RUE
rucutl certainement par leur chiffre l'administrateur mème le plus insouciant.
De mème on doit se tenir en garde contre toute dépense qu’on ne fait que par occasion ou par caprice et suivre le conseil de FraxxLin qui pense que parmi le grand nombre de gens qui se rendent dans une vente publique beaucoup se laissent tenter par des objets dont le besoin ne s’est jamais fait sentir à eux. « Vous venez, leur dit-il, dans l'espoir d’avoir des marchandises à bon compte, mais ce qui n’est pas nécessaire est ioujours cher. J'ai vu quantité de personnes ruinées à force d’avoir fait des bons marchés. Ceux quiachètent le superflu finissent par vendre le nécessaire. »
Cette économie, dans le maniement du capital de roulement, qui doit être regardée commeunedes conditions les plus indispensables de la bonne administration de toute entreprise industrielle, n’est pas également bien comprise par tout le monde et il est utile ici de déterminer avec M. de DouBasce ce qu’on entend par économie. « Dans la vie privée, dit-il, (1) l'économie consiste à ne pas dépenser plus que son revenu ou même à dépenser moins; il n’en est pas ainsi dans les spéculations industrielles où les dépenses ont pour but ia création d’autres valeurs. L'administrateur est aussi homme privé, et sous ce rapport, c'est-à-dire, à l’égard des dépenses relatives à ses besoins ou à ses jouissances, l’économie est entièrement la même chose que pour un individu qui ne fait pas d’affaires. Mais le défaut d’économie dans ce genre de dépenses est bien plas funeste pour lui parce que, dans les produits de son industrie, son revenu se trouve confondu avec les valeurs qui représentent les frais de production ; en sorte que s’il ne tient pas une comptabilité très sévère qui classe avec précision le revenu, les profits et les frais de production, il court le risque de diminuer son capital par des dépenses qu'il croit prendre sur son revenu ou ses profits, peut-être au moment même où son entreprise ne lui offre que de la perte. Quant aux dépenses relatives à la spéculation, c’est-à-dire celles qui ont pour but la production , l’économie ne consiste pas à dépenser le moins possible, mais à atteindre un but donné avec le moins de dépenses. Il faut atteindre ce but; par exemple exécuter telle opération que je suppose profitable en elle-même; celui-là ne sera pas le meilleur econome qui manquera le but en restreignant trop la dépense , mais celui-là qui parviendra à l’atteindre aux moindres frais. En réduisant les dépenses agricoles à ces limites, une exploitation présente encore presque toujours un vaste champ à des dépenses profitabies et par conséquent économiques; mais celui-là manquerait encore à l'économie qui se livrerait à la dépense même Ja plus profitable si elle excède les ressources que lui offre son capital , ou s’il est forcé d’ÿ employer des sommes qui seraient réclamées par d’autres opérations plus indispensables. »
En terminant ce que nous avons à dire sur le capital de roulement envisagé en général, nous rappellerons que l’administrateur exerçant dans l’établissement un pouvoir sans contrôle en matière de finances , il peut plus facilement exercer une surveillance active sur cette partie de sa fortune mobilière ; mais cette surveillance, qu’il l’exerce par lui-même ou qu’il la délègue , exige pour rendre palpable aux yeux toute la série des opérations agricoles et les différentes chances qu’elles ont eues à éprouver, qu’une comptabilité régulière vienne y porter la lumière. Cette matière étant de la plus haute importance , nous nous réservons de la traiter avec détail à la fin de ce titre.
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(1) Annales de Roville,t. IV, pag. 92.
DIRECTION ECONOMIQUE D'UN ÉFABLISSEMENT
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2° Des objets qui composent le capital de roule. ment.
Jetons maintenant un coup d'œil sur les principaux objets qui représentent le capital de roulement de l’entrepreneur: ces objets sont les récoltes , les semences , les fumiers, divers objets d’approvisionnement et l’argent comptant.
1° Les récoltes, une fois détachées de la terre qui les portait deviennent d’après la loi, des objets mobiliers: sous ce nouvel état, la sollicitude de l’entrepreneur doit les suivre dans tous les mouvemens qu’elles vont éprouver pour les préserver des différentes chances d’avaries auxquelles elles seront exposées.
Nous n'avons rien à ajouter à ce qui a été dit dans les chap. XI et XII du €. Ier sur les précautions à prendre pour effectuer les récoïtes , sur leur transport et les moyens les plus usités pour leur conservation; mais il ne suffit pas que ces récoltes aient élé mois-sonnées à l’état le plus convenable de maturité et en temps opportun, avec les soins nécessaires et en présence de l’entrepreneur et de ses agens les plus fidèles et les plus intelligens , qu’on leur ait préparé des magasins où elles soient à l’abri des injures des saisons, il faut, de plus, les préserver d’une foule de détériorations qui tendent sans cesse à en diminuer la valeur ou
Ja quantité.
Pour procéder avec ordre dans cette matière, il convient d’abord de jauger les récoltes, c’est-à-dire de déterminer leur volume, ou si on le peut leur poids, au moment de l’emmagasinage; puis sur les registres de la comptabilité de leur ouvrir un compte où on mentionne les prélévemens successifs qui sont faits sur la masse, en tenant compile de la diminution de volume ou de poids que plusieurs d’entre elles éprouvent avec le temps. Par exemple, on calcule que, terme moyen 400 liv. d'herbe de prairie se réduisent à 100 liv. lorsqu’elles sont converties en foin au moment où on les met en meules ; au bout d’environ un mois , la chaleur produite par la fermentation abaisse ce poids à 95, qui, suivant Minpzerow, se réduit pendant le cours de l’hiver à peu près à 90. Depuis le milieu de mars jusqu'à septembre, les opérations du bottelage, da chargement sur les voitures et du transport sur les marchés, exposent encore le foin à l’action de l'air et du soleil, de manière qu'il ne pése plus que 80, au moment où à celte époque il est livré à acheteur (2). Au moyen de ce compte, on vérifie successivement les récoltes consommées, vendues ou en magasin ; ou constate les pertes provenant de causes quelconques ; on contrèle la fidélité des agens, et on fait peser sur qui de droit la responsabilité.
Les mesures administratives à prendre pour la conservation des récoltes sont : 1° l'assurance contre l’incendie, qui met à l'abri d’une des chances les plus ruineuses qui puissent affecter l’agriculture ; 2° la surveillunce active, qui prévient les déprédations ou les constate, qui reconnait les causes d'avarie et les arrête dans leur cours. L'assurance indemnise, il est vrai, en partie de la perte des bâtimens et des récoltes, mais l'incendie est un fléau qui porte toujours la perturbation dans le roulement des opérations d’un établissement, qui parfois dévore beaucoup d’autres choses qui ne sont pas assurées ou qui ne sont pas l’objet des contrats ordinaires d’assurance et donne lieu souvent à des procès longs et dispendieux. Ce contrat ne doit donc pas inspirer au cultivateur une sécurité aveugle ni assez de confiance pour lui faire négliger toutes les mesures
(2) Nous avons donné à la page 412 diverses évaluations du volume qu’occupent différentes espèces de récoltes,
de prudence et d'ordre propres à prévenir les effets des- 1 les consommer ou aux agens responsables chargés de les trucieurs du feu, | recevoir, Dans tous les cas, une sage économie doit
La surveillance s'exerce par des inspections fréqmentes faites aux récoltes en magasin et par Îles moyens de contrôle dont nous venons de parler Elle peut être exercée uniquement par l'administrateur luimème cu par des agens de confiance sous sa haute direction. Dans tous les cas, 1l ne faut jamais perdre de vue que lorsqu'une infidélité a été commise il faut la réprimer sur-le-champ et en prévenir le retour ; que dès qu'on a constaté une cause d'avarie, il est de l’intérêt du maître d’apporter la plus grande célérité pour en arrêter les progrès ; qu’à cet écard, il ne faut mettre ni délai, ni négligence; qu'un mal qui, au premier coup d'œil, parait peu considérable, a déjà causé souvent dans les masses d’affreux ravages, et qu’en général les agens de destruction agissent dans une proportion sans cesse croissante avec le temps jusqu’au moment où le mal devient sans remède.
C’est surtout lorsque la saison n'a pas été favorable au moment où se sont opérées les récoltes qu'on doit multiplier les moyens de surveillance et les inspections. Dans les années de cette espèce, il ne faut épargner ni peine, ni soin, ni travaux pour conserver ses récoltes etles mettre, jusqu’au moment dela vente, à l’abri des chances plus multipliées de destruction qui les menacent.
Dans les années d'abondance, on éprouve souvent des encombremens qui ne permettent pas toujours d’a— briter toutes les récoltes aussi efficacement qu’on pourrait le désirer. Dans des cas semblables, il faut savoir suppléer par l’activité à l’incommodité des bàtimens ou à imperfection des moyens de conservation.
En général, dans un établissement bien tenu, toutes les récoltes doivent étre sous clef et placées dans des lieux où on ne pourrait pénétrer du dehors sans com— mettre un délit prévu et puni par nos lois. C’est en effet une faute grave que de laisser, comme on le fait dans beaucoup d’endroits, à la discrétion du commun des valets tous les objets en magasin ; c’est les séduire et les provoquer à commettre une faute blämable sans doute, mais qui doit être bien plutôt attribuée à la négligence du maitre qu'aux dispositions profondément vicieuses des serviteurs.
Eu fermant à clef les magasins et les greniers, on obtient cet autre avantage, que les récoltes ne se trouvent jamais ainsi & La disposition des valets qui, tout honnètes qu’on les suppose, y causent cependant presque partout des gaspillages ou des dilapidations vraiment effrayantes. Pour prévenir de pareils abus, le maître seul doit être détenteur des clefs des greniers ou magasins, ou bien il les confie à un agent probe et actif qui devient responsable de la bonne direction de ce service, et qui préside, à des heures réglées, à la distribution des fourrages ou à la sortie des autres denrées. À cet effet, il tient un petit registre auxiliaire d’entrée et de sortie, que le maitre vérifie, contrôle et arrête sur lieu de temps à autre, en lui tenant compte des pertes de poids ou de volume ou de quelques chan— ces imprévues de perte et de détérioration. De cette manière, le service marche avec régularité sans obliger l'administrateur à une surveillance trop génante.
La distribution des récoltes qui doivent être consommées sur la ferme par les hommes et les animaux, ou les fabriques agricoles doit donner lieu, de la part de l’administrateur, à une foule de dispositions qui en règlent l'emploi suivant les saisons, les ressources, l’espèce ou la race des animaux, la nature des établissemens industriels auxiliaires, etc. Ces denrées, extraites des magasins, caves, silos ou greniers, sont suivies de œil par le maître ou ses agens de confiance jusqu’au moment où on les distribue aux services qui doivent
toujours présider à ces distributions, et il importe beaucoup à la prospérité d’un établissement de réprimer avec une extrême sévérité Jes abus qui peuvent s’introduire, et qui ne tarderaient pas à se propager ou à devenir très difficiles à déraciner.
La sortie des magasins où greniers et le transport sur les marchés des récoltes destinées à la vente mérite une attention particulière. La sortie s'opère avec les précautions que nous avons indiquées pour la distribution des denrées consommées sur l'établissement, mais les transports exigent qu’on prenne des mesures spéciales pour déterminer l'époque à laquelle ils seront effectués, les moyens qu'on emploiera pour cela, et les agens qui en seront chargés. La nature de ces mesures dépend en effet de l’état des routes, de l'espèce des véhicules, de la saison, de l'habileté des charretiers, de l'éloignement des marchés, de la nature des produits, etc. L'instruction qu'on doit donner aux agens chargés de ces transports contiendra en outre lénonciation des mesures à prendre en cas d’avaries sur Ja route, d’obstacles imprévus ou d’accidens fâcheux dans le transport, au lieu de déchargement ou sur le marché,
L'administrateur doitsans cesse combiner ses moyens d'action pour placer le plus avantageusement possible ses récoltes et les jeter sur le marché dans le temps le plus opportun. Ce sujet intéressant, dont la bonne direction repose sur les principes économiques qui président aux ventes et achats fera l’objet de quelques considérations dans un chapitre spécial de ce titre.
Les principes que nous venons d’exposer sont également applicables à toutes les autres denrées qu'on achète ou conserve comme approvisionnement ou pour une spéculation quelconque.
20 Les semences, tant qu’elles n'ont pas été confiées à la terre, sont sujettes à bien des avaries. Dans cet état, l'intérêt du cultivateur lui prescrit de les surveiller avec la sollicitude la plus attentive, pour qu’elles n’éprouvent aucune détérioration et qu’elles conservent toute leur vigueur et leur énergie reproductive. C'est en effet de leur bonne qualité que dépend en grande partie l'abondance et la qualité des récoltes, et on ne peut les négliger ou les abandonner au hasard sans détruire les espérances qu’on fonde sur les récoltes, ou sans porter atteinte à son capital de roulement.
5° Les engrais, ces agens actifs de la production, ont été déjà étudiés sous le rapport de leur production, de leur consommation et de la manière de les adapter aux divers besoins des cultures. Il ne nous reste donc plus qu’à ajouter un mot sur la manière dont il convient de les gouverner, afin de leur conserver toutes leurs propriétés et de les distribuer sur les terres de l'établissement.
On a proposé beaucoup de méthodes pour la con-
‘servation des engrais, el nous serions entraînés dans
des détails beaucoup trop longs si nous voulions les rapporter toutes ; contentons-nous de dire que la meilleure pour l’agriculture est celle qui leur fait éprouver le moindre déchet possibleet leur conserve en même temps la plus grande énergie fertilisante.
Pour parvenir à ce but, il est nécessaire de porter toute son attention sur la conservation de cette précieuse matière, de lui préparer un lieu de dépôt où elle soit à l’abri des détériorations et des déchets considérables que lui causent le soleil, la pluie ou les vents desséchans, où on puisse guider, ralentir ou accélérer sa macération et sa fermentation successives, la modifier, l’'amener au point précis qu'exige les besoins du service ou la qualité qu'on veut produire, et même accroître s'il est possible ses qualités et ses effets,
cnaAP. 1°",
Le transport des engrais dans les champs et son épandage n'est pas une opération aussi indifférente qu’on paraît le penser dans un grand nombre d’établissemens. Cette opération exige en effet, tant dans le nombre des véhicules et des serviteurs qui y sont employés que dans le chargement, le transport, le déchargement et l'épandage, des mesures d’ordre et même des soins minutieux, qu'on doit combiner de façon à obtenir en même temps célérité et économie. En outre, elle doit satisfaire à la condition que les engrais perdent le moins possible dans ces divers mouvemeus de leur qualité et de leur énergie, soit en les répardant en temps opportun, soit en évitant de les exposer à toutes les causes qui peuvent en diminuer la valeur,
4° Il est encore quelques objets qui appartiennent au capital de roulement et que l'administrateur doit avoir à cœur de mettre à l’abri de toute perte ou dé— térioration. Tels sont les provisions de combustible ou de ménage, les matériaux qu'on destine aux réparations, certaines matières qui servent dans les arts agricoles, etc. Nous croyons inutile de nous étendre sur ces divers sujets, parce que leur conservation, leur distribution et la surveillance à laquelle on doit les soumettre reposent sur les mêmes principes que ceux qui viennent d’être énoncés, et n’exigent en général que application des règles les plus simples et les plus usuelles de l’économie rurale et domestique.
5° Le dernier objet qui constitue une partie du capital de roulement de l’entrepreueur, et sur lequel ii importe de fixer l'attention de l'administrateur, c’est Tl'argent comptant ou les valeurs qui le représentent- Nous avons peu de chose à dire sur cette matière, si ce n'est que l'ordre le plus parfait doit présider à l’entrée et à la sortie de la caisse de l’administrateur de vleurs quelconques, ordre que nous apprendrons à établir dans cette partie du service au chapitre de la comptabilité, Nous engageons seulement ceux qui ne veulent pas s’exposer à des pertes fâcheuses et à des affaires désagréables à s’assurer d'un lieu bien clos et à Pabri de toute tentative extérieure où ils puissent déposer les sommes assez considérables qu’ils peuvent recevoir quelquefois ou les valeurs qu’ils acceptent en paiement jusqu’à leur échéance.
Section III. — De la direction générale des opérations agricoles.
L'industrie agricole se compose, dans la pratique, d'un assez grand nombre d'opérations diverses qui se succèdent dans le cours de l’année. Ces opérations s'accomplissent en général au moyen des agens salariés employés sur la ferme et avec le secours des attelages,
Dans cette section, nous ne pouvons descendre à l'examen de tous les détails dont se compose en particulier la direction administrative des opérations agricoles, d'autant plus que ces détails deviennent faciles à régler lorsqu'on part de bons principes économiques dans cette branche du service, nous nous contenterons donc de les envisager dans leur ensemble et sous un point de vue général, ce qüui nous permettra de nous restreindre dans les limites que comporte la nature de ret ouvrage,
Quelle que soit l'étendue ou l’exiguité du domaine qu'on est appelé à exploiter, il ne faut jamais yerdre de vue qu’il ne peut pas y avoir de succès possible si Yordre ne préside à la direction de toutes les opérations el si Lous ceux qui prennent une part quelconque à ces opérations ne sont pas pénétrés de ce prinfie salutaire ou au moins amenés par des moyens quelconques à s’y conformer.