LIV. VI
bitude d'engager les serviteurs à une époque fixe de l’année; cette méthode a été regardée avec raison comme très préjudiciable aux jintérêts des cultivateurs. D’abord elle tend à élever généralement le prix des services par suite de la concurrence et de la coalition des travailleurs; ensuite elle place souvent le cultivateur dans un grand embarras lorsque, au moment du renouvellement, tous ses valels réclament une augmentation de salaire ou menacent de le quitter tous en même temps.
La meilleure précaution pour, déjouer toutes ces coalitions c’est de n’engager les serviteurs qu’à des époques diverses dé l’année, quand cela est possible, ou de se procurer, dans la commune qu’on habite, quelques journaliers qu'on met au courant des travaux de l’exploitation et qui peuvent momentanément remplacer les aides quand ceux-ci deviennent trop exigeans ou indociles.
3° Des conditions de l'engagement.
Les aides employés à l’année sur un établissement rural reçoivent ordinairement en échange de leurs services, des gages dont la quotité varie suivant les localités et d’après certaines lois économiques; en outre ils sont entretenus suivant un mode qui dépend des conventions stipulées entre eux et le fermier.
Les gages doivent être proportionnés à l’habileté, à l'activité, à l'intelligence ou à la probité du travailleur, et sous ce rapport il y a toujours avantage et économie pour l’établissement à payer à un prix plus élevé les services de ceux qui possèdent une ou plusieurs de ces qualités.
Quant aux conditions d'entretien, elles se réduisent généralement aux suivantes. Tantôt les aides sont logés, couchés, éclairés, chauffés aux frais du fermier et admis à sa table avec sa famille pour y prendre leur repas. Tantôt, au lieu d’être admis à la table du maitre, ils dinent à la cuisine et sous l’inspection de la ménagère, ou bien ils sont nourris par un contremaitre qui se charge moyennant un prix déterminé avec le fermier du soin del. ur nourriture. comme on le voit dans quelques grandes exploitations. Tantôt enfin ils reçoivent une certaine quantité de denrées en nature ou l'équivalent en argent et pourvoient eux mêmes à leur nourriture et à leur entretien.
Le 1er mode est très commun sur les petits établissemens où il est très avantageux. Là le fermier a sans cesse ses servileurs sous les yeux et surveille plus aisément leur conduite ; ceux-ci, nourris comme leur maître, n’élèvent aucune plaiute et sont en général plus forts et mieux portans. La nourriture plus abondante dont ils jouissent les empêche de fréquenter les cabarets qui nuisent à leur moral et à leur santé. Ainsi traités, la décence et les bonnes mœurs règnent tou— jours dans les repas et dans les rapports des domestiques entre eux. Habitués à vivre dans l'intimité de leur maître, ceux-ci finissent par se regarder comme des membres de la famille, et par prendre avec zèle les intérêts d’une espèce de communauté où ils trouvent leur bien-être. Enfin, n’éprouvant aucun besoin urgent e! n'étant jamais affectés par le renchérissement des denrées, ils ne sont jamais placés dans la situation parfois pénible de ceux qui doivent pourvoir à leurs besoins et à ceux d’une famille.
Le ome mode offre en partie les avantages du précédent. On Je rencontre plus fréquemment sur les gran-
des exploitations, où il est plus difficile d'établir cette espèce de liens de famille qui se forment fréquemment dans le premier cas entre le maître et les serviteurs. Comme, lui il est d’autant plus avantageux que le nombre de ceux-ci est plus grand, les frais pour chacun d’eux tant pour la nourriture que pour le logement, le feu et la lumière, diminuant toujours avec le nombre des personnes qu’on entretient ainsi; mais il ne faut pas profiter de la distinction qui s'établit ainsi entre la table du maitre et celle des valets, pour refuser à ceux-ci la nourriture saine, abondante et substantielle dont ils ont besoin, car c’est un fait d'observation que là où les serviteurs sont mieux nourris et surtout où on leur donne plus de viande, ils travaillent plus fortement et se livrent plus volontiers à toutes sortes d'ouvrages, et que diminuer la qualité et la quantité de leur nourriture, c'était diminuer aussi leur travail et le rendre plus cher. Enfin il faut éviter de confier à des personnes avides ou peu délicates l’entreprise de la nourriture de ses servileurs.
Les aides auxquels on donne l'équivalent de leur nourriture en argent sont ceux qui sont mariés et dont les familles ne sont pas employées sur la ferme, mais résident aux environs. Dans ce mode les serviteurs sont plus mal nourris et moins forts ; ils perdent souvent un temps considérable pour aller prendre leurs repas chez eux ou dans des endroits publics. Abandonnés à leur inexpérience et imprévoyans comme la plupart des hommes de leur condition, ils dissipent en peu de jours toutes leurs ressources ou éprouvent, quard il survient une augmentation dans le prix des denrées de 4re nécessité, une pénurie cruelle. On prévient, il est vrai, cette fâcheuse situation en leur donnant une partie de leur salaire en denrées, mais, dans tous les cas, il est très difficile, malgré la surveillance la plus rigoureuse, d’empècher ces serviteurs de vivre aux dépens de l’établissement et d’emporter tout ce ce qu'ils peuvent.
Les agriculteurs les plus éclairés de l'Angleterre attribuent en grande partie la dépravalion des travailleurs dont on se plaint tant aujourd’hui dans ce pays, à l’habitude qui a prévalu depuis quelque temps de ne plus loger et nourrir les serviteurs dans les fermes par une économie mal entendue.
C’est pour éviter de mettre à une épreuve pénible la fidélité des serviteurs qu’on a blàmé l'usage de donner aux bergers une partie de leur salaire en argent et partie en animaux ou en produits, et ce qui est encore pis d’entretenir comme équivalent ou supplément de gages, un certain nombre de bêtes dans les troupeaux de l’établissement. Dans tous les pays où les établissemens agricoles sont bien administrés ces abus ont disparu , et, dans quelques endroits de l'Allemagne on a adopté pour le salaire de ceux qui conduisent les troupeaux une méthode qui a donné de bons résultats. Ceux qui dirigent ces troupeaux reçoivent un salaire proportionné aux profits que donnent les animaux, et sont ainsi intéressés à veiller sur eux avec attention ainsi qu’à leur amélioration. Un maitre berger a par exemple 279° des profits et chaque berger 19°. Mais ils contribuent aux dépenses dans certaines occasions telles que celles pour achat de torirteaux degraines oléagineuses, ou quand il est nécessaire d'acheter des fourrages l'hiver, ou lorsqu'on juge qu’il est utile de régénérer le troupeau.
Le Bureau d Agriculture de Londres a fait connaître le moyen en usage dans les cantons les mieux cultivés de l'Ecosse, pays au reste où la population est laborieuse et honnète, pour entretenir les aides agricoles. Les cultivateurs riches construisent près des bâtimens d'exploitation des chaumières qui sont données aux domestiques mariés qui recoivent la plus