‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 4)Chapitre 440 sur 595 · CHAPITRE IV. — DES PROFITS ET REVENUS, DES VENTES ET ACHATS · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — DES PROFITS ET REVENUS, DES VENTES ET ACHATS

Le but de toute entreprise agricole est la

piAation des denrées qui servent à satisfaire es besoins les plus impérieux de l'humanité;

mais il s’agit moins en réalité de produire ces denrées en quantité plus ou moins considérable et de telle ou telle qualité que de trouver dans cette production une récompense pour l'exercice de son industrie.

Nous ne nousoccuperons pas ici des moyens d'obtenir une récompense plus ou moins élevée de l'exercice de l’industrie agricole, parce que ces moyens dépendent des connaissances théoriques et pratiques de l'entrepreneur, de son habileté comme administrateur, et que d’ailleurs ce sujet embrasse toute l’économie agricole et forme l’objet de notre encyclopédie; mais nous chercherons à déterminer quelle est la source des profits et revenus agricoles, el comment on parvient à les réaliser par des ventes et achats.

Section I. — Des profits et revenus.

En analysant avec les économistes les phénomènes de la production agricole, on s'aperçoit aisément qu’elle est le résultat du concours d’un certain nombre de fonds productifs &'utilité qui coopèrent à la création des produits par une action, par un travail qui leur'est propre.

Ces fonds productifs sont le fonds de terre, celui des capitaux et celui de l'industrie. Mis en œuvre par entrepreneur, ces fonds sont capables de rendre des services auxquels on a donné le nom de productifs el qu’on a distingués en services fonciers, des capitaux et industriels , suivant qu'ils proveraient du service rendu par le fonds de terre, par les capitaux ou par le travail de l’homme.

Tous ces services productifs, mis en action et consommés dans la production, donnent une certaine valeur à la chose produite, et cette valeur, répartie entre les services qui ont concouru à sa production, forme le prix de leur location ou de leur achat. Ainsi l’entrepreneur, par le secours de ses facultés personnelles, le nropriétaire du fonds de terre ou des capitaux par celui de leur instrument, qui ont tous coopéré à la créatior, d’un produit, ont droit de recevoir en échange de leurs services une portion de la valeur que leur travail est parvenu à donner à ce produit.

Cette portion de la valeur des, produits qui se réparut ainsi entre les divers services productifs forme ce qu'on désigne en général sous le nom de profits ou revenus (4). Ainsi. il y a ur profit foncier tout aussi bien qu'un profit du capital et un profit industriel.

Nous allons rous occuper ici de la source et de la détermination des profits des divers services productifs.

6 Ier, Du profit foncier.

La terre , par la faculté qu’elle possède de servir de base aux végétaux et de leur fournir les sucs nourriciers qui servent à leur alimentation, ainsi que par une foule d’autres propriétés physiques , est susceptible de rendre un service à l’homme qui sait en tirer parti.

Ce.service, de même que celui des autres fonds productifs qui sont devenus des propriétés par nos lois sociales, n’est pas gratuit , et c’est la portion de la valeur des produits créés qui revient au service foncier

la capitaux........:....

dans la création des produits à laquelle on a donné le

nom de profit foncier.

C'est le propriétaire du sol qui a droit au profit qu’un fonds de terre peut rendre et à une portion de la richesse qu'on acréée par le service de son instrument. Comme tous les autres services productifs, celui du fonds de terre a un prix courant et est payé d'autant . plus cher qu'il est plus demandé et moins offert, et réciproquement. d

Nous verrons plus bas les causes qui peuvent influer sur le prix courant du service du fonds de terre.

Il est bien rare qu’on ne répande pas sur un fonds des valeurs capitales, soit pour accroître la faculté productive du sol , soit pour en faciliter l'exploitation. Ces valeurs capitales employées ainsi en améliorations foncières , et dont nous avons parlé à la pag. 402, donnent également droit au propriétaire d'en tirer un profit capital qui se confond le pus souvent avec le prix courant du fonds de terre ou le profit foncier.

Les économistes ont long-temps discuté sur le profit auquel a droit un fonds de terre; mais aujourd'hui on est convenu de considérer comme la nesure du profit foncier , ce qui reste de la valeur des produits créés par la coopération du fonds après que le travail des industriels de tous les grades a été payé au taux général du canton et que les intérêts des capitaux dont on a emprunté le service sont également acquittés.

Supposons, comme exemple, qu'un hectare de terre à froment de deuxième qualité ait donné en moyenne dans une rotation de 5 années et un système d’assolement convenable les produits nets suivans,qui, aux prix moyens du canton pendant 10 années conséculives , ont produit savoir : 9 hectol. 68 lit. de froment à 16 fr. et 4 hectol, 40 lit. d’orge à 8 fr. ; 25,60 quintaux mét. de paille et 24 quint. mét. de fourrages secs. Ces 49,60 quint. paille et foin ont été payés par la production animale à raison de 4 fr. 80 c. le quint. mét., on a donc

968 lit. de froment à 46 fr.

Mhech cc cree 440 lit. d'orge à 8 fr. l’hect, 25,60 quint. mét. de paille 24 quint. mét.de foin

Total du produit d’un hect. |

On a calculé ensuite que le prix du servicedes capitaux et del’industrie.ainsi queles frais généraux, avaient donné lieu pour un hectare, et sur une moyenne de 40 années ,aux dépenses suivanles :

Frais de culture dans lesquels sont compris les salaires des travailleurs et les intérêts des capitaux avancés pour le fr. e.

travail. ......... + 8 MERE

Frais généraux autres que le loyer... ct 20" DE

Bénéficesdel'entreprencur, fixés à 10 p. 0/0 des capitaux avancés ei. : 2.190

Total du prix du travail et

184 fr. S8 c.

af. 80

le quint. 89

Différence... 11 »

(x) Dans l'usage ordinaire, suivant les économistes, on appelle profits les revenus qui sont sujets à quelque éventualité, ox

qui se touchent par petites portions, et l’on réserve le nom de revenus aux profitsfixes qu'un entrepreneur s’oblige à payer pour qu'on le laisse retirer à ses risques et périls les profits qui doivent provenir de la terre ou du capital dont il a acheté la jouissance

du canton depuis 10 ans, et au prix moyen du travail et des capitaux pendant la même période,le profit foncier sur la terre en question, ne peut être évalué à plus de 115 fr. par hectare, y compris les intérêts des sommes avancées pour améliorauons foncières etles charges.

Le profit foncier envisagé sous un point de vue général et pour une même étendue de terrain, varie avec la richesse du pays, l’industrie et l’activité de la population, et la situation plus ou moins favorable du domaine sous le rapport de l'écoulement des produits, le prix des denrées et des services, les charges publiques, etc. Ainsi, il y a bien loin du produit foncier d’un hectare de terre, qui ne s'élève pas quelquefois à 5 ou 6 fr. en Bretagne et dans quelques cantons de la France, et les territoires de Cavaillon, Château -Regard et Barbantane, dans les départ. de Vaucluse et des Bouches-du- Rhône, qui produisent une rente nette de 242 fr. par hect. à leurs propriétaires.

Nous savons déjà qu'un propriétaire qui ne veut pas faire valoir lui-même sa terre en loue Le service à autrui ; et nous nous sommes étendus suffisamment sur la nature et les clauses les plus ordinaires du contrat qui intervient entre le propriétaire et le fermier dans le chap. ILE, du tit. IT; rous n’ejouterons donc qu'un mot sur le taux du fermage qui représente alors, sauf quelques déductions dont nous parlerons plus loin , au paragraphe des frais de production, le profit foncier du propriétaire.

Le taux du fermage varie dans un pays par les mémes causes que celles indiquées ci-dessus pour le profit foncier, mais il est influencé en outre par des causes particulières dont voici l'énoncé sommaire:

Les terres pauvres ne peuvent payer, en proportion de leurs produits, un fermage égal à celui des terres fécondes ; les travaux de culture y sont à peu près les mémes et donnent lieu à autant de frais dans les 174 que dans les secondes, tandis que les produits y sont beaucoup moindres et souvent de qualité inférieure.

Il est difficile d'obtenir de terres négiigées, infectées d'insectes ou de mauvaises herbes, ou gâlées par une humidité surabondante, une rente aussi élevée que de terres bien propres et en bon état, ou de terrains épursés autant que d'une terre dont on a soutenu constamment la fécondité.

Un domaine où il existe des améliorations fonciéres importanteset bien entendues a toujours une valeur :ocative supérieure à celle d’une propriété qui, à classe de terre égale, n’en présente qu’un petit nombre et en laisse encore beaucoup à désirer.

La aurée da bail, ou contrat de location ,iuflue aussi sur le taux du fermage, Un fermier ne peut offrir la même somme pour une terre dont il ne doit jouir que quelques arnées, et pour une ferme où il peut, au moyen d'un long bail, se livrer à des améliorations graduelles, avec la certitude d’en recueillir les profits.

Un fermier dont l'industrie est entravée par les supulations mal entendues d'un bail, paie nécessairement un loyer moindre que celui qui, par son contrat, jouit de toute liberté d’action et du libre exercice de sun industrie. ,

Dans les pays riches, la concurrence des fermiers élève nécessairement le taux des fermages, mais en outre un fermier riche peut toujours payer un loyer plus élevé pour une même terre qu’un fermier pauvre, sans diminuer ses profits. Anton Youxc acalculé qu’en An gleterre, un fermier dont le capital d'exploitation était trop restreint et d'environ 200 à 340 fr. par hectare, ne pourait payer au-delà de 50 fr. de loyer, tandis que si son capital était de 400 à 420 fr., il pouvait payer

40 à 45 fr. el même 85 à 60 fr. avec un capital de 600 fr.

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