‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 4)Chapitre 340 sur 595 · DES MANOUVRIERS · texte numérisé non relu

DES MANOUVRIERS

grande partie de leurs gages en produits du sol. En outre, ces serviteurs sont autorisés à avoir une vache que le fermier nourrit pendant toute l’année. Ces faveurs produisent un excellent effet sur la conduite des jeunes gens, qui, animés du désir de se les assurer, économisent autant qu'ils peuvent sur leurs gages pour acheter la vache et se procurer le mobilier de leur habitation quand ils se marieront. Quelquefois les fermiers, selon les circonstances, ÿ ajoutent plusieurs autres avantages, tels que quelques ares de terrain pour un jardin potager ou toute autre culture, la faculté d’entretenir un cochon ou des poules dans la basse-cour du maitre, un peu de combustible, leur nourriture aux frais du fermier pendant les grands travaux agricoles, etc. Nulle part, dit-on, on re rencontre des domestiques plus actifs, plus probes et d'une meilleure conduite. Ils élèvent dans des habitudes de travail et dans la pratique des opérations agricoles une famille dont le fermier tire souventun grand profit, ils s’attachent à la ferme, prennent à cœur sa prospérité et pensent rarement à la quitter.

Dans ses principes raisonnés d'agriculture, TH3ErR conseille, pour l’entretien et la nourriture des serviteurs et surtout au commencement d’un établissement, d’avoir égard aux usages du pays, et de prendre à ce sujet des renseignemens détaillés. Il n'est jamais ou au moins rarement profitable d’y apporter des change mens, et alors même qu'on voudrait améliorer le sort des employés on pourrait facilement exciter le mécontentement de gens qui tiennent avec opiniätreté à leurs habitudes.

SECTION III. — Des manouvriers.

Dans un établissement exploité suivant un bon système de culture alterne et où l’on cultive en grand les plantes sarclées et celles qui exigent beaucoup de travail manuel, dans ceux où on se livre à d'importantes améliorations agricoles, il est impossible d’exécuter tous les travaux avec le secours seul des employés à gages, et il faut avoir recours à des ouvriers qui louent leurs services à la journée et qu’on nomme journaliers ou manouvriers.

L'emploi économique des manouvriers exige, de la part d’un entrepreneur, la plus sérieuse attention. Ces hommes, pris en général parnii ceux qui sont le plus dénués d’instruction ct qui, d’ailleurs n’ont aucun intérêt à la propriété de l'établissement ni aucun lien qui les rattache à l’entrepreneur, cherchent par tous les moyens à diminuer la somme du travail journalier qu'ils doivent à celui qui loue leurs services, ce qui rend leur travail dispendieux, en même temps qu'il est exécuté avec lenteur et imperfection.

Il n’y aqu'un bon mode de surveillance qui puisse mettre à l’abri des embarras que ca:se l'emploi des journaliers. Cette surveillance indispensable et continue doit être exercée par le maître en personne quand il peut se livrer à cette occupation, et par un chef de main-d'œuvre, pris parmi les aides de la ferme, quand il ne peut y donner tous ses instans sans négliger d’autres branches importantes de son exploitation. On charge aussi de ce soin, dans quelques occasions, un journalier sur l’activité et la probité duquel on peut compter et qui reçoit un salaire plus élevé pour conduire les gens de journée. L'agent,

. quel qu'il soit, qui est chargé de ce soin, doit

être responsable de la bonne et rapide exécution des travaux.

En général, en France, les journaliers sont des hommes tantôt vivant uniquement de leur travail, tantôt de petits propriétaires que l'exiguité de leur héritage contraint pour vivre de louer en partie leur travail à autrui. On remarque que ces derniers rendent la plupart du temps un meilleur service; plus attachés que les autres à la localité, ils n’ont pas l’inconstance de celui qui n’a d’autre bien que sa force physique; leur qualité de propriétaire, en les relevant à leurs propres yeux, leur donne en même temps des dispositions plus honnêtes, plus laborieuses et une conduite plus réglée; ils comprennent mieux le droit

sacré de la propriété et sont moins disposés |

à le violer; enfin, exercés dès leur enfance à des travaux sur l’héritage paternel, ils ont quelques connaissances agricoles et s’acquittent de leur tâche avec plus de perfection.

il ya 2 modes différens d'employer les manouvriers : 1° à la journée; 2° à la tâche. Chacun d’eux présente des avantages et des inconvépniens.

Lorsque plusieurs ouvriers travaillent ensemble à la journée, il y a toujours beaucoup de temps perdu en conversations futiles, en repos fréquens et inutiles, en mouvemens sans but et improductifs. Plus ces ouvriers sont nombreux et plus il est difficile dans ce cas de les surveiller et de les forcer à travailler comme ils le devraient. Enfin, c’est le mode où les hommes gagnent le moins et où le travail revient le plus cher à l’agriculteur.

Le travail à la tâche est au contraire le seul où un ouvrier habile et diligent trouve un salaire proportionné à la supériorité de ses travaux. Dans ce mode, le journalier travaille avec plus d'activité et d’assiduité, puisqu'il sait que le fruit de ses efforts tournera à son profil et à celui de sa famille, et avec plus de satisfaction et d’indépendance, puisqu'il a moins besoin de cette surveillance gênante qui assiége l’ouvrier à la journée. Il emploie en général de meilleurs outils et cherche davantage à devenir habile dans les travaux dont on le charge. Celui qui emploie les ouvriers à la tâche y trouve à son tour l’avantage que ces travaux sont exécutés avec plus de célérité et de ne payer ceux-ci que ce qu’ils valent en réalité.

On a reproché au travail à la tâche : 1° d’altérer la santé des ouvriers. Ce reproche ne parait nullement fondé; 2° de n’être pas applicable dans tous les cas, puisqu'il y a des travaux dont l'étendue où la valeur ne peuvent être déterminées à l’avance, ce qui ne diminue les avantages de ce mode quand on peut

e mettre en usage; 3° d’être souvent exécuté avec imperfection, ce qui élève des contestations entre le maître et l’ouvrier; mais il est facile de prévenir celles-ci en commençant par faire exécuter le travail sur un petit espace

ui sert de modèle, en fixant ensuite le prix

u travail, en congédiant les travailleurs qui ne l’exécutent pas conformément au modèle, et en exerçant sur eux une surveillance active.

Au reste, ilest des travaux dans lesquels on doit quelquefois avoir égard plutôt à la quan-

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lité, et d’autres où l’on s'attache plus particulièrement à la qualité. Par exemple, dans un climat variable, par une saison défavorable et dans un canton où les bras sont rares il im-

orte que les travaux de fenaison soient faits a la tâche et avec toute la célérité désirable, dût-on perdre un peu sur la récolte. Au contraire, les travaux pour la moisson des grains, par un temps propice et soutenu, le transport des gerbes, la construction des meules, la vendange, l’égrappage, le foulage des raisins, etc., sont souvent plus profitables quand ils sont faits à la journée avec le soin convenable et sous la surveillance continuelle du maître ou d’un aide intelligent.

Le salaire des manouvriers ne s’acquitte pas toujours en argent, et parfois il se paie partie de cette manière et partie en nature, et quelquefois uniquement en denrées. Ce dernier mode de rétribution Hpriue plus particulièrement, en France, au battage des grains ; on l’emploie aussi pour la moisson, et plusieurs agronomes ont proposé de l’établir pour d’autres travaux. Il offre l’avantage que le prix du travail paraît y être plus en rapport avec la valeur du produit, que le fermier n’est pas obligé à faire une avance d’argent comptant pour payer ses travailleurs, ou d’effectuer le transport sur le marché des denrées ainsi consommées.

Dans quelques pays les manouvriers reçoivent une petite portion de leur salaire en argent, et le fermier se charge pour le reste de pourvoir à leur nourriture. Ce mode n’est guère en usage que chez les petits cultivateurs, qui ont à peine les ressources nécessaires pour payer en argent; mais il est mis avantageusement en pratique, quoique plus dispendieux, dans les grands établissemens; par exemple, lorsque les travaux qu’on fait exécuter sont à une grande distance des habitations ou qu’ils sont très urgens, comme la fenaison ou la moisson, etc., et qu’il ne faut perdre que le temps strictement nécessaire pour prendre sur place les repas.

Le nombre des manouvriers ‘dont on a besoin annuellement sur une exploitation ru-

rale dépend de celui des aides qu’on emploie, |

des circonstances particulières dans lesquelles on se trouve et de la masse annuelle des

travaux. Rien n’est plus aisé au reste de cal- | culer ce nombre, en réduisant les labeurs à !

exécuter en journées de travail, d'après les données expérimentales que nous ferons connaître dans le chapitre qui traitera des travaux. À

Dans l’excursion agricole entreprise en 1834 dans quelques départemens du nord de la France, M. Mozz rapporte que, dans le département de l'Eure, il existe, pour la moisson, un usage qui pourrait être utilement introduit dans divers lieux. A l’approche de la

moisson, tous les artisans des campagnes, et |

même une partie de ceux des villes quittent leurs travaux et se rendent dans les marchés. Làils trouvent des entrepreneurs ou chefs avec lesquels les cultivateurs font marché pour tant de travailleurs à tant par jour. Dès qu’ils ont

conclu, le chef fait un signe, les ouvriers se

rassemblent autour de lui et il s'arrange en particulier avec chacun d’eux. De cette manière on a à sa disposition 50 et 60 travailleurs

s’il le faut, sans être obligé de traiter avec chacun d’eux et à une surveillance aussi active.

Dans les localités où l’on se procure difficilement des journaliers, on a cherché, par divers moyens, à s’assurer des bras pour les travaux urgens ou bien pour ceux qui ne peuvent être exécutés par les aides. Celui qui paraît avoir donné les résultats les plus satisfaisans consiste à construire sur le domaine des chaumières dans lesquelles on loge gratuitement des familles de manouvriers. Dans ce système de colonisation agricole, on accorde aussi quelquefois à chaque famille un morceau de terre qui est converti par elle en jardin potager. Les conditions de l’établissement sont de donner toujours la préférence pour le travail à ces familles et de leur assurer par-là leur existence. Les colons, de leur côté, paient une petite rente fixe, soit en argent, soit en travail et s’engageni à ne jamais aller travailler ailleurs sans permission. Dans tous les cas, le nombre de ces familles doit être calculé suivant les besoins de l’établissement et de

facon qu’elles trouvent leur subsistance et.

puissent faire en outre quelques économies.

Cesystème est très employé en Angleterre; on le retrouve aussi en Allemagne; M. Sismonpt nous apprend qu'il est usité dans les parties les plus riches et les mieux cultivées de la Toscane, et M. J. RIEFFEL, directeur de l’établissement agricole de Grand-Jouan (Loire- Inférieure), annonce qu'il l’a mis avec succès en pratique. Il fournit en général des travailleurs actifs, honnêtes et réglés, mais il n’est pas à la portée de la majorité des cultivateurs, en France.

SECTION IV. — Des apprentis, des femmes et des enfans.

Dans certains pays on est dans l’usage de prendre dans les grandes fermes, sous les noms d'élèves ou d’apprentis, des jeunes gens qui désirent s’instruire dans la pratique de l’agriculture. Ces élèves paient ordinairement une rétribution au cultivateur ; mais il ne faut pas se laisser séduire par le désir de toucher une pension élevée, et il vaut infiniment mieux recevoir à des prix modérés des jeunes gens disposés à mettre la main à l'œuvre et qui n’ont pas encore contracté dans les villes et dans des maisons d'instruction des habitudes de paresse ou des défauts qui portent le trouble dans l’établissement. On prend aussi quelquefois sous ce titre des fils de petits exploitans ou même de manouvriers, qui paient leur nourriture en travaux proportionnés à leur âge et à leur force, el qui, lorsqu'ils sont dirigés avec soin, finissent par faire d’excellens serviteurs.

Les femmes, dans les exploitations rurales, sont ordinairement employées aux travaux de la laiterie qui exigent du soin et de la propreté, à ceux de la basse-cour et du ménage, et elles sont très propres aussi aux sarclages, bipages, faucillages, travaux de moisson et de fepaison, etc. Dans quelques pays elles battent en grange et font aussi quelques autres travaux assez rudes dont elles s'’acquitlent bien quand elles y sont habituées dès l'enfance.

Généralement elles font moins de travail que

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