LIV. VII
propriété, ainsi que celle de tous les objets qu'on remarque sur le terrain ou au moins l'indication de leur situation respective suivant des signes convenus. Le lever de la carte topographique suppose, comme on voit, l'arpentage, et tantôt on arpente en levant, et tantôt on lève en arpentant. Les instrumens dont on se sert pour mesurer l'étendue de la surface du fonds et en relever les principaux détails sont ceux de l’arpenteur; le graphomètre pour obtenir des valeurs angulaires ; la boussole pour le même objet et pour orienter la carte, et enfin la planchette. pour lever directement sans connaitre les distances ni les angles. Tous les relèvemens étant faits, on procède au dessin de la carte, c’est-à-dire qu'on trace d’abord au crayon sur le papier, suivant l'échelle, toutes les lignes que comporte le plan ainsi que tous les détails qu’il renferme suivant les signes convenus. Ce dessin est ensuite z21s au trait à l’encre, puis lavé, c’est-à-dire colorié avec des couleurs et des teintes conventionnelles pour les terres labourables, vignes, vergers, landes, bois, bruyères, sables, marais, elangs, cours d’eau, arbres, constructions, bâtimens, etc.
Examinons maintenant en particulier les avantages que présentent ces opérations topographiques, et ajoutons plusieurs considérations auxquelles il faut avoir égard quand on les entreprend.
L’arpentage a non-seulement pour but de connaitre la superficie réelle de la propriété , mais il sert de plus à en déterminer les limites, à en rectifier et fixer le bornage, à prévenir des contestations fàcheuses avec des voisins avides ou de mauvaise foi, et à s’opposer à leurs envahissemens. Sous ces divers points de vue il importe qu'il soit fait avec soin et par un homme exercé el consciencieux.
. Le nivellement est une opération qui demande à être également bien faite, parce que c’est sur elle qu'on s'appuie toutes les fois qu'on entreprend de faire écouler ou d'amener des eaux, d’adoucir des pentes, de faire disparaître les inégalités du terrain, de déterminer la direction des pièces de terre, des clôtures, celle des chemins ruraux, ou de se livrer à certains travaux de terrassement.
Dans le tracé des chemins ruraux, dans celui des canaux , élangs, marais , fossés, rigoles, dans celui de l'emplacement des constructions, ouvrages d’art ou bàtimens, il ne faut jamais perdre de vue que ces objets doivent être établis de manière à nécessiter le moins de frais d'entretien, à ménager le terrain, à faciliter ou à diminuer les travaux des hommes ou des attelages, à économiser le temps et les frais de transport.
L'établissement des chemins ruraux, étant en particulier une opération purement agricole, mérite d'attirer l'attention de l'administrateur. D'abord ils doivent procurer un accès facile aux bâtimens ruraux, à chaque pièce de terre, aux étangs, mares, carrières, ainsi qu'aux chemins communaux, ce qui ne parait pas présenter de difficulté quand la ferme est de figure régulière, divisée en vastes enclos et placée favorablement relativement aux chemins vicinaux, mais qui parfois offre des obstacles qu'il faut étudier et savoir vaincre quand le domaine ne se trouve pas dans ces conditions, Ces chemins doivent être autant que pos
: sible dirigés en lignes droites pour ménager le terrain,
pour diminuer les frais d’établissement et d’entretien, tant des chemins eux-mêmes que des clôtures qui les bordent ; ils doivent présenter plus de largeur près des angles brusques, aux alentours des portes des enclos pour donner aux voitures plus de facilité pour tourner et éviter les accidens fâcheux. Quant à leur construction, nous renvoyons au om, Îer, pag. 383, où ce sujet a été traité par l’un de nos collaborateurs.
Le lever de la carte et la division du terrain en pie-
CAP. 3e.
ces de terre sont d'une très grande importance dans une exploitation rurale. Ces opérations ont pour avantages communs de permettre l’établissenent d'un assolement régulier sur la propriété, de déterminer le tracé des cldtures ; de faciliter la direction de tous les travaux agricoles qu'on peut conduire en suivant les indications de la carte et de ses divisions; de rendre plus aisée la surveillance des travailleurs et la mesure de leur travail, enfin de fournir un certain nombre d’élémens indispensables dans les calculs relatifs à des plans généraux et particuliers de culture ou de produit des terres.
Arrêtons-nous en particulier sur chacune de ces opérations,
D'abord nous répéterons ici, relativement à la carte topographique, ce que nous avons dit pour le tracé du plan d’arpentage; elle ne saurait être faite avec trop d'attention, et la plupart du temps elle dispense du 2e dout elle contient toutes les indications. Mais pour compléter les notions qu'on peut puiser dans son inspection, nous pensons qu’il est indispensable dans une exploitation bien dirigée, d'y joindre un mémoire descriptif ou état de lieux où sont décrits tous les objets immobiliers qui se trouvent sur le domaine suivant leurs situations respectives, leurs dimensions, les parties qui les composent, leur usage, leur qualité et leur état au moment où on rédige ce mémoire. Celui-ci contient en outre la désignation de chaque pièce de terre suivant son étendue, ses limites, ses caractères physiques et agronomiques, et les améliorations dont ces pièces peuvent être susceptibles. De cette manière la carte et le mémoire qui f’accompagne, deviennent la base sur laquelle Padministrateur s’appuie par la suite pour établir et diriger tout son système d’exploitation et d’amélioration.
Le mémoire peut être rédigé par l'administrateur lui-mème, s’il a les connaissances pratiques suffisantes, ou, dans le ças contraire, par un ingénieur du cadastre, un géomètre arpenteur, un architecte ou un expert.
Avant de nous occuper de la division d’un domaine en soles ou pièces, rappelons que nous avons signalé ailleurs (p. 223 ) les inconvéniens des propriétés morcelées et de l’enchevètrement et les moyens d'y remédier.
La division du terrain d’un domaine en soles ou pièces de 1erre exige une attention spéciale, parce qu'elle exerc: sur le succès et la bonne direction des opérations ultérieures une influence beaucoup plus grande qu'on ne le croit communément.
Les divisions qu’on opère sur la surface d’un domaine doivent ètre envisagées sous le rapport de leur direction, de leur situation respectite, de leur égalité, de leur étendue et de leur forme.
La direction des pièces de terre n’est pas indifférente; d’abord l’exposition, puis l’état de sécheresse où d'humidité du sol et les phénomènes climatériques sont autant d’élémens qu'il faut prendre en considération avant de se déterminer sur la direction qu’il convient de donner, vers tel ou tel point de l’horizon, aux pièces de terre, surtout quand on les trace de {orme oblongue. Cette direction dépend encore de la situation des bâtimens d'exploitation dont il faut rapprocher autant que possible l'entrée des pièces, de la nécessité de ménager un accès facile aux hommes, aux voitures et aux SAT de celle où on est de fa-
ciliter les moyens d’abreuver journellement le bétail, des conditions physiques dans lesquelles se trouve le domaine qui peut être traversé, soil par uue roule où un chemin public servant de limites naturelles aux pièces el qui permettent d’y pénétrer sans l’établissement d’un chemin rural, ce aui économise le terrain, soit par un cours d’eau qui, en limitant les soles, n’oblige pas à la
DES AMÉLIORATIONS FONCIERES.
construction de ponts ou autres ouvrages pour passer d’une partie d’une pièce dans une autre. On est encore souvent contraint d'adopter une certaine direction dans la division des pièces, quand la propriété est frappée de servitudes gènantes ; ainsi, tantôt on est obligé de livrer passage aux hommes et aux arimaux qui se rendent sur les fonds voisins ou sur un pacage communal, et dans ce cas il faut établir les chemins les plus directs et les plus courts, et les border de haies ou de fossés qui servent de limites aux pièces contiguës et préviennent les déprédations des passans ou les ravages des bestiaux étrangers ; tantôt on esl assujéti à recevoir les eaux d'uu fonds supérieur auxquelles il faut creuser un lit entre les pièces de terre pour les empêcher d’inonder celles-ci et d'interrompre ou contrarier, si elles coupaient une pièce, les travaux de labourage ou autres, etc. Enfin la figure même de la propriété peut être telle qu’il soit beaucoup plus avantageux d’établir les pièc s dans une direction que dans une autre.
La situalion respective des pièces varie en raison des mêmes causes que la direction ; mais ici la figure de ia propriété 'oue un rôle plus important, et c’est à l'administrateur à chercher , Parmi toutes les combinaisons dont la division est sasceptibie, ce!le qui présente le plus d’avantages sous tous les rapports.
L'égalité des pieces, sous le rapport de l’étendue t de la nature, est une chose fort importante pour avoir chaque année la même quantité de travaux à exécuter et obtenir la même masse de grains et de fourrages; mais elle est souvent difficile à établir, suriout quand les bâtimens sont dans une position peu favorable et placés à une des extrémités de la ferme ou quand la propriété présente des différences considérables dans la nature et la qualité des terres, ce qui contraint souvent à doubler le nombre des soles, à multiplier les pièces ou à adopter 2 assolemens divers.
Relativement à la /igure et à l'étendue des pièces nous allons emprunter les paroles de l’auteur du Code d'agriculture qui a traité ce sujet avec beaucoup de neltelé.
« C’est, dit J. SinczaiR, un grand avantage pour celui qui exploite une ferme que ses pièces soient d’étendue et de figure convenables. 11 est exposé à des pertes inévitables lorsqu’elles sont divisées au hasard, sans altention au système particulier de culture qu'on doit y suivre. Lorsqu'une ferme est divisée en pièces de diverses étendues il est difficile d'y établir une rotation régulière de récoltes et d'y tenir ses comptes de culture très exacts; il est certainement convenable dans une ferme d’avoir quelques pièces de peu d’étendue encioses pour en former des pâturages, et, dans les situations élevées, les abris que présentent les petits enclos ont aussi leur avantage, l’hiver surtout; mais dans les fermes à grains il n'est généralement pas avantageux d’avoir un grand nombre de petits enclos de forme irrégulière, entourés d'arbres ou de baies élevées, principalement dans les contrées plates où les abris ne sont pas nécessaires. Les clôtures multipliées sont dispendieuses à établir, elles s’opposent à la libre circulation de l’air, donnent asile à un grand nombre d'oiseaux, font perdre un très grand espace de terrain, épuisent le sol, nourrissent une foule de plantes parasites dont les graines se répandent sur les champs et nuisent à la dessiccation des moissons lors des récoltes. D’un autre côté, lorsque les pièces de terre sont d’une grande étendue, il y a moins de terrain perdu, moins de clôtures à exécuter, les récoltes peuvent être rentrées plus promptement et souffrent moins dans ies saisons humides ; dans les pâturages, àl est plus facile de fournir de l’eau pour abreuver le bétail ; enfin dans les grandes pièces de terres arables, on n’est pas obligé, lors du labourage, à des tournées fréquentes et on fait,
lorsque les pièces sont régulières et les sillons de lon- . Bueur Convenable, autant d'ouvrage avec 3 charrues qu'avec 6 travaillant dans de petites pièces de forme irrégulière. Presque tous les autres travaux présentent
uu rapport à peu près aussi avantageux,
« Les circonstances dent doit dépendre l'étendue des pièces de terre sont : L’étendue de la ferme ; dans les petites fermes situées près des villes, c’est peut-être assez de 2 hect, 50 ares à 8 hect.; mais lorsque les fermes sont d’une grande étendue, on peut donner avec
avantage aux pièces depuis 8 jusqu'à 20 hect., et
même, dans quelques cas particuliers, jusqu’à 24 hect,
Cependant, en général, les juges compétens préfèr: nt
les pièces moyennes de 6 à 10 hect., même dans les
grandes fermes quand les circonstances locales le per-
mettent; — Le so er le sous-sol; on doit faire at-
tention, lorsque le sol est varié, de séparer les terrains
légers des terrains argileux ; non-seulement il est plus
facile de les consacrer à différentes récoltes et de les
soumettre à des assolemens différens, mais il est plus
commode d'exécuter les cultures qui doivent être faites
dans les saisons différentes ; — La rotation adoptée ;
en thèse générale, une ferme doit être divisée conformément à l’assolement qu’on doit y suivre; c’est-àdire qu’une ferme où l'on adopte un assolement de 6 ans doit être divisée en 6 pièces ou en 12, selon les
circonstances. Il est bon qu'une pièce entière, si le sol
est uniforme, soit chargée de la même récolte, et tout cultivateur expérimenté sait combien il est avantageux que les produits de chaque année soient égaux sur la ferme autant que le sol et les saisons peuvent le permettre; — Le nombre des charrues ; il est également convenable que l'étendue des pièces de terre soit proportionnée au nombre de chevaux et de charrues qu’on emploie sur la ferme, de manière que les labours soient achevés en peu de temps et que les hersages, les roulages et la moisson soient terminés plus promptement et économiquement. Par exemple, lorsqu'on emploie 6 charrues à 2 chevaux, on considère des pièces de 7
à 10 bect, comme létendue Ja plus convenable; avec 12 chevaux ces pièces peuvent toujours être terminées
en 4 jours ou en 5 au plus; — L’inclinaison du terrain; même danses terrains bien desséchés on ne peut faire, si le sol est en pente, les sillons très longs, par- “ce que les attelages seraient trop fatigués; — Péturages; lorsqu'en adopte la méthode d’employer le sol en pälurages et en terres arables, surtout lorsque le pâturage doit durer 2 à 3 années de suite, les pièces
de terre de 8 à 42 hect. sont avantageuses; le cultivaleur peut ainsi diviser son bétail; les bêtes à cornes et
les moutons sont plus tranquilles que lorsqu'on les
réunit en plus grand nombre et il y a moins d’herbe
détruite par le piétinement; — Le climat; dans les
climats secs et froids on doit désirer les petits enclos,
à cause de l’avantage des abris, tandis que dans les
sols humides, les pièces de terre en culture ne peuvent
être trop ouvertes et trop aérées, afin que le sol se des-
sèche promptement, que les grains croissent et mûrissent avec plus de facilité et que le cultivateur, favorisé par le libre accès de l'air, soit moins gèné pour ren-
Lrer ses récoltes dans une saison défavorable, « Quoique, dans les grandes exploitations, les pièces
de terre doivent être d'une grande étendue, cependant |
il est très utile d’avoir près de la maison de ferme quelques enclos plus perits pour les vaches qui alimentent la famille, pour y renfermer les poulains et les jumens, pour y cultiver une grande variélé de végélaux et pour y faire en petit des expériences.
æ Quant à la Jigure des pièces de terre, elle peut être carrée ou rectangulaire. Dans les pièces de figure Carrée, on a l'avantage que les clôtures forment des li- £nes droites et que le labourage s’y exécute d’nne ma-