MATERIAUX EMPLOYÉS AUX CONSTRUCTIONS
La terre employée aux constructions rurales peut être mise en œuvre de différentes manières.
Tantôt on la gâche avec de l’eau et on s’en sert pour combler les intervalles entre les pièces de bois qui forment la carcasse des bâtimens, comme nous le dirons plus loin, et tantôt pour enduire des constructions en menus bois, en paille, en roseaux, etc. Toutes les terres grasses peuvent servir à cel usage, et elles y sont d'autant plus propres qu’elles sont plus homogènes et qu'elles ont plus de ductilité et de liant.
La 2e manière de se servir de la terre dans les constructions rurales est celle qu'on désigne sous le nom de pisé et qui consiste à tasser la terre légèrement humectée entre des planches de bois solidement assujetties et, à élever ainsi par parties des murs très solides, dont on relie les portions par une légère couche de mortier. Cette bâtisse économique, qu’on peut considérer comme composée de grandes briques crues formées sur place, est très usilée dans nos départemens de l’Ain, du Rhône, de l’Isère, dans l’ancienne Normandie, etc. , et convient aux bâtimens ruraux, surtout aux clôtures. Quand on la recouvre d’un enduit, elle est susceptible d’une très grande durée, et il existe des constructions en pisé qui remontent à plusieurs siècles.
« Toutes les terres, suivant RoxpeLeT, qui ne sont ni trop grasses ni trop maigres, toutes celles qui soulien-— nent un talus rapide, sont bonnes pour piser; la meilleure est la terre franche qui estun peu graveleuseou argile sablonneuse, que l'on passe à la claie fine pour enlever les graviers, et qu’on purge soigneusement de tout débris de racines, de fumier, etc. Quand ces terres sont trop maigres, on se trouvera bien, suivant l’expérience que j’en ai faite, de les humecter avec un lait de chaux, au lieu d’eau pure. »
Les bois servent de plusieurs manières dans les constructions rurales. On les emploie le plus communément sous forme de solives ou de charpentes, pour construire les planchers, les toitures, les appentis, les escaliers. Le meilleur bois pour ce service est sans contredit le chène, dont on fait principalement usage dans le nord de la France, surtout lorsque les pièces doivent recevoir des assemblages compliqués et résistans; mais il est toujours d’un prix élevé, et, au-delà d’une cerlaine dimension, on trouve de l'avantage à lui substituer, pour les pièces de longue portée, le sapin, partout où il est commun et où on craint de charger les murs, ainsi qu’on le voit dans le Midi; il faut, toutefois, éviter de se servir de celui-ci lorsqu'on redoute la pourrilure par le contact des maçonneries ou terrains humides. On emploie encore le bois à la construction de toutes les parties des édifices, soit à l’état presque brut, soit en planches, après un travail plus ou moins régulier. Ce genre de construction est commun dans la plupart des pays de montagnes, surtout dans le nord de l’Europe et en Suisse, et les bois résineux sont ceux qui méritent dans ce cas la préférence et ont la plus grande durée. Enfin, on fait usage du bois d'une manière mixte, c’est-à-dire qu'on en construit.des espèces de cadres ou compartimens, dont on remplit les vides avec différens matériaux de construction; c’est ce qu’on nomme pans de bois, quand les bois sont recoupés et assemblés avec soin et lorsque leurs vides sont comblés avec des pierres, des silex ou briques liées avec du plàtre ou du mortier, et construclion rustique ou colombage, quand les bois,revétus encore de leur écorce, sont à l’état presque brut et qu’on remplit les intervalles avec de la terre grasse mélangée parfois avec de la paille hachée, du foin, de la bourre, etc., pour en mieux lier toutes les parties.
On donne le nom de torchis à une sorte de construc-
tion qui consiste en des claies de menu bois, de végéaux ligneux ou autres dont on forme des clôtures et qu'on enduit des 2 côtés de terre grasse et argileuse.
Nous ne parlons pas ici des bois employés à la menuiserie etaux menues constructions rurales, telles que clôtures, pilotis, endiguages, elc., parce qu'on trouvera à cet égard des détails à la page 155.
Dans les bois qu’on destine aux constructions rurales, il faut s'attacher à faire choïx de ceux qui sent parfaitement sains et qui ne présentent aucun des défauts signalés à la page 144.
Ces bois doivent avoir atteint un degré parfait de dessiccation, parce que les bois qui contiennent encore de leur eau de végétation ou de l'humidité occasionnent Lôt ou tard de graves inconvéniens dans les habitations ; ils sont sujets à la pourriture et attirent plusieurs insectes qui s y logent, les minent et ne tardent pas à les détruire; ils donnent naissance à des végélations cryplogames ou champignons qui les font promptement pourrir et les entretiennent dans une humidité constante qui rend les habitations insalubres ; enfin ils éprouvent, en se desséchant, un retrait que!quefois si considérable qu'ils occasionnent la déformation des parties où ils entrent, rompent les assemblages et causent la chute des pierres et la ruine des édifices.
La toiture des bâtimens ruraux se compose ordinairement d’une carcasse à jour qu'on recouvre de divers matériaux sur lesquels coulent les eaux pluviales. Cette carcasse se fait presque partout en bois de charpente pour les grands bâtimens et en menus bois pour ceux qui sont de petite dimension. Dans les villes, on fait aussi usage pour cet objet du fer forgé qui procure beaucoup de solidité, de la légèreté et plus d’espace disponible à l'intérieur. Espérons que cette matière sera bicntôt d’un prix assez modique pour qu'on puisse s’en servir au même usage dans les constructions rurales.
Les matériaux employés pour couvrir cette carcasse sont très nombreux; nous allons passer en revue les principaux :
En Bourgogne et dans le département du Lot et de l'Aveyron, ainsi qu'ailleurs, on se sert de pierres calcaïres ayant la propriété de se diviser naturellement en plaques peu épaisses. Ces pierres malheureusement exigent de très fortes charpentes et chargent beaucoup les murs ; mais elles ont une longue durée et sont d’une solidité à toute épreuve. Dans quelques autres localités, on emploie de même quelques calcaires schisteux qui se soulèvent en feuillets minces et forment des couverlures très propres.
Les matières dont on se sert le plus communément pour la toiture sont les ardoises et les tuiles.
Les ardoïses, dont on fait principalement usage en France, sont des schistes argileux, des phyllades ou micaschistes qu’on extrait aux environs d'Angers (Maineet-Loire), Charleville ou Fumay ( Ardennes), Saint- Lô ou Cherbourg (Manche), Grenoble (Isère), Traversac el Villac (Dordogne), Brives (Corrèze ), Blamont près Lunéville (Meurthe), Redon (Ille-et-Vilaine), etc.
Les donnes ardoises ont le grain fin et se coupent avec netleté; elles sont légères, peu épaisses, dures, rendent un son clair et pur quand on les frappe, sont compactes, et n’absorbent qu’une très petite quantité d'eau quand on les plonge dans ce liquide; il en existe de blanchâtres, de verdâtres, de noires, de violettes, etc.; mais celles de la meilleure qualité sont ordinairement d’une couleur qui porte le nom spécifique de gris d'ardoise, comme celles d'Angers, ou noires ou vertes.
On distingue les ardoises par leurs qualités et par leur échanullon; chaque localité a ses diverses qua-