LIV. VII
loyer les étables et qui participent en outre aux travaux des champs pour récolter les fourrages: au total, 4 hommes, ou un individu pour 145 vaches. — Une vachere qui ne soigne que 10 vaches doit en outre s’occuper à d’autres lravaux, soit à la basse-cour, soit au jardin, soit à la culture ou à la préparation des plantes industrielles. — Une servante suffit pour 50 têtes de bétail dans les 2 premières années de leur existence. — Un vacher fauche la nourriture verte en été et hache celle en hiver pour 48 à 50 vaches ou 100 à 120 jeunes bêtes. — Un bouvier conduit au pâturage 25 à 50 têtes de gros bétail, et le double s'il est assisté par un jeune homme, ou avec l’aide d’un bon chien. — Les bêtes d'engrais exigent plus de travail pour transporter, hacher, cuire er distribuer leurs alimens ; un homme ne peut guère en soigner au-delà de 10.
Un berger conduit, soigne et nourrit aisément tant à l’étable qu’au pâturage 160 à 170 tètes. Dans Îles grands troupeaux, et suivant la nature des pâturages, on peut lui confier 200 à 500 têtes et parfois davantage.
Un porcher, dans les établissemens bien dirigés, conduit et soigne aisément de 30 à 60 porcs.
Les autres travaux dans un établissement sont : 1° Les travaux manuels, teis que binages, butlages, sarclages , etc., et dont l'importance est toujours d'autant plus grande que la ferme est plus petite et la culture plus riche et mieux entendue. On connaît assez bien dans chaque pays la quantité de travail de ce genre que peut faire un homme, une femme ou un enfant. 20 Les charrois pour le transport des denrées aux marchés, pour celui du combustible pour chauffage, des matériaux pour construction et réparations , ete. Îl est facile, d’après le poids de ces objets et la distance où il faut les transporter, d'évaluer ces travaux en journées d'hommes et d'animaux, comme nous le verrons plus tard. 3° Les travaux d'amélioration, qui se font ordinairement sur un devis préalable qui règle à l'avance le nombre des travailleurs qui devront y prendre part.
Enfin, dans les grands établissemens il y a aussi des serviteurs spécialement chargés destravaux du ménage. Leur nombre ne peut être déterminé, et change suivant les besoins ou la fortune de l’entrepreneur.
On a quelquefois cherché à évaluer le nombre des individus, soit serviteurs, soit manouvriers qu’il con vient de réunir sur une ferme pour les travaux de loute espèce, en prenant pour base l’étendue superficielle de cetie ferme et son mode d'exploitation ; mais cette maniere est trop sujette à erreur pour qu’on puisse y avoir quelque confiance, et nous ne nous y arrêterons pas, malgré les nombreux exemples d'évaluation de ce genre que nous avons recueillis dans tous les pays et dans des systèmes très variés d'économie rurale.
$ III. — Organisation du personnel.
1° Du.mode d'organisation.
Jusqu'ici nous n’avons envisagé la question du nombre des serviteurs ou aides agricoles que sous le point de vue des circonstances locales et de la masse du travail annuel que riécessite l’exploilation d'un établissement; mais il en est un autre plus important peut-être et dont nous allons nous occuper: c’est celui de la surveillance des travaux ou de l’organisation de subordinalion.
Dans les petites exploitations, l’entrepreneur, étant lui-même agent actif dans les travaux matériels et travaillant sans cesse avec sa famille ou le petit nombre d'ouvriers qu'il emploie, peut exercer sans peine une
cHAP. 2°.
surveillance active sur ces derniers; mais il n'en est plus de même dès que l’exploitation devient plus étendue, que lentrepreneur ne prend plus une part directe aux travaux, que des soins administratifs réclament une partie de son temps et l’empêchent d'avoir continuellement l’œil sur les travailleurs dispersés souvent sur une grande surface.
Il y a bien peu d'hommes dans la condition des aides et encore plus dans celle des manouvriers qui n’aient besoin d’être surveillés dans leurs travaux, tant sous le rapport de l'emploi le plus fructueux qu’ils doivent faire de leur force et de leur temps, que sous celui de la bonne direction à donner à ces travaux. Cette surveillance, si importante pour les intérêts du maître, ne peut être convenablement établie, quand celui-ci ne peut pas l’exercer complètement par lui-même, qu’au moyen d'un bon mode d'organisation du personnel. « Cette organisation, dans lopipion d’un de nos plus habiles administrateurs (1), est en définitif la chose du monde la plus simple et, s’il en coûte quelques soins pour l’établir, ce n’est que dans les 1‘ instans, et l’on en.sera amplement dédommagé par les facilités qu’elle présente dans l’exécution de toutes les opérations auxquelles on veut se livrer. Une fois la chose montée, tout va seul et l’on est surpris de la simplicité de la marche d’une machine qui, au 1‘ coup d'œil, parait compliquée. Je puis assurer que tout homme qui voudra se donner la peine d'organiser une exploitation sur des principes raisonnés, parviendra sans peine à obtenir, dans l’exécution de tous les travaux, non-seulement plus ae perfection, mais infiniment plus d'économie que les 95 centièmes des cultivateurs de profession; et 1l est également cerlain que dans toute exploitation, la circonstance qui exercera la plus puissante influence sur le succès, c’est la tournure de caractère qui dispose plus ou moins l’homme qui la dirige à établir et à maintenir avec fermeté l’ordre dans l'administration qu’on peut diviser en 2 principales branches, la comptabilité et l’organisation destinée à établir la subord:nation parmi tous les employés. Un cultivateur qui ne peut exécuter de ses mains tous les travaux de sa ferme, est obligé d'employer des bras étrangers, et ce sera toujours du plus ou moins d’habileté qu'il mettra à manier cet instrumentessentiel que dépendrontengrande partie ses succès et sa fortune. »
Dans les établissemens de moyenne étendue, on tient assez souvent un maîtrevalet ou premier aide qui est chargé de l'inspection des travaux aux champs et de maintenir l’ordre parmi les travailleurs avec lesquels il prend part à tous les labeurs. Dans ceux qui sont plus étendus, on confie parfois la surveillance générale des travaux, sous les ordres du maitre, à un agent qui ne travaille pas par luimême et qui est pris ordinairement dans une classe plus élevée que celle des manouvriers des campagnes, et qui prend le titre de contre-maître; ainsi, dans les plus grandes fermes anglaises, il n’y a qu’un seul contre-maître ( bailiff ou steward) qui dirige les laboureurs,
(1) Annales de Roville, tom, II, pag. 205.
DES AIDES AGRICOLES
les bouviers, les bergers, tous les manouvriers, et qui souvent est chargé des ventes et des achats. Ce contre-maître est tantôt un jeune homme instruit qui apprend ainsi à administrer un grand domaine, tantôt un praticien habile qui en fait sa profession et est assez largement rétribué par les fermiers, qui sont généralement riches dans ce pays de grande culture.
« Cette méthode, dit M. de DomBasre, me paraît plus coûteuse que celle que je recommande et bien moins efficace pour obtenir une exécution parfaite dans toutes les branches des travaux. En effet, il est impossible à un seul homme d’être continuellement partout, et cependant, de tous les genres d'ouvrages
ui s’exécutent à la fois da::s une exploitation, il n’y en a pas un qui n’exige une surveillance très assidue, tant sous le rapport du bon emploi du temps de la part des ouvriers qui l'exécutent, que sous celui des soins dans l'exécution. D'ailleurs il est bien plus facile de trouver des hommes capables de diriger chacun une branche de travaux déterminée, qu'un seul sujet capable de les embrasser toutes. Il n’y a pas un homme qui ne soit propre à une chose en particulier, il ne s’agit que de le mettre à sa place. Dans la méthode que j'ai adoptée, chaque chef de service est un homme qui travaille lui-même avec les ouvriers dont la direction lui est confiée. Avec un peu de discernement on trouve assez facilement, parmi les habitans des campagnes, des hommes capables de remplir cette tâche, qui est toujours ambitionnée par eux, d’abord à cause de l’espèce de supériorité qu’elle leur donne sur leurs égaux, et ensuite parce qu’il en résulte pour eux une augmentation de salaire. »
Voici maintenant les divers chefs de service que le directeur de Roville avait jugés indispensables à son établissement qui se compose de 180 hectares de terres labourables où prés, mais qui, par sa nature même et sa destination, par les distractions continuelles qui ne permettent pas au maitre de veiller lui-même à l'exécution des détails ainsi que pourrait le faire un homme qui ne serait que cultivateur sur une ferme de même étendue , se trouve dans un cas particulier.
1° Un chef d’attelages chargé de transmettre les ordres à tous les valets, de surveiller le travail exécuté par tous les animaux de trait, ainsi que les soins que ces derniers exigent à l'écurie; il conduit lui-même un attelage. Deux valets, l’un parmi ceux qui soignent les bœufs et l’autre parmi ceux attachés aux chevaux, exercent, sous le nom de brigadiers, leur surveillance sous l’autorité du chef d’attelage, tant à l'écurie que dans le travail. 2° Un chef de main-d'œuvre chargé spécialement de la surveillance des manouvriers ainsi que de leur choix, et responsable de la bonne exécution de l'ouvrage. 3°‘Un irrigateur chargé de la conduite des eaux pour 18 hectares de prés arrosés, des autres travaux
wexigent ces prés, de surveiller les fau- "pa | faneurs, etc., de faucher et de conduire en été aux écuries les fourrages verts pour le bétail, de veiller l'hiver à toutes les
saignées qui tiennent égouttées toutes Îles terre arables. 4° Un berger et son aide. 5 Un marcaire chargé du soin des bœufs à l’engrais, des vaches et des porcs, et qui a 2 ou 3 aides suivant le besoin. 6° Un commis pour la comptabilité et son aide, qui mettent la main à l'œuvre pour tous les travaux qu’exige le soin des greniers et des magasins de bois et de matériaux qui leur sont confiés.
Dans que ue pays étrangers, et notamment dans plusieurs parties de l'Allemagne où l’on rencontre des domaine fort étendus, chacune des branches de l’économie agricole est confiée souvent à un agent supérieur qui a sous lui des premiers employés ou garçons qui commandent encore aux simples serviteurs ou journaliers; ainsi l’économie des bêtes à laine est entièrement dirigée par un berger chef qui a sous ses ordres des maîlresbergers; ceux-ci dirigent à leur tour des garçons ou bergers chargés de conduire et de soigner les uns les béliers, les autres les brebis porlières, les antenois, les agneaux ou les moutons. Tous ces chefs sont sous la direction d’un ou plusieurs économes qui, à leur tour, reçoivent les ordres d’un administrateur ou régisseur, etc. |
Quel que soit au reste le mode d’organisation du personnel, le but qu’il s’agit d'atteindre dans ce service c'est que les travaux soient faits en temps opportun, avec le soin et la perfection qu’ils réclament, avec toute l’économie que permettent les circonstances dans lesquelles on se trouve placé; c’est de tirer le plus grand effet utile possible des travailleurs, et enfin de prévenir les pertes, les gaspillages, Ja rivalité entre les employés qui porte le trouble dans l'établissement, la connivence des valets contre les intérêts du maitre et les vols domestiques qui le ruinent.
20 De l'engagement des serviteurs.
La plupart du temps les engagemens des serviteurs ruraux n'ont lieu que pour un an; mais il serait bien préférable qu'ils fussent pris pour plusieurs années consécutives quand on est certain de l’habileté et des qualités morales des sujets. Les conditions de cet engagement, variables suivant les pays, portent généralement sur la quotité des gages et leur mode de paiement et sur la nourriture et le nombre des jours et des heures de travail; souvent aussi on stipule quelques conditions relatives à des obligations spéciales que doivent remplir les aides.
Toutes ces conditions sont la plupart du temps arrêtées verbalement, ce qui donne souvent lieu à de fàcheuses contestations entre les maîtres et leurs employés; il serait bien à désirer que l’enseignement primaire fût assez répandu pour que les conventions réciproques, stipulées au moment de l’engagement, pussent être rédigées par écrit en double expédition, et que ce petit acte, pour louage de service, püt prévenir ces contestations ou faire foi devant un juge en cas où elles viendraient à s'élever. L'expérience ferait bien vite connaître les clauses principales de ce contrat et les formes simples qu'on peut lui donner.
Dans beaucoup de localités on est dans l’ha-