LIV. VII
nière plus expéditive. La forme carrée permet de labourer dans toutes les directions, lorsque cela est nécessaire, et c’est celle qui entraine le moins de perte de temps dans toutes les opérations de l'agriculture, Lorsque les pièces sont petites, on doit préférer la fisure rectangulaire ou en carré oblong, afin que les labours s’exécutent avec moins de tournées. Cette forme a encore l'avantage de pouvoir subdiviser facilement ces pièces par des claies pour faire consommer des récoltes sur place par les bestiaux, Enfin, les champs carrés ou rectangulaires permettent de connaître avec facilité et par un calcul simple, d’après la longueur et la largeur des sillons, si les laboureurs ont bien employé leur temps. »
$ IV.—Des constructions rurales.
L'industrie agricole a besoin, pour loger ses travailleurs, mettre ses récoltes à l'abri de l’influence des saisons ou des déprédations, abriter et tenir chaudement ses animaux de trait et derente, d’édifices ou bâtimens u’on désigne ordinairement sous le nom col ectif de bätimens ruraux ou de maison de ferme.
L'art des constructions rurales ou l’architec. ture rurale est une branche de l'architecture qui s'occupe en particulier de la rédaction des projets et de la construction de tous les bâtimens , édifices ou des travaux d’art qui peuvent être utiles à l’agriculture. Cet art fort important a été beaucoup négligé en France, et nous regrettons que les limites qu nous sont imposées ne nous permettent pas d'entrer dans tous les détails qu'il comporte, et nous force de renvoyer aux ouvrages qui traitent spécialement cette matière.
Les bâtimens ruraux doivent en général attirer l'attention toute particulière d'un administrateur, parce qu’ils contribuent pour une part beaucoup plus grande qu’on ne se l’imagine dans nos campagnes, au succès des opérations dans un établissement. Un emplacement mal choisi, une forme ou une distribution incommodes, des constructions insalubres où mal adaptées à leur service, etc., occasionnent des pertes de temps, de denrées, de capitaux qui accroissent sans nécessité les frais de production. Partout où les maisons de ferme et les bâtimens destinés à loger le bétail sontétroits, et construits d’après des principes vicieux , comme dans la majeure partie de la France, on peut dire sans craindre de se tromper, que l’agriculture n’est pas florissante ; tandis que partout, au contraire, où les bâtimens de ferme sont bien placés, distribués avantageusement, entretenus avec soin , ainsi que cela se rencontre communément en Angleterre et dans d’autres pays, on est en droit d’en conclure que l’agriculture prospère et y est bien entendue. Bu
Des bâtimens qui réunissent les conditions qu’on exige dans ces édifices accroissent d'une manière bien notable la valeur d'un domaine et SINCLAIR ne craint pas d'avancer qu’un fermier industrieux pourra offrir un fermage d’un quart et même d’un tiers en plus pour une ferme dont les terres et les bâtimens sont distribués d'une manière commode et régulière plutôt que pour une autre ferme de mé-
me étendue, &isposée suivant un plan irrégu-
lier et incommode. Dans une ferme comme
CHAP. à°.
ces dernières, ajoute-t-il, une partie desterres est souvent négligée et on y met moins d’engrais; les dépenses de culture y sont essentiellement augmentées, les attelages sont assujétis à une fatigue inutile, le travail ne
eut y être réglé d’un manière profitable, le Détaii ne prospère pas et on ne peut attendre d'aucune opération agricole autant de succès que si tout était disposé autrement.
1° Des conditions générales que doivent remplir les bâtimens ruraux.
Les conditions que doivent remplir des bàtimens ruraux, pour être parfaitement adaptés au service auquel on les destine, sont aussi diversifiées que les habitudes, les mœurs, l’état de l’agriculture , la position topographique des pays et la nature des exploitations. Il en est néanmoins quelques-unes qui ont un caractère de généralité et sur lesquelles nous devons insister plus particulièrement :
1° L'emplacement; c’est un axiome en économie agricole que la maison de ferme et ses dépendances doivent autant que possible étre placées au centre de l'exploitation. Ce princape, comme il est facile de le comprendre, a moins d'importance pour les petites fermes; mais dans les grands établissemens où on néglige d’en faire l’application , non-seulement on éprouve des perles de temps inévitables , un surcroît de travail et de très grandes difficultés pour la surveillance des travaux, mais les pièces de terre qui se trouvent très éloignées, par suite de l'emplacement mal choisi pour les bâtimens, sont cultivées avec moinsde soin ou abandonnées souvent à un misérable état de pâturage qui fait décroitre leur fécondité.
On conçoit d’après cela combien il est peu judicieux, ainsi qu’on le voit dans une foule de lieux, de placer les maisons de ferme dans les villages et à une distance quelquefois très grande des terres qu’on y exploite. Dans tous les cantons les mieux cultivés de la Belgique , ii n’y a que les marchands, les artisans , les ouvriers ou journaliers qui habitent les villages; toutes les maisons de ferme sont placées au milieu des champs qu'on y cultive; c’est même en grande partie à cet état de choses que Scawerz attribue les progrès si remarquables de l’agriculture dans ce pays. Il en est à peu près de même dans quelques départemens du nord et de l’est de la France, en Angleterre, en Hollande, dans le Holstein, en Suisse, en Toscane et dans toutes les localités qui se distinguent par des progrès dans l'industrie agricole.
Il est quelques circonstances où on peut s’écarter du principe qui exige qu’on place les bâtimens au centre de l’exploitation ou à peu près ; telles sont celles où l’on est obligé dese rapprocher d’un cours d’eau soit pour abreuver les animaux ou pour les usages domestiques, soit pour mettre en mouvement une machine à battre, des moulins à blé, des roues hydrauliques qui servent de 1: moteurs aux machines d’une fabrique, ou bien celles où le centre de l'établissement ne présente pas les conditions désirables, celles enfin, où la nécessité force de se rapprocher d’un chemin publie, d’un canal, des lieux habités, etc.; c’est à l'administrateur à peser les avantages et
DES BATIMENS RURAUX
les inconvéniens des divers emplacemens, et à se décider pour celui qui lui procurera dans son exploitation la plus grande économie de temps, de main-d'œuvre et de capitaux.
2° La situation et l'orientation. Une maison de ferme ne doit pas être située sur le sommet d’une colline ou sur un sol plat; on doit la placer, quand on le peut, sur un terrain très légèrement en pente et à l’exposition du midi. Cette exposition peut au reste varier suivant les localités. Le lieu où on l’établira sera parfaitement sec, afin que les bâtimens soient plus sains et qu’on puisse plus aisément les maintenir chauds et propres; il sera d’un accès facile pour les animaux et les véhicules ; il s’élèvera suffisamment au-dessus du niveau du domaine pour qu’on puisse apercevoir d’un coup d'œil la plus grande partie de celui-ci et tous les travailleurs qui opèrent dans un point quelconque. Le bord d’un petit ruisseau sur un sol sablonneux ou graveleux est une situation à la fois agréable, salubre et commode, mais désavantageuse au contraire sur les terres glaiseuses et fortes. On évitera toujours les localités basses et marécageuses qui nuisent à la santé des hommes et des animaux et affaiblissent leur vigueur et leur énergie et celles où l’on est trop exposé aux influences d’un soleil d’été brûlant ou à la fureur des vents, des orages ou des ouragans.
Dans les fonds en terres tenaces et où l’atmosphère est constamment saluré de vapeurs, les charrois et les travaux sont toujours pénibles et les bâtimens malsains et humides ; en outre, ceux-ci s’y détériorent très promptement, et les récoltes, quoique rentrées en bon état, y contractent une moiteur ou même de la moisissure qui diminue leur valeur ou leur cause de notables avaries.
3° La réuni des bâtimens. Le mode qui parait devoir ê’re le plus avantageux dans les parties septentrionales de la France, c’est de réunir tous les bâlimens en un seul corps et sous un méme toit; les frais de construction ainsi que ceux d'entretien sont ainsi beaucoup moindres, et la température au sein de ces bàtimens agglomérés se conserve plus aisément douce et modérée pendant la saison rigoureuse que dans ceux qui sont isolés. Dans le Midi, où on a besoin d’une plus grande circulation d'air, on peut s'éloigner de ce principe.
Dans les pays où, comme en Angleterre, on fait passer aux bestiaux l’hiver en plein air, on a trouvé avantageux de construire sur les pâturages ou les soles trop éloignées des abris légers où les animaux peuvent se réfugier ou recevoir leurs alimens ; on épargne de cette manière tout le travail qui aurait été nécessaire pour transporter les récoltes vertes au centre de l’exploitation et les fumiers sur les champs.
Quelques grands fermiers de ce pays font même construire ainsi dans diverses parties placées trop loin de ce centre, de petites granges légères où on emmagasine les récoltes des champs environnans.
Dans les fermes où s’exercent un ou plu sieurs arts agricoles qui nécessitent l'emploi de la force motrice de l’eau, on est souvent obligé de séparer les bâtimens de la fabrique
LEV. VIL
de ceux de la ferme; c’est même une mesure }; dans l’intérieur de la ferme, et d’opposer les
commandée par la prudence, quand cette fa-
brique est de nature à causer des incen- |
dies
Il en est de même dans les pays où les constructions sont en totalité ou en partie établies en bois ou recouvertes en chaume, en roseaux où bruyères; on sépare ainsi quelquefois tous les bâtimens les uns des autres, comme on le voit dans une grande partie de la Normandie, pour éviter la communication des incendies. Les constructions rurales du etit pays de Waes, si renommé par l’excel- FE de son agriculture, sont, au rapport de Scuwerz, les plus élégantes, les plus commodes et les moins dispendieuses. Les granges, les étables, les hangars sont construits en planches, et la maison d’habitation seule est en briques. Cette maison, qui est propre, commode et munie de plusieurs grandes fenêtres, est ordinairement placée au fond d’une cour spacieuse et gazonnée; les bâtimens d'exploitation sont placés çà et là, à peu de distance, et tous séparés les uns des autres, par des espaces, entourés de haies d’aubépine ou de houx. Les étables où les vaches reçoivent l'hiver des alimens cuits sont près de la maison d'habitation, les granges et autres bâtimens placés à quelque distance. La vue d’une petite ferme de cette espèce est aussi riante et pittoresque que cette habitation est agréable et salubre pour ceux qui la peuplent.
Au reste, dans tous les lieux où les bâtimens sont séparés les uns des autres, il est indispensable de les entourer et de les unir par des clôtures quelconques, afin qu’on ne puisse y pénétrer du dehors que par les portes ou les ouvertures qu’on ménage à cet effet.
49 La forme générale. Les fornies qu’on peut donner à un bâtiment de fernie sont infiniment variables suivant les pays, les besoins et les circonstances ; nous nous costenterons de
arler de celles qu’il convient de donner à des âtimens réunis er un seul corps.
On a essayé de faire des corps de ferme circulaires, c’est-à-dire où ies bâtimens étaient disposés circulairemeut autour d’une cour intérieure. Cette forme, qui, pour un même périmètre, renferme une plus grande surface que toute autre figure, a ensuite été modifiée par MARSHALL, qui a proposé un octoan ou un polygone d’un plus grand nombre
e côtés. Ces figures ont présenté de l’économie dans la construction, mais elles ont rendu les distributions et subdivisions plus difficiles et offert des inconvéniens qui les ont fait rejeter.
La forme à laquelle on accorde généralement la préférence est une aire ayant la figure du carré ou du rectangle. Ces figures sont d’autant plus avantageuses que l’enceinte des bâtimens est plus considérable; ainsi, une maison de ferme qui couvre un are a besoin d’un mur d’enceinte de 40 mèt. de développement, tandis qu’un mur de 80 mèt. ou du double suffit pour clore une surface de 4 ares ou quadruple de la précédente.
Tantôt le rectangle ainsi formé est fermé de tous côtés, tantôt il est ouvert sur l’un de ses côtés. Dans ce cas, on prescrit en règle générale de choisir pour ce dernier l’aspect du midi,pour que l'air et la chaleur solaire pénètrent mieux
3 côtés fermés aux 3 autres points cardinaux de l'horizon.
Toutes les autres formes qui donnent lieu à des projections extérieures ou à des angles saillans ou rentrans sont désavantageuses ; elles augmentent l'étendue des murs d’enceinte et des toits et par conséquent les dépenses, sans accroître Ja surface utile ou la capacité disponible.
5° La configuration extérieure. Il est utile,
| surtout dans les climats exposés aux vents
rigoureux de l'hiver, que les bâtimens préseutent leurs murs d'enceinte à l’extérieur , afin d'y mieux conserver la chaleur. Cette disposition a en outre l’avantage de former de tous côtés une clôture qui prévient les attaques extérieures, et de faciliter toutes les opérations par l'accès que la cour intérieure donne à toutes les parties du bâtiment.
Quelques auteurs ont proposé d'appuyer sur les murs d’un bâtiment central toutes les dépendances d’une maison de ferme, et on voit très fréquemment une disposition de ce geure dans les petits établissemens, mais cette forme qui n’a pas d'inconvénient sensible dans ce dernier cas, et qui du reste entretient une température plus élevée dans le bâtiment central, et procure une économie dans les frais de construction doit être proscrite pour les exploitations plus étendues, 1° parce qu’elle n’y est pas aussi aisément praticable; 2° parce qu’il n’y a pas de clôture et que les faces d’entrée et de sortie des bätimens sont exposées aux vents ; 3° Parce que les incendies peuvent y faire plus de ravages ; 4 parce que le service exige qu’on tourne à chaque instant autour du bâtiment, ce qui occasionne une grande perte de iemps; 5° enfin, parce que la surveillance y est plus difficile et que les serviteurs peuvent s’y soustraire plus aisément à l’œil du maitre.
6° La surface généraleou aire circonscrite par les bâtimens. Elle doit être proportionnelle à l'importance de la ferme, mais soumise néanmoins à quelques conditions.
L'étendue des cours est une chose fort essentielle dans un établissement rural; outre qu'elle est nécessaire pour la santé des hommes et des animaux, elle donne encore une grande facilité quand on peut introduire les véhicules et les faire manœuvrer dans l’intérieur du corps des bâtimens. Cette étendue est encore plus nécessaire dans les fermes où l’on est dans l'habitude d’amasser le fumier et de l’y laisser se parfaire en tas.et surtout quand on en fait des tas distincts suivant le degré d'ancienneté, ainsi que dans celles où on nourrit et engraisse le gros bétail dans des cours où on rassemble et répand journeilement le fumier des écuries et des étables à vaches.
Des cours spacieuses sont encore une nécessité dans le système de la stabulation permanente des bestiaux, afin qu’on puisse de temps àautre faire prendre l’air à ces animaux et les faire sortir soit pour boire, soit pour nettoyer les étables.
Dans des cours d’une étendue convenable, tous les services se font avec aisance sans perte de temps et sans encombrement ; mais, par contre, dans une cour qui a trop d’étendue, il y a surcroît de travail, perte de terrain
cultivable et accroissement Inutile de dépenses pour s’enclore.
7° Le groupement des constructions ou la distribution méthodique des bâtimens affectés à divers services.
Ce groupement, qui mérite la plus sérieuse attention quand on dresse le projet d’une maison de ferme, puisqu'il doit procurer des avantages nombreux et permanens, ne saurait être le mème pour tous les établissemenset doit être modifié suivant que les bâtimens sont destinés à une ferme à grains ou à pâturage ou à un établissement où l’on fait des élèves, à celui où l’on engraisse le bétail, à celui ou l’on récolte du vin ou bien où on exerce plusieurs arts agricoles, etc. * :
« Lorsqu'on construit une maison de ferme il est de la plus haute importance, suivant l’opinion d’un agronome anglais, de grouper convenablement les bâtimens d’exploitation ; il est rare qu’on puisse ensuite corriger les fautes qu’on a commises en ce genre sans de grands sacrifices. Des dispositions locales peuvent, il est vrai, sur un établissement, modifier ce groupement, mais une maison de ferme n’est construite sur un bon modèle que lorsque tous les travaux peuvent s’y exécuter de la manière la plus rapide et la plus économique. Parmi les conditions principales, nous rangeons un accès facile de l'emplacement des meules à la machine à battre ou à la grange, et de la grange aux greniers; le rapprochement des magasins à fourrages ou des silos, celliers ou caves à racines, des étables et écuries, le choix judicieux de l'emplacement pour la fosse à fumier et pour les eaux qui servent à abreuver le bétail, la bonne disposition des magasins où sont renfermées les récoltes, tant pour en faciliter la rentrée que pour en accélérer le chargement, une disposition favorable à la surveillance de tous les travaux, etc. Avec des bâtimens bien groupés, on obtient, avec moins de soins vigilans, plus de travail des domestiques, et on éprouve moins de pertes dans les transports par les infidélités, les coulages, etc.
Dans ce groupement il est aussi quelques autres conditions auxquelles il est utile d’avoir égard ; tellessont, parexemple, lesoin, dansles cas ordinaires, de placer la maison d'habitation et les cours pour le gros bétail au midi, l’étable à vaches, la laiterie au nord, et ainsi des autres portions de bâtimens, suivant les circonstances physiques et locales; telle est encore l’attention de les disposer entre eux de telle façon que les accidens causés par les incendies y soient plus rares ou qu’on puisse plus aisément en arrêter les ravages, etc.
Cette bonne distribution des différentes parties des bâtimens de la ferme entre eux n'exclut pas la régularité, et c’est même le problème qu’il s’agit de résoudre, savoir: d’établir et grouper les bâtimens de manière qu’ils offrent la plus grande somme possible d’avantages, tout en conservant la symétrie dans leur ensemble.
8° L’étendue et la capacité des bâtimens. Elles varient avec l’importance de l’établissement, la nature de l'exploitation, la qualité des terres, etc.
Une ferme à pâturage n’a pas besoin de bàtunens d’exploïation bien vastes; une ferme
DES BATIMENS RURAUX
à laiterie à surface égale en exige davantage, mais moins qu’une Foie à grains à culture triennale, et celle-ci moins encore qu’une ferme cultivée suivant l’assolement alterne et où on exerce un ou plusieurs arts agricoles.
De même, un établissent rural où l’on fait beaucoup de charrois a besoin d’écuries , de selleries et de hangars plus vastes que celui qui n’en fait annuellement qu'un petit nombre. Certaines fermes à grains ou à laiterie placées près des grandes villes et qui se procurent à l’extérieur des engrais ou des alimens, ont des bâtimens qui ne paraissent pas répondre à l’importance de l'établissement, comparativement à ce qu’on voit dans les fermes plus éloignées. L’habitude de conserver les céréales en meules, comme onle fait généralement en Angleterre, en Hollande et dans les environs de Paris, n’exige pas des bâtimens aussi vastes que dans les pays, la Normandie,
ar exemple, où on engrange presque loutes es récoltes. Enfin, on conçoit que sur 2 fermes de même étendue, mais où les terres appartiennent à des classes différentes, où l’on peut récolter sur l’une 2 fois autant de produits que sur l’autre, et avoir besoin de 2 fois autant d’engrais, les bâtimens ne peuvent dans les 2 cas avoir la même étendue.
L’étendue des bâtimens se mesure suivant leurs 3 dimensions géométriques, savoir : la longueur, lalargeur et la hauteur. Les deux premières multipliées lune par l’autre donnent l'étendue superficielle d’un bâtiment, et leur produit ou cette étendue multipliée par la 3e ou la hauteur donne sa capacité.
Quand on connaît l'étendue superficielle que doit recevoir un bâtiment pour loger par exemple, des chevaux , des bestiaux ou des instrumens, on peut faire varier à volonté ses 2 dimensions, suivant les besoins du service et pour combiner l’économie avec la commodité. Il en est de même d’un bâtiment destiné à recevoir des récoltes en couches plus ou moins épaisses et dont on peut modifier les 3 dimensions ou 2 d’entre elles seulement suivant les circonstances.
Des bâtimens trop restreints ou trop vastes sont également désavantageux. Dans le 1° cas, le service par suite de l'encombrement, se fait avec peine; les animaux sont mal garantis contre les rigueurs de l'hiver et on risque, surtout dans les années abondantes, de perdre une partie des récoltes, faute de pouvoir les abriter. Les bâtimens trop étendus n’ont pas moins d’inconvéniens : d’abord les capitaux qui ont été avancés pour leur construction ne produisent qu’un faible intérêt, mais de plus une maison de ferme trop vaste ou qui contient des bâtimens superflus nultiplié sans utilité les soins de surveillance , favorise les infidélités des serviteurs ainsi que la propagation des animaux nuisibles, enfin elle occasionne toujours une augmentation de travail et un surcroit de dépenses pour la clore et la conserver en bon état.
Pour connaître l'étendue qu’on doit donner à des bâtimens, il faut déterminer la superficie que couvriront les uns d’après le nombre des animaux de trait ou de bêtes de rente qu'ils doivent recevoir, et la capacité desautres, d’après le volume ou le poids des récoltes qu’on doit y rentrer. Dans le 1° cas, il faut avoir
égard à la taille et à la race des animaux et à leur mode d'alimentation. Par exemple, une bergerie pour des moutons pelils et communs n’a pas besoin, pour un nombre égal de têtes, de présenter autant de surface que celle destinée à des moutons de haute taille ou perfectionnés ; des animaux nourris constamment à l'étable ont besoin de plus d’air et d’espace
ue ceux qui sortent et pâturent, et les bêtes d'engrais doivent jouir d’un espace libre plus considérable que les autres bêtes de rente.
L'expérience paraît avoir démontré, suivant M. BLock, que l’étendue superficielle des bàtimens pour chaque espèce d'animaux qui composent le bétail de trait ou de rente devait être réglée de la manière suivante :
Pour un cheval de taille plutôt grosse que petite, et y compris le magasin à fourrages, la chambre au coffre à avoine, au hache-paille et la sellerie, 78 pi. car. (environ 7 4/2 mët. car. ). |
Pour une vache plus grosse que petite, y compris le magasin à fourrage , 62 pi. car. {6 mèl. car.); — un bœuf de trait de forte taille, 56 pi. car. ( environ 5 1/2 mèt. car.); — un bœuf d'engrais ,62 pi. car. (6 mèt. car.); — de jeunes tétes de gros bétail de 4 à 3 ans en moyenne, 40 pi. car. (4 mèl. car.).
Pour des bétes à laine, y compris la crèche et les mangeoires, quand ces animaux ne sont londus qu’une fois par an, 10 pi. car. (1 mèt. car.) et pour ceux tondus 2 fois 8 1/2 à 9 pieds carrés ( 85 à 90 décimètres carrés ).
Pour une trute de forte race , 30-à 38 pi. car. (3 à 51/2 mèt. car. }; —un verrat24à 28 pi.car. (2 à 3 mèt, car.);— un cochonneau jusqu’à 6 mois, 40 à 42 pi. car. (environ 1 mèt. car. ) et au-dessus de cet àge, 15 à 16 pi. car. (1 1/3 à 4 1/2 mèt. car. ).
On suppose dans cette évaluation que tous ces animaux sont réunis plusieurs ensemble, et que dans une construction neuve on tiendra compte de l'emplacement des portes et des fenêtres.
La hauteur de ces bâtimens doit être au moins de 10 à 12 pi. pour les écuries, les étables et bergeries, et de 6 à 7 pi. pour les toits à porcs.
La capacité des granges ou autres bâtimens qui servent à emmagasiner les récoltes ne saurait être déterminée avec exactitude, suivant le même auteur, quand on évalue les récoltes en poids, parce qu'un certain poids de céréales dont la paille est très forte et le grain bien nourri tient bien plus de place que si cette paille était fine et mince et le grain amaigri; à ce sujet nous croyons devoir consigner ici les résultats moyens qui ont été obtenus sur le rapport en poids du grain à celui de la paille dans diverses espèces de
raines. On a trouvé que dans un sol fertileet orsque la paille est bien développée, on obtenait pour
100 kil. de gerbes de from. 50 kil. grain et 70 kil. paille.
100 seigle. 25 75 100 orge. 35 65 100 avoine. 30 70 100 pois et vesces. 20 80
et que dans les sols moins fertiles et qui donnent des récoltes de grains moins abondantes et où le grain donne pronortionnellement moins de paille pour
LIV. VII 100 kil. de gerbes de from. 40 kil. grain et 60 kil. paille.
100000. TE NISCle IE SOU 0 PE 100 +2 pis Mrohamonse. ARC ES 10021 AT AN cravoine. 42 PEN TRES 100. . “pois el vestes. 24... "076
Des céréales coupées à la faucille occupent aussi moins de place que celles moissonnées à la faux, parce qu’elles sont moins brouillées et disposées plus régulièrement.
Cela posé, le savant agronome que nous avons cité plus haut a trouvé qu’au moment de la récotte, les produits suivans occupaient terme moyen pour les bonnes et les mauvaises années, savoir :
1 kil, de gerbe de froment d'hiver, 460 50. cubes ou 9200 centim. cub.
1 seigle d'hiver, 480 ou 9600 1 — grosse orge, 44o — 8800.
1 — avoine, 450 — 9000, 1 — pois et vesces, 640 —22800.
1 kil. de trèfle rouge porte graine, 540 — 10800. 1 — blanc. — 440 — 8800.
1 kil. de foin de trèfle et son regain. 480 — 9600. 1 kil. de foin de prairie et son regain, 460 — y200.
En moyenne pour le froment, le seigle, l'orge, l’avoine et les pois, et pour un rapport moyen entre la paille et le grain qu’elle fournit, on peut admettre que 8 liv. ou 4 kilog. de gerbes occupent un espace d’un pi. cube ou 34 décimètres cubes, et que 7 liv., ou 3 1/2 kilog., occupent cette même capacité (environ 1 metre cube par quintal métrique) quand il s’agit d'emmagasiner diverses espèces de récoltes et qu'il faut, dans les granges, laisser des espaces vides entre elles.
Quant aux foins de trèfle ou de prairie et à leurs regains, on voit que 1 quintal métrique (200 liv.) occupe aussi à fort peu près 27 pi. cubes ou un peu moins d’un mètre cube et que c’est sur cette capacité qu’il faut compter pour chaque quintal de fourrage.
Toutes ces récoltes, après quelque temps de jour dans les granges et magasins, diminuent de poids par suite d’une dessiccation plus complète et de volume par le tassement.
9 La distribution et la disposition intérieure des bâtimens affectés à chaque service. C’est un sujet dont nous ne pouvons nous occuper en détail pour le moment, mais sur lequel nous ajouterons quelques notions dans le paragraphe suivant. Il nous suffira de dire que cette distribution doit satisfaire à plusieurs conditions essentielles, savoir : surface utile et disponible la plus étendue possible, commodité pour le service, économie de temps et de main-d'œuvre, salubrité pour les hommes et les animaux, sécurité contre les accidens qui pourraient mettre la vie des uns ou des autres en danger ou compromettre la fortune du maître, Nous renvoyons, au reste, au tome Ie", p. 304, où nous avons parlé des dispositions intérieures que doivent présenter les bâtimens destinés à contenir les récoltes, et au livre des animaux domestiques où on trouve énoncés les principes qui doivent présider à la construction des bâtimens nécessaires pour abriter ceux-ci.
10° L'économie dans Les frais de construction. Nous avons déjà fait connaitre à nos lecteurs, en parlant des améliorations foncières, plusieurs des principes généraux qui doivent guider dans l'établissement des bâtimens ruraux. Nous ajouterous ici quelques observations à ce sujet,
DES BATIMENS RURAUX
Les bâtimens ruraux, les travaux d'art, les | être calculés au moins à 2 ou 3 fois une an-
constructions destinées aux arts agricoles qui sont chargés à l’intérieur de poids considérables, ou qui supportent des efforts énormes de pression, doivent assurément avoir une force qui leur permette de résister à ces pressions ; mais dans un système bien entendu ils ne doivent pas présenter une résistance supérieure à celle que l'expérience a démontrée suffisante et rien ne peut justifier les dépenses qu’on fait ainsi pour leur donner une force qui surpasse les besoins. Il en est de même relativement à leur masse ou à leur solidité. Sous ce dernier point de vue, il serait utile en agriculture d’imiter l’industrie manufacturière qui construit en général des bâtimens légers, d’une durée peu considérable et dont la construction économique permet de disposer d’un capital d'exploitation plus considérable que dans le cas où les fonds sont employés en bâtimens d’une trop grande solidité et dispendieux. L'expérience a bientôt appris aux industriels que les intérêts des capitaux employés en constructions étaient une charge pour la production qu’il fallait alléger autant que possible, et que des capitaux ainsi placés ne rapportaient qu’un faible intérêt et presque toujours fort au-dessous de celui qu'on retire d’un capital de roulement.
« Supposez, dit M. BerGErY dans son Traité d'économie industrielle, que pour 30,000 fr.
vous puissiez édifier un bâtiment capable de durer plusieurs siècles et qu’en limitant la dépense à 10,000 fr., vous obtiendrez une solidité qui comporte une durée de 15 ans seulement. Au bout de ces 15 années vous serez obligés de dépenser 10 autres mille fr. pour renouveler le bâtiment ; mais pendant qu’elles s’écouleront les 20,000 fr. économisés fructifierontet donneront des bénéfices annuels; ces bénéfices capitalisés en donneront d’autres, et au taux modique de 5 p. 0/0 par an, intérêts déduits, ces 20,000 fr. deviendront, en moins de 15 ans, 40,000 fr.; vous pourrez donc disposer de 30,000 fr. et vous posséderez un bàtiment neuf, mieux approprié aux besoins que le temps aura fait naître. À la fin des 15 autres années vous aurez 60,000 fr., et si vous quittez les affaires ce capital libre vous donnera un revenu de 3,000 fr., tandis que le bàtiment de 30,000 fr. ne vous procurerait qu'un revenu de 1,500 fr., supposé qu’il fût vendu au bout de 30 ans tout autant qu’il a coûté.
Les avantages des constructions légères seraient bien supérieurs s’il s’agissait de transmettre de père en fils une exploitation agricole; toute somme qui se grossit annuellement de 5 p. 0/0 devient double en 15 ans, triple en 23, quadruple en 29, quintuple en 33 et sextuple en 37 ; au bout de 40 ans elle forme un capital égal à 7 fois sa valeur primitive et il suffit de moins de 43 ans pour produire 8 fois cette même valeur. »
Quelques auteurs ont essayé de donner d’après l’expérience des évaluations en bloc des sommes qu’on doit consacrer dans un établissement à la construction des bâtimens ruraux; voici à ce sujet les résultats fournis par quelques-uns d’entre eux.
Les agronomes anglais pensent que les frais de construction des bâtimens ruraux sur un domaine varient suivant le loyer et peuvent
née de fermage, et même davantage pour les établissemens de moyenne et petite étendue.
Dans le cas, disent-ils, où ce fermage s'élève de 8 à 12,000 fr., on estime qu’une année doit suffire en moyenne pour la construction de la maison d'habitation et que dans les fermes plus importantes, il ne faut pas plus de 12 à 15,000 fr. pour cet objet; que dans le 1er, ainsi que dans le 2° cas, de 20 à 30,000 fr. sont nécessaires pour la construction des bâtimens d’exploitation. Dans ces évaluations, il faut se rappeler que les constructions rurales sont établies en Angleterre avec soin, qu’elles sont propres, d’une capacité convenable, appropriées à leur service et que le fermier et sa famille y sont logés commodément, mais que les matériaux de construction et la main d'œuvre y sont à un prix plus élevé qu’en France.
D'autres,et particulièrement les agronomes allemands, ont préféré prendre pour base de ces évaluations la production en nature sur les domaines.
Nous venons de dire que l'étendue des bâtimens d'exploitation dont on a besoin sur un établissement rural, au moins ceux qui servent à loger les denrées, se mesurait par la quantité des produits bruts qu’on récoltait sur les terres arables, les prairies et les pàlurages , et que, plus ce produit ret en grains, en fourrages et en paille sur un domaine était considérable, plus aussi il fallait que les bâti: mens fussent vastes pour loger ces récoltes; mais quand il s’agit d'établir à neuf ces bätimens, il faut de plus avoir égard à la valeur des objets récoltés; et, si des bâtimens pour une ferme en terre à froment de 1r° classe doivent à peu de chose près être aussi étendus que ceux d’une ferme en terre à selgle de même superficie et aussi de 1" classe, il est évident qu’un propriétaire ferait une faute grave en consacrant une même somme à la construction des bâtimens ruraux sur les 2 fermes, la valeur du produit étant bien moindre sur la seconde que sur la 1", et ne pouvant payer une rente aussi forte pour la jouissance des bâtimens qui doivent, dans ce cas, être nécessairement moins commodes , moins solides et bâtis en matériaux plus légers, et n’offrant pas autant de sécurité pour la conservation des récoltes, la santé des bestiaux, ou autant de jouissances pour le fermier et sa famille. Or, en partant de cette règle et de cette observation, et en comparant les frais de construction des bâtimens ruraux avec la valeur des denrées qu’ils sont destines à contenir , les agronomes allemands ont cru remarquer que dans les endroits où l'on entendait le mieux cette matière, on trouvait les rapports suivans :
1° Les frais de construction des granges s’élèvent ordinairement de 45 à 50 p. 0/0 de la valeur en argent des grains et de la paille qu’elles peuvent contenir.
2° Les frais de construction des magasins ou des greniers à grains, les hangars et autres bâtimens à loger des denrées s'élèvent de 20 à 25 p. 0/0 du prix des récoltes des grains et de la paille.
8° Les frais de construction des ecurics, des étables ou bergeries, s'élèvent de 120 à
125 p. 0/0 de la valeur des fourrages et matériaux de litière, tels que paille, foin, nourriture verte, pâturage, pommes de terre, betteraves, etc.
Cette évaluation s'applique particulièrement à des bâtimens d’une solidité moyenne, construits à neuf et avec les soins convenables.
Si on voulait évaluer des bâtimens ruraux et les frais de leur bonne construction à neuf, en prenant pour base le produit brut total d’un établissement, les mêmes auteurs ont trouvé les rapports suivans :
1° Les frais de construction des granges s'élèvent sur un domaine de 35 à 40 p. 0/0 de la valeur du produit brut des terres labourables, tels que grains de toute sorte, matériaux de litière, fourrages, pâturages, à l’exception des plantes industrielles.
2° Les frais de construction des magasins ou greniers à grains ou des hangars et autres bâtimens destinés à loger des denrées s'élèvent de 12 à 16 p. 0/0 de la valeur de ce même produit brut.
3° Les frais de construction des écuries, étables, bergeries, etc. s’élèvent de 73 à 80 p. 0/0 de la valeur de ce même produit brut.
Au total les frais de tous les bâtimens s’élèvent de 120 à 136 p. 0/0 de la valeur du produit brut.
A. De la maison d'habitation.
Un propriétaire qui consacre ses capitaux, son industrie et tous les momens de son existence à la production agricole, un fermier qui paie un fort loyer ont des droits à la jouissance d’une habitation commode, salubre et qui contribue à leur bien-être et à celui de leur famille. Pour atteindre ce but, la maison d’habitation doit remplir certaines conditions que nous allons rappeler en peu de mots :
La maison d'habitation de l'administrateur doit étre placée d'une façon telle qu’il puisse apercevoir d’un coup d'œil tout ce qui se passe dans l'enceinte des cours et bâtimens, et mêine, quand cela est possible, embrasser toute l’étendue, ou au moins la majorité du territoire de la ferme, ainsi que les travaux qu’on peut y exécuter,
Cette habitation se place quelquefois au centre d'une des faces de la maison de ferme, parfois au milieu de enceinte des cours ou un peu en arrière de la cour principale; mais il parait préférable de l’établir en avant ou en arrière, à quelque distance de la masse des bâtimens d’exploitation, Par cette disposition, on diminue le danger des incendies ; on a l’avantage de pouvoir entourer la maison d’un jardin, d’en rendre les abords plus faciles et de l’environner d'un air constamment renouvelé qui contribue à sa salubrité, Dans ce dernier cas elle ne doit pas être trop rapprochée des bätimens d'exploitation pour ne pas projeter son ombre sur la façade de ceux-ci qui est tournée vers le midi, ni trop éloignée, parce qu'une distance trop grande entrainerait d’autres inconvéniens.
La salubrité, qui contribue si puissamment à la santé, à la force et à l'énergie des habitans de la ferme, est une condition trop négligée en France, où les maisons de ferme sont presque généralement dans un état révoltant de malpropreté et placées dans les situations les plus malsaines, ou choisies avec le moins de discernement. « Les agriculteurs, fait observer avec justesse le docteur Wazricx, ont quelquefois une santé languissante et une constitution affaiblie sans en pouvoir