‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 4)Chapitre 358 sur 595 · CHAPITRE IV.—DE L'ORGANISATION DU SERVICE DES ATTELAGES · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV.—DE L'ORGANISATION DU SERVICE DES ATTELAGES

L'organisation du service des attelages a pour but d'économiser le temps et les frais de main-d'œuvre en appliquant La force de cer-

tains animaux domestiques à divers appareils, instrumens ou machines pour exécuter plusieurs travaux agricoles, qu’on ne pourrait

entreprendre avantageusement sans leur secours.

Ces travaux consistent, pour la plupart, en labours, hersages, roulages, façons diverses données à la terre, et en transports de denrées, engrais ou matériaux, et c’est parce qu'on les exécute le plus communément au moyen de bêtes attelées à une machine qu’elles mettent en mouvement, qu’on a désigné cette branche de Porganisation d’un domaine par l’expression de service des attelages. j

Tous les hommes versés dans la pratique de l’art agricole, sont d’un avis unanime sur la nécessité d'apporter le plus grand soin dans l'organisation de ce service. C’est en effet de la bonne composition des attelages et de la manière dont ils sont dirigés, que dépendent la perfection des façons qu’on donne à la terre et qui jouent un rôle si important dans la quantité eL la qualité des produits; c’est à la sagacité qu’on apporte dans leur organisation

ue sont dues, en grande partie, la célérité 4 travaux, l’économie du temps et des frais de production.

Les animaux qu’on emploie le plus communément en France au service des attelages, sont le cheval et le bœuf, qui se disputent à cet égard la prééminence. On attelle aussi quelquefois les vaches, comme nous le verrons plus loin. Dans quelques pays, et notamment dans l'Isère , le Var, les Bouches-du-Rhône et quelques départemens de l'Ouest, on fait usage du mulet, animal très propre aux travaux rustiques ; dans d’autres on se sert des taureaux. Enfin l'âne, qui est généralement trop faible pour la plupart des travaux agricoles, est cependant attelé quelquefois à la charrue dans des sols très légers , mais plus généralement employé à effectuer des transports à de petites distances, surtout dans les établissemens les plus modestes où il est souvent le seul animal dont on puisse payer les services.

Nous traiterons d’abord dans une première section de la composition des attelages, et ensuite dans une 2e section de leur force et de leur nombre.

SECTION 1'°.— De la composition des attelages.

Nous venons de dire que les attelages étaient 1e plus ordinairement composés de chevaux et de bœufs, et que ces deux espèces d’animaux de trait se disputaient la prééminence ; nous allons en 1er lieu faire connaître comment on parvient à comparer le travail de l’une ou de l’autre de ces espèces, et à en établir la mesure économique; puis après cela nous parlerons des attelages de vaches.

$ Ier, — Du travail des bêtes de trait et des frais de leur service.

Il »’y a peut-être pas de question qui ait été plus vivement débattue, soit parmi les agronomes, soit parmi les cultivateurs, que celle relative à la préférence qu'on doit donner aux chevaux sur les bœufs. Nous ne croyons pas devoir rapporter les nombreux argumens qu’on a fait valoir en faveur des uns et des autres, parce que cette question, traitée de cette manière, ne nous paraît pas avoir été envisagée avec la généralité qu’elle comporte ; mais pous

COMPOSITION DES ATTELAGES

pensons qu’il est utile de rappeler qu’autrefois les bœufs étaient employés presque exclusivement aux travaux des champs, et que, dans presque tous les pays où ces travaux, au lieu d’être comme jadis irréguliers et intermittens, sont devenus constans et uniformes ; et principalement daus les exploitations étendues qui paient un gros fermage et où les agriculteurs sont dans l’aisance, on parait avoir donné la préférence aux chevaux. L'emploi de la force de ces derniers a même prévalu sur les petits établissemens où il n’y a pas toute l’année d’occupation pour les attelages et où l'entretien de ces animaux parait devoir être dispendieux.

Il importe peut-être ici de faire observer

ue, d’après les principes des plus célèbres éleveurs de bestiaux, on doit regarder comme des qualités très précieuses pour les bêtes à cornes la faculté d’engraisser jeunes et de prendre facilement la graisse à tous les âges. Ces qualités se rencontrent à un éminent degré dans les races dites perfectionnées qu’on est surtout parvenu à créer en Angleterre; mais ces races, par des canses dont nous n’avOns pas à nous occuper ici, sont devenues en même temps moins robustes et moins propres aux travaux de l’agriculture que les bé- Les communes, et, en outre, comme elles donnent des animaux qui, dès l’âge de 3 à 4 ans, fournissent pour la boucherie une chair d’aussi bonne qualité que celle des bœufs qu’on garde jusqu’à 8 ou 9 ans en les faisant travailler, les agriculteurs ont trouvé qu’il était plus avantageux pour eux de les élever plutôt comme bêtes de rente que pour le travail, puisque leur prompte maturité et leur engraissement facile donnaient lieu à un renouvellement plus prompt des capitaux avancés pour leur éducation et leur entretien, et d’employer exclusivement les chevaux à tous les travaux d’économie rurale.

La question de l’emploi des chevaux et des bœufs dans les travaux ruraux se rattache aussi à plusieurs sujets d'intérét public, que nous passons toutefois sous silence pour ne l’envisager que sous le point de vue purement agricole.

Dans l’organisation d’un fonds, un administrateur doit se proposer naturellement d'effectuer tous les travaux du service des attelages de la manière la plus avantageuse à ses intérêts et la plus profitable à son établissement; or, en réfléchissant aux principes économiques qui peuvent conduire à ce but, on remarque que le travail des animaux doit être étudié sous 4 rapports principaux : 1° la quantité qu’on en obtient d’un animal; 2° la qualité de ce travail; 3° la célérité avec laquelle il peut être exécuté; 4° enfin le prix auquel il revient. C’est en combinant, dans chaque situation et suivant les circonstances, les 3 premiers élémens avec le 4° qu'on parvient à établir la mesure économique du travail des animaux, et à fixer son choix sur le mode qui présente la plus forte somme d’ayantages solides et permanens.

uoiqu'il soit difficile, au moment de l’organisation d’un fonds, d'établir à l’avance avec rigueur le prix du travail des attelages, puisue ce prix dépend de la variation de celui des nnrtes dans les années suivantes, des cas

fortuits qui peuvent occasionner la perte des animaux ou au moins leur inaction pendant long-temps, de: inodifications que l’expérience forcera d adopte: dans le système de culture, ou l’administration economique des divers services, etc., néanmoins, de pareils calculs ont toujours beaucoup d'utilité pour déterminer la combinaison la plus avantaeuse dans le choix des moteurs, et d’ailleurs ils offrent d'autant plus d’exactitude que les chances et les accidens sont prévus et qu'on y porte en compte les sommes destinées à couvrir les pertes qu’on peut éprouver par l'effet du hasard.

Entrons maintenant dans l’examen des élémens qui servent à mesurer économiquement le travail.

10 La quantité de travail. Elle se mesure ordinairement en mécanique par le poids qu'un moteur élève, dans un temps donné, à une certaine hauteur, et dans les applications usuelles par la résistance vaincue ou le poids transporté à une certaine distance dans un mème temps. Dans les travaux ruraux, le temps donné est le nombre d'heures de travail effectif qu'un animal fournit dans l’année, et la résistance est celle que les instrumens ou les véhicules opposent aux efforts que font les moteurs pour les mettre en mouvement. Cette résistance est variable suivant le travail; mais on se sert souvent en économie rurale de celle qu’on éprouve pour labourer la terre et qui offre en général le travail le plus pénible qu’il y ait à faire sur un établissement et celui qui s'y exécute avec le plus d’étendue aux principales époques de l’année.

La quantité de travail qu’on peut tirer d’un animal dans le cours d’une année, sans altérer sa vigueur et sa santé, dépend principalement de sa masse, de son énerge musculatre et du régime qu'on lui fait suivre. On peut accroître celte quantité pour un même animal par un bon mode de répartition des labeurs dans le courant d'une année, et une distribution économique des heures de travail et de repos pendant la journée, par une bonne combinaison dans la force des bètes qui composent les attelages, par l'attention qu'on prend pour dresser et conduire ces animaux et es soins hygiéniques qu’on leur donne, par une nourriture abondanteet substantielle, par l’emploi d’instrumenrs perfectionnés et des meiileures machines, par un bon mode d’attelage et l’emploi des appareils de tirage bien conçus et parfaitement adaptés à la conformation des moteurs; enfin, en ne confiant ces moteurs pour les faire fonctionner qu'à des agens actifs, honnèles et expérimentés.

Nous nons occuperons dans un autre chapitre de la quantité absolue de travail qu’on peut obtenir d’un cheval on d'un bœuf, de taille et de force moyennes, dans les circonstances les plus ordinaires; ce qu'il importe d'établir ici, c’est le rapport entre la quantité de travail du 1er de ces animaux et celle que fourait le second lorsque les circonstances sont les mêmes pour l’un comme pour l’autre, c’est-à dire lorsqu'ils sont de bonne race, de taille et de forces aralogues , bien dressés, entretenus, nourris et conduits avec les soins convenables et appliqués à un même travail.

Les documens qu’on trouve sur ce sujet dans les écrits des agronomes de tous les pays présentent des discordances considérables qui sont dues en grande partie à

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