LIV. Vii
démêler la cause qui est uniquement due aux effluves qu'ils respirent continuellement autour d’eux et dont ils devraient chercher à se préserver. Ces effluves sont dues à des laines qui s’échauffent, à des objets de sellerie humides, à des eaux de savon croupies, à des graisses, des chairs musculaires qu'on laisse putréfier, à des vètemens imprégnés de sueur qu’on néglige d’assainir, àdes mares à purin ou d’eaux ménagères qu'on abandonne à la fermentation, à des émanations de buanderies ou de fumiers qui se décomposent, à des vapeurs de charbons en combustion, à des gaz ou odeurs qui s’exhalent des denrées récoltées et rassemblées en grandes masses, qui vicient l’air et le rendent impropre à la respiration, et enfin à un mauvais système de ventilation. »
La commodité est non-seulement une jouissance de tous les instans, mais elle facilite la surveillance et économise le temps. Pour être commode, une maison d'habitation doit être suffisamment étendue, relativement au nombre des individus qui l’habitent, distribuée d’après un bon plan et parfaitement adaptée aux divers travaux ou services qui s'y exécutent, De plus, il est juste qu’elle soit décorée avec convenance, c’està-dire avec goût, économie et simplicité.
Aucun capital ne serait, dans un bâtiment de ferme, dépensé d’une manière plus improductive que celui qu’on emploierait à donner une étendue superflue à la maison d’habitation ou à la décorer avec un luxe que ne comporte pas sa destination.
L’étendue superficielle de la maison d'habitation varie nécessairement suivant la condition du fermier et le nombre des individus qui composent sa famille. Un petit exploitant, dont la famille et le personnel se composeront de 4 ou 5 individus, dont les goûts et les mœurs sont simples et rustiques, pourra se contenter de 80 à 100 mèt. de plancher, tandis qu’un gros fer mier qui a un nombreux personnel, qui est souvent plus éclairé et a plus de besoins n'aura pas trop de 2 ou 300 mèt. carrés et plus.
Une maison d'habitation peut s'étendre de 2 manières: 1° sur la superficie du terrain ; 2° en élévation, en y construisant plusieurs étages.
Les maisons qui ne consistent qu'en un rez-dechaussée sont sujettes à être insalubres, surtout dans les pays bas, humides et mal ventilés, et on ne doit construire de cette manière que dans les lieux sains, découverts, bien aérés et sur des terrains secs jusqu’à une grande profondeur. On obvie en partie aux inconvéniens précités en élevant ces habitations sur caves et à 4 ou & pi. et même plus au-dessus du sol. Une maison ainsi bâtie couvre, surtout quand il s’agit de loger un nombreux personnel, un trop grand espace de terrain; sa construction est dispendieuse, principalement dansles pays où les matériaux sont chers, et où on établit des bâtimens massifs; et enfin la distribution des logemens pour plusieurs familles n'y est pas commode, et le fermier, quoique l'accès en soit facile, ne peut surveiller et dominer aussi aisément l’ensemble de la ferme et les travailleurs.
D'un autre côté, ces sortes de maisons ont aussi leurs avantages, suivant un agronome expérimenté, « Les maisons d’habitation des fermiers de la Belgique, dit Scawerz, n’ont qu'un seul étage, c'est-àdire que toutes les chambres sont situées au rez-dechaussée avec les greniers au-dessus. L’entassement des appartemens les uns surles autres, dans les constructions rurales, là où la place ne manque pas, me paraît peu judicieux. Il est vrai que des bàtimens à un seul étage exigent des toits plus étendus, mais aussi on a plus de greniers, qui manquent souvent dans les fermes. Les maisons de cette espèce n’ont pas besoin de murs aussi épais; elles sont plus commodes, puisqu'il
n’y a pas d'escalier à monter, plus chaudes et mieux garanties contre les vents et les ouragans que celles à plusieurs étages, et fort économiques quand on les établit convenablement, comme dans les environs d’Anvers, où j'ai vu des maisons de ce genre fort propres, salubres et très agréables, dont la légèreté m’a paru surprenante. »
Les maisons à un ou plusieurs étages au-dessus du rez-de-chaussée sont en général plus saines, plus commodes pour séparer les divers ménages ou membres d'une famille, plus riantes et plus économiques en construction massive. La surveillance, tant sur les membres de la famille que sur les travaux de la ferme, y est incontestablement plus facile; mais, d’un autre côté, elles occasionnent une perte de temps dans tous les travaux du ménage et ne présentent pas ces vastes greniers qui sont une ressource précieuse en tout temps. Ce sont celles qu’on rencontre le plus communément en Angleterre.
La distribution intérieure de l'habitation mérite de fixer l’attention, parce qu’une bonne distribution rend 1es travaux du ménage plus faciles et qu’elle contribue au bien-être et à l’agrément. A ce sujet, les diverses pièces ou dépendances qui peuvent composer une maison d’habitation exigent une attention particulière.
La cuisine, le fournil, la buanderie, le salorr sont souvent placés dans un étage souterrain. Cette situation n’est bonne qu'autant que cet étage s'élève de moitié de sa hauteur environ au-dessus du niveau du sol et qu’on peut y entretenir une bonne ventilation , autrement, pour ne pas nuire à la santé de la ménagère et des servantes, il serait préférable de les établir au rez-dechaussée ou dans des ailes ou dépendances de la maison. Les caves, celliers aux boissons, aux pommes de terre, aux racines, aux légumes sont très bien placés sous le bâtiment; seulement, quand cet étage n’est pas entièrement souterrain, il faut yÿ construire les murs plus épais ou élever contre eux la terre en talus pour y maintenir en toute saison légalité de la température, La salle à manger, celle de réception ou de réunion ou parloir, le cabinet du fermier, avec sa caïsse journalière, le garde-manger doivent, pour la commodité, occuper le rez-de-chaussée. Les dépendances de ce rezde-chaussée sont la larterie à lait, à beurre ou à fromage avec son échaudoir, qui, quand elle n’est pas souterraine, doit être placée dans un petit bâtiment rejeté derrière la maison et exposé au nord (voy. t. III, p. 2et 5); le fruitier, le conservatoire à légumes, la chambre aux provisions, etc., doivent être à la même exposition que la laiterie; le bücher, les hangars pour certaines opérations de ménage peuvent être groupés autour de la maison; il en est de même quelquefois des cabanes pour des animaux domestiques, tels que chiens, lapins, elc., et des Latrines communes ou privées qu’on peut rejeter à quelque distance. Au 4° étage, on place avantageusement la chambre à coucher du fermier, sur le devant du bâtiment ou du côté de la ferme, afin qu’il puisse voir ce qui s’y passe, les salles pour la lingerie, pour le travail des femmes, la garderobe, un cabinet pour serrer de l’argent, des papierset objets importans, et quelquefois le .ogement des enfans. Au 2° étage peuvent être placées les chambres pour les plus jeunes membres de la famille, avec 2 ou 3 chambres de réserve pour les étrangers et pour des usages quelconques, et enfin dans le comb'e quelques chambres pour les servantes attachées au service de la famille ou pour tout autre usage.
On conçoit que es mœurs, les usages, la situation des lieux, la condition et le degré d'éducation des agriculteurs doivent apporter des modifications infinies à l'étendue, au mode de construction et de distribution de la maison d'habitation; aussi croyons-nous devoir
DES BATIMENS RURAUX
nous borner à ce que nous venons de dire sur un sujet intéressant, mais encore peu étudié parmi nous, nous croyons seulement utile d’ajouter qu'il est d’une très grande importance pour une maison d'habitation qu’on puisse facilement et en tout temps s’y procurer des eaux pures et abondantes, soit pour les usages domestiques, soil en cas où un incendie viendrait à édater.
B. Du logement des serviteurs.
Les serviteurs sont logés tantôt dans la maison d'habitation, tantôt dans les bâtimens d'exploitation, soit dans des chambres disposées à cet effet et placées dans les combles ou au rez-de-chaussée, soit dans les parties des édifices où sont placés les services qui leur sont confiés. Cette dernière méthode est la meilleure, et il paraît convenable que les charretiers et valets d’écurie soient le plus près possible des chevaux pour les surveiller de jour et de puit, et que les bouviers ou bergers puissent sans cesse avoir l’œil sur les bestiaux ; c’est le moyen de rendre la surveillance plus facile, d'accélérer le service et d'assurer la sécurité de la fer me contre toute attaque extérieure ou des événemens imprévus. Ces logemens doivent remplir 3 conditions importantes : 1° [ls doivent être suffisamment spacieux pour que les serviteurs et leur famille, quand ils sont mariés, puissent être logés commodément. 2° Il est rigoureusement nécessaire qu'ils soient salubres, si on veut conserver la santé et l’énergie des employés, et exiger d’eux un bon service. La plupart du temps, on tient trop peu de compte de cette condition essentielle, et on loge les serviteurs dans des lieux mal aérés ou infectés d’émanations insalubres qui peuvent altérer leur constitution. 3° Enfin, ils devraient être placés de telle façon que la négligence, l’apathie ou l’ignorance des serviteurs, défauts trop communs parmi les individus de cette classe, ne puissent causer des dommages considérables aux bâtimens où aux valeurs capitales qu’ils renferment.
En Angleterre et en Ecosse, on est dans l'usage de loger les domestiques, ou même les manouvriers employés aux travaux agricoles, dans de petites maisons dépendantes des bâtimens d’exploitation ou de petites chaumières élevées à quelque distance de ces bâtimens. Ces habitations qui ont un ou deux étages, sont la plapart du temps construites en briques et recouvertes en chaume , ardoises ou autres matériaux. Toutes ont un petit jardin de quelques ares par-derrière, et dans les districts les mieux cultivés de l’Ecosse, où on permet aux domestiques mariés d’avoir une ou plusieurs vaches et des cochons, on construit, lorsque ces animaux ne sont pas nourris avec ceux du maître, de petits abris pour eux soit derrière la maison, soit à l’extrémité de la line de maisons qu’occupent tous les domestiques ou les manouvriers d’une même exploitation. Cette coutume d'élever ainsi pour les employés des maisons qu’on censtruil souvent avec une certaine élégance et beaucoup de propreté, et qu’on réunit en des espèces de petits hameaux ou groupés artistement dans les diverses parties d’un domaine, a donné naissance à l'architecture des chaumières, genre de construction qui joue un rôle important en Angleterre dans les constructions rurales , la décoration des parcs et des jardins et l’aspect pittoresque du pays.
S'il fallait présenter dans ce paragraphe toutes les considérations auxquelles donnent lieu soit la construction, soit la distribution, la forme, etc., de chaque portion des bâtimens ruraux en particulier, nous serions obligés d’entrer dans des détails étendus que ne com-