FORCE ET NOMBRE DES ATTELAGES
partie de leurs forces, et ne font qu’un travail incorrect el qui marche avec lenteur. Dans un attelage composé d'animaux de force inégale, le plus fort fatigue le plus faible et s’épuise en efforts qui ont peu d’effet utile; dans celui où les bêtes ont une allure qui n’est pas la même, le travail ne marche qu'avec la vitesse de celui qui a la marche la plus lerte, et il n’y a que dans des attelages bien appariés où le travail ait toute la célérité et la régularité qu'il comporte. Nous avons parlé plus haut de l'influence de la nourriture sur l’énergie motrice des animaux, et par conséquent sur la quantité et la qualité de leur travail. 53° £mployer des serviteurs habiles, honnétes et intelligens. C'est un fait bien connu que des chevaux conduits par un bon laboureur sont moins fatigués par le même travail que ceux conduits par un homme maladroit ou inexpérimenté. Un homme habile fait d’ailleurs plus de travail dans un même temps, et un meilleur ouvrage. 4° Faire usage de harnais et d'un mode d'attelase bien entendus. Des harnais mal adaptés à la conformation des animaux leur font perdre une partie de leurs avantages et les empêchent de produire le plus grand effet utile dont ils sont susceptibles. Un mode d’attelage vicieux produit le même effet; ainsi l'expérience parait avoir démontré que, dans les mêmes circonstances, 2 chevaux de front font autant de travail que 5 attelés à la file, etc. 5° Régler convenablement les heures de travail, de manière que les animaux aient un temps suffisant pour le repos et fassent néanmoins un emploi avantageux de leur force ; 9 à 10 heures de travail effectif par jour en 2 attelées parait être le mode qui donne les résultats les plus satisfaisans. La répartition habile du travail dans le cours d’une année est aussi fort importante pour obtenir le maximum que peuvent fournir les moteurs, et pour parvenir à ce but on doit autant que possible les faire travailler constamment et non pas irrégulièrement et à de l‘ngs intervalles, comme cela se voit dans quelques établissemens.
« En général, dit M. de Domsasze ( Ann. de Rov., t. 17, p. 103), il m'est impossible de concevoi: qu’on puisse se livrer à l'agriculture avec profit lorsqu'on est forcé d’atteler à la charrue 4 ou 8 chevaux et plus, comme on le fait dans certains pays. L'emploi d’une mauvaise charrue qui exige une force de tirage si considérable et entraine à des dépenses si énormes pour l'entretien des attelages met le cultivateur le plus industrieux, placé dans cette circonstance, dans le plus cruel embarras. S’il économise les labours, ses récoltes diminuent et ses terres s’empoisonnent de plus en plus de mauvaises herbes ; s’il les multiplie, il se jette dans des frais de culture qui ne pourront souvent pas être couverts par le produit des récoltes. »
Lorsque nous nous occuperons de la quantité de travail que doivent fournir les moteurs animés et les agens employés en agriculture, nous ferons connaître le travail journalier des bêtes de trait dans les travaux de labourage; mais on conçoit dès à présent que les terrains qui, depuis l’argile compacte jusqu’au sable mobile, présentent des degrés de cohésion si divers, doivent dans le travail faire éprouver des résistances très différentes, et qu'il convient d’avoirégard à ces différences. Avec un mème attelage de force convenable , on laboure une bien plus grande surface dans un terrain léger que dans un terrain tenace et argileux, et comme nous avons vu que la puissance des animaux pour le travail se composait de leur énergie musculaire et de leur masse, on voit aisément que , pour travailler ces derniers terrains et pour ne pas contraindre les moteurs à déployer une énergie musculaire considérable, ce qui pourrait les épuiser, il convient d'augmenter leur masse, qui leur permet de vaincre alors une partie de la résistance par leur propre poids,
Ainsi, dans les terrains qui offrent une grande cohésion,onchoisira des animaux de travail de taille moyenne, mais doués d’une certaine masse et d’une grande vigueur et qui soutiendront ainsi sans trop d’efforts musculaires un travail long et pénible, tandis que dans les sols lé gers on pourra donner la préférence à des animaux moins puissans, à formes plus sveltes, d’une allure plus légère, et qui expédieront plus d'ouvrage dans un même temps, ou à des animaux un peu plus pesans, mais dont un seul suffira pour retourner le terrain comme on le voit dans plusieurs localités dela Belgique, etentre autres dans la Campine et dans les environs de Lille. Enfin, dans les terrains de cohésion moyenne , on pourra se rapprocher, suivant les circonstances, de l'une ou de l'autre de ces limites.
Il serait du plus grand intérêt pour l’agriculture et pour la solution du problème de l'emploi le plus économique de la force des moteurs, qu’il existât un dynamometre exact et sur les indications duquel on pàt
compter, et qu'avec cet instrument on entreprit une sé- ;
rie d'expériences, d’abord avec une même charrue et un même mode d’attelage, dans des terrains de cohésions diverses, et qu'on mesuràt les forces nécessaires pour opérer ce travail; puis, qu'on fit ensuite dans un même terrain une suite de nou\eaux essais, en faisant varier la forme des charrues, les appareils d’attelage, la vitesse des animaux, etc. De pareilles expériences, combinées avec celles qu’on possède déjà sur la force moyenne des bêtes de travail, serviraient à l'instant même à déterminer, pour ua terrain donné, la force qu’il serait le plus économique de donner aux attelages.
Il nous reste une observation à faire sur l’ensembie de la composition etde la force des attelages. Les uns ont conseillé de les composer tous de bétes de méme poids, et de même force, et d’autres d’avoir des attelages de forces diverses ; l’une et l’autre de ces opinions peut être prise en considération suivant les circonstances. Dans les petits établissemens où les mêmes animaux de trait sont employés à une foule de travaux divers dans le cours d’une année, il parait plus avantageux d’avoir des attelages de même puissance et de force constante; on parvient de cette manière à faire une répartition plus régulière des travaux annuels d’attelage et à appliquer avec économie et avantage aux instrumens ou véhicules une force qu'on connait bien et dont on a élndié l'intensité. Dans les grandes fermes au contraire, où on réussit mieux à établir la division du travail et où il est plus aisé de distribuer également les travaux dans le cours de l’année, on conçoit qu’on doit trouver plus profitable d’avoir des attelages de forces variées et proportionnelles aux labeurs auxquels on les applique ; ainsi, ceux qui laboureront tous les jours sur les terres fortes ou qui feront de pémibles charrois sur des coteaux abruptes ou à travers des routes présentant des obstacles, devront être d’une masse plus considérable que ceux chargés des travaux les plus légers de culture, ou du transport accéléré des récoltes ou des denrées sur des chemins ou des routes unies et en bon état. C’est même un des avantages des grands établissemens de pouvoir ainsi appliquer à un travail quelconque la force rigoureusement nécessaire qui lui convient, tandis que dans les petits on est obligé souvent de mettre en mouvement des animaux et de leur faire exécuter des travaux qui sont loin d'employer toute leur force ei de fournir un travail économique.
$ IL. — Du nombre des animaux d’attelage sur un établissement rural.
Le nombre de bêtes de trait qu’il convient de réunir sur un domaine rural pour exécu-
ADMINISTRATION RURAÏE.