‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 4)Chapitre 421 sur 595 · DE LA DIRECTION DES AGENS OÙ PERSONNEL · texte numérisé non relu

DE LA DIRECTION DES AGENS OÙ PERSONNEL

Lo Quelques personnes qui ne connaissaient pasles ha-

bitans des campagnes ont cru se les attacher et pouvoir les diriger à leur gré par un moyen qu'on pourrait appeler le système de tendresse, c'est-à-dire par une bonté excessive et presque paternelle, et par la prodigalité des bienfaits; elles n’ont ordinairement recueilli que l’ingratitude. On a conclu soavent qu'il fallait conduire cette classe d'hommes avec le bäton: ce sont deux erreurs également graves. Parmi les hommes de cette classe, il en est très peu qui soient susceptibles de s’attacher à l’homme qui les emploie par un véritable sentiment d’affection; c’est donc peine perdue que de chercher à remuer cette corde-là. Mais on ne manque jamais de se concilier leur estime et méme leur respect lorsqu'on agit de manière à les mériter. La bonté doit être froide et accompagnée de peu de démonstrations. La sévérité, pour peu qu’eile ne soit pas excessive et qu’elle soit toujours équitable ne sera pas un obstacle à ce que vous soyez regardé comme un bon maitre.

« L'homme qui a besoin des services d’un nombre un peu considérable de valets fera bien de se tenir toujours en garde contre les coalitions qui se forment souvent entre eux pour exiger une augmentation de salaire ou pour améliorer leur condition sous d’autres rapports. Un des meilleurs moyens pour se garantir de ce danger, qui peut mettre tout à coup un cultivateur dans un grand embarras, est de ne pas engager plusieurs de ses valets à la même époque de l'année; le moment du renouvellement de l'engagement de chacun se trouvant ainsi isolé, les valets perdent toute idée de faire la loi à leur maitre en lui inspirant la crainte de se trouver à la fois privé du service de tous.

« Lorsqu’un maître confère une partie de son autorité à des chefs de service, c’est-à-dire à des hommes qu'il charge de transmettre ses ordres aux agens inférieurs, de diriger et de surveiller le travail, il est nécessaire qu'il concoive bien que l'autorité qu'il cède il ne doit plus l'exercer lui-méme; sans cela les ordres qu’il donnerait immédiatement et ceux qui émaneraient des chefs de service se contrarieraient à chaque instant. Lorsqu'un valet ou un journalier sera mécontent de l’ordre qu’il recevra de l’un, il ira ainsi en appeler à l’autre, D’un autre côté, le chef de service se reposerait souvent sur le maître pour faire exécuter telle opération et réciproquement. Il résulterait de tout cela un désordre et un relâchement dans le service qui dégoüteraient les chefs et les subordonnés et qui nuiraient essentiellement à l’exécution de toutes les opérations. Lorsqu’au contraire chaque homme n’a jamais qu’à obéir à un seul individu et que chaque chef est assuré que les ordres qu’il donne ne seront Jamais contrariés par d'autres, il n'y aura de prétexte pour personne de ne pas exécuter ou de mal exécuter.

« Il faut done que Le maïtre donne toujours ses ordres aux chefs de service et évite avec le plus grand soin de rien commander à ceux qui doivent leur obéir. Si un valet ou un journalier vient lui demander ce qu'il doit faire, il est indispensable qu’il le renvoie au chef de service. Lorsqu'il remarque qu'une opération à été exécutée avec négligence ou qu’il y a été employé plus de temps qu’il n'était nécessaire, s'il juge que la faute vient des subordonnés, il doit en adresser des reproches au chef de service, en leur présence. Si le chef lui répond qu’il avait donné tel ordre qui n'a pas été exécuté, où qu'il avait fait telle recommandation à laquelleon n’a pas eu égard, les reproches doivent redoubler et prendre un grand caractère de fermeté : On doit lui dire que les valets ou les ouvriers qu’il emploie sont sous ses ordres, que c’est à lui à se faire obéir et que lui seul est responsable des défauts d'exécution. Si au catraire le maître juge que le défaut vient du chef,

c'est-à-dire qu'il à mal exécuté les ordres qui lui avaient été donnés, qu'il a mal disposé son atelier, etc., les reproches doivent lui être adressés en particulier, parce qu’il faut éviter avec soin de l'humilier en présence de ses subordonnés, si ce n’est lorsque cela est nécessaire pour lui faire prendre sur eux l’autorité dont il a besoin. Il faut que tous les subordonnés sachent que le maître place une grande confiance dans les chefs de service et qu’un homme ne manquera pas d'être renvoyé si son chef porte des plaintes graves sur son compte; mais il faut aussi faire bien sentir aux chefs, en particulier, qu'on n'est pas disposé à tolérer des injustices de leur part et à se laisser influencer par des passions haineuses qu'ils pourraient concevoir contre tel ou tel individu. En s’y prenant de cette manière avec les chefs de service, on peut être assuré qu'ils prendront une autorité suffisante, pourvu qu’on n'ait pas trop mal choisi etqu’il y ait en eux de l’étoffe pour commander aux autres. On peut être assuré qu’ils n'abuseront pas de l'autorité qui leur est confiée, si l'œil d’un maître ferme et clairvoyant veille constam-— ment sur ce qui se passe et qu'il se glissera difficilement de la mésintelligence entre les chefs si on assigne à chacun une partie bien distincte de son service.

« C’est une très bonne méthode de laisser aux chefs de service une grande liberté d'action; il y a dans l'exécution des travaux une multitude de soins de détails qui ne peuvent être jugés convenablement que par celui qui dirige personnellement le travail sur le sillon même ; si le maitre voulait tout prévoir en donnant ses instructions, il donnerait souvent de fausses directions et il prendrait sur lui une grande partie de la responsabilité qui doit peser sur le chef deservice. Ainsi, en donnant ses ordres le soir pour le travail du jour suivant, il doit laisser au chef une certaine latitude sur les moyens d'exécution. Le lendemain, lorsque le chef reviendra à l’ordre, le maitre d’après le compte qu’il lui rendra, d’après ce qu’il aura vu Jui-mème, fera ses observations sur les fautes qu’il a pu commettre. Après lui avoir fait ces observations, on ne diminuera rien de la latitude qu’on lui accorde dans l’exécution des détails. Si, au bout de quelque temps, on s’aperçoit qu'il ne met pas plus de soin ou d'intelligence dans la manière de disposer les ateliers ou d'exécuter les travaux, c'est un homme qu'on avait mal jugé et qu'il faut changer. Mais si on a affaire à un homme doué de quelque intelligence et susceptible d'émulation, on en fera certainement par ce moyen un sujet utile sur lequel le maître pourra dans la suite se reposer avecconfiance ; tandis que par une autre méthode on n'aurait jamais formé qu’un valet comme il y en a tant, ne méritant aucune confiance, parce qu’il est avili à ses propres yeux, ne prenant aucun intérêt à ce qu’il fait etavec lequel il faudrait que le maitre füt toujours présent partout pour pouvoir espérer une bonne exécution dans les travaux. »

À ces préceptes si sages nous ajouterons quelques autres observations sommaires sur la direction du personne].

Dans un établissement organisé et dirigé avec soin, tous les employés doiwent étre tenus dans un état constant d'activité; c’est le moyen le plus raisonnable pour que le prix de leurs services revienne à

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