LIV. Vit
nouveaux instrumens dans un canton; l’ignorance, les préjugés, la routine, l’obstination des valets de ferme ou des gens du pays offrent parfois des obstacles presque insurmontables et dont M. de DombasLe, dans son excellent mémoire intitulé Du succès ou des revers dans les entreprises d'améliorations agricoles(1), nous a présenté un tableau exact.
« L'adoption des instrumens perfectionnés d'agriculture semble, dit-il, au 1 aperçu, du nombre de ces améliorations qui sont à la portée de tout le monde, dans lesquelles on peut réussir partout dès le début d’une entreprise agricole. Cependant il est bien certain que c’est par des tentatives prématurées de ce genre que beaucoup de personnes en ont compromis le succès dans leurs exploitations, et quelquefois aussi dans le voisinage. Le concours de la volonté des employés inférieurs ou des valets de ferme est indispensable pour qu’un nouvel instrument, quelque utile qu'on le suppose, puisse s’introduire avec succès dans une exploitation rurale, plus que tout autre genre d'amélioration. Pour obtenir ce résultat, il faut que le maître inspire de la confiance à ses valets, je veux dire de la confiance comme cultivateur et surtout comme possédant les connaissances du métier, car c’est là tout ce qui constitue toute l’agriculture aux yeux des hommes de cette classe.
Communément le propriétaire qui entreprend d'exploiter son domaine en changeant les méthodes du pays ne place guère de confiance dans les idées des valets; mais ceux-ci dans ce cas en placent encore bien moins dans les connaissances de pratique du maître, et il résulte de cette défiance réciproque la situation la moins favorable pour l'introduction de nouveaux instrumens. La confiance ne peut secommander etil n’est qu’un moyen del’obtenir,c’est de la mériter. Aussitôt que le propriétaire aura réellement acquis de l’expérience,
w’il possédera une connaissance approfondie d ses terres; lorsqu'il connaîtra bien la marche et l'emploi des instrumens que l’on y applique tous les jours; lorsqu'il sera en état d'apprécier par ses propres observations leurs qualités et leurs défauts, les avantages ou les vices des cultures qu’ils exécutent, alors ses valets commenceront à juger qu’il est cultivateur, et il trouvera dans les essais qu'il pourra tenter pour introduire de nouveaux instrumens, non-seulement des bases plus sûres pour asseoir lui-mêmeunjugementsur les effets qu'il en obtiendra et pour s’affranchir à cet égard de la dépendance de ses gens, mais aussi bien moins de résistance de leur part. S'il a réussi dans ses 1rtentatives, ou du moins sises valets l’ont vu juger avec discernement et en praticien les instrumens qu'il a essayés, on peut être assuré qu’il lui sera facile d'obtenir une coopération franche et bienveillante dans les tentatives du même
enre qu’il fera ensuite. Je ne crains pas d’afrmer que dans le nombre des mécomptes ue beaucoup de propriétaires ont éprouvés ans des essais d'introduction d’instrumens perfectionnés d’agriculture , la cause principale se trouve dans le défaut de confiance des valets occasionné par l’absence des con-
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naissances de pratique du maître. Il est donc sage de s’efforcer d'acquérir ces connaissances avant de se livrer à des tentatives de ce genre, à moins qu'on n'ait sous la main un homme dans lequel on est bien assuré de trouver,avec des connaissances de pratique, une coopération franche et le désir sincère d’obtenir la réussite des instrumens que l’on veut introduire. » 1
Lorsque nous conseillons de faire choix, an moment où on organise les divers services du domaine, d’instrumens nouveaux et perfectionnés, nous n’entendons pas qu’on garnisse la ferme d’instrumens nouvellement inventés ou de ceux auxquels des agriculteurs ou des mécaniciens auront proposé de faire quelques améliorations qui peuvent être parfois utiles dans une localité, mais qui n’ont pas ce caracière de généralité qui distingue les bons instrumens. En agissant de eette dernière manière, on ferait en effet une faute grave; l’année où l’on forme un établissement rural n’est pas le moment favorable pour faire l'essai de nouveaux instrumens, à cette époque on ne saurait marcher avec trop de circonspection et on a beaucoup d’autres études et de tentatives à faire pour en assurer le succès. Par instrumens nouveaux et perfectionnés nous entendons de bons instrumens,quiont été améliorés d’après les principes de la mécanique ou les préceptes de l'expérience, et qui ont déjà reçu, dans lies pays où l’agriculture a fait les progrès les plus remarquables, la sanction du temps et l'approbation des praticiens les plus éclairés; et enfin ceux qui, dans les circonstances où on se trouve placé, sont les plus propres à remplir les conditions qu'on doit chercher dans l’emploi des instrumens d'agriculture et que nous avons exposées plus haut.
Nous avons insisté il n'y a qu’un moment sur la simplicité, la solidité et la légèreté que doivent présenter des instrumens d’agriculture, et nous avons ajouté quelques considérations sur les matériaux qui doivent servir à les construire; nous n’avions alors en vue que d’énoncer les principes généraux qui doivent guider dans le choix de ces instrumens ; mais quand il s’agit de les acquérir; il faut pousser encore plus loin l'examen de détail. Il ne suffit pa qu’un instrument soit construit d’après un
on modèle et avec des matériaux convenables, il est de plus nécessaire qu’une bonne exécution assure à ces appareils tous les avantages que leur modèle présente et doit garantir. Ainsi, après avoir étudié avec attention la pureté et la rigueur des formes d’un instrument, après avoir reconnu les matériaux qui entrent dans sa construction, on s’assurera de la bonne qualité de ceux-ci, surtout dans les pièces qui sont destinées à éprouver beaucoup de fatigue, des secousses violentes ou des chocs; on examinera avec attention leur mise en œuvre et surtout les moyens d’union des pièces et jes assemblages, et enfin les ornemens toujours superflus dont les constructeurs décorent les instrumens souvent pour masquer certains vices de construction qui ne doivent pas échapper à un œil exercé.
S'il s'agissait d’une machine plus importante, telle que la machine qui sert à battre le grain ou celles qu’on emploie dans divers arts agricoles, il serait nécessaire de n’en faire
AGRICULTURE
COMPOSITION DU MOBILIER. 4x
l'acquisition qu'au moyen d'un marché dans lequel on énoncerait le prix convenu, la uature et la quantité de travail qu’on exige dans la machine et où on stipulerait que le paiement ne serait effectué qu'au moment où, la machine étant montée, le mécanisme fonctionnera bien. Une machine fonctionne bien lorsque sa marche est douce, silencieuse, uniforme, qu’elle remplit les conditions voulues relativement à l’emploi de la force, ou du combustible consommé si c’est une machine à feu, à la quantité et à la qualité du travail exigé. Une mauvaise machine est toujours très dispendieuse par les résultats imparfaits quelle donne, les réparations qu’elle nécessite ou les chômages continuels qu’elle occasionne.
Secrion II. — De la composition du mobilier.
$ Ier. — Des principes propres à guider dans l’évaluation numérique des objets du mobilier.
Le nombre des instrumens d'agriculture inventés jusqu'ici est si considérable qu’il faut nécessairement faire un choix, même parmi ceux qui jouissent d’une réputation méritée.
Ce choix, comme on le pense bien, doit être nécessairement basé sur les besoins du service et sur l'importance ou la nature de l’établissement qu’on organise.
Il est d’abord 2 écueils qu’on doit chercher à éviter quand on s’occupe du mobilier d’une ferme, l’un est de garnir la ferme d’un nombre insuffisant d’instrumens et l’autre d'un nombre superflu.
Un mobilier insuffisant annonce toujours un établissement mal administré et où on veut souvent exploiter une étendue de terrain qui n’est pas en proportion avec les capitaux dont on dispose. Dans une pareille ferme, faute d’instrumens et de machines, on éprouve, dans les cas urgens, des dommages considérables ; les appareils, y fatiguent beaucoup et ont besoin de réparations fréquentes qui occasionnent des chômages prolongés et très onéreux pour l'entrepreneur. C’est douc une économie bien mal entendue que de ne consacrer, sur le capital fixe d'exploitation, qu’une somme qui ne suffit pas pour se procurer tous les objets mobiliers nécessaires pour établir une bonne distribution économique des travaux dans le cours d’une année et pour être même en état de faire face aux cas graves et urgens, et un précepte dangereux par ses conséquences que celui donné par quelques auteurs de mettre la plus rigoureuse économie dans l’acquisition des instrumens, sous le prétexte que c’est un capital qui dépérit très rapidement et ne peut se renouveler qu’au moyen de nouveaux sacrifices.
Remarquons d’abord que les instrumens perfectionnés et bien établis, comparés en particulier à ceux de même espèce mais d'une construction moins parfaite, expédiant en général plus de besogne que ceux-ci, n’ont pas besoin d’être aussi nombreux, et, quoique souvent d’un prix plus élevé comparativement, ne sont pas, au résumé, plus onéreux pour le capital d'exploitation.
Rappelons ensuite que quand on substitue les instrumens mis en action par les animaux au travail de l’homme, on est, il est vrai,