‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 4)Chapitre 453 sur 595 · LIV. VII · texte numérisé non relu

LIV. VII

marchés par les petits cultivateurs pressés de convertir en argent leurs récoltes, et qui se contentent alors d’un très léger bénéfice. Dans d’autres lieux on a observé qu'aux époques les plus généralement adoptées dans le pays pour le paiement en argent du canon de la ferme, le marché se chargeait davantage de denrées qu'aux autres époques, parce que les fermiers sort alors obligés de convertir en écus une partie de leurs denrées, etc.

Quelques fermiers, pour se délivrer des inquiétudes que peuvent leur causer la mobilité des prix courans, adoptent la méthode de partager leurs récoltes en un grand nombre de petites portions, qu'ils livrent successivement à la consommation chaque jour de marché. Cette méthode a cet avantage que les denrées, au bout de l’année, ont été vendues au prix courant moyen de l’année et que les rentrées ont été faites réguliercment pour couvrir les dépenses , ce qui occasionne des avances moindres de capitaux ; mais elle a l'inconvénient de nécessiter des charrois et de causer des pertes de temps bien plus considérables, et dont il serait important de tenir compte si on voulait la comparer économiquement avec celles qu’on suit es d’autres lieux.

À moins qu’on ne prévoie avec quelque certitude un événement grave ou une circonstance importante qui sera très propre à élever prochainement le prix courant d’une manière sensible et un peu durable, la prudence conseille, dans toute spéculation, aussitôt que le prix courant est arrivé à un laux satisfaisant, de se dé- Jaire de ses denrées et de réaliser ses bénéfices. En agissant ainsi, on se délivre du soin de la conservaiion des récoltes et des chances défavorables qui peuvent naître par suite de la variation dans les prix; on cesse de charger les récoltes de frais de logement et de conservalion ; on délivre des capitaux qui étaient engagés et restaient oisifs, et qui peuvent être employés à faire de nouvelles avances à la production ou à d’autres spéculations avantageuses, etc.

À cet égard, on ne sait pas toujours, dans les établissemens ruraux, calculer avec cette rigueur qu'on doit apporter dans toutes les parties de l’administration, mais surtout quand il s’agit de vente etde spéculations.

Afin de donner une idée des opérations de calcul qu'il est utile de faire dans ce cas, nous donnerons un exemple bien simple.

Supposons que le -froment de 1'° qualité, dans mon

établissement, revienne, en frais de production, à 16 fr. l’hectolit., y compris les frais de conservation et mes bénéfices de 96 c. à 6 pour Q/0 par an comme entrepreneur et que j'en aie 100 hectolitres à vendre que je puis trouver à placer sur un marché à raison de 16 francs 50 centimes l'hectolitre, les frais de toute espèce pour le transport et la vente étant de 6 c. l’hectolit, En vendant au moment indiqué sur ce marché, je réaliserai une somme de. . . 4,650 fr. dont il faudra déduire pour frais de trans-

Port. “Moy: Ie RNRS n 6

ou, en somme nelte. . . « « + *+ + 1,624

c’est-à-dire que j'aurai vendu mon froment 16 fr.24c. M l’hectolitre et que mon bénéfice aura été de 96 c., plus : 24 c. ou 1 fr. 20 c. par hectolitre.

Un cultivateur voisin, qui a observé que les prix courans du marchéontéprouvé peude variations depuis quelque temps et qu’ils ont une tendance à la hausse. préfere attendre que ces prix soient plus élevés. En effet, il se | manifeste dans le prix courant un mouvement de hausse, mais assez lent, et au bout de 4 mois les fromens de la qualité supposée sont cotés sur le mème marché à 47 fr. 20 c. l'hectolit. Voyons lequel de nous deux a réalisé les bénéfices les plus considérables, en supposant que les frais de production fussent les mêmes.

ciiar. 5°.

fr. CA 100 hectolit. de froment lui coùtaienten frais de production à l'époque où j'ai Vend eh: Sat TONAS800 €»

Auxquels il convient d’ajouter :

Frais de conservation pendant 4 mois,

10 journées d'homme à 1 fr. 40 c. 14 »

Intérêts des avances à raison de 8 p. 0/0

par an, pendant 4 mois. . ce Bénéfices industriels, à 6 p. 0/0 par an des capitaux avancés; pour4mois. . . . 32 »

Avaries, pertes, vols, coulage, à raison de

10 p. 0/0 par an; pour 4 mois. . . 55 55 Frais de transport surle marché. . . 6 »

Motalidesitrais 00. + 1,754 95 “Ainsi son froment, au bout de 4 mois, lui coûte, rendu sur lemarché, 47 fr. 52 c. l’hectolit., et comme en réalité 1l ne l’a vendu que 47 fr. 20 c., il s'ensuit que son bénéfice, pour 16 mois, a été composé de la manière suivante : 96 c. par hectol. à l'époque de ma vente, plus 52c. pour les 4 mois qu’il a conservé son blé en magasin, moins 12 ç., différence du prix de revientau bout de 4 mois, avec le prix du marché ou au total de la sommede 4 fr. 16 c. tandis que le mien, au bout de 16 mois se composera d’abord d’une somme de 4 fr. 20 c., réalisée 4 mois plus tt, plus de 32 c. pour mes bénéfices industriels pendant ces 4 mois où j’ai dû recommencer une opération productive, au total 1 fr. 52 c. par hect., c'est-à-dire une différence de 56 fr. sur les 100 hectolit., sans compter les soins administratifs que la conservalion lui a nécessités, les inquiétudes que la variation des prix lui a causés, les embarras pour défaut d’argent comptant et peut-être la stagnation dediverstravaux qu’il n’a pas pu entreprendre faute de moyens, etc, et encore ne faisons-nous pas figurer dans les calculs les frais de logement des récoltes,qui pourraient y être portés si, dans les 4 mois où mon voisin a conservé ces récoltes javais trouvé le moyen d'employer utilement mes greniers, mes granges et mes magasins.

Ce n’est pas assurément une chose simple et aussi facile qu'elle le parañt au premier abordque de vendre et acheter sur les marchés; indépendamment de la connaissance parfaite des circonstances qui peuvent influer sur le prix courant, c’est un art qui exige une parfaite connaissance des hommes en général et en particulier de ceux avec lesquels on traite. On a généralement à faire, dans les achats à des marchands ou à des négocians qui défendent leurs intérêts avec une extrême äpreté et à qui la pratique et l’expérience ont enseigné une foule de manœuvres quelquefois innocen-

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