LIV. VII
rigoureusement aux recettes les plus probables, et ne pas grossir cette partie du compte de créances douteuses ou de recettes trop éventuelles; car il est de l’intérêt de l'administrateur, et il ÿ va même de son honneur, que toutes les sommes qui figurent aux dépenses et qui la plupart du temps sont exigibles avant que les recettes annuelles aient été opérées entièrement soient acquittées avec la plus scrupuleuse exactitude. Apporter de la négligence ou des retards à s’acquitter de ses engagemens, nuit nécessairement au crédit de l’administrateur et donne à penser à ceux dont il a loué les services personnels ou dont il a réclamé la confiance que c’est un homme sans habileté administrative ou sans probité , qu'ily a des chances hasardeuses à courir avec lui, chances qui doivent être couvertes par une prime déguisée sous la forme d’accroissement de salaire ou d’augmenlation de prix, et qui retombe toujours à la charge de l’administrateur négligent ou imprévoyant.
Il est en outre nécessaire de se rappeler que, malgré qu'on cherche par l’assurance à se mettre à l'abri des grands fléaux, il est, dans une machine aussi compliquée qu’un établissement rural, une foule de causes secondaires de pertes et d’avaries qu'avec la plusgrande surveillance et une extrême prudence il n’est pas toujours possible de prévenir et d'éviter, et qu’on doit chercher à couvrir par des sommes facultatives mises ainsi en réserve pour faire face aux cas imprévus.
Un bon principe économique qui règle surtout l’emp'oi du capital de roulemeut dans l'industrie manufacturière et commerciale, c'est que ce capitalne doit chômer jamaïs, et que les avances qu'il faitdoivent parcourir avec la plus grande rapidité toutes les phases de la production.Cecapitalen effet, occupé moins longtemps dans chaque opération, sert à en faire dans un même temps un plus grand nombre; chaque opération productive se trouve alors chargée de moins de frais, et quelle que soit l’exiguité des bénéfices, leur répétition et leur accumulation finissent par donner des profits raisonnables.
Malheureusement il n’est pas au pouvoir de l’agriculteur de répéter plusieurs fois dans le cours de l’année ses opérations productives; mais il! peut distribuer ses travaux , ses dépenses et ses receltes de telle façon que son capital reste le moins possible dehors, et entreprendre certaines spéculations ou même adopter des systèmes d'exploitation et de culture propres à lui procurer celte répétition si désirablede bénéfices.
Ona conseillé, avec beaucoup de raison, d’établir la série des opérations agricoles de telle facon qu’on puisse compter sur des receites au moment des dépenses et qu'on puisse payer celles-ci au comptant. C’est en effet un inconvénient fâcheux d’être obligé d’ajourner des travaux urgens faute d’argent pour les payer, ou d’avoir recours au crédit.
« Acheter à crédit du travail ou des objets matériels,
dit M. Say, c'est consommer son capital de circulation à avance , et sans être certain qu’on ne dépassera pas les bornes qu'on doit se prescrire. 11 convient même d’avoir toujours de l'argent en réserve pour les besoins imprévus; car l’expérience nous apprend que les dépenses vont souvent au-delà de ce qu'on avait présumé, et quand or n’est pas en mesure d’acquittersur-le-champ une dépense devenue nécessaire, la considération personnelle en souffre toujours un peu. Les rentrées courantes non-seulement doivent pourvoir aux consommations courantes, mais réparer les pertes futures. »
Un administrateur vigilant doit s’attacher à supprimer certaines petites dépenses qui fatiguent inutilement le capital de roulement, ou au moins les circonscrire dans les plus étroites limites ; telles sont, entre autres, les habitudes de hanter les cabarets ou les cafés les jours de marché ou de réunion, ete. Ces dézenses, si elles étaient additionnées au bout de l’année, étonne-