DES PROFITS ET REVENUS
Ainsi, au taux moyen des denrées sur les marchés |
La nature de la propriété, ainsi que Sirczain le fait observer, détermine aussi le taux du fermage ; plus les produits y sont faciles à récolter, et plus ce Laux est élevé. Dans tous les pays, les riches pâturages qui n’exigent aucuns frais de culture, sont loués à ua prix plus élevé que les terres arables.
La concurrence augmentant avec l'étendue moindre des terres, et le petit cultivateur sachant tirer, à surface égale, des produits plus abondans que le grand fermier, les terres d’une petite étendue sont presque partout affermées à un taux plus élevé que les grandes.
L'industrie des fermiers, et l'instruction répandue chez cette classe utile de citoyens, tend généralement à élever le taux du fermage, par suite des fruits plus considérables qu'ils savent tirer de la terre.
Le prix des services productifs, qui entrent pour une part considérable dans les frais de production, élève ou abaisse aussi le taux du fermage dans un rapport qui varie avec les localités.
Enfin, le prix des denrées sert presque partout de régulateur au taux des fermages tout aussi bien qu’à établissement du profit foncier,
Lorsque nous nous sommes occupés de l'estimation des domaines ruraux au titre IL, chap. IT, nous avons établi les principes qui servent à calculer le fermage d'un domaine quelconque, en prenant pour base la fecondié et le mode de culture des terres ; nous nous croyons donc dispensés de revenir sur ce point.
Un propriétaire qui fait valoir lui-même sa terre n’en doit pas moins tenir compte, dans le calcul de ses frais de production , du profit foncier de cette terre. Le service productif qu’elle lui rend lui est aussi coûteux qu'au fermier, quoiqu'il ne paie aucun fermage. En effet, s’il avait loué d'une manière quelconque les sommes qu'il lui en a coùté pour acquérir cette terre et pour y faire des améliorations , il en aurait touché l’intérét ; s’il avait donné ce fonds à loyer à un fermier, il en recevrait un fermage; il x donc sacrilié le loyer qu'il aurait pu tirer de sa terre, et doit nécessairement faire figurer le montant de la somme qu'il aurait ainsi perçue dans ses frais de production, s’il veut se rendre un compte exact et régulier de ses opérations,
Dans l’exemple que nous avons donné aux pages 351 et 585 de l'évaluation du fermage d’un domaine, nous avons supposé que l'impôt foncier, l'entretien et l’assurance des divers ebjets immobiliers, et les améliorations foncières, étaient à la charge du fermier. Dans ce cas, le férmage représente en totalité le profit foncier du propriétaire ; mais il n’en est pas généralement ainsi, et, dans la plupart des cas, ces charges pèsent sur le propriétaire, qui doit les déduire du fermage pour connaïtre le profit net qu’il retire de la location de sa terre, ainsi que nous le zerrons au paragraphe qui traitera des frais de production.
Le revenu du propriétaire du fonds, quand on le débarrasse de l’impôt qui le grève, mais non pas des frais d'entretien et d'assurance des objets immobiliers et des améliorations foncières. est extrêmement variable en France. Généralement dans les terres en bon état, et dans les pays populeux et assez bien cultivés, il ne dépasse pas 8 p. 0/0 des capitaux avancés pour l'acquisition du fonds et les améliorations foncières, et très souvent il n’atteint pas 4 ou 3 1/2 p. 0/0 et même beaucoup moins , surtout si on prend une moyenne de plusieurs années et si on tient compte des pertes qu'on peut éprouver pour non-valeurs ou pour remises qu’on est souvent obiigé de faire à des fermiers accablés par des fléaux naturels, des spéculations désastreuses ou des revers de fortune inattendus,
$ IL. — Du profit du capital
Les capitaux» ainsi que nous lesavons déjà sont un
des instrumens principaux de l'industrie agricole et des agens indispensables pour la production.
Cet instrument ne peut agir que dans des mains capables de s’en servir, telles que celles d’un industrielou d'un producteur. L’usage qu’il en fait est d’acheter des services productifs d’utilité, et, par l'emploi de ces services, de créer des produits dont la valeur sert à le rembourser de ses avances et à rétablir ie capital qui a été consoramé dans l'acte de la production.
« Pour qu’une somme de valeurs porte le nom de capital, dit M, Say, il n’est nullement nécessaire qu'elle soit en espèces. On évalue un capital en monnaie, comme on évalue tout autre objet, lorsqu'on veut se rendre compile de son importance el savoir quelle portion de bien il constitue; mais pour être un capital, il suffit que ce soient des valeurs destinées à faire des avances à la production et disponibles.» Ainsi, lorsqu'on voudra se rendre compte du capital mis en action par un propriétaire, on évaluera les différentes choses en lesquelles ce capital aura été transformé pour l’exécution des opérations , et on dira que ce propriétaire a telle portion de ses capitaux en ustensiles , telle autre en bêtes de trait, en bestiaux , en semences , en main-d'œuvre dont il a fait l'avance, en récoltes, et enfin en numéraire. Cest la valeur de toutes ces choses qui composera son capital,
Un capital étant une propriété , son usage ne peut être gratuit, et c’est la portion de profit à laquelle celui qui le possède a droit pour le service de son instrument dans les opérations de l’industrie à laquelle on donne le nom de profit du capital.
Quand le possesseur d’un capital ou un capitaliste est en même temps entrepreneur d'industrie, il consomme lui-même le service de son capital; quand il n’est pas entrepreneur, il en loue le service à un autre; et on désigne alors sous le nom d’intérét du capital le profit qu'il en tire lui-même ou le loyer qu'il reçoit d’un autre pour la jouissance de son instrument.
Nous avons vu précédemment que le profit, ou les intérèts des capitaux employés sur un fonds en améliorations par un propriétaire, seconfondaient ordinairement avec le fermage ; de même l'intérêt du capital servant à l'exploitation est souvent confondu avec le profit industriel. Cependant il importe beaucoup de séparer ces deux derniers profits et de les faire figurer à part dans les calculs et la comptabilité. Le 1er est un profit fixé à l'avance et qu’on doit porter dans les frais de production, et l’autre un profit très variable résuliant des circonstances, de l’intelligence du fermier, du taux du fermage ,etc. Ainsi, on dit souvent : les bénéfices de tel fermier s'élèvent à 12 p. 0/0 de son capital d'exploitation; mais c’est une manière vicieuse de s’exprimer, et il serait bien plus correct de dire qu'après un prélès vement sur ses rentrées de 5 où 4 p. 0/0 pour le service des intérêts du capital dont il a fait l’avance, il reste au fermier 7 ou 8 p. 0/0 de ce mêmecapital, qui représentent le profit auquel il a droit pour le concours de ses facultés personnelles dans les opérations agricoles qu'il a entreprises,ou son bénéfice industriel. Nous avons eu soin au reste, dans tous les calculs que nous avons présentés dans ce livre, de faire figurer dans les frais de production les intérêts de tous les capitaux avancés à quelque titre que ce fût pendant le temps de la durée de l'opération productive.
ILestd autant plus important de faire figurer à part des intérêts des capitaux qu’ils entrent comme élémens cssenticls dans les calculs des frais des divers services agricoles, et que sans la précaution de les introduire dans ces calcu!s, ilest impossible de savoir ce que ces services coûtent pour les mettre en action.
Le prix duloyerd'un capital n'est pas une chose fixe dans tous les temps et dans tous les lieux, Ce prix est