés de la classe des petits exploitans. Ces jeunes gens remplis de zèle et d'activité n'ont d'autre espoir que de faire quelques économies, de trouver un jour une petite ferme, de
se marier et de devenir indépendans. C’est là
tout le stimulant de cette population chez qui l'amour du travail semble être inné et que ne peuvent rebuter ni les fatigues ni les pri-
| vations.
Mais, pour retirer de cette méthode les avantages qu’elle peut procurer, il faut être soimême un agriculteur expérimenté et capable
de former les autres à la pratique de l'art. il
amap. 2°.
faut s’'armer de persévérance et se résoudre à quelques sacrifices dont on ne peut attendre la récompense qu'après plusieurs années. Un entrepreneur ignorant ou négligent ne formera jamais des serviteurs habiles, mais en outre, sera toujours à la discrétion de ceux qui ont plus d'expérience et de sagacité que lui.
Ce sujet est trop important pour que nous ne cherchions pas à l’éclaircir par le témoignage d’un habile praticien.
« L'homme qui voudra se livrer à une entreprise agricole, dit M. de DouwsasLe (1), trouvera toujours sous sa main les sujets qui lui sont nécessaires, s’il veut se donner la peine de les chercher. Les plaintes qu'on entend répéter si souvent sur la difficulté de se procurer de bons valeits de ferme ou d’autres agens de culture , viennent généralement d'un vice d'organisation dans le personnel des agens et souvent aussi d’un mauvais choix. Le chef d’une exploitation rurale doit apporter une attention particulière à acquérir la connaissance du caractère etdes dispositions non-seulement des hommes qui sont à son service, mais aussi de ceux qu'il peut s'attacher, et le nombre en est toujours assez grand dans un rayon peu étendu. Je ne parle ici que des dispositions et du caractère, parce que, quant à l'instruction , si les subordonnés n’en ont pas, il faut leur donner celle qui est nécessaire à l'objet auquel on veut les employer; ce qui n’est pas difficile, si on a bien choisi ses sujets, et que le maître soit déterminé à y consacrer beaucoup de soins.
« On trouve partout, parmi les simples habitans des campagnes, des hommes d’un sens droit et souvent très intelligens, qu'il est facile de plier aux habitudes qu’on veut leur faire prendre; et je ne crains pas d'affirmer que. toutes les fois qu’on n’a pas réussi dans
es tentatives de ce genre, c’est qu’on s’y est mal pris; on a fait de grands efforts, trop grands peut-être, mais on les a mal dirigés.
« Dans la classe des simples paysans on ne manquera pas de trouver des hommes capables de former de bons chefs dans une exploitation rurale, si l’on sait placer chacun au poste qui lui convient et tirer parti des moyens naturels de chaque individu; mais il ne faut pas aussi se rendre trop exigeant; il ne faut pas ici, comme dans beaucoup de choses, prétendre à la perfection ; il faut savoir tolérer des défauts; mais il faut faire en sorte que ces défauts soient le moins nuisibles qu’il est possible à l’ordre du service; une bonne organisatiou de surveillance sertinfiniment pour cela. »
Il sera plus facile sans doute, en France, de rencontrer et de former des aides agricoles lorsque l'instruction primaire sera plus répandue et lorsque les enfans, surtout ceux des petits exploitans, abandonnés souvent à une espèce de vagabondage, seront, dès leurs plus jeunes ans, comme on le voit en Belgique et dans quelques localités industrieuses, appliqués à des travaux proportionnés à leurs forces et contracteront ainsi de bonne heure de bonnes habitudes.
Tout dépend donc, en définitive, pour avoir de bons serviteurs, du soin et dela sagacité qu'on met à les choisir et à les diriger.
(1) Annales de Roville, T. IL, pag. 181.
DES AIDES AGRICOLES
Relativement à leur direction, nous nous en occuperous dans un autre chapitre; quant à leur choix, nous croyons avoir dit ici tout ce qui peut guider en pareille matière. Il ne nous reste plus qu’à rappeler que nous nous sommes déjà prononcés avec force (p.266,,sur la légèreté avec laquelle on engage souvent les aides ruraux et l’imprévoyance qu'on met enintroduisant au sein de la famille un homme quelquefois inconnu ou qui n’est pas muni de certificats quiattestent sa moralité et sa bonne conduite. Ce n’est pas en allant chercher ses agens dans les lieux publics de réunions, comme on le fait quelquefois, et parmi des hommes qui passent successivement en peu de temps d’une ferme à l’autre, qu'on peut espérer de faire un bon choix. L’expérience a démontré que les gens de cette condition perdent constamment, par ces changemens fréquens , leur moralité et leur assiduité au travail.
On a souvent agité la question de savoir si on devait donner la préférence aux serviteurs mariés sur ceux qui sont célibataires.
Les uns, et c’est le plus grand nombre, ont pensé que, tout balancé, les garçons étaient préférables, et se sont appuyés sur les raisons suivantes: Dans les fermes où il y a plusieurs ménages de valets, il ne tarde pas à s'établir des rivalités fâcheuses qui portent préjudice à l'établissement. Souvent on est ainsi déterminé à prendre à son service la famille entière du serviteur et d'employer des agens qui ne remplissent pas tous également bien leur devoir. Les valets mariés exigent des logemens plus étendus; parfois leurs enfans en bas âge commettent des désordres ou des dégâts; très souvent ils refusent de prendre leurs repas en commun avec les autres gens de service et préfèrent manger dans leur ménage, ce qui est pour eux une occasion de perdre beaucoup de temps et nuit à leur moralité en les exposant à des tentations fâcheuses , pour améliorer le sort de leur famille; en outre, ces hommes ne pouvant trouver chez eux la même abondance qu’au sein de la ferme, sont moins foris et moins actifs que ceux nourris en COMmun, et enfin, ils peuvent se soustraire au contrôle immédiat et à la surveillance conlinuelle si nécessaire , du maître ou de ses agens principaux, etc. D’autres ont pensé qu'on pouvait tirer un aussi bon service des ser viteurs mariés que des célibataires, et que ceux surtout qui ont la direction d’un service étaient plus dévoués aux intérêts du maitre, surtout lorsque leurs femmes et leurs enfans trouvaient constamment du travail sur l’établissement et un salaire convenable; qu'on pouvait, en général, faire plus de fonds sur eux et qu’ils étaient moins disposés à abandonner le service d'un maitre et à changer de condi- Lion ; enfin, qu'une famille entière qui trouvait de l’occupation sur un établissement consentait facilement à une réduction dans le prix du travail de chaque individu. Nous ne discuterons pas plus au long ce sujet ; chaque pays, chaque établissement, doit présenter à cet égard des particularités qui lui sont propres et, pour un administrateur habile , il s’agit moins d'avoir égard aux raisons ci-des-
sus que de savoir mettre en action, de la manière la plus avantageuse pour lui, les individus mariés où non qui se trouvent à sa dis.
position.
SIL. — Du nombre des aides agricoles.
Le nombre des serviteurs qu’il convient de prendre à gages, pour exploiter un domaine, peut varier par tant de causes souvent fort importantes, que nous ne pourrons que jeter un coup d'œil sur celles auxquelles on peut attribuer une influence prépondérante et qui sont dues soit à des circonstances générales ,
soit aux travaux qu'exige l'exploitation des fonds.
A. Circonstances générales.
La première chose qu’il convient d’examiner, relativement au personnel, lorsqu'on organise un établissement, c’est de discuter les avantages qui peuvent résulter de confier une part plus où moins grande dans l’exécution des travaux à des serviteurs à gages ou à des manouvriers. À ce sujet, THAÏR pense que les circonstances locales peuvent seules servir à décider la question: « quelquefois, dit-il, ces circonstances ne permettent pas de choix ; d’autres fois elles n’en laissent qu'un limité, et rarement ce choix est entièrement libre.
« Il semble, ajoute-t-il, qu’en général on doive attendre des employés admis au sein de la famille plus d’attachement, plus de dévouement aux intérêts du maître et plus de fidélité. La certitude de: les avoir constamment sous la main pour les travaux qui ne souffrent aucun délai et qui se poursuivent chaque jour, l’inspection, le contrôle, l’autorité qu’on peutexercersur eux, la dépendance, Vobéissance plus immédiate qu'on doit en attendre, la responsabilité qu’on peut faire peser sur eux, enfin la plus grande quantité . de travail on en obtient généralement quand ils sont honnêtes et actifs, tout cela parle en faveur des employés à l’année. Mais, d’un autre côté, les ouvriers à la tâche ou à la journée n’exigent pas autant de soins de la part de l'entrepreneur; on les engage au moment du besoin et on les congédie à volonté lorsque le besoin a cessé ou lorsqu'on est mécontent de leur travail; enfin le prix de ce travail est généralement moins cher que celui des aides à l’année,
Voyons, maintenant, quelles sontles circonstances auxquelles on doit avoir égard quand On organise cette branche du service.
Il faut d’abord prendre en considération la population qui environne le domaine et sa condition. Si cette population se compose d'agriculteurs grands ou petits cultivant pour Jeur propre compte; si le nombre des manouvriers est peu considérable et la maind'œuvre à un prix élevé; si ces derniers sont inhabiles, dépourvus d'intelligence, paresseux, voleurs ; si enfin, au moment des grands travaux agricoles, on éprouve des difficultés Pour se procurer les bras dont on a besoin, alors il faut se résoudre à ne compter pour l'exécution de ces travaux, et pendant la ma- Ieure partie de l’année, que sur les forces des
LIV, VIL
serviteurs attachés à demeure à l’établissement, et s'assurer par conséquent le concours d’un personnel plus nombreux. Au contraire, si la population ouvrière est abondante, si les salaires sont peu élevés, si les travailleurs sont actifs, habiles, intelligens et consciencieux, alors on trouve toujours de l'avantage à louer leurs services aux moments seulement où on en a besoin, et à diminuer le nombre des serviteurs à gages.
Certaines circonstances locales ne permettent pas d’hésiter sur le choix qu'on doit faire : ainsi l'expérience a prouvé que, près des grandes villes, comme Paris et Londres, ou divers centres d’activité industrielle qui enlèvent aux champs les hommes les plus valides et les plus actifs, et où ceux qui restent exigent un salaire élevé, imposent des conditions onéreuses, et en outre sont négligens, vicieux et indociles, les fermiers diminuent autant qu'ils le peuvent le nombre de leurs serviteurs à gages, bien certains qu'ils sont de ne pas manquer de bras au moment du besoin, une légère augmentation dans le prix du travail suffisant pour attirer chaque année dans ces localités des ouvriers robustes et laborieux, qui accourent quelquefois d’une distance considérable et des pays pauvres ou chargés de population au moment de la moisson, de la fenaison ou des vendanges, etc.
Les habitudes agricoles d’un Pays servent aussi à déterminer le choix d’un agriculteur ; par exemple, dans plusieurs comtés de l'An: gleterre où domine la grande culture, les fermiers n’ont généralement qu'un très petit nombre de serviteurs à gages; un seul agent suffit souvent pour une exploitation très considérable, les travaux sont exécutés pour la plupart par des journaliers ou à l’entreprise. En Flandre, au contraire, où la petite culture est répandue et où chaque instant de l’année est consacré à donner des facons à la terre et à une foule de travaux manuels les fermiers, même sur de très petits fonds, ont des domestiques à l’année, et on y rencontre fort peu d'individus qui cherchent leurs moyens d'existence dans des travaux à la journée,
Sous un climat très variable et où le nombre des jours où l’on peut se livrer avec sé curité aux travaux des champs est généralement borné, et où il faut par conséquent savoir profiter avec habileté de ceux qui sont favorables, il est toujours prudent et souvent même moins dispendieux d'entretenir à l’année un personnel plus nombreux que de compter sur le secours des travailleurs à la Journée, dont les bras peuvent manquer au moment du besoin, ou qui deviennent alors d'autant plus exigeans que la concurrence des fermiers du canton qui craignent de compromettre leurs récoltes, fait souvent monter les salaires à un taux exagéré. ;
Ii est certains travaux, tels que ceux pour la surveillance des travailleurs, dont généralement les aides peuvent mieux s'acquitter que des journaliers ; il en est d’autres de confiance, comme Île transport des denrées sur les marchés, l'inspection des greniers, granges, etc., la distribution économique des récoltes consommées à la ferme, qui ne peuvent également être exercés que par des serviteurs à
CAP
gages; d’autres qui durent toute l’année, comme les soins à donner au bétail de rente ou de trait, et qui demandent de l'habitude et un service continu; enfin il faut se rappeler que dans les momens perdus on peut | employer les aides à une foule d'ouvrages ou d'objets utiles qu’on ne peut pas toujours faire figurer au compte du prix de leur travail , que l’économie sur la main-d'œuvre ne saurait être profitable qu'autant que les travaux qu'on obtient ainsi ont autant de perfection et sont exécutés avec la même célérité que ceux qu’on paie à un prix plus élevé.
B. Des travaux qu'exige l'exploitation du fonds.
La base la plus certaine d’après laquelle on puisse partir pour déterminer le nombre des travailleurs dont on aura besoin sur une ferme, et pour distribuer ensuite ces travaux entre les serviteurs à gages et les journaliers, c'est la quantité du travail annuel qu'il faut exécuter pour l’exploitation du fonds. Cette quantité de travail annuel se partage en deux masses distinctes dans tout système mixte d'exploitation, savoir : 1° la masse des traraux de culture, 2° la masse des travaux manuels et accessoires. Entrons à l’égard des uns et des autres dans quelques développemens.
4° Des travaux de culture.
On donne lenom de travaux de culture à ceux qui ont pour objet le transport et l’épandage du fumier dans les champs, les labours , les hersages, la récolte et l’emmagasinage des produits. Ces travaux, comme on le voit, sont les plus intéressans, ceux qui doivent être faits avec le plus de soin et d'attention , et qu’on ne peut négliger ou différer sans nuire à la prospérité de l'établissement.
La masse de ces travaux varie beaucoup d'un domaine à un autre, et voici les causes principales de ces variations.
La nature du terrain. Xl y a une bien grande différence entre la quantité nécessaire de force pour labourer par exemple un terrain argileux, compacte et tenace, elun terrain léger et sablonneux.Dansle premier, 4 chevaux puissans conduits par 2 hommes peuvent souvent à peine saigner 28 à 50 ares dans une journée de travail, tandis que, dans le second, 2 chevaux légers conduits par un jeune homme retournent aisément en un jour 70 à 80 ares de surface.
La configuration du terrain. Dans une po:ition montueuse et à surface inégale, les difficultés pour les travaux sont considérablement plus grandes que sur un terrain uni et de niveau.
L'élcignement des pièces de terre du corps de la ferme. L'expérience a démontré que dans les terres de moyenne consistance, il fallait pour transporter une charrue ou une herse par les chemins ruraux à une distance de 400 mèêt. autant de temps que pour tracer ua sillon de 75 mèt. de longueur. Ainsi, dans une pièce de terre siluée à 4000 mèt. des bâtimens ruraux et où les bêtes de trait nourries à l'étable ou à l'écurie reviennent 2 fois par jour au logis, c'est-à-dire parcourent une distance de 4000 mèt. à vide ou sans travail fructueux , on laboure dans une même journée de travail , les sillons étant supposés avoir 16 centim. de largeur, une surface d’environ 450 mèt. carrés où 4 ares 80 de moins que dans une pièce qui serait située à proximité des bâtimens.
titre
DES AIDES AGRICOLES
Les autres travaux de culture présentent dans cette circonstance une diminution toute aussi considérable: par exemple, on transporte plus de 22 charges de fumier dans une journée de travail, sur une pièce de terre placée à 400 mèt. de distance du corps des bâtimens: on n'en peul plus transporter que 13 à une distante double, que 9 à une distance quadruple, et à peine ex voiture-t-on 5 charges à une distance de 4000 mètres,
On suppose, dans les faits de pratique que nous venons de citer, que les chemins ruraux sont en bon etat, autrement la quantité de travail utile pourrail étre considérablement diminuée.
Le systéme de culture et d'aménagement. C'est une des choses qui influent le plus sur la masse des travaux de culture. Ainsi, pour n’en citer que des exemples vulgaires, il y a une grande différence entre la masse des travaux qui s’exécutent, à surface égale, sur une ferme à grains et sur une ferme : pâturages; sur un domaine exploité suivant l’assolement triennal avec jachère où un travailleur suffit pour 13 ou 18 hectares, et un autre où on à établi un bon système de culture alterne avec plantes sarclées, nourriture des bestiaux À l’'étable, et où il faut souvent un travailleur pour 2 hect. et même moins ; dans celui où on ne fume qu’avee parcimonie, et où la terre est mal travaillée, et celui où on lui donne de riches fumures et des façons énergiques et multipliées, etc.
Le choix des instrumens. Plus ils sont perfectionnés et mieux adaptés au terrain, moins ils nécessitent d'efforts et de travail.
Le mode d'administration. Dansun mode régulier et bien entendu d’administration, les travaux sont répartis et distribués d’une manière telle qu'ils sont tous exécutés sans encombre, à l’époque précise, avec la moindre dépense de force possible, avec l'étendue, le soin convenables, et sans être obligé à les recommencer sans nécessité. En outre, dans un domaine bien dirigé, les chemins ruraux sont en bon état, et les véhicules bien appropriés ; la force des animaux de trait, leur mode d’attelage, le jeu des machines, y sont réglés avec une exacte économie; et enfin, tous les travaux, tous les mouvemens, s’exécutent d’une façon telle que chaque travailleur fait l'emploi le plus utile , pour l'établissement, de ses forces et de son temps.
Sur un domaine quelconque , quand on connaît le plan de culture, la rotation et l'aménagement, il est facile de déterminer et de distribuer pendant tout le cours de l'année la masse des travaux de culture ; nous en avons donné des exemples en nous occupant de l’estimation des biens ruraux ; nous reviendrons sur ce sujet, dans le chapitre qui sera consacré aux travaux.
Quand on connaît la masse des travaux annuels de culture, par exemple le poids des fumiers ou des réco!tes à transporter avec la distance, la surface à labourer, herser ou moissonner, etc. , il est facile de convertir ces travaux en journées d'hommes, de femmes on d’'animaur ; pour cela, il suffit de diviser les nombres qui représentent ces travaux par la quantité de travail que peut exécuter un de ces agens pendant un certain temps : je suppose, par exemple, que 2 bœufs conduits par un charretier labourent dans un terrain de consistance moyenne 2% ares par jour, il est clair que si je veux labourer 400 hect. de terre de cette qualité en 80 jours, il faudra 5 attelages de 2 bœufs conduits chacun par autant de charretiers.
Il s’agit donc de constater, relativement aux divers agens, la quantité de travail dont ils sont susceptibles, et pour cela il faut avoir égard , en nous bornant aux serviteurs, à quelques circonstances que voici :
Le nombre des journées de travail de l'année. est variable suivant les pays: dans les uns il est de 300
à 510 jours dans l’année, et dans d’autres de 290 seulement pour les hommes ; quant aux travaux avec les attelages, ils ne dépassent guère 260 jours avec les chevaux dans les fermes les mieux dirigées et 130 à 140 jours pour les bœufs travaillant alternativement.
La durée de la journée de travail n’est pas fixée
À en . } partout de la même manière et change avec les saisons,
Dans quelques pays elle est de 10 heures et dans d’autres de 12 pendant l'été ; de 9 et 10 1/2 heures en automne et de 7 à 8 en hiver, non-compris les heures de repas. Le commencement et la fin de cette journée, l'époque, le nombre et la durée des repas sont également variables dans chaque contrée, et ilest difficile à ce sujet de s’écarter des usages du canton qu'on habite.
La force et l'énergie des travailleurs. Nous avons déjà dit que les populations présentaient de grandes différences sous ce rapport, et il serait impossible et quelquefois injuste d’exiger de certaines d’entre elles une quantité de travail égale à celle que d’autres peuvent fournir, mais il faut que cette infériorilé soit bien constatée et due à des circonstances locales, au climat ou à la constitution des individus et non pas à des habitudes d’indolence et d'inertie, à un mauvais emploi que les travailleurs font de leur temps ou une économie mal entendue de leurs forces.
Quoi qu’il en soit, l'expérience a fait connaitre d’une manière assez précise la quantité de travail qu'on doit attendre, dans des circonstances ordinaires, des efforts musculaires d’un homme de stature et de taille moyennes quand il est appliqué à des travaux proportionnés à ses forces et à sa capacité et dirigé de manière à en retirer le plus grand effet utile. Ce sujet, l’un des plus intéressans dans l'économie administrative d’un domaine, devant être traité plus au long dans le tit. IV, et d’ailleurs, diverses notions qui s’y rattachent se trouvant répandues dans les chapitres où l’on s'occupe de l’organisation des attelages, nous terminerons ici les détails où nous sommes entrés sur les causes qui, dans les travaux de culture, peuvent accroitre ou diminuer le nombre des serviteurs à gages dont on a besoin sur un établissement.
20 Travaux manuels et accessoires.
Les travaux manuels et accessoires autres que ceux de culture que nécessite l’exploitation d'un domaine sont assez mullipliés et consistent parlois en détails qu'il est difficile d'évaluer, et pour lesquels il faut consulter l'expérience et les usages locaux, quand on veut connaitre le nombre des travailleurs qu’il faut y appliquer. Voici quelques faits propres à éclaircir ce sujet :
Le nombre de têtes de gros bétail que peut soigner un serviteur dépend de la disposition des étables, qui rendent le service plus ou moins facile ; de la manière de préparer et distribuer les alimens et de l’éloignement des lieux où il faut aller les chercher; de l’espèce de bétail qui peut être composé de vaches laitières, de bœufs d'engrais, de bétail d'élève; de la race des animaux qui consomment plus ou moins et donnent plus ou moins de lait; des habitudes du pays, de | habileté, de l’activité et du sexe des serviteurs, etc.— Un habile marcaire suisse soigne, nourrit el trait 18 à 20 vaches et fauche de plus une partie de leur nourriture en vert et aide à son transport. — Une vachère, dans la plupart des pays, ne peut donner ses soins à plus de 12 à 14 vaches. Dans la belle ferme-modèle de Hohenheim, dans le Wurtemberg, où l’on compte 60 vaches, il ÿ a 2 hommes pour traire, faire le beurre et le fromage, travailler le fumier, soigner les veaux , et 2 autres serviteurs dont un jeune garçon pour distribuer les alimens, les hacher au besoin, panser les vaches, net-'