AUNE (lat. A/nus; angl. ÆAlder; all
Erle;ital. Ontano). Les aunes sont des arbres à feuilles simples, alternes; leurs fleurs sont mâles et femelles sur le même individu, mais sur des chatons distincts et séparés, alongés dans les mâles et ovales dans les femelles; leurs fruits sont des espèces de cônes écailleux, renfermant des graines aplaties, non ailées, au nombre de 2 sous chaque écaille.
Ils appartiennent à la famille des 4mentacées; on en connail une 12° d'espèces naturelles aux pays tempérés, soit de l’ancien, soit du nouveau continent. Nous parlerons surtout de Paune commun, qui est l’espèce la plus répandue et qui se trouve dans les lieux humides des 4 parties du monde.
L'AUNE commun (4. glutinosa, Willd.—Betula alnus, Lin.) (fig.57) est un arbre de 50 à 60 pieds de hauteur, dont les feuilles sont arrondies, dentées sur leurs bords, visqueuses dans leur jeunesse, ensuite d’un vert foncé.
Ses fleurs s’'épanouissent avant les feuilles, à la fin de mars ou au commencement d’avril; les mâles sont jaunâtres, disposées en chatons pendans, longs de 2 à 3 pouces; les femelles sont de pelils chatons coniques, auxquels succèdent des fruits ayant à peu près la forme d’un pelit cône de pin, et dont les graines mürissent en automne.
Fig. 57.
L’aune est le plus aquatique de tous les arbres de l’Europe; il vient bien dans Îles terrains Marécageux, qui sont trop humides pour que les peupliers et les säules puissent y croilre.
Quant à sa rultiplication, Vaune ne reprend que difficilement de boutures faites de petits rameaux isolés; pour les faire réussir, il faut y employer des branches de 10 à 12 pieds de longueur qu’on enterre à peu près horizontalement à 2 pieds de profondeur, en laissant seulement sortir toutes les extrémilés des rameaux à 5 ou 6 pouces hors de terre. Ces branches, si le terrain est de la nature qui convient à l’aune, donnent au printemps suivant une grande quantité de rejetons qui sont bons à relever et à repiquer en pépinière l'hiver suivant. On peut également propager l’aune de marcottes; mais le meilleur moyen de le multiplier est de semer ses graines qu’il faut répandre un peu épais, en automne, aussitôt qu’elles sont récoltées , sur une planche de terre douce, légère, bien ameublie par un bon labour, et située dans un lieu frais et ombragé, en ayant soin de ne les recouvrir qu’à peine; on peut même laisser aux pluies le soin de les enterrer. Le jeune plant lève abondamment au printemps, surtout lorsque la saison est humide, et, après avoir reçu pendant l'été les soins convenables, il peut être planté en pépinière pendant l’automne ou lhiver suivans; 3 où 4 ans après, les jeunes aunes sont bons à mettre en place.
Les aunes se plantent ordinairement dans les parties des bois dont le sol est aquatique et marécageux, à l’entour des prairies et des pâturages, dont le fond est naturellement humide, el dans celles qui sont situées sur les bords des étangs, des rivières ou des fossés d'irrigation. Dans cette situation leurs racines nombreuses el entrelacées retiennent les terres des berges et bordages, et les empêchent d’être entrainées par les eaux des débordemens. |
Les aunes ne croïssent pas aussi rapidement que les peupliers et plusieurs espèces de saules; il est assez rare qu’un de ces arbres ait, à 30 ans, 4 pieds de tour à hauteur
d'homme; mais le bois en est généralement plus estimé que celui des peupliers et des saules. À 10 et 20 lieues de Paris, un aune de la grosseur que nous venons de dire, peut valoir 15 à 20 francs.
La plus grande /ongévité de l’aune passe our être de 60 ans; mais souvent, dit-on, il ui arrive à cet âge d’être gâté dans son intérieur; il y a donc de l’avantage à le couper pue tôt; cependantil ne faut pas non plus l’a-
attre trop jeune, car alors il n’a pas assez de valeur. Ainsi, lorsqu'un aune de 4 pieds de circonférence vaut 20 francs, un autre arbre de la même espèce qui n'aura que 3 pieds vaudra à peine 10 francs.
Les souches de l’aune repoussent, après que leur tronc a été abattu, un grand nombre de rejetons qui, dès la fin de la 1'° année, s'élèvent à 5 ou 6 pieds. A la 2° ou à la 3°, il est bon de dégarnir ces souches de tous les menus brins qui n’ont pas assez de vigueur, et de ne laisser sur chacune que 6 à 8 des nouvelles tiges les mieux venant. Ces jeunes aunes seront bons, à 7 ou 8 ans, pour faire des gaules qui se vendent aux tourneurs quand elles ont 7 à 8 pouces de tour à hauteur d'homme , et 18 à 20 pieds d’élévation totale. Alors on ne laisse sur chaque souche que la tige la plus belle, où tout au plus 2 lorsque l’espace le permet. Par la suite, ces arbres s’émondent tous les 4 ans et aonnent de bonnes bourrées.
En taillis, les aunes peuvent être coupés régulièrement tous les 7 à 8 ans, et les perches ou gaules très-droites qu’ils fournissent servent aux tourneurs pour faire des échelles, des chaises et des bois de lits grossiers, des manches à balais, des échalas, des râteaux pour les foins. Ces perches servent encore à étendre le linge ; un peu plus grosses et plus fortes, les maçons les emploient pour soutenir leurs échafaudages.
Le boës du corps des arbres sert à faire de la charpente légère dans l’intérieur des bâtimens, des corps de pompes, des conduits pour les eaux, des pilotis qui durent aussi
ong-temps que ceux de chène, pourvu qu’ils
soient toujours dans l'eau ou dans la glaise très-humide. Enfin, on en fait aussi des sabots, des semelles et destalons pour les chaussures. Quoique le grain de ce bois soit homogène et que ses pores soient peu apparens, comme il estmou, ons’en sert peu en menuiserie. Il est naturellement d’un rougeâtre clair, et il prend bien le noir, ce qui le fait employer pour des ouvrages d’ébénisterie commune.
Ce bois ne donne pas beaucoup de chaleur,
mais comme il fait bien de la flamme, les boulangers, les pâtissiers, les fabricans de chaux, de plâtre et de tuile, s’en servent pour chauffer leurs fours.
L’écorce \’aune est astringente, et elle peut être employée pour le tannage des cuirs.
Combinée avec des préparations ferrugineuses ,elle donne, comme la noix de galle, une couleur noire dont les teinturiers, et principalement les chapeliers , font usage.
Les feuilles d'aune sont peu du goût des bestiaux qui ne les broutent guère que lorsqu’ils sont affamés.
On connait une variété d’aune remarqua-
AGRICULTURE
ble par la profondeur des dentelures de ses feuilles, qui font paraître ces dernières comme si elles étaient pinnatifides.
On trouve encore en France et dans le midi de l'Europe 3 autres espèces d’aunes connues des botanistes sous les noms d’4.cordata, 4.
incana, et A. viridis; mais ces espèces n’étant pas généralement répandues, il nous suffira de les avoir indiquées.