CHAP. 4°. DES PROFITS
Ce prix courant peut aussi varier dans chaque localité par les mêmes causes qui influent sur le prix des autres services productifs; ainsi, le prix élevé des fonds de terre ou le taux variable des fermages, de lintérêt des capitaux et de la main-d'œuvre sont autant de causes qui élèvent, abaissent et tiennent daus une fluclualion continuelle les bénéfices des entrepreneurs dans une localité.
Parmi d’autres causes qui peuvent encore influer sur les bénéfices d’un entrepreneur, et qui sont inhérentes au fouds qu’ilexploite, nous citerons l'étendue même de ce fonds, circonstance dont nous avons parlé à la page 401; sa fertilité, l’état dans lequel il se trouve, les anéliorations qui y ontété pratiquées, la courte durée du bail qui donne droit à sa jouissance, les stipulations vicieuses de ce contrat, etc.
Des causes toutes personnelles à entrepreneur jouent un bien plus grand rôle encore que les précédentes dans la fétion du taux de ses bénéfices.
« Dans une entreprise agricole, dit M. nr Dowrasre, de même que dans toute spéculation industrielle, les prolits qu'on peut en espérer seront toujours, toutes choses d’ailleurs égales, proportionnés au capital qui ÿ est appliqué; le tout est d'employer le capital d'une manière iudicieuse. »
Un fermier, du n'a pas de capitaux et qui ne peut attendre les chances de hausse des denrées, bat ses grains daus l’hiver qui suit la récolte, les porte aussitôt sur le marché, où l'encombrement produit par le grand nombre de petits producteurs, et de pauvres ménages qui en agissent de mème, amène un abaissement de prix qui retombe à la charge de celui qui est obligé de vendre ainsi ses denrées, et qui diminue considérablement ses bénéfices. Au contraire, un cultivateur qui peut disposer d’une plus forte somme de capitaux garde ses produits, attend que la demande sur les marchés ait relevé les prix, et vend alors avec un bénéfice qui couvre très souvent au-delà l’intérêt des valeurs capitales qu’il a ainsi gardées inactives pendant un cerlain temps.
La capacité de l entrepreneur pose aussi des limites bien nettes aux bénélices qu’il est en droit d’espérer de son industrie. Par ce mot nous entendons que le cultivaleur possède toutes les connaissances théoriques et pratiques exigées pour savoir tirer de la terre le produit net le plus considérable, et qu’il réunit en outre en lui les qualités qui font un bon administrateur. Si ces connaissances, en effet, lui manquent en partie ou en totalité, s’il est dépourvu de ces qualités, il est bien certain que, guidé seulement par une routine aveugle, il ne parviendra à tirer qu'un mince produit de ses terres, et qu’une grande partie de ses bénéfices sera absorbée par les frais occasionnés par des mesures administratives vicieuses, par une mauvaise distribution des travaux, par l’emploi d’instramens grossiers, par des stipulations désavantageuses, suite de l'ignorance des principes qui règlent la production, la vente et Pachat des choses, ou qui déterminent le taux des divers profits, etc.
Enfin, un dernier objet qui détermine dans chaque opération le taux des bénéfices d’un entrepreneur, c’est le prix courant des denrées agricoles. C'est par l’élévation ou l’abaissement des prix sur les marchés que ces béuéfices peuvent flotter dans des limites assez étendues. Il est vrai qu'un habile administrateur ne cherche qu'à produire des denrées dont le prix est le moins variable possible ; qu’il s'attache à transporter ses produits sur les marchés où le prix courant est le plus élevé; qu’il ne les abandonne qu’au mument où le prix a monté à un taux aui lui assure un bénéfice honnète ; qu’il sait trans-
(1) De ces 10 à 14 pour cent, il faut déduire, suivant la remarque faite précédemment,
ET REVENUS. 517 former en produits plus marchands, plus recherchés, des denrées dont la valeur vénale s’est abaissée par suite de la concurrence ou toute autre cause; qu'il sait sa mettre à l'abri des cas fortuits, en un mot qu'il parvient par son industrie à donner un peu de fixité à des bénéfices essentiellement variables de leur nature.
On est assez généralement dans l'habitude de mesurer les bénéfices des entrepreneurs d'industrie agricole par Le rapport de leur revenu à leur capital d’exploitation. Aïosi, on dit: tel fermier réalise dans son entreprise des bénéfices qui s'élèvent à 10 ou 12 p. 400 de son capital; les profits de tel autre n’ont été cette année que de 8 p. 100. Mais nous avons déjà fait observer que celte manière de s'exprimer est inexacle, et ne permet pas de distinguer nettement les revenus qui sont dus au capital de ceux qui appartiennent à l’industrie. Dans un entrepreneur qui possède en propre un capital d'exploitation, il y a 2 hommes distincts: un capitaliste, qui a droit à des intérêts pour la jouissance de son instrument qu'il concède à l’industrie, et un industriel, qui a droit à son tour à des bénéfices pour l’exercice de ses facultés individuelles, Confondre ces 2 sortes de revenus, c’est jeter de l’obscurité dans une matière sur laquelle il importe au contraire de répandre la plus vive clarté. Ainsi 11 serait beaucoup plus exact de dire, en supposant qu’on trouvât communément dans un pays à placer ses capitaux avec sécurité à 3 p. 400 : tel fermier a réalisé cette année un revenu de 11,000 fr., dont 5,000 sont les intérêts de son capital d’exploitation, qui est de 100,000 fr. ; el 6,000, la récompense de son industrie ; tel autre n’a trouvé en caisse, pour toute balance de ses comptes, que 4,000 fr., qui représentent, à 5 p. 100, les intérêts de son capital; et n'a par conséquent rien touché celle année pour sa coopération industrielle dans l’entreprise qu'il dirige
On a beaucoup discuté sur la question de savoir quels sont les bénéfices auxquels un entrepreneur d'industrie agricole ou un fermier a droit de prétendre. D'une part, on a soutenu que les produits du sol sont d’une nécessité si générale et si urgente pour le genre humain, que celui qui les cultive n’a pas droit de prétendre à un bénéfice trop considérable. D'un autre côté, on dit qu'un fermier qui travaille avec économie, qui dirige ses opérations avec habileté et prudence, qui fait quelquefois des avances considérables de capitaux etcourt toutes les chances de la production mérile assurémeut d’être largement récompensé de ses avances et de son industrie ; mais toutes ces discussions n'ont pas éclairci et ne pouvaient pas décider la question, et les bénéfices des fermiers sont demeurés sous l'empire dssbesoins sociaux, dela capacité et des moyens pécuniaires des entrepreneurs et de la concurrence.
On a remarqué que toutes ces causes réunies ne permettent pas que les bénéfices des fermiers surpassent un certain rapport avec les capitaux qu ils ont avancés, ou, comme nous l'avons dit au commencement de ce paragraphe, les bénéfices industriels des fermiers ont un taux courant basé sur leurs capitaux etleur industrie. Ecoutons à cet égard Sixcrair, qui a dépouillé avec soin tous les rapports qui ont été faits au bureau d'agriculture sur les bénéfices des fermiers dans un grand nombre de comtés de l'Angleterre.
« Les bénéfices des fermiers, dit-il, sent en général tellement modérés qu'on a trouvé, par des recherches soigneuses, que, dans les terres arables, ils excèdent rarement 10 à 14 p. 0/0 du capital avancé (4). Quelques fermiers en terres arables, qui possèdent une habileté
| et une énergie supérieures et qui ont obtenu des baux
à des conditions raisonnables peuvent réaliser de 15 à 20 p. 0/0 ; tandis que d’autres, qui manquent de ces
, 4 ou 5 p oo suivant le laux de
Piptèret pour le profit du capital La mème observation s 'appiique aux evalualivus TIR
qualités ou qui paient un fermage trop élevé, deviennent fréquemment insolvables. Le cas est différent dans les fermes à pâturages, parce qu'elles exigent moins de dépenses de main-d'œuvre et qu'elles produisent des denrées plus recherchées et d’un prix plus élevé. Dans ces fermes. il n'est pas rare que les bénéfices s'élèvent à 15 p. 0/0 et plus. Le fermier d’une ferme de cette espèce est plutét un marchand qu’un simple cultivateur ; comme il achète et vend fréquemment des bestiaux, il fait souvent de gros profits par des spéculations judicieuses; mais aussi une baisse soudaine dans les prix entraine souvent pour lui des pertes considérables. On a remarqué, au reste, qu'il est rare qu’un fermier fasse une grande ïortune, à moins qu'il ne soit placé avantageusement dans le voisinage d'une grande ville où qu’il ne réunisse à la culture quelque spéculation profitable, »
Les bénéfices réalisés dans le cours d’une année ne constituent pas, comme on le pense bien, Le taux moyen des profits d'un entrepreneur d'industrie agricole; les années qui se succèdent présentent, dans ce genre de spéculation, trop de différences pour qu'il soit possible de considérer l’une d'entre elles comme propre à faire connaitre les bénéfices réels de l'entreprise. A cet égard, un fermier doit se considérer comme un entrepreneur qui fait une spéculation dont la durée sera de 9, 12 ou 18 années, suivant la durée de son bail, et dont il ne connaîtra les résultats définitifs que lorsqu'elle sera entièrement terminée. Je suppose, par exemple, qu’il agisse avec un capital de 80,000 fr., que le taux de l'intérêt des capitaux soit dans le pays à 8 p. 0/0, qu'il ait un bail de 9 ans et que les revenus annuels, suivant la comptabilité, aient été, savoir:
1re année. « « + « » + 3,326 fr.f6e année. . . . . . . 7,911 fr. 80 — + « + + + 5,780 7e mie os sn je) 9:07 8e — «+ + + 2,109 Se — "56676000 4,868 4e — 0 + = +. + 6,809 9e — ,. + « + + 5,530 5e — 6... + + «+ B,470 Total... : TNT
À déduire les intérêts du capital de 5 pour cent pendant g ans. . . . . 18,837
Total des bénéfices industriels pour g ans. . . 23,011
ou, terme moyen, 2,557 fr. par année, c’est-à-dire 5 1 4 environ du capital d'exploitation del’entrepreneur.
Un entrepreneur qui est propriétaire du fords qu’il . exploite peut opérer de même pour connaître le taux moyen de ses bénéfices ; seulement, comme la durée de son bail ne peut pas lui servir de base, il prend une ou plusieurs rotations ou assolemens qu'il considère comme des opérations distinctes et au bout desquelles il peut établir le taux courant de ses béntfices industriels.
Dans plusieurs occasions, on a besoin de calculer approximativement le taux moyen des bénéfices qu'on pourrait espérer de réaliser dans l'exploitation de tel ou tel domaine. Dans ce cas, il faut faire sur la propriété foncière en question une enquête semblable à celle dont nous avons donné le modèle dans le titre Ier, et procéder à des calculs d'évaluation en faisant usage, pour les terres arables, du tableau de la page 340 du chapitre IT, où nous avons donné les produits moyens ainsi que les travaux de culture sur chaque division et chaque classe, et pour les prairies et autres biens des moyens d'évaluation présentés dans les pages suivanies du mène chap. En opérant ensuite les calculs comme nous l'avons indiqué, on parvient à établir le taux moyen des bénéfices qu’on peut espérer dans l’exploitation du domaine proposé, ou le taux du fermage qu'on peut en offrir après qu’on a fixé les bénéfices qu’on veut retirer de l'opération,
Secrion II. — Des frais de production.
La production agricole n’est qu’une espèce d’échange