‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 4)Chapitre 80 sur 595 · DE L’AMENAGEMENT DES FORÊTS · texte numérisé non relu

DE L’AMENAGEMENT DES FORÊTS

d'une route, qui ouvriront de nouveaux débouchés à l'exportation, engagent à laisser vieillir les coupes ; mais, si ces voies de communication doivent au contraire apporter du bois dans la contrée, il faut se hâter d’exploiter ceux que l’on possède. 5° Il en est de mème, si l’on prévoit la prochaine introducton de la houille dans une contrée où l’on n’employait que du bois pour le chauffage et pour les usines. 6° Possède-t-on un taillis composé uniquement de châtaigniers destinés à faire des cercles ou cerceaux, on doit l’exploiter précisément au moment où les brins sont propres à cet usage. Il en est de même d’un taillis de coudrier. 7° Un taillis de frêne s’exploite avec avantage, lorsque les perches ont atteint les dimensions propres aux ouvrages de charronnage. 8° Un taillis de chène doit être coupé avant l’époque où la qualité de l’écerce commence à se détériorer.

Les préceptes que nous venons de donner sur l'aménagement des taillis sont également applicables à ceux de France, d'Allemagne et d’Angleterre,et de tous les autres pays où les bois sont mis en coupes réglées. Nous verrons plus loin les effets de la méthode moderne des nettoiemens ou éclaircies dans les taillis.

$ II.—Aménagement des futaies en massif,

On n’a encore adopté en France aucune méthode pour l'aménagement des massifs de Jutaie. On les exploite généralement en jardinant, opération qui consiste à enlever les arbres dépérissans ou nuisibles et ceux qui sont parvenus à l’époque que l’on croit être celle de ieur maturité. C’est ce qui se pratique dans les forêts de sapins et de hêtres des Pyrénées, des Alpes, du Jura, et du versant méridional des Vosges.

Les désavantages de cet ancien usage sont:

1° le peu de revenu que l’on tire des forêts ainsi traitées ; on est obligé de les parcourir pour aller chercher les arbres dépérissans, ce qui rend l'exploitation et l'extraction trèsdispendieuses; 2° les dégâts qui en résultent ; 3° la lenteur de l’accroissement des jeunes plants qui languissent à l’ombre des massifs, au point que Ceux qui sont le mieux exposés croissent deux fois moins vite que s'ils jouissaient des bienfaits de l'air et de la lumière. 4° La destruction des neuf dixièmes de ces plants dans leur jeunesse.

Cet usage présente cependant un avantage remarquable; le massif de la forét se conserve intact pendant une durée indéfinie, si le jardinage est bien exécuté, et surtout si l’on a soin de conserver sur les bords une épaisse lisière pour défendre la forêt contre les vents impétueux ou desséchans. Il est vrai que les produits sont inférieurs à ceux que procure l'application des nouvelles méthodes d’aménagement; mais, pour peu que ces méithodes soient mal entendues dans l'exécution, la forêt se dégarnit et ne se repeuple plus.

C'est en ne découvrant jamais le sol en entier avant d’avoir assuré le repeuplement, que l'on peut faire croitre de magnifiques sapins sur un plateau de 2 à 3 pouces de terre reposant sur des masses de rocs calcaires ou grauitiques; dans l'application des nouvelles

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méthodes, le moindre accident peut mettre le terrain à nu.

L'ancien usage d'exploiter les forêts en jardinant subsiste encore dans la plus grande partie de l'Allemagne, mais les nouvelles méthodes dont nous allons parler, et qui ont été inventées et mises en pratique par des Allemands,se propagent au point qu'elles paraissent devoir remplacer partout l’ancien procédé.

$ II. — Coupes par bandes.

Au lieu de chercher çà et là les arbres mürs où dépérissans, on fait unecoupe pleine à laquelle on donne la forme d’un rectangle irrégulier trés-alongé. Tous les arbres qui se trouvent dans cette surface sont abattus, à l'exception de quelques porte-graines. Cette bande forme la coupe annuelle qui se repeuple naturellement par de jeunes plants qui se lrouvent déjà sur lesol, et surtout par ceux qui doivent provenir des graines qui tombent des massifs d'arbres entre lesquels cette lisière est resserrée. L'année suivante on exploite une autre bande de forme semblable dans une autre partie du massif. La principale précaution à prendre dans ces exploitations consiste à les diriger de manière à ne pas donner entrée aux vents destructeurs.

Les hêtres et les sapins, quoique d’une hauteur excessive, n'étant pourvus que de faibles racines,dans un sol très-peu profond ne peuvent résister à de faibles coups de vent qui n’ébranleraient pas des arbres ordinaires.

On dirige autant que possible les bandes de l’est à l’ouest, pour procurer de lombrage au plant (#g. 107). Quelquefois on tourne sui-

Fig. 107.

vant la pente, pour éviter que les pluies entrainent les graines (/g. 198). Dans la vue de

Fig. 108.

favoriser les semis naturels, on enlève les pousses et les herbes en grattant le terrain à la pioche. Les arbres isolés que l’on à laissés de distance à autre pour aider au repeuplement doivent être coupés aussitôt que le plant est assez épais el assez fort pour se passer d’abri. :

Exemple : Forèt d'épiceas d’Aarau, canton d’Argovie.

$ IV.— Méthode de repeuplement des forêts.

La méthode scientifique adoptée dans l’AIlemagne méridionale, et qui a été appliquée avec succès dans nos forêts du Haut et du Bas-Rhin, consiste à traiter l'exploitation des massifs de haute-futaie ainsi qu’il suit :

Le massif de hêtre, de chêne ou de sapin qui est jugé prochainement exploitable, est mis en défense quelques années d’avance, c’est-à-dire que le pâturage et le pacage y sont interdits dans la vue de conserver les graines. Lorsque le moment de l’exploitation est arrivé, on procède à l'assiette de la coupe sombre, en désignant pour l’abattage les arbres qui sont situés dans les endroits les plus épais, de manière que ceux qui restent conservent un égal ombrage sur toute l’étendue du sol. Cette opération importante et délicate a un double objet : celui de permettre au semis de lever’et celui d’empécher l'accroissement des herbes. L’air circulera à travers le massif, la lumière commencera à s'y introduire, et les jeunes plants se développeront sous l’influence de ces agens de la végétalion, en même temps qu'ils seront protégés contre les gelées et contre les chaleurs.

Lorsque le plant, répandu uniformément sur le sol, a pris une hauteur de 10 à 15 pouces; lorsqu'on n’a plus lieu de craindre que l’accès du soleil et du grand air ne le fasse périr en occasionant une subite évaporation de l'humidité du terrain; iorsque le massif est bien garni, il est temps de s’occuper de la coupe secondaire. Celle-ci, que l'on nomme aussi coupe claire, comprend une grande partie des arbres restans. On observera pour l’espacement des arbres des règles à peu près semblables à celles d’après lesquelles on a dirigé la coupe sombre ; on se rappellera seulement que les parties de la forêt les mieux repeuplées sont celles qui exigent le moins d'arbres. On laisse subsister les arbres réservés jusqu’à l’époque où le semis, ayant atteint une hauteur moyenne d’un mètre, est devenu assez robuste pour être livré sans inconvénient à l'influence de l’air, du soleil et des météores.

Cette époque arrivée, on peut procéder à la coupe Aéfritive qui comprend les arbres restans, sauf quelques pieds destinés à servir de porte-graines dans les endroits que l'on ne juge pas suffisamment repeuplés.

Ces porte-graines sont ordinairement pris parmi les arbres faibles, difformes, peu élevés ; leur destination est de donner des graines et de conserver un peu d’ombrage dans les lieux où le plant est encore faible. Ces arbres ne tardent pas à être écimés, ébranchés, rompus ou déracinés.

Les trois exploitations embrassent ordi-

cHAP. 4°.

pairement une période d'environ 10 années.

La rareté ou l'abondance des graines, la rapidité ou la lenteur de la croissance des plants déterminent les époques respectives des trois exploitations. La principale difficulté à surmonter dans l’emploi de cette méthode, consiste à diriger les exploitations de manière que les vents ne s’introduisent pas dans la forêt après la coupe sombre et surtout après la coupe secondaire, car ils feraient tomber une foule d'arbres, qui, la plupart, seraient brisés et sans valeur: mais cetle perte n’est pas la plus grande; l’accident que nous signalons dérange toutes les combinaisons du forestier, qui a donné tant de soins pour élever le jeune plant; on est obligé quelquefois de recourir à l’ensemencementnaturel; les plants ne sont plus du même âge ni de la même force. Mais si aucun désastre n’est venu déranger l'ouvrage de l’art, la terre est bientôt couverte de myriades de

lants de l'essence qu’on a voulu propager; Rs épaisseur de ce plant est une condition essentielle de sa réussite; les jeunestiges, délivrées du voisinage des arbres qui les auraient affamées, s'élèvent droites et hautes; elles forment un massif dans lequel tous les brins étant à peu près de même force, chacun d’eux n'étant ni ombragé ni épuisé par les autres, croît avec le maximum de la force qu'il tire de son essence, du sol dans lequel il est né et de l’atmosphère dont il est environné.

La traite du bois qui est abattu dans les coupesdoit être exécutée très-promptement, pour éviter de trop grands dégâts ; on a soin qu'elle se fasse à travers les parties de la coupe non encore exploitées. On recèpe les Jeunes tiges de bois à feuilles caduques qui ont été brisées, et leurs souches ne tardent pas à repousser des rejets.

Lorsque le jeune taillis est parvenu à sa 20° année, on procède à l’extraction des jeunes plants de marsault, tremble, bouleau, charme, qui croissent plus rapidement que les bois durs ou qui embarrasseraient les plants de sapins.—20 ans plus tard, on procède à un second xettoiement, en ayant soin de tenir toujours le plant épais et bien garni; c’est une condition essentielle de leur prospérité future. On continue ainsi tous les 20 où 25 ans, jusqu'a ce que le massif soit

exploitable.

Les irconvéniens de celte méthode sont :

1° qu'il se passe souvent plusieurs années sans qu'il y ait des semences forestières et qu'on est alors obligé de recourir aux semis artificiels qui ne réussissent pas toujours dans les terrains découverts ; 2° que la moindre négligence dans l'exécution peut perdre sans retour quelques parties de la forêt; 3° que trois exploitations dans le même lieu entrainent des frais considérables, tandis qu’en exploitant la coupe par bandes étroites on abat tous les arbres à la fois, sauf quelques porte-graines. Il est juste d'observer, 1° que les coupes par bandes favorisent aussi l'entrée des vents dans les massifs; 2° que celle succession de coupes sombre, secondaire et définitive n'est indispensable que dans les terrains secs; car. dans les bons sols, deux coupes suffisent pour opérer le repeu-

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