II. Chénes à feuilles persistantes, ou Ch£nes verts
Le Cène yeuse (Q. ilex, Lin.) est un arbre de médiocre grandeur, tortueux et très-branchu. Ses feuilles sont ovales, dentées ou entières. Le fruit varie de grosseur et de longueur,ilest âpre etamer. Cet arbres’elève à30 pieds environ; Le pied cube du bois pèse 70 1. Il prend un beau poli; mais il est sujet à se fendre et à se tourmenter en séchant, Il est
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employé à faire des essieux, des leviers, des poulies de vaisseaux, etc. L’accroissement de l’yeuse est très-lent; mais cet arbre vit plusieurs siècles. Son écorce sert à tanner les cuirs. Le bois du cœur est très-recherché en Languedoc pour les manches de mail, qui conservent leur souplesse lors même qu'ils sont secs. Dans le nord de la France, cet arbre est sensible aux froids. Lorsqu'on l’a multiplié de graine et qu'on veut le transplanter, il ne faut pas tarder, car il reprend difficilement lorsqu'il a plus de 3 ou 4 ans. Il aime en général un terrain sec et sablonneux.
Le CnÈène Lége (Q. suber, Lin.) fig.41) s’élè-
Fig. 41.
ve à 10 ou 12 mèt. Son tronc a quelquefoisune grande circonférence. Son écorce est fort épaisse, spongieuse et crevassée ; ses feuilles sont blanchâtres en dessous.Son boës est trèslourd et d’une grande force ; le pied cube pèse 84 liv. Son écorce est employée à faire des bouchons, des semelles pour se préserver de l’humidité, des chapelets de pêcheurs, des bouées, etc., etc.: pour cet objet on écorche les chênes liéges tous les 8 ou 10 ans, lorsqu'ils ont atteint l’âge de 30 à 50 ans; malgré cela, ils peuvent encore vivre 150 ans. La culture decesarbres est la même que celle de l'yense.
On connaît plusieurs autres chênes verts dont la culture devrait être encouragée en France, surtout dans le Midi, tels que : le CHÊNE ballotte, qui diffère peu de l'yeuse par les feuilles et par le bois, mais dont les glands sont doux et nourrissans : on les mange crus et grillés comme les châtaignes ; Le CHÊNE vert ou castillan que l’on trouve dans la forêt de Broussan, département du Gard: les habitans des environs récoltent ses glands pourles manger crus et cuits; le CHÊNE ægilops, dont la cupule fait l’objet d’un commerce assez important pour les tanneries ; le CHèNE à la galle,qui croît dans l’Asie-Mineure, et qui produit la galle du commerce; le CHèxE fermés (fs. 42), que j'ai trouvé en Provence, dans les haies, et sur lequel on récolte l’insecte précieux qui, avant la découverte du Nouveau-Monde, fournissait à la teinture la couleur écarlate.
Culture du chéne. — On trouve des chênes dans presque tous les terrains; mais ceux qui n’ont pas de fond n’offrent que des arbres petits, rabougris, et lorsqu'ils s'élèvent à une certaine hauteur, ils sont vieux et couronnés de bonne heure. Les terrains frais et profonds, mêlés de sable et d'argile, sont ceux où le chêne prend tout son développement et vit au- delà de 200 ans, La racine du chêne est pivotante el s'enfonce profondément, de sorte que si les couches inférieures ne sont pas perméables à celte racine, l’arbre languit et n'acquiert pas de fortes dimensions; il lui faut 3 pieds au moins de bonne terre pour s'élever en futaie, et 2 pieds pour fournir de bons taïllis. Lorsqu'on a des chênes dans un terrain médiocre ou mauvais, il faut renoncer à en obtenir du bois de service ;et si l’on s’obstine à les laisser croitre en futaie, leur bois ne pourra servir qu’à des ouvrages de fente, parce qu'il sera souvent rouge, échaufféet vergeté; dans ce cas, on ne pourra plus le débiter qu’en bois de chauffage.
Quand même les arbres auraient atteint les dimensions nécessaires, il serait dangereux de les employer aux constructions, parce qu'elles seraient de peu de durée.
On a remarqué depuis quelques années que le chêne n'aime pas à étre planté seul; 1 croît moins vite et dépérit plus promptement que lorsqu'il est mélangé avec d’autres essences , telles que le hêtre, le charmeet surtout les bois blancs.Ona cru autrefois, comme je l’ai dit, le favoriser en le plantant seul; il en est résullé des taillis mal venans et des plantations infructueuses.
Conservation et semis des glands. — Le plus sûr moyen, sans contredit, d’avoir de belles forêts de chênes, c’est de semer les glands.Par le couchage et par les marcottes, on peut bien repeupler un bois taillis de peu d’étendue; mais pour avoir de belles plantalions, il faut semer, et pour semer avec succès, il est nécessaire d’avoir des glands choisis et bien conservés. On doit faire la récolte des glands vers le mois d'octobre, par un temps sec et lorsqu'ils commencent à tomber d'eux-mêmes. On les transporte dans deslieux aérés } on les étend de suite et trèsclair. Il est à propos de les remuer 2 ou 3 fois par jour, jusqu’à ce qu’ils soient ressuyés à
cHAP. 2°.
l'extérieur : alors on en formera des tas d’un pied d’épaisseur, qu'on laisse ainsi jusqu'au morent de les employer.
Quand on ne veut semer qu'au printemps, il faut employer quelque procédé pour les conserver intacts. On en propose plusieurs ; aucun d'eux n’est exempt d’inconvéniens.
Voiei celui qui m’a paru le meilleur : dans un jardin ou tout autre endroit clos et à l'abri des pores, on choisit un lieu sec; on étend sur la place une couche de feuilles d’un pouce d'épaisseur, sur laquelle on dépose en forme de pyramide, et jusqu’à la hauteur de 3 pi., un las de glands après les avoir fait sécher un peu; on recouvre celte pyramide d’un pied de feuilles sèches, ensuite d’un demi-pied de mousse également sèche, puis encore d’un demi-pied: de paille longue, et enfin on place sur ce cône un chapeau de paille semblable à celui dont on couvreles meules de grain dans les campagnes. Au commencement du printemps, ou trouve les glands parfaitement conservés. Alors il ne faut pas tarder à les employer, parce que la chaleur les ferait germer.
Pour conserver les glands qu’on destine à la nourriture des porcs et de la volaille, il suffit de les enterrer protondément dans un terrain sec-et sablonneux, ou de les faire dessécher au four.
Au lieu de semer les glands à demeure, beaucoup de personnes les sément en pépiniére pour en repeupler les forêts, les planter en quinconce, en avenue, au lieu d'aller arracher dans les bois du plant qui est tou- Jours mal conformé et peu garni de racines.
Il faut alors les enlever de la pépinière, en conservant à leur pivot la plus grande longueur possible, et ne pas se laisser détourner de cette pratique par la dépense que doit occasioner cet enlèvement et la profondeur des trous destinés à la plantation.
Entretien des semis. — On doit éviter de remuer les terres ensemencées, avant que les jeunes plants se soient affermis par des racines assez fortes. C’est pourquoi on ne donne aucune culture la première année.
Quant à la seconde, on fait un petit binage au printemps pour détruire les herbes. La troisième année, on donne un bon binage au mois de mars, et sion veut hâter la croissance du plant, on en donne un second au mois de sepiembre.
Dans certains terrainsoù lechêne ne pousse pas d’abord avec force, où il a été brouté par la dent des bestiaux ou gelé, le recepage est indispensable. On fait cette amputation Ja 3° ou la 4° année, obliquement et au nord, ce qui est facile à l’'ouvrier qui tourne le dos au midi. Quelques forestiers allemands ne veulent pas cependant que l’on recèpe les arbres destinés à croître en futaie; ils croient qu’en ayant la précaution de supprimer les üyes secondaires pour réserver la plus belle, on aura des futaies Lrès-élancées. Burren est d’un avis Coutraire à ces forestiers, et nous croyons très-bonnes et très-fondées les raisons qu’il en donne.
Exploitation des chénes.— On doit abattre les chènes lorsque leur accroissement ne fait plus que de faibles progrès, lorsqu'ils annoncent qu'ils sont sur le retour, lorsqu'ils sont atteints de maladies graves, telles aue les
gouttières les chancres, les ulcères, la gelivière, eic., et tout cela sans avoir égard à leur âge ou à leur grosseur. Tel chêne est vieux et caduc à 50 ans, tandis qu'un autre ne l’est pas encore à 160; cela dépend du climal, du terrain et de l’entretien des plantalions. On a conseillé comme un bon moyen d'empêcher la destruction des vieilles souches, de les recouvrir de 2 on 3 pouces de terre immédiatement après l'abattage. Ce moyen est préférable et surtout moins cher que celui de couper les tiges entre deux terres.
Ecorcement des chénes.—Toutes les parties du chêne contiennent un principe astringent nommé tarrin, qui a la propriété de se combiner avec la fibre animale, et de rendre insoluble la gélatine qu’elle contient. L’écorce de l'arbre est la partie qui en contient le plus. On préfère celle des jeunes arbres; cependant quelques auteurs assurent que les vieilles écorces sont metlleures. La noix de galle, qui nous vient du Levant, est encore plus abondante en tannin, mais elle est d’un prix élevé, et jusqu’à ce qu’on ait naturalisé le chêne qui la porte, on se servira de nos écorces jetines où vieilles. Le tan le plus nouveau est le meilleur, et lorsqu'il a servi à tanner les cuirs, il est employé à faire des couches dans les serres chaudes et des mottes à brûler.
On écorce Les chénes dans le mois de mai, lorsqu’ilssonten pleine sève. La bonne écorce doit être unie, vive et brillante. Il faut environ 6 à8 cordes debois pour un cent de bottes d’écorce. Les souches de chênes repoussent avant la fin de l’année, quand les bois sont abattus aussitôt après avoir été écorcés; mais si on les laisse sur pied, elles seront le plus souvent détruites lorsque lesarbresaurontété coupés. Le prix des écorces, comme celui des arbres écorcés, varie suivant les lieux et les pays. J'ai vu souvent, dil un forestier allemand, que l’on avait fait plus d'argent des écorces que du bois sur lequel on les avait enlevées.
A l'exception du charbon de hêtre, celui de chène est le meilleur de tous, d’après les nombreuses expériences faites en Allemagne par le baron pe WarnecL. En résultat, la culture du chêne en taillis ou en futaie est sans contredit la plus avantageuse de toutes les cultures auxquelles on puisse se livrer, lorsque le terrain est favorable. .
JAUME SAINT-HiLAïRE.