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moins dangereux pour le feu, la privation de l'eau ou de moyens d'arrêter l'incendie font aussi varier, dans des limites assez étendues, le chiffre de la prime d’assurance.
2° Le temps, qui détruit tout, n’épargne pas les objets immobiliers qui garnissent les fonds ruraux, et son action doit être étudiée avec soin par l'administrateur. Cette action, en prenant pour exemple les bätimens d'habitation et d’exploitation, tend sans cesse à les détruire et à les mettre hors de service; ce qui arrive constamment au bout d’une période de temps plus ou moins longue, suivant les circonstances. C’est pour allonger cette période et pour reculer l'instant où les bàtimens tomberont en ruines et où il faudra les reconstruire à neuf que l'administrateur doit faire exécuter les réparations qui prolongent leur durée et portent celle-ci bien au-delà de ce qu’elle eût été si les constructions eussent été abandonnées à l'empire des circonstances.
Afin de faire comprendre quels doivent ètre les soins de l'administrateur pour la conservation de la valeur capitale des bâtimens et autres objets immobiliers répandus sur un fonds, nous croyons devoir rappeler que la jouissance de ces objets entraine à des frais qui sont: 40 l’intérét des sommes avancées pour leur construction ou leur établissement; 2° une prime annuelle d’amortissement pour leur construction à neuf, lorsque le temps et la vétusté les auront mis complétement hors de service; 3° les frais d'entretien et de réparation; 4° la prime d’assurance contre l’incendie dont nous venons de parler.
Les intéréts du capital mis en avant pour l’établissement des constructions, bâtimens ou objets d’art varient depuis 2 1/2 jusqu'à 5 p. 0/0 du capital, suivant le taux du pays ou les circonstances locales. Ces intérêts sont ordinairement portés dans les frais généraux pour les objets qui ne sont à la charge d'aucun service en particulier, et au compte de la production végétale ou animale pour les autres objets, suivant le service à l’usage duquel ils sont destinés.
La prime ou fonds d'amortissement est nécessairement basée sur la durée présumable des objets. Plus cette durée est longue et moins la prime annuelle est élevée. La situation, le climat, le mode de construction, le soin qu'on prend des réparations, l'usage et l'emploi des bâtimens apportent des variations sans nombre dans le chiffre de cette prime. Nous avons déjà donné, aux pages 546 et 347, une formule pour le calcul de cette prime ; nous y renvoyons le lecteur en lui faisant observer que tout calcul de ce genre est basé sur la durée moyenne des constructions du même genre, ayant même destination et entretenues en bon état dans le pays qu'on habite, durée que l’expérience apprend à connaître dans chaque localité.
Les réparations à faire aux objets immobiliers dépendent de leur mode de construction. Les bätimens massifs et très solides exigent au moins, pendant la majeure partie de leur durée et une fois qu’ils sont bien assis, des réparations peu considérables et qu’on peut évaluer annuellement entre 1/4 et 2{3 p. 0/0 de leur vateur capitale ; tandis que pour les constructions moins massives et plus légères les frais peuvent s’élever à 1 et même 2 p. 0/0 de ce capital. Dans des bâtimens construits avec la même solidité, la destination et l'usage font encore varier ces frais. Ainsi, pour des magasins à foin, les granges et tous les bâtimens où l’on w’introduit pas d'animaux, et qu’on entrelient secs et propres, les réparations peuvent être évaluées de 1/6 à 1/5 p. 9/0, tandis qu'elles seraient, dans les mêmes conditions, de 1/2 à 2/3 pour des écuries, des étables, une distillerie, elc.
Il n’est question ici que des réparations dites fon:
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cières et qui, suivant les stipulations de la plupart de nos baux, sont à la charge du propriétaire, et non pas des réparations dites locatives, qui doivent être faites par celui qui a la jouissance du fonds et portent en
” général sur des objets immobiliers que l’usage fréquent met promptement hors de service. Ces réparations sont difficiles à évaluer à l’avance ; dans un établissement bien organisé, elles ne doivent pas s'élever à plus de 1/2 à 1 p. 0/0 de la valeur locative des objets.
La prime d'amortissement et les frais pour réparations sont,comme les intérêts, en partie portés aux frais généraux et en partie dans le prix du service des agens qui concourent à la production végétale ou animale.
En résumé, si nous pouvons avoir confiance dans les faits nombreux rassemblés par M. BLocx, le fonds d’amortissement, les frais de réparation et ceux d’assurance contre les incendies ne devraient pas, pris ensemble et terme moyen, pour les bälimens de toute sorle et annuellement, s'élever au-delà des chiffres suivans, Savoir :
10 En constructions massives et solides, de 2/3 à 3/4 p. 0f0.
20 En constructions légères, de 4 2/3 à 2 4/5 p: 0/0.
3° En moyenne, pour les unes ou les autres, de 1 1/6 à 1 1/2 p. 0/0.
En supposant , toutefois , que les sommes annuelles mises de côté pour cet objet sont capitalisées et leurs intérêts accumulés jusqu’à ce qu’on en trouve l’emploi,
5° Les hommes, tant les serviteurs ou manouvriers qui sont employés sur l'établissement que ceux qui lui sont étrangers, peuvent de bien des manières causer des dommages aux objets immobiliers qui garnissent un fonds. Tantôt c’est par négligence ou incurie qu’ils renversent, détlériorent, bouleversent ou détruisent ces objets, tantôt c’est par malice et à dessein qu'ils les altèrent, les brisent ou en changent la destination. Dans tous les cas, il n’y a que des moyens actifs de surveillance et une répression prompte et énergique qui puisse prévenir ou mettre un terme aux abus de ce genre.
B. Lesrécolies sur pied sont un bien qu’il faut défendre sans cesse, et avec la plus infatigable activité, contre des fléaux de tous genres ou contre une multitude d’ennemis qui les attaquent et cherchent à les détruire ou à se les approprier. Nous n’entrerons pas ici dans le détail des dommages sans nombre que cette partie des objets immobiliers d’un fonds peut éprouver tant qu’elle reste en cet état, et nous dirons seulement qu'aux fléaux atmosphériques ou autres, il faut opposer l’assurance ; que les attaques des animaux doivent être repoussées par les moyens de destruction que l’art agricole a découverts jusqu'ici, et que, contre les déprédations et les dommages causés par les hommes ou les animaux qu'ils élèvent, matière intéressante que nous avons envisagée dans notre partie législative, il faut avoir recours à une surveillance active et aux moyens de répression indiqués dans cette partie de notre ouvrage (p. 285).
$ III. — Des moyens de surveillance pour les objets immobiliers.
La conservation du capital foncier ou des objets qui le représentent étant, avons-nous dit, un des soins qui doit le plus préoccuper l’administrateur, celui-ci doit, dans ce but, organiser un mode de surveillance, de réparation des dommages et de répression des délits pro pre à en prévenir la perte ou la détérioration. Cette partie de la direction des domaines, nous la nommerons police des champs et bätimens ruraux.
L'exercice de la police des champs et bétimens ru-
DIRECTION ÉCONOMIQUE D'UN ÉTABLISSEMENT
rauz appartient de droit et en propre à l’administrateur qui, au besoin et suivant la necessité, peut déléguer une partie de son autorité à des personnes de confiance, Néanmoins, nous lui conseillons de ne jamais se dessaisir entièrement de ce droit, qu’il ne pourrait déléguer en entier sans courir les risques de voir les opérations perdre de leur ensemble et de leur activité, et souvent l'établissement et les capitaux qu’il représente compromis par l’indifférence d’agens secondaires qui, rarement, portent le même zèle, le même scrupule et autant d'attention que le maître dans tous les détails dont se compose l'administration d’un grand étab!issement.
Afin d'exercer d’une manière complète et régulière cette police, l'administrateur fait d’un côté tous les réglemens qu’il juge nécessaires pour prévenir ou punir toute faute ou délit et pour arrêter dans leurs conséquences tous les accidens graves ou les événemens fàcheux. Il fait choix de personnes de confiance, et sur le zèle desquelles il peut compter, qui doivent le remplacer dans certaines occasions ou J’assister en cas de besoin. Il constate par lui-méme ou par ses mindataires toute atteinte portée à son droit de propriété, défère les délinquans aux magistrats compétens, poursuil et soutient toutes les actions judiciaires, etc. De l’autre côté, il fait personnellement ou fait exécuter par ses agens de fréquentes inspections. Ces inspections peuvent être entreprises à des époques fixes et à des intervalles réguliers dans le cours de l’année, mais elles n’excluent pas d’autres visites que l'entrepreneur doit faire tout à coup, de temps à autre et sans être atlendu, et qui lui permettent d'observer une foule de choses importantes, qu’on dissimule souvent ou qu’on cherche à cacher à l'œil du maître quand on sait qu’il va paraitre.
Pendant ces sortes d’inspections, l'administrateur examine en détail et avec soin toutes les causes générales ou particulières qui tendent à détériorer son fonds et à diminuer sa fécondité ; 1l inspecte avec la plus scrupuleuse attention tous les objets immobiliers qui le garnissent, étudie leur état de conservation, constate leurs détériorations ou es dommages qu'ils ont éprouvés, apprécie leur durée probable ; puis, passe aux récoltes sur pied, s’assure de leur état, -médite sur les mesures qu’il sera nécessaire de prendre por conjurer ou atténuer l’effet des fléaux ou arrêter les attaques extérieures dont elles peuvent être l’objet.
Partout il consigne par écrit, et dans un carnet spécial, toutes ses observations et tous les renseignemens dont il juge qu’il aura besoin. Rentré chez lui, il prend, d’après ses noles, toutes les dispositions nécessaires pour remettre les choses en état et rétablir l’ordre ; il dresse le projet de tous les travaux pour réparations ou améliorations (voy. p. 404) qui doivent être entreprises sur le fonds; et enfin il arrête les mesures qu'il croit utiles pour faire punir les délits et les contraventions.
Pour diriger avec plus de facilité et d'ensemble les agens qui doivent prévenir, conslaler ou réprimer les délits ou les attaques contre sa propriété, ou bien les travailleurs qui réparent ou rétablissent les lieux ou les objets immobiliers, l'administrateur a constamment sous les yeux le plan cadastral ou la carte topographique, qu'il a fait dresser, et où sont indiqués l’emplacement des bornes et poteaux qui fixent les limites de son héritage, le relief et les accidens du terrain, la division des pièces de terre, leschemins ruraux, les clôtures, les cours ou amas d’eau et les sources, et tous les objets d’art et de construction établis sur le fonds. Chacun de ces objets porte un numéro d'ordre qui renvoie à Pétat de lieux dans lequel ils ont été décrits avec détail
let précision au moment de l'entrée en iouissssce,
Das l'exercice Ce la police des champs et bâtimens ruraux, l'administrateur doit être guidé par les principes généraux suivans :
Tout abus, tont acte de négligence qui peut avoir causé un dommage quelconque au fonds où aux objets qui s'y trouvent établis, que ces actes ou abus proviennent des serviteurs de l'établissement où des étrangers, doivent ètre réprimés avec sévérité. La fermeté, dans des cas semblables, est indispensable si on ne seut pas voir quelques actes d’indulgence consacrer ces abus et les rendre, avec le temps, intolérables et très difficiles à déraciner.
De même, les délits doivent être punis ou poursuivis avec vigueur ; c’est un bon moyen pour les arrêter dans leur cours et les rendre moins fréquens et moins audacieux,
Un désastre, de quelque nature qu'il soit et quelle que soit la cause qai lui donne naissance, doit, aussitôt qu'il a été constaté et qu’on a pris les mesures de précaution pour en prévenir le retour, être réparé sans délai. Dans un établissement rural, tout devant être dans une activité constante, les grands instrumens de la production, comme le fonds de terre ou les choses qui doivent ea faciliter l'exploitation, tels que les chemins, canaux, fossés, rigoles, etc., doivent être constammeut dans le meilleur état d’entretien sion veut tirer de ce fonds un bon service ou le plus grand produit qu’il soit capable de donner.
De la même manière, les détériorations ou dégradations aux objets qui garnissent le fonds, tels que bàtimens ruraux, constructions diverses, eic., ne doivent pas éprouver de délai ; la négligence, dans ce cas, ne tarde pas à accroitre le mal dans un rapport qui augmente en progression toujours croissante et qui finit par jeter dans des dépenses considérables pour le rétablissement des lieux. Par des réparations légères et faites à propos, non-seulement on prévient des détlériorations fort étendues, mais on prolonge souvent pour un temps assez long la durée d’un mur, d’un plancher et même d’un bâtiment tout entier qui, sans cet entretien, eussent été en peu de temps hors de service et eussent nécessité une nouvelle construction, toujours très dispendieuse. Rien d’ailleurs ne témoigne mieux de habileté de l'administrateur et de la prospérité de son établissement que le bon état d'entretien des objets immobiliers, Partout où l’agriculture est mal dirigée, nonseulement les terres y sont en mauvais état, mais les bâtimens y tombent en ruines ; les objets d’art n’y reçoivent nul entretien, et les uns et les autres, devenus peu à peu impropres à remplir leur destination, font descendre au plus bas degré le produit net du domaine,
SECTION IT. — De la direction économique et administrative des objets mobiliers.
Nous comprendrons, dans les considérations où nous allons entrer dans cet article, tous les objets qui font partie du capital d’exploitation de l’entrepreneur, et, comme nous savons déjà que ce capital se divise en 2 portions, l’une, qui est engagée, et l’autre, circulante; nous profiterons de cette distinction pour étudier chacune d'elles dags 2 paragraphes différents.
$ Ier. — Des objets qui forment le capital fixe d’exploitation.
de trait et de.rente, ainsi que le mobilier qui doit gar-
CIY., WA,
nir l’établissement. Tous ces objets sont de leur nature périssables, et c'est de leur bon entretien que dépend la conservation de cette partie du capital d’exploitation. à
Dans un établissement bien organisé et où tout marche d’après les principes d’une bonne direction, le capital engagé d'exploitation n'est susceptible d'aucun accroissement utile; ainsi, il ne peut être question d'augmenter le nombre des instramens ou des machines, ainsi que celui des animaux de trait ou de rente, puisque ces services ont reçu, dans leur organisation et dès l’origine ou successivement, tous les développemens qu'ils comportent. Tous les soins de l’administrateur doivent tendre à conserver à cette partie de son capital la plus grande partie de sa valeur, et à s'opposer à ce qu’il y ait dépérissement ou perte complèle par une cause quelconque.
Les causes qui tendent à amener le dépérissement et la détérioration du capital fixe d'exploitation sont, dans les cas ordinaires, les accidens graves, les épizooties ou l’incendie, le temps et l'usage ; enfin, les hommes par cas fortuit ou à dessein. :
Aux 17e causes, l'administrateur oppose l'assurance sur la vie des animaux et contre l'incendie; il remédie aux 2% par l'entretien et les réparations, et aux 5° par les mêmes moyens, mais en y joignant une sarveillance active pour les prévenir ou pour réprimer, ainsi que nous le dirons plus loin, les désordres auxquels elles donnent lieu.
La base sur laquelle on s'appuie pour la conservation de cette portion du capital d'exploitation est l'iventaire ou état détaillé de tous les objets mobiliers, appartenant au capital fixe, qui se trouvent sur l’établissement. Cet inventaire fait connaître non-seulement le nombre de ces objets, mais leur état, àge ou condition au moment où ils ont été inventoriés. Chaque année ensuite, et plus souvent si on le juge utile, on vérifie, l'inventaire à la main, le nombre de ces objets, les détériorations qu’ils ont éprouvées par des causes quelconques, et on détermine la remonte ou les réparations qui sont nécessaires pour maintenir les services en bon état et s'opposer à la perte, la dissipation ou la diminution de la valeurde cette portion des capitaux.
Examinons maintenant en particulier les principes applicables à la direction économique de chacun des services dont se compose le capital fixe d’exploitation.
1° Des animaux de trait.
L'objet le plus important qui puisse occuper l’administrateur dans la direction économique de ce service, ce sont les moyens d'obtenir des animaux la plus grande somme de travail.au moindre prix possible. Pour atteindre ce but, quand le service des attelages a été organise avec habileté, ilest nécessaire de poster son attention sur le régime qu’on doit adopter pour les animaux de travail.
Le régime des animaux, quand il est bien dirigé, contribue essentieliement à entretenir leur vigueur et leur santé. Tout animal auquel on fait suivre un mauvais régime ne rend pas la totalité des services dont il est susceptible et souvent dépérit avec promptitude. Une bête de trait, qu’on est obligé de laisser à l’écurie par une cause ou une autre, est loujours très onéreuse pour un établissement. I faut donc avant tout s’appliquer à régler le régime des bêtes de trait, de façon qu’on les maintienne autant que possible dans un état
| constant de santé et de vigueur, et chercher, dans la Le capital fixe ou engagé d’exploitation, ainsi qu’il | est expliqué à la page 387, sert à se procurer des bêtes !
direction de ce service, à n’entretenir que des animaux sains et robustes, dont on puisse, avec des soins convenables, ürer un bon travail. Un animal faible, mala-
cHAP:-1°".
DIRECTION ÉCONOMIQUE D'UN ÉTABLISSEMENT
dif ou dont on n'obtient qu'un mauvais service doit être | réformé. Un bon cheval ne coûte pas plus à nourrir
qu’un mauvais et rend bien plus de services.
Le régime des animaux de travail embrasse les soins de propreté et hygiéniques, leur alimentation et leur application au travail.
Nous n'entrerons pas ici dans des détails sur les |
soins de propreté que réclament les bêtes de travail et les mesures hygiéniques qu’on doit prendre relalivement à la salubrité ce leur habitation et des objets qui sont à leur usage, parce qu'on trouve dans le livre qui traite de l'éducation des animaux domestiques toutes les instructions qu'on peut désirer sur ce sujet.
Relativement à leur alimentation, nous avons également peu de considérations à présenter, parce qu'on a, dans le même livre, trailé la question avec étendue. Nous croyons devoir rappeler que le mode d’alimentation a une influence bien décisive sur la vigueur et la santé des animaux, et que nous avons déjà eu occasion, dans le cours de ce livre (p. 425), d’établir que la quantité de travail qu’on tire d’un animaïi est presque constamment proportionnelle, daus certaines limites, à la quantité et à la qualité de ses alimens; ce qui démontre la nécessité de choisir et régier ceux-ci de manière à atteindre le plus économiquement possible le but qu’on se propose.
Eufn, dans l’application des animaux au travail, il ne faut jamais perdre de vue qu’ils ne sont capables que d’une certaine quantité d'action, qu’en exiger des travaux au-delà de ce qu'ils peuvent fournir suivant leur force, leur condition ou leur alimentation, c’est les user et les mettre promptement hors de service, ou mieux consommer en peu d'inslans, et presque sans fruit, une valeur capitale dont, avec plus de soin, on aurait tiré des services utiles pendant un temps beaucoup plus long,
Afin d’être à même de diriger dans tous ses détails le service qui nous occupe, l'administrateur fait de frequenies visites à ses animaux de travail; il les exainine les uns après les autres en particulier, sous le rapport de leur bon entretien, et observe, par lui-même où par le secours d’un komme de Part, leur état sanitaire. Puis, il s'assure que les animaux ont recu exactement leurs rations d’alimens, que ceux-ci ont été distribués aux époques, aux heures et de: la manière déterminée par lui, qu’il n’a été commis sous ce rapport aucune faute ou infidélité, que les soins de propreté ou les pansemens qu’il à prescrits ont été donnés avec régularité, qu’on a observé avec exactitude les mesures qui ont été arrêtées pour soigner les animaux indisposés ou malades ou pour exécuter celles relatives à la salubriié des écuries, des étables et des vases ou ustensiles à l’usage des animaux, et enfin il donne tous les crdres nécessaires pour compléter où modifier en tout ou en partie ce service.
Dans ces inspections, il examine également l'influence du régime alimentaire qu’il a prescrit sur la force et la santé de ses bêtes de trait; il apporte à ce régune les modifications jugées nécessaires, soit par suite des circonstances dans lesquelles se trouvent les animaux, soit à raison des saisons, des époques de l’année agricole, etc.
C'est surtout quand les animaux sont appliqués au travail que ces inspections sont utiles et qu’elles deviennent instructives pour l'administrateur. D'abord, avant le départ pour les champs ou pour un travail quelconque, ilexamine la manière dant on attelle ses animaux et s'il ne s'est pas glissé dans cette partie du service des négligences ou des abus q vil doit s'empresser de réformer, Pendant les heures de travail, il se rend fréquemment sur les lieux, quaud cela est possible, et vérifie si les attclages sont dirigés et conduits
ais:si qu'il l’avait prescrit et arrêté. Il examine ensuite Comment on gouverne ses animaux dans ce travail, si on les maltraite, les blesse ou les surmène, si on abuse de leur force ou si le travail marche avec l’activité qui donne en même temps un bon résultat et procure l’emploi le plus fructueux de la force des attelages sans leur faire éprouver une plus grande fatigue. Enfin, il assiste souvent au retour des champs de ses bètes de trait, illes examine sous tous les rapports, donne tous les ordres nécessaires pour que chaque animai, soit sain, soit malade, reçoive dans cette occasion tous les soins que réclame son état et à ce que chacun d'eux trouve le bien-être qui doit rétablir ses forces épuisées. Des soins mal ertendus ou de la négligence dans cette occasion tuent plus d'animaux que l’excès du travail et de la fatigue.
Afin de procéder avec régularité dans Ja direction du service des attelages, il est nécessaire d’avoir un registre dans lequel on porie d’abord des détails empruntés à l’inventaire des objets mobiliers et relatifs à chaque bête de travail, tels que son numéro d'ordre particulier et le nom qui sert à le désigner, son âge, sa taille ou son poids; on y ajoute d’autres documens utiles sur l'époque de son acquisition, ses qualités et son aptitude plus ou moins grande pour certains travaux. Dans ce même registre, on peut, à la suite de ces renseignemens ouvrir une sorte de compte à chaque animal, noter, chaque fois qu'il sort, l’agent auquel il a été coufé et qui doit en être responsable, les heures de sortie et de retour, la quantité et la qualité du travail qu'il a fourni, les circonstances ou accidens qui ont pu se présenter pendant le cours du travail, etc. Ce registre cu livre de notes offre par la suite une foule d’élémens précieux pour faire des calculs ou des évaluations économiques,
Toutes ces mesures d'ordre ne seraient d'aucune utilité si on ne savait pas en même temps diriger avec intelligence la partie mécanique du service des attelages. L'administrateur devra donc, après avoir arrêté l'étendue et la nature des travaux qui devront être exécutés, ainsi que nous le dirons plus loin, déterminer le nombre des attelages qui en seront chargés, les animaux qui seront attelés, le jour et l'heure où les travaux commenceront et où ils devront être terminés, la durée des attelées et du repos, les précautions à prendre en se rendant au lieu du travail et au retour, etc. Dans l'exécution de toutes ces mesures, on cherchera autant que possible à n’atteler que le nombre d'animaux strictement nécessaire, en ayant égard à la nature des travaux, aux difficultés ou accidens qu’ils présentent, et en même temps à ce que ces travaux soient exécutés avec la perfection et la célérité désirables. On s'assurera, par des comparaisons ou en consultant l'expérience, que le mode adopté est celui qui donne à la fois les résultats les plus satisfaisans et les plus économiques.
Quand les attelages seront envoyés au loin et quitteront l'établissement pendant plusieurs jours, il faudra redoubler d’attention relativement aux mesures d’ordre à observer pour les diriger. C’est ainsi qu’on arrêlera, et au besoin par écrit, une instruction qu'on délivreraà l'agent chargé de la conduite des animaux, sur la longueur des étapes, le régime alimentaire en route, les soins hygiéniques, et, enfin, les mesures à prendre en cas d’accident. En général, on ne doit donner ces sortes de missions qu’à des personnes ou aides de confiance, et même s'assurer, quand cela est possible, de quelques moyens de contrèle et de vérification. Il est presque toujours désavantageux que les agens, les bêtes de trait, les instrumens ou les véhicules soient, pendant un certain temps, soustraits à la surveillance immédiate de l'administrateur,
Les vrais principes de l'économie prescrivent d’entretentr les attelages dans une activité constante, sans toutefois porter la fatigue au point de mettre temporairement les animaux hors d'état de travailler et de les rendre pour toujours impropres au service, Nous avons vu, en effet, dans le chap. IV du tit. III, combien le prix du travail des animaux s’accruit à mesure qu'on diminue le nombre des heures et des journées de travail dans l’année, et combien il importe à la prospérité d’un établissement que ce travail annuel soit porté au maximum qu’il peut atteindre dans le climat où on se trouve, suivant la nature du terrain et les difficuliés naturelles qu'on doit vaincre, et suivant l'es pèce de bêtes de trait qu’on fait fonctionner.
Les travaux qu'on fait exécuter aux attelages doivent avoir la plus haute valeur possible. On ne doit s'écarter de ce principe que lorsqu'il n’y a aucun autre travail important à faire sur l'établissement et que les menues occupations ne peuvent être faites à meilleur marché. C’est en se basant sur ce principe qu'un agronome instruit blâme avec juste raison les fermiers de certains districts de l'Écosse, qui appliquent plusieurs de leurs attelages, dans la saison de l’année où leur service est le plus utile et le plus urgent pour les travaux des champs, à voiturer d’une grande distance et pour leur usage personnel de la tourbe qu'on pourrait leur délivrer chez eux à un prix très modique, tandis que, par cet emploi peu judicieux de leurs attelages, elle leur revient à un prix élevé.
Nous avons peu de chose à ajouter ici à ce que nous avons dit à la page 454 sur les frais d'entretien du service des bêtes d’attelage, nous désirors seulement rappeler aux administrateurs qu’il parait démontré que tout en Lirant des animaux la plus grande somme de travail, on peut, par des soins intelligens et une bonne alimentation, prolonger la durée de leur vigueur et de leur existence, ce qui diminue la prime annuelle pour renouvellement qui est la conséquence de leur prompt dépérissement, et par suite le prixde leur travail; tandis qu’avecde la négligence ou par ignorance on éprouve des pertes qui exigent, pour être réparées, des frais énormes d'entretien qui rendent alors le travail des attelages, où ces frais entrent comme élemené, fort dispendieux.
Il faut bien se garder de laisser dégénérer la direction du service des altelages en une sorte de routine indifférenle; au contraire, on ne saurait y apporter tropdesoin etd’intelligence.L’expérience,au bout d’un certain temps, a déjà dù démontrer, ou au moins faire clairement sentir, si, lors de l’organisation, on a fait choix de l’espèce ou de la race la mieux appropriée au pays, à la valure du domaine ou au mode d’exploitation adopté, et s’il est nécessaire d’apporter successivement des modifications à cette partie du service. Dans tous les cas, l'achat des animaux qui doivent servir à l'entretien exige des connaissances dans cette matière et une £rande pratique; quand l’administrateur ne possède pas par lui-même ces connaissances ct cette pratique, il doit redoubler de prudence et s'enlourer des conseils d'hommes éclairés et probes. Les fautes dans ce genre donnent presque toujours lieu à des pertes importantes de capitaux.
2° Des bêtes de rente.
La majeure partie des obligations qui ont été imposées à celui qui conduit ur établissement rural dans le paragraphe précédent, relativement à ladirection économique et administrative du service des animaux de trait, doivent lui être également prescrites pour les bétes de rente, et c’est un devoir impérieux pour lui de régler avec un soin tout particulier leur régime hygiéniqueet alimentaire, de s’assurer, par des visites très mul-
tipliées, de leur état sanitaire et physiologique , et de donner enfin tous les ordres ou prendre à leur égard toutes les mesures que les circonstances peuvent exiger. L'œil du maitre, dit un proverbe vulgaire, engraisse les bestiaux. Rien ne témoigne mieux de l'état florissant d’un établissement quedes bestiaux bien choisis et bien entrelenus, tandis que des bêtes chétives, maigres et débiles sont toujours l'indice d'une administration ignorante ou incapable et qui néglige tous ses devoirs.
C'est une chose qui mérite les plus mûres réflexions de la part d'un administrateur quede déterminer à qui il doit confier le soin de ses bestiaux, surtout lorsque ceux-ci ne restent pasconstamment à l’étable et sous son contrôle immédiat. Dans ce cas, c'est en effet du choix de l'agent qu’on chargera de cet objet que dépendra en grande partie la prospérité du troupeau, et il ne suflit pas que cet agent soit probe, actif, vigilant et qu’il ait le courage nécessaire pour défendre les animaux qu'on met sous sa garde, il faut en outre qu'il ait des connaissances pratiques dans l'économie du bétail qu'on lui confie ou au moins qu'il ait assez d'intelligence pour observer et mettre en pratique les préceptes et les instructions que le maître lui donne, On néglige trop souvent cette importante branche du service, soit par économie, soit par indolence, et on livre à des enfans où à des individus dépourvus d'intelligence ou des quatités qu'on doit rechercher dans ces sortes d’agens une portion notable et importante de son capital, au risque de lui faire éprouver, par suite de leur incapacité ou de leur incurie, des avaries considérables et peut-être de le perdre en totalité.
Dans tous les cas, les troupeaux qui vont prendre aux champs une partie de leur nourriture seront soumis à des mesures particulières relativement aux époques du pâturage, aux heures de sortie des étables ou bergeries et à celles du retour, à la manière de les conduire dans les pâturages aux époques du jour où ils devront päturer, aux pâturages ou enclos qui leur seront abandonnés suivant les saisons, les temps, la qualité, la nature des pâtis, la taille des animaux, leur race, leur destination, l’époque du part, etc.
Pendant ses inspections l’administrateur vérifiera en particulier ses bestiaux et s’assurera que les mesures qu’il a prescrites ont été observées rigoureusement, que ses animaux reçoivent les soins convenables, qu’ils ne courent aucun danger et qu’on exerce sur eux une surveillance active et éclairée.
Quant à la nourriture à l'étable, à la bergerie ou dans des cours, la surveillance doit être également très active, afin qu'il ne se glisse aucun abus ; un peu de négligence sur ce point entraine parfois à des mécomptes dont on a peine à deviner l’origine. Par exemple, quelque pelit, je suppose, que soit le dommage causé par des valets ou la perte qu’ils font éprouver par une cause quelconque à l'établissement sur la ration de chaque animal en particulier, cette perte, multipliée par le nombre des rations distribuées dans la journée à chaque tête, puis par le nombre de têtes de bétail, et enfin par celui des jours de l’année, peut, au bout d’un certain temps, présenter une effroyable dilapidation des ressources accumulées pour l’alimentation des bêtes de renle.
Dans cette distributiondes alimens, tout doit être réglé de telle façon que tout en conservant la santé et la vigueur des animaux on obtienne d’eux la plus grande quantité de produits qu'ils puissent donner avec le moins de sacrifices possible. Ainsi, l'expérience apprendra bien vite à connaître quelle est la ration d'entretien de la vie des animaux dans une race donnée, la ration de production ou celle qui, indépendamment du soutien de leur vie leur permet de donner encore du lait, de la laine, de la graisse, etc. ; et enfin comment
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doit se composer celle ration pour obtenir ces produits aux conditions les plus favorables, c’est-à-dire quelles substances alimentaires sont les plus propres et les plus économiques pour favoriser, suivant les espèces et les races, la secrétion du lait, l’engraissement, la production d'une laine plus ou moins fine ou le développement des masses musculaires.
Une chose qu’il ne faudrait jamais perdre de vue, c'est de s’assurer des alimens en quantité suffisante pour le bétail pendant tout le cours de l’année agricole. Toutes les années ne se ressemblent pas, toutes ne sont pas également productives, et il faut chercher, si on ne veut pas être obligé à des ventes ruineuses de bestiaux dans les saisons défavorables, à faire venir les années d’abondance au secours des années de disette, couvrir les années faibles par les fortes, en établissant, dans le premiercas, une réserve pour les années qui suivent.
Nous conseillons, quand on pourra le faire sans trop de perte de temps ou de main-d'œuvre, de distribuer les rations d'alimens aux animaux au poids, à la mesure ou au volume. Par cette méthode, on fait certainement une économie notable sur la quantité de substances ahimentaires ainsi employées, et on a en outre l'avantage, quand on tient un compte exact des quantités délivrées, de posséder des élémens précieux pour établir un contrôie et un grand nombre de calculs économiques qui sont d’un haut intérêt sur un établissement bien dirigé.
Dans.la direction du service du bétail, il est un objet dont l’administrateur doit exclusivement se charger lui-même ou dont il ne doit confier le soin qu'aux agens les plus intelligens et les plus instruits parmi ceux qui le secondent. Cet objet, c'est la propagation de ses bêtes de rente et l'amélioration progressive de la race de ses troupeaux. Ce sera donc lui qui classera les animaux du troupeau suivant leur sexe, äge ou qualités, qui déterminera ceux qui seront destinés à la propagation et les sujets qui seront accouplés, qui fixera l’époque de la monte, pour que les élèves arrivent au temps opportun, la manière dont elle s’opérera et le régime des animaux propagateurs, qui suivra toutes les phases de la gestation, assistera “autant que possible, à l'instant du part, veillera à ce que les bêtes portières et leurs petits reçoivent les soins convenables, qui étudiera avec toute l’attention dont il sera capable les résultats obtenus, les modifications dont le système de propagation peut être susceptible, et qui, par la comparaison des animaux nouvellement créés sous le rapport de la taille, du poids, de la quantité ou de la qualité des produits, s'appliquera à introduire tous les perfectionnemens qui doivent porter son troupeau au plus haut degré de réputation et de prospérité,
Pour diriger plus facilement le service des bêtes de rente et pour déterminer avec maturité et réflexion les animaux qui seront chargés dela propagation, on commence par assigner à toutes les bêtes du troupeau un numéro d'ordre, qu'on leur imprime sur quelque partie apparente du corps par des moyens dont nous n’avons pas à nous occuper ici, et en se servant directement de chiffres ou de signes arbitraires et conventionnels. Ce numéro d'ordre est ensuite porté dans un registre sur lequel on inscrit à la suite l’époque de la naissance de l'animal, les pères, mères ou autres ascendans dont il provient, son sexe, les particularités qu’il a présentées aux diverses phases de sa vie, ses caractères sous le rapport de sa taille,de son poids, de sa forme, de la quantité et de la qualité de sa viande et de ses produits, de sa prompte ou lente croissance, de sa faculté d’engraisser, de sa fécondité, de sa constitution et de ses facultés prolifiques. On y ajoute en outre quelques détails sous ces divers rapports sur les animaux dont il descend, quand ils ne sont vas nés sur
DIRECTION ECONOMIQUE D'UN ETABLISSEMENT
l'établissement. Chaque fois ensuite qu’on veut accou= pler des animaux, on consulte le registre et on combine par son secours ses moyens de propagation. De cette manière, on voit d’un seul coup d’æil les succès et les revers qu’on a obtenus dans les essais qu’on a tentés; on évite de faire de nouvelles fautes et on marche avec plus de certitude dans la carrière des améliorations.
C'est encore au moyen du registre où est inscrite l’histoire de chaque animal du troupeau qu'on détermine les bêtes qui doivent être mises à la réforme ou engraissées, qu'on voit en un instant les éleves dont on peut disposer, soit pour l’entretien du troupeau, soit pour la vente, ou ceux dont on aurait besoin pour donner une marche plus accélérée aux améliorations qu'on projette dans ce service.
La récolte des produits fournis journellement ou à certaines époques par les bêtes de rente exige une surveillance toute particulière, d'abord pour qu’elle soit faite avec le soin et l’attention convenables, ou pour que ces produits n'éprouvent aucune avarie sous le rapport de teur quantité ou de leur qualité, mais ensuite pour qu'il ne soit commis aucune infidélité de la part de ceux qui sont chargés de les recueillir ou de tous autres.
L'entretien du service des bêtes de rente doit se faire d’apres des principes bien simples et sous 2 points de vue différens.
D'abord on doit chercher, comme nous venons de le dire, à ce que les produits du troupeau ne perdent ni sous le rapport de la quantité, ni sous celui de la qualité, Ainsi, toute bête dont les produits sont inférieurs sous ces 2 rapports à ceux de la majorité du troupeau, ou celle dont les produits ne paient pas aussi avantageusement les frais de sa nourriture, de sa litière, des soins qu’on lui donne et ies intérêts de ceux de son éducation, doit être réformée pour faire place à une autre qui réunit à un degré plus éminent les qualités générales du troupeau ou même des qualités supérieures.
Il faut ensuite maintenir le troupeau au complet et entretenir le même nombre de têtes, si ce n’est dans des cas particuliers.
Dans un troupeau de bétes à cornes bien dirigé et qui consisle en bètes saines et d’un àge moyen, et dans lequel on met à la réforme les animaux maladifs, faibles ou vieux pour les remplacer à des époques régulières par des jeunes, on compte que les pertes causées par les accidens et par la mort s'élèvent à 3 p. 0/0 par an au moins et qu'il est mème prudent de les porter à 8. En y ajoutant 10 à 12p. 0/0 pour le remplacement des animaux de réforme, on verra qu'il faut en somme, dans les années ordinaires, remplacer de 45 à 17 centièmes des bêtes d’un troupeau, si on ne veut pas en voir décroitre le nombre. Dans cette évaluation ne sont pas comprises les chances résultant des épizooties et maladies contagieuses qui élèvent encore le chiffre annuel d'entretien, mais qu’il est difficile d'évaluer avec exactitude.
Dans les mêmes circonstances que celles précitées et quand le climat et les pâturages sont bien adaptés à la race des animaux, il parait que la perte pour accidens ou morts subites ne s’élève pas non plus, dans un troupeau bien soigné de moutons à laine fine, au-delà de 5 p. 0/0, mais peut, dans des circonstances moins favorables, atteindre 40 et même 42 p. 0/0; en y ajoutant 15, 48 ou 20 p. 0/0. suivant l'âge auquel on engraisse ou réforme en moyenne les bêtes adultes, on connaïitra l'entretien qu’un troupeau de cette espèce exige annuellement.
Il est quelquefois nécessaire, afin de pourvoir à cet entretien, de connaître la quantité d'élèves qu'on esten droit d'espérer d’un certain nombre de bêtes adultes
propres à la propagation, A cet égard, les races diffèrent dans des limites fort étendues ; mais il parait, d'après les recherches de plusieurs savans, en Allemagne, qu’on peut compter qu'un troupeau de 100 vaches fourail annuellement 80 veaux bien portans, dont 40 du sexe masculin et autant du sexe féminin ; mais que, dans dans les troupeaux mal dirigés, ce croit peut descendre à 60 veaux seulement; que, de même, dans les troupeaux de mérinos fins, 100 brebis portières ne donnent avnnellement que 80 agneaux bien venans, sur lesquels on compte & à 6 p. 0f0 de plus pour les agneaux femelles que pour ceux du sexe masculin.
Il ne nous resterait plus ici qu’à ajouter des observalions sur le commerce des bestiaux ; mais c’est un sujet qui exige non pas quelques explications théoriques, mais une longue pratique qui, seule, peut donner ce tact et ce coup d’œil nécessaires pour juger des qualités et des défauts des animaux comme bètes de propagation, de produit ou de boucherie. Pour acquérir cette pratique, il faut fréquenter les marchés, voir beaucoup de bestiaux, interroger les praticiens sur leurs qualités et leurs défauts et apprendre à les juger soi-même, Si l’on ne possède pas ces connaissances, si l’on n’a pas le loisir ni l'espoir de les acquérir, il vaudrait mieux charger du soin de l'achat et de la vente des bêtes de rente de létablissement des praticiens honnêtes et des hommes expérimentés, et leur accorder un droit de commission, même un peu élevé, plutôt que de s’exposer à faire des pertes considérables dans un genre de spéculation déjà trop fertile en revers, même pour ceux qui l’exercent par état et souvent depuis de longues années.
3° Du mobilier.
Déjà nous avons eu plusieurs fois l'occasion de parler des objets qui composent le mobilier proprement dit des établissemens ruraux, et, en nous occupant de ce sujet, on a pu voir que ces objets étaient généralement très multipliés et partagés entre les divers services à l'usage desquels ils sont destinés. Cette dispersion des pièces qui composent le mobilier, et souvent la multiplicité et la petitesse des objets obligent l’administraleur ou ses agens de confiance à une surveillance continuelle et fort active, soit pour empêcher qu'on uv les détériore, soit pour y faire opérer les réparations qui doivent en prolonger la durée, soit enfin pour s assurer que les serviteurs ou autres ne les font pas disparaitre.
Dans un très grand nombre de fermes, on est dans l'habitude de jeter çà et là les instrumens et les machines qui composent le mobilier, sans s’inquiéter de ce qu’ils deviendront jusqu’au moment où l’on recommence à en avoir besoin. Abandonnés ainsi aux chances de destruction de toute espèce et à l’infidélité des valets,ces instrumens ne lardent pas à éprouver de très grandes avaries, qui ont non-seuiement l’inconvénient d'exiger des frais considérables pour les réparations, mais en outre mettent le cultivateur dans un cruel embarras au moment où il compte exécuter des travaux que ses instrumens hors de service le contraiguent de négliger et de remettre à un autre temps.
On ne saurait, dans un établissement bien administré se laisser diriger par des principes aussi erronés et qui causent des pertes réelles et pesantes. Là, on ne laisse à la discrétion des individus qui peuplent la ferme que les objets qui sont d'un usage général et journalier ; tous les autres sont renfermés ou serrés dans des porons de bâtimens qui ont pour destination spéciale de les recevoir, et extraits des lieux où ils sont déposés, quand on doit s’en servir, pour être confiés aux aides ou manouvricrs qui en font usage, à qui on les remet
LIV, VIL
individuellement et qui en deviennent responsables pendant tout le temps qu'ils les font fonctionner et tant qu'ils ne les ont pas rétablis dans les magasins et qu'on n’a pas constaté leur état au moment de cette remise.
Afin de rendre plus efficaces ces mesures d'ordre et pour na pas éprouver de retard, d’encombrement ou d’avarie dans l’'emmagasinage et la livraison des objets mobiliers, ceux-ci sont classés en plusieurs catégories, suivant les besoins du service, ou bien suivant la rusticité ou la délicatesse des objets, et serrés suivant l’ordre ou la division adoptée. Par exemple, on se contente souvent de mettre dans des hangars ou des places abritées les charrettes, les gros instrumens de culture ; tandis qu’on dépose dans des salles fermées les instrumens à maia, les objets de harnachement, etc.,et tous ceux qui sont plus petits ou délicats. Tous ces objets sont en outre portés dars l’inventaire général qui fait connaitre leur espèce et leur usage, les matériaux qui entrent dans leur construction et leur condition au moment où l’inventaire a été arrêté ou à la fin de chaque année. Dans ce registre, chaque outil, instrument, machine ou ustensile porte un numéro d'ordre qui est répété sur une des pièces de l'instrument les plus apparentes et où il risque le moins de disparaître par l’usage et le temps, soit avec de la peinture, soit avec un fer chaud ou par teut autre moyen.
A l'inventaire général on ajoute un livre ou journal où tous ces objets sont mentionnés suivant leur numéro d'ordre, et qui reste déposé dans les mains de l’administrateur ou de celui qui a' la direction du service du mobilier. Chaque fois qu’un de ces objets sort des hangars, chambres ou magasins, cette sortie est mentionnée sur le livre à son numéro d'ordre, en énoncçant en même temps l’agent, le serviteur ou l'ouvrier auquel on le conlie pour le travail ou pour y faire des réparations. En outre l’état de l’objet est constaté authentiquement, par le maître ou son délégué, en présence du serviteur qui devient alors responsable des avaries que les instrumens pourraient éprouver par sa négligence ou son incapacité. Au retour, on indique de même la rentrée de l’instrument et on inscrit à la suite les avaries qu’il a éprouvées dans le travail, on note les réparations qu’il doit subir pour être remis en état ou sa mise hors de service définitive.
Un instrument qui rentre des champs dans les magasins doit, après avoir élé visité et qu’on a constaté ls avaries qu’il a éprouvées, êlre réparé promplement, afin que, lorsqu'on en aura besoin, on le trouve en bon élat et prêt à fonctionner. Ceux qui reviennent, et qui n'ont éprouvé aucun dommage, sont netloyés soigneu sement; ainsi, dans les charrues, on démonte le soc ct le dessous du sep est débarrassé de la terre qui s’y est attachée, de façon qu’on puisse immédiatement les appliquer au travail le lendemain sans perte de temps.
Lorsque des objets quelconques du mobilier doivent pendant toute une saison travailler dans les champs et être exposés presque constamment à l'effet destrucieur des agens atmosphériques, il est indispensable pour leur bonne conservation de les enduire de temps à autre d'une peinture à l'huile. Get enduit les préserve des effets de ja sécheresse et de l'humidité, et prévient la rouille, la pourriture, le travail des pièces les unes relativement aux autres, et, tout en leur conservant des formes plus régulières, augmente en ouire leur durée. On sait qu’en Angleterre il y a beaucoup de comtés où l’on peint avec beaucoup de soin les instrumens d’agriculture; que dans une portion de la Bx1gique, et surtout dans la Campine, où les instrumens sont établis avec une grande exactitude dans les formes, on les enduit avec une peinture à l’huile, les in duetrieux habitans de ces pays ayant observé depuis
long-temps que cette dépense était compensée bien audelà par la durée des objets. Enfin cet usage commence à s’introduire en France, surtout pour les instrumens perfectionnés qui, étant d'un prix plus élevé, ne sauraient être conservés avec trop de soin.
Dès qu'un instrument ne doit plus servir clans la saison, il faut le replacer dans les magasins et dans un
endroit où il ne gêne pas pour le service. Cette rentrée en magasin ne peut avoir lieu sans que cet instrument n’aitéié complétement nettoyé, puis séché, et enduit avec des huiles grasses s’il est en bois, et avec une couche de peinture à lPhuile s’il est en fer. Ainsi emmagasiné dars un lieu sec, cet objet ne court aucun risque de détérioration, et peut être ainsi conservé pendant long-temps en bon état. Un cultivateur éclairé, actif et intelligent tiendra toujours beaucoup à avoir des instrumens propres et en bon ordre.
Certains instrumens ou machines qui sont d’un usage journalier demandent à être constamment en bon état. Il en est de même de la pompe à incendie, qui ne sert que très rarement et qui doit toujours être prête à fonctionrer.
La surveillance de l'administrateur ne se borne pas au bon entretien de ses instrumens, il les suit encore dans les champs, les examine et les étudie pendant le temps du travail.
Les instrumens perfectionnés, légers et délicats ne peuvent être confiés qu'à des serviteurs intelligens et soigneux, qui apprennent promplement à en faire usage, qui savent alors les ménager, les entretenir avec
soin et qui en augmentent ainsi beaucoup la durée, Les aides où manouvriers grossiers, ignorans ou malhabiles les détrüiraient promptement par les chocs ou les efforts auxquels ils les exposeraient. L’instrument d’agriculture le plus parfait dans les mains d’un mauvais ouvrier ne donne d’ailleurs qu’un travail médiocre et est en outre exposé à beaucoup plus de chances d’avaries qu’un instrument grossier mieux adapté à la rusticité de celui qui le fait fonctionner.
Tout instrument ne doit être extrait des magasins et transporté sur le lieu du travail que lorsque cela est nécessaire et que les circonstances sont favorables. Il est en effet inutile de l’exposer sans raison à des chances d’avarie et de destruction ou à être dérobé par des malfaiteurs. D'ailleurs, des instrumens mis en activité dans des momens opportuns, non-seulement donnent un travail plus régulier et plus expéditif, mais en outre éprouvent moins de causes de détérioration.
Pendant le temps que les instrumens fonctionnent, l'administrateur doit, dans ses visites aux champs, les observer avec la plus grande attention. Si le mode d'application de la puissance n’est pas conforme aux règles de la mécanique, si on n’altelle à ces instrumens que des bêtes indociles ou un nombre d'animaux in suffisant pour faire marcher le travail avec aisance et régularité, si les attelages sont confiés à des mains inhabiles, les instrumens éprouvent alors une fatigue considérable ou des secousses violentes dues aux efforts saccadés des moteurs qui en brisent les pièces et les meltent en peu de temps hors de service. Pour ménager les instrumens, il faut donc un bon mode d’attelage, une force suffisante pour les mettre en action, des animaux bien dressés et des serviteurs intelligens.
Nous ne reviendrons pas ici sur les conditions que doivent remplir les instrumens d'agriculture pour donner un travail expéditif et de bonne qualité, on peut consuller à ce sujet ce que nous avons dit au chapitre V du titre III, page 445; mais un administrateur, aloux de conduire habilement son établissement, ne peut, en aucune occasion et sous aucun prétexte, négliger d'étudier avec la plus scrupuleuse attention la nature du travail qu'exécutent ses attelages et les causes
CAP
DIRECTION ÉCONOMIQUE D'UN ÉTABLISSEMENT
; de son imperfection ou de sa lenteur, afin d'apporter
dans cette partie du service toutes les modifications qui doivent en perfectionner les résultats,
Toute machine ou instrument qui n’a plus d'utilité directe, soit par suite d’un changement dans la méthode ou les procédés de culture ou autres, soit par les dommages que le temps et l'usage lui ont fait éprouver, doit être mise à la réforme et vendue. En conservant ces objets, ils perdent de plus en plus et avec rapidité de leur valeur; on charge en outre le service sur le compte duquel ils figurent de sommes inutiles; enfin on perd l'intérêt d’un capital qui, quelque petit qu'on le suppose, pourrait fructifier avec avantage pour Pétablissement,
Les frais d'entretien du service du mobilier ont déjà donné lieu de notre part à quelques considérations, auxquelles nous renvoyons (voy. p. 481); ce qu’il est important seulement de rappeler, c'est qu'une administration établie sur de bons p: incipes diminue considérablement ces frais, tandis qu'une administration négligente peut les faire monter à un chiffre véritablement ruineux pour un établissement.
Quant à la durée des objets du mobilier, elle est aussi variable que ces objets eux-mêmes, et, quoiqu’on ait cherché à dresser des tables de la durée présumable de tous les outils, instrumens, machines ou ustensiles qui entrent dans le mobilier d'une ferme, les nombres donnés ne sont guère que des observations locales qui ne peuvent être appliquées généralement, même à des établissemens également bien gérés et adminis- Lrés.
$ IL. — Du capital de roulement et des objets qui le composent.
1° Du capital de roulement en général.
Le capital de roulement dans une ferme, éprouvant par suite de sa destinalion même un mouvement continuel et des transformations multipliées, doit plus que tout autre être exposé à des chances de pertes et d'avaries, Ces pertes, si l’œil de l’administrateur ne les suit pas constamment avec la plus vigilante sollicitude à travers ses changemens de forme divers, peuventdevenir quelquefois considérables, et mettre souvent un entrepreneur hors d'état de continuer ses travaux ou l’obliger, pour faire honneur à ses engagemens, d’entamer son capital foncier ou son capital fixe d’exploitation.
Il ne suffit pas de veiller à la conservation de son capital de roulement; un administrateur habile doit chercher en outre tous les moyens de l'accroître annuellement, parce que tout accroissement dans ce capital fournit à l’agriculteur des moyens plus étendus d’action ou tourne à l'augmentation du capital foncier, au bienêtre et à la prospérité de la famille et de l’établissement.
Il est d’autant plus important de veiller à la conservation du capital de roulement que c’est sur lui que pésent toutes les charges de l'établissement, que c'est lui qui est chargé de desservir les intérêts de tous les autres capitaux, qui pourvoit à leur entretien et qui récompense tous les services industriels. Aussi lorsque le capital éprouve des pertes, les autres capilaux ne peuvent plus recevoir le prix de leur coopération dans les opérations agricoles, les divers services se détériorent faute d’entretien, l’industrie des agens ou du maitre ne reçoit plus la récompense à laquelle elle a droit, et l'activité qui doit régner sur un établissement se ralentit peu à peu et finit par s'éteindre. [
La conservation du capital de roulement est, comme nous venons de ledire, une chose qui doit sans cesse préoccuper l'administrateur. Il ne peut jamais la perdre de
vue dans ses opérations ou spéculations quelconques, et ii doit la chercher jusque dans les moindres détails de son entreprise. Cette conservalion repose en grande partie sur ses connaissances théoriques et pratiques, son habileté à conduire ses opérations, sa prudence à se couvrir des risques que courent ses Capilaux, son intelligence et son infatigable activité. À cette importante malière viennent se rattacher toutes les questions d'administration et de pratique qui constituent l'exploitation d'un domaine; en un mot, /a conservation et l'accroissement annuel du capital de roulement doit étre l'unique tendance et le but constant de toute entreprise agricole.
On peut dissiper son capital de roulement de tant de manières diverses que nous n’oserions pas tenter d’en faire une énumération mème imparfaite. Ainsi, un entrepreneur qui fait exécuter des travaux qui ne sont pas productifs d'utilité ou à contre-saison , celui qui paie des travaux à un prix plus élevé que leur valeur courante ou réelle, ou qui emploie un modedispendieux de travail, dissipe son capital de roulement, Il en est de même de ceux qui laissent chômer leurs agens ou leurs attelages, ou qui par négligence perdent une portion ou la totalité de leurs récoltes, ou laissent gaspiller des matières premières ; de ceux qui achètent sans discernement, et à des prix ruineux, où qui permellent l'introduction d’abus graves qui dévorent en pure perte une portion du capital de roulement, tel qu'un nombre superflu de serviteurs ou d'animaux de travail, des habitudes de paresse parmi les agens, ou enfin qui ne répriment pas le luxe inutile qui s’introduit dans leur ménage, etc.
Le capital de roulement étant destiné à alimenter tous les services organisés, il importe beaucoup qu’il soit distribué entre eux proportionnellement à leurs Besoins. Cette répartition, si on ne veut pas s’exposer à faire languir un service aux dépens des autres, doit étre faite à l'avance et au commencement de chaque année agricole.
Pour opérer cette répartition , on dresse avant la fin
de l’année un budget, où bilan provisoire et général:
de toutes les dépenses qui seront nécessaires pour mettre en activité chaque service en particulier ou pour dépenses générales et de toutes les recettes sur lesquelles on est en droit de compter terme moyen dans Île cours de l'année. Dans ce budget on fait d’abord figurer toutes ses dettes passives ; on y ajoute pour chaque service un état des frais pour intérêts de capitaux , entretien, renouvellement , améliorations ou assurance ou pour salaires, eton y joint tous les frais généraux qui ne pèsent sur aucun service en particulier. On fait de même, ensuite pour toutes les dettes actives, pour les récoltes en magasin ou en espérance , en évaluant approximati vement les récoltes qu’on recueillera dans l’année ou les bénéfices qu’on pourra espérer des spéculations qu’on entreprendra. Cela fait, on rapproche les deux résultats et s’ils ne coincident pas, on modifie celui des dépenses en faisant porter également sur tous les services ou sur les services les moins importans, ou qui ont le moins besoin d’améliorations et de secours, l'excès de celles -ci sur les recettes, afin d’arriver à une balance exacte entre les deux sommes.
Dans le cours de l’année et suivant les besoins du service, on est souvent obligé d'apporter des modifications aux chiffres arrêtés ; mais on doit s’efforcer autant que possible à ce que ces changemens soient renfermés dans des limites peu étendues, afin de porter moins de confusion dans ce bilan que l’administrateur doit avoir constamment sous les yeux, et qui doit lui servir de régulateur toutes les fois qu'il s’agit de matières äinancières.
Dans l’établisssement de ce budget, il faut s’en tenir