‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 4)Chapitre 420 sur 595 · LIV. VIi · texte numérisé non relu

LIV. VIi

Il n’est pas difficile, dans les établissemens qui n’ont pas une grande étendue, de diriger les agens du personnel; l'entrepreneur a toujours autour de lui ses serviteurs qui sont en petit nombre; il partage leurs travaux et peut à chaque instant exercer sur eux une surveillance efficace. Mais dans les grandes entreprises, où il y a un personnel nombreux qui travaille presque constamment loin de la présence du maître, qui se compose d'individus qui ne méritent pas tous la même confiance, ce service, indépendamment des bons principes d'organisation sur lesquels il peut être basé, exige qu'on le surveille activement et qu’on s'attache à des règles parfaitement arrêtées pour le conduire et le diriger,

Nous ne pouvons mieux faire, dans cette importante matière, que d'extraire en partie les règles pratiques qu'on trouve consignées dans un excellent mémoire que M. de Domsasce a publié dans le tome II des Ænnales de Roville sur l’organisation et la subordination des employés d’une ferme. Après avoir fait connaitre l'organisation qu'il a jugée convenable d'établir pour ce service dans sa ferme expérimentale, le savant agriculteur résume, sur la direction des employés, les sages préceptes suivans que sa pratique éclairée lui a suggérés.

« Il est absolument indispensable, dit-il, que tous les hommes qu'on emploie soient satisfaits de leur sort; sans cela il n'y a aucun bon service à attendre d'eux. Lorsque tous sont contents et disposés à regarder leur renvoi comme une véritabie punilion, non-seulement on peut être assuré qu’on obtiendra d’eux tout ce qu'on peut raisonnablement en attendre, mais qu’on aura à choisir si l’on est forcé de remplacer l’un ou l’autre.

« Les salaires doivent étre raisonnables, sañs cependant être trop élevés; mais ce n’est pas encore là le point essentiel pour que les subordonnés se trouvent dans une position satisfaisante ; la manière de les traiter ÿ a beaucoup plus d'influence qu'on ne serait tenté de le croire. Beaucoup de fermeté dans le commandement n’est pas du tout incompatible avec une grande douceur à leur égard ; si on y joint une sévére impartialité, circonstance qui est ici de la plus baute importance, des récompenses el des punitions distribuées à propos, mais surtout l'œil du maître, pénétrant constamment jusque dans lés plus petits détails, on oblien— dra des résultats auxquels ne peuvent s'attendre nullement les personnes qui se plaignent si amèrement de l'obstination, de la mauvaise volonté, de la paresse et de :'infidélité des agens de culture.

« Il estnécessaire que dans les travaux qui s'exécutent, chacun ait sa tâche bien distincte, qu'il n’obéisse qu'à un seul homme et que chaque subordonné soit toujours le plus immédiatement possible en contact avec celui dont il doit recevoir les ordres. Là, ou personne ne commande, tout le monde commande et personne n'obéit; à la fin de la journée il ne se trouve pas d'ouvrage fait et il en résulte un désordre qui dégoùte les employés et qui ne tardera pas à leur donner l'habitude de tous les défauts qu’on leur reproche si souvent,

« Il est tres utile d'avoir à à l'égard de tous les subordonnés un moyen de correction pour des fautes légeres dans la conduite ou dans le service. Les-reproches produisent souvent peu d'effet, et Von ne peut pas congédier un valet, qui a souvent de très bonnes qualités, pour une seule faute qu’il a commise. C’est une excellente méthode que d’instituer à cet effet des amendes pécuniaires, qu’on peut faire monter, suivant la gravité des cas, depuis la valeur d’une demijournée de travail jusqu'à celle de 8 ou 6. C’est un moyen en particulier de parvenir sans peine à établir, dans une foule de petits détails de service, l’ordre

1°, qu’on a souvent tant de peine à établir sans cela. Un homme qui s’est enivré, un berger qui a conduit son troupeau dans un terrain qu’on ne lui avait pas permis de faire pâturer, ou qui, par sa négligence, a causé quelques dommages; le valet qui ne s’est pas trouvé à l'heure fixée pour son service sont condamnés à une amende plus ou moins forte. Le montant des amendes forme une masse qu’il est bon d’employer en primes de récompenses à ceux des employés qui les ont le mieux méritées. Dans les fautes qui peuvent faire condamner un employé à l’amende, on ne comprend pas l’infidélité, parce que tout homme qui s’en est rendu coupable doit être congédié immédiatement, füt-il le sujet le plus utile de la ferme.

« Parmi les employés à gages d’une exploitation, on ne doit donc montrer aucune indulgence pour tout ce qui intéresse laprobité et la fidélité; toute faute de ce genre doit être punie parun prompt renvoi ; mais il n’est pas foujours possible d'être aussi sévère à l'égard des manouvriers, qu'on n'emploie pas constamment. Il faut cependant ne rien laisser sans châtiment ; une bonne manière de punir les fautes légères de cetle espèce ainsi que d’autres, comme insubordination, etc., dont les journaliers peuvent se rendre coupables dans le service, c’est l’exz!. Lorsqu'un homme a commis une faute qui n’est pas assez grave pour motiver son renvoi absolu, on l’exile pour un espace de temps qui varie de 15 jours à 4 au, selon les circonstances. Cette peine est extrêmement redoutée parmi les ouvriers à Roville, parce que cet établissement est le seul dans les environs qui leur donne régulièrement du travail. Ilen sera de même dans presque toutes les localités pour les cultivateurs qui introduiront dans leur exploitation une culture perfectionnée qui exige nécessairement beaucoup de main-d'œuvre.

« On conçoit facilement que le maître qui inflige des punitions et qui distribue des récompenses doit faire en sorte de se faire parmi ses subordonnés une réputation de justice et d'impartialité à l'abri de tout soupçon. S’il avait la faiblesse de se créer des favoris parmi ses agens ou de se laisser influencer par des préventions favorables ou haïneuses que peuvent concevoir les personnes qui l’approchent, les punitions et les récompenses perdraient toute leur utilité, quand même elles seraient appliquées avec justice. Il se touve dans toutes les classes d’hommes des flatteurs qui cherchent à se faire valoir aux dépens des autres ; un tel homme n’est nullement propre à former un bon chef de service, parce que le seul soupcon de cette disposition suffira pour empêcher qu'il puisse jamais se concilier la confiance des autres valets. C’est pour cela qu'on a presque toujours échoué lorsqu'on a voulu conférer quelque autorité sur les agens inférieurs de l’agriculture à des hommes qui exercent près du maitre d’autres genres de services qui les rapprochent davantage de sa personne. Dans ce cas, les valets sont disposés à voir en lui non un chef, mais un surveillant et presque un espion; il sera donc odieux à leurs yeux.

« Le mañtre doit savoir tout ce qui se passe chez lui et exiger que les chefs de service lui rendent compte de tout jusque dans les plus petits détails; mais àl doit recevoir avec un froid mépris tout ce qui ressemble à la délation, et par conséquent, presque dans tous les cas, tout rapport qui lui serait fait par un autre que celui qui est chargé par devoir de faire connaitre le mal comme le bien; il doit même savoir discerner, dans les rapports des chefs de service, ce qui serait dicté par le désir de nuire à uv autre plutôt que par l'intérêt du serviée. Le plus mauvais de tous les moyens et celui qui décèle le plus de faiblesse est de chercher à connaître la vérité en organisant parmi les valets un système d'espionnage.

CAP

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