‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 4)Chapitre 367 sur 595 · DES ATTELAGES · texte numérisé non relu

DES ATTELAGES

Dans le Cantal, les taureaux sont aussi dressés et attelés entre 2 ou 3 ans, époque 1 laquelle leur force n’est calculée que la moitié de celle des bœufs dans la force de l’âge, et dans la belle ferme-modèle du Ménil-Saint- Firmin (Oise), on fait un emploi avantageux de la force de ces animaux en les attelant av manége.

Section JI.— De la force et du nombre des attelages.

Le choix des animaux qui doivent composer les attelages, les formes extérieures, les qualités qu'il est utile de rechercher dans ceux qu'on destine au iravail, la manière de les élever, de les soigner, de les nourrir et de les diriger ont donne lieu à d'importants développemens dans le livre IIF, où lon s’occupe spécialement des animaux domestiques ; il ne nous reste donc à présenter et à discuterque quelques questions générales qui intéressent l'administrateur, principalement au moment où il organise le service de ses attelages. Ces questions sont relatives à la force à donner aux attelages et au nombre de bêtes de trait qu’il convient de réunir sur une exploitation rurale pour y exécuter tous les travaux.

$ Le". — De la force des attelages.

Parmi les labeurs qu’exécutent annuellement des attelages sur un fonds rural, nous avons déjà reconnu que les travaux de labourage étaient les plus pénibles, les plus multipliés et ceux qui nécessitaient des efforts plus soutenus et une plus grande vigueur dans les animaux, et que c’étaient ceux par conséquent qu’on pouvait prendre pour exemple pour établir la commune mesure de la force motrice qu'il convient d’accumuler sur un fonds pour y effectuer tous les travaux qui sont le partage du service de ces attelages.

Avant de nous engager dans la discussion des principes qui règlent la mesure de cette force, disons un mot sur ce qu’on entend par force ou puissance d’une bête de trait.

La puissance d’un animal pour vaincre une résistance quelconque, et en faisant abstraction de la vitesse du mouvement, se compose de 2 élémens: 1° son énergie musculaire, qu varie avec chaque animal suivant sa race, sa conformité, son tempérament et son régime :

20 sa masse, qui est également variable d’un animal à l’autre. La masse se mesure par le poids des animaux. Ce poids, dans la plupart d’entre eux et pour une même espèce, est presque toujours proportionnel à leur volume ou espace géométrique qu’ils occupent, de façon qu'on peut dire d’une manière générale que les animaux qui ont la laille la plus haute avec la plus forle carrure sont aussi ceux qui ont le plus de masse ou qui offrent le plus grand poids. Généralement parlant, entre 2 animaux qui ont la même énergie musculaire, celui qui aura le plus de masse, c’est-à-dire qui sera plus grand et plus gros, sera aussi celui qui parviendra à vaincre avec nn même effort ::1ne plus grande résistance ou à faire dans un temps donne une plus

| grande somme de travail, et qui lemportera

à cet égard sur un animal de taille et de corpulence moindres. L'énergie et la masse, en se combinant dans des proportions infiniment variables, donnent aussi des animaux de puissances très différentes, et chez lesquels cette force où puissance est due pour les uns à la prédominance de l’une ou l’autre de ces qualités, et chez les autres à une heureuse combinaison de toutes deux.

Ceci bien compris, on demande quelle est la force qu'on doit donner aux attelages ou, en d’autres termes, comment ils doivent être composés pour vaincre de la manière la plus complète et la plus avantageuse la résistance constante qu'ils éprouvent dans des travaux de labourage, par exemple dans un sol de cohésion et de consistance moyennes ?

Les lois de la mécanique enseignent que, dans toute nature de travaux, la puissance doit être proportionnelle à la résistance ; or, dans les travaux de l’agriculture il y a 3 modes différens pour rendre la puissance proportionnelle aux résistances qu'il s’agit de vaincre, Voici ces 3 modes.

40 En faisant usage d'animaux quiprésentent une grande taille ou une grande masse,

Ce mode de composition des attelages a donné lieu à des discussions dont il importe de résumer ici les principaux argumens, en prévenant qu'ils s'appliquent plus spécialement aux chevaux.

Deux chevaux d'une haute stature et d'un grand poids, ont dit les partisans de ce système, bien dressés et appariés, tirent d’une manière plus simultanée, surmontent les résistances avec plus d’aisance, et font un labour plus correct et plus uniforme ; ils peuvent ainsi travailler long-temps daus un sol compacte et argileux sans épuiser leurs forces et sans être accablés par la fatigue ; ils sont faciles à conduire et n’ont besoin pour cela que d’un seul charretier; ils exigent moins de harnais, de ferrure, de matériel qu'un plus grand nombre de chevaux moins puissans qui ne feraient quele mème ouvrage ; enfin, dans les charrois, ils se tirent mieux d’un mauvais pas au moyen d’un fort coup de collier.

Les gros chevaux, ont répondu les adversaires, sont

des sujets de choix, difficiles à trouver et à remplacer,

et qui ayant nécessité plus de frais pour leur éducation et pour leur faire acquérir tout leur développement et toute leur vigueur, sont par suite d’un prix proportionnellement plus élevé que les autres; à proportion de leur travail ils consomment plus que des chevaux de moindre taille, et leurs alimens doivent le plus souvent être de meilleure qualité, si on veut les maintenir en bon état. Chez des chevaux de forte corpulence, l’énergie manque fréquemment ainsi que la vivacilé ; leur allure est très souvent lente, parce qu’ils ont unegrande masse à transporter et ils s’usent promptement par leur propre poids; dans les sols argileux ils plombent le terrain, ou nuisent à ceux qui sont légers, humides et ameublis, en y enfoncant profondément. Quand ils périssent par accident où par suite d’épizootie, on perd une plus forte valeur capitale; leur oisiveté ou leur inaction par suite de maladies ou autrement est plus onéreuse ; enfin il est une foule de petitslabeurs auxquels on ne peut pas appliquer un gros cheval, qui ne ferait ainsi qu'un emploi de sa force peu avantageux aux intérêts du cuilivateur.

Ces derniers argumens paraissent péremploires, et il nous suffira de les appuyer par des exemples tirés de la pratique. Tx. Davis, dans son ouvrageintitulé, Coup

d'œil sur l'agriculture du Wilishire, rapporte aue |

LIV, VIX

dans ce comté, où l’on élève des chevaux de taille colossale et auxquels on prodigue l’orge et les autres alimens substantiels, il y a des fermes. où l’entretien d’un attelage de ces animaux est d’un prix aussi élevé que le loyer du fonds où ils travaillent; ces chevaux qu’on achète à 2 ans et revend à 6 aux entrepreneurs de roulage de Londres, et qu'on est obligé de ménager pour qu’ils atteignent toute leur taille et leur beauté, remboursent rarement ainsi et par leur travail le prix exorbitant de leur entretien. Dans quelques endroits de l’Allemagne et de la France, où l’on a voulu appliquer au trait les bœufs de la grosse race suisse qui pèsent ordinairement de 700 à 780 kil., on a trouvé que ces animaux payaient peu avantageusement par leur travail les frais de leur entretien, qu'ils étaient mous, indolens, et ne fournissaient guère plus de travail qu’un bœuf de la moitié ou même du tiers de leur poids, qui ne consommait par conséquent que la moitié ou le tiers des alimens qui sont nécessaires à ces gros animaux ; enfin il parait constant que, dans plusieurs localités de l’Angleterre, le bon sens des cultivateurs leur a fait abandonner ces animaux à forte corpulence , que pendant quelque temps on avaitregardé comme plus propres que les autres aux travaux ruraux.

20 En augmentant le nombre des animaux qui composent les attelages.

Cette augmentation présente des inconvéniens graves qui ont été signalés depuis long-temps. Il est toujours plus difficile de conduire 3 ou 4 chevaux dans un mème attelage que 2 seulement ; il est impossible, fussent ils même dressés avec le plus grand soin, qu’ils ne se génent et ne se contrarient pas mutuellement ; on ne peut ainsi parvenir à les faire tirer constamment avec la même uniformité et en obtenir la même quantité de travail que s'ils étaient attelés séparément ou au moins par paires; la perte de force et de temps qu’on éprouve de cette manière s'accroit avec le nombre de bètes attelées, et au-delà d’une certaine limite, assez restreinte, l'addition d'un autre animal dans les attelages accroi les difficultés sans augmenter la puissance; le travail d’un attelage composé d’un grand nombre d’animaux est la plupart du temps moins correct et moins parfait que celui de 2 bêtes; dans les labours et autres façons données à la terre, ils piétinent et durcissent davantage celle-ci ; uneaugmentation dans le nombre des bêtes de trait accroit aussi les frais pour les harnais, la ferrure, le matériel, le logement, ainsi que pour le salaire et l'entretien des serviteurs plus nombreux qui sont nécessaires pour les soigner et les faire fonctionner, et fait naître une foule d’embarras dans la direction économique et raisonnée de ce service.

Ces inconvéniens dominent surtout quand on réunit sur un domaine des animaux de race chétive ou trop faibles qu’on est obligé d’attelleren grand nombre pour exécuter les travaux agricolesles moins pénibles.

3° En faisant choix d'animaux doués, proportion nellement à leur taille ou à leur poids, d'une grande énergie.

Ce choix paraît conforme aux principes d'une sage économie; en effet, l'énergie dans un animal destiné au travail peut suppléer en partie à la masse et au nombre, et dispense par conséquent d’avoir des chevaux d’une trop forte stature ou de composer les attelages d’un nombre superflu d'animaux. Cette énergie dans un cheval est souvent due aux belles proportions et à l'harmonie des formes extérieures unies à la vivacité et à un cerlain tempérament qui constituent, quand l'animal est en outre doué à un haut degré de l'aptitude nécessaire au service auquel on le destine, ce qu’on nomme un bon cheval de travail. Un bon cheval, ou un cheval actif, énergique, courageux et patient, fournit dans le même espace de temps un bien mcil-

CHAP. de.

leur travail et en plus grande quantité qu’une autre bète du même poids dénuée d'activité et de courage, et comme tous deux consomment à peu près la même quantité de grains et de fourrages et exigent lesmêmes scins et les mêmes frais , il est évident que le travail du 47 a une bien plus grande valeur pour le cultivateur que celui du second ; ce travail convient en outre à us bien plus grand nombre de cultures. Souvent enfin le prix d'achat d’un bon cheval ou d'un bon bœuf n'est pas beaucoup plus élevé que celui d'un autre animal de même apparence, mais dépourvu ces qualités précieuses qu'on doit rechercher dans les bêtes de trait.

Ces principes étant admis, il est aisé d’en faire l'application dans l'appréciation économique de la forcedes attelages.

4° Les animaux de travail ne doivent pas étre de taille ou de dimension trop fortes, ou trop chétives,et on doit donner la préférence à ceux de tarlle et de poids moyens, qui sont en général les plus faciles à rencontrer, et chez lesquels on trouve le plus souvent la vigueur, l'énergie, l’activité, la sobriété, qualités dont àl est si intéressant que soient doués les moteurs animés employés en agriculture ; c’est aussi chez eux que ces qualités, quand on n’abuse pas de leurs forces, se conservent le pluslong-temps. et ceux parconséquentqui four- Bissent un travail à meilleur marché et d'une plus grande valeur, qui sont applicables à des travaux plus variés et peuvent faire dans ces travaux l’emploi le plus avantageux de leur force et de leur temps.

2° Dans lestravaux de labourage on ne doit pas,en général, atteler plus de 2 bétes. C’est une règle admise aujourd’hui à peu près dans tous les pays où l’agriculture a fait des progrès et par tous les praticiens éclairés. L’expérience a prouvé en effet qu’il est bien peu de sols, même les terrainscompactes et argileux, qui ne puissent être labourés avec 2 chevaux, excepté peutêtre les labours de défrichement et le 1° labour de

‘jachère des terres très tenaces. Partout où on a adopté

l'usage de n’aiteler à la charrue que 2 chevaux ou 2 Lbœufs, la situation des cultivateurs s’est fortement améliorée par suite d’une diminution aussi essentielle dans les frais de culture, et ce doit être un motif puissant pour engager les propriétaires et les agriculteurs à introduire sur leurs élablissemens l’usage des charrues à 2 bêtes , ainsi que celui de faire deux attelées par jour.

Lorsque, d’après l'expérience des plus habiles praticiens, nous disons que dans les labours on ne doit pas atteler plus de 2 bêtes, nous entendons également que celte opération est faite avec toute la perfection désirable, c’est-à-dire que la bande est de largeur convepable, la terre tranchée à la profondeur nécessaire et retournée convenablement, que les animaux fournissent dans leur journée le maximum de travail qu’ils peuvent donner et travaillent ainsi journellement sans être trop fatigués et sans que leur santé se détériore et que leur vigueur diminue.

Pour obtenir ces résultats avec 2 bêtes attelées, il faut remplir plusieurs conditions : 4° fatreusage d'une bonne charrue. Un bon instrument de ce genre réduit souvent la force nécessaire pour opérer un même travail à la moitié et au tiers ou même au quart de celle qu'on est souvent obligé d'employer avec une charrue de construction vicieuse ou établie en dépit des principes de la mécanique. 2° Avoir des animaux bien dressés et appariés, soignés et nourris convenablement. Des aniaux bien exercés apprennent à ménager leurs forces et à ne faire aucun mouvemert qui n'ait un but utile, ce qui rend leur travail rapide et régulier , tandis que des bêtes mal dressées ou indociles s’emportent, s’écartent de la voie, dissipent ainsi en pure perte une

Page 1