‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 4)Chapitre 81 sur 595 · DE L'AMÉNAGEMENT DES FORÊTS · texte numérisé non relu

DE L'AMÉNAGEMENT DES FORÊTS

plement; 3° que les plants de 3 ou 4 pieds de haut, étant dégagés du voisinage des grands arbres, croissent bien plus rapidement que ceux qui garnissent les bandes bordées ile massifs; 4° que les semis naturels sont dispendieux et ne réussissent pas toujours.

Exemple d’une belle forêt traitée par la méthode de l’ensemencement naturel : Forêt de Ribeauvillé (Haut-Rhin ).

$ V. — Des futaies surtaillis.

On nomme jutaies surtaillis les baliveaux de tout âge que l’on réserve dans les taillis à mesure de leur exploitation.

L'usage le plus général est de réserver 50 baliveaux de taillis par hectare. Nous supposerons dans nos calculs ultérieurs que la révolution de l'aménagement est réglée à la période de 25 ans. La coupe comprendra donc 50 baliveaux de l'âge du taillis par hectare. À l’époque de la seconde coupe ces baliveaux sont âgés de 50 ans. On fait abattre ceux qui sont faibles, difformes ou trop rapprochés les uns des autres, et on en réserve environ 13 par hectare. À l’époque de la troisième coupe ces baliveaux sont âgés de 75 ans. On en réserve 8 environ par hectare.

A l’époque de la quatrième coupe, ces baliveaux sont âgés de 100 ans. On en réserve environ 3 par hectare. Aux époques des coupes suivantes, on réserve un arbre ou deux ar hectare, de 125, de 150 ans, etc. Telle est fa proportion ordinaire dans les forêts bien aménagées du nord-est de la France.

L'accroissement de ces futaies varie suivant la nature du sol et l’âge auquel on exploite les laillis. Le tableau suivant fera connaitre le rapport moyen de leur accroissement dans un bon sol :

Age des Cubage engrume, Age des Cubage en grume, baliveaux, pieds cubes. baliveaux, pieds cubes,

ADdren LE: 2100 80 2,3 LOEERE DO M NOTES ODA. 1.:223 60 A e0 ES LOUE 180 7OEN RC AUTS 120-156 TDR TUTO LISA dust 11605

La question des futaies surtaillis a été l'objet de longues controverses entre les anciens forestiers ; mais, comme la plupart d'entre eux avaient négligé un élément essentiel, celui du calcul des produits et de l'intérêt composé, leur opinion n’a pas influé sur la pratique générale.

Le motif qui a fait convertir les massifs de haute-futaie en taillis est que lorsque l'industrie s’est introduile en France, on a abattu les massifs pour en consommer les produits, soit dans les villes, soit dans des usines, et que l’on a trouvé plus commode et plus avantageux de couper les taillis lorsqu’on trouvait à les vendre, que de les conserveren massifs de futaie. Le développement de la richesse publique ayant successivement augmenté la valeur des bois, on a reconnu qu'il yavait plus de profit à abattre les gros arbres qu'à les conserver, et on en à peu à peu diminué le nombre par le motif ou sous le prétexte que ces baliveaux nuisent à l'accroissemént du taillis. C’est sur cette idee qu'est fondée la pratique actuelle qui se pro-

90 AGRICULT. FORESTIERE : CULT. ET AMENAGEMENT DES FORETS. zriv. v.

page rapidement. Elle présente des inconvéuiens qui entraineront l’abandon des futaies sur taillis. 1° Dans les terrains secs le sol est trop découvert par l'enlèvement de la futaie, l'humidité s’évapore, et la végétation s’affaiblit à un degré considérable ; les racines des arbres et du taillis restans, élant privés de l’humidité qui les alimentail, ne fournissent presque plus rien à la nourriture des plantes; 2° les cimes des arbres subitement exposées aux courans d’air se dessèchent; 3° les jeunes baliveaux, n'étant plus dans un état serré, se forment de grosses têtes et cessent de croître en hauteur après l'abattage du taiilis.

Ainsi on ne doit plus avoir désormais que des arbres difformes ou de pelite stature dans les taillis.

Le mode qui est sur son déclin produisait cependant une immense quantité de beaux arbres pour tous les besoins de l'Etat et des particuliers. Ces arbres étant tenus dans un élat serré, leurs tiges s’élevaient à peu près comme dans un massif; le taillis ne formait qu'un sous-bois qui garuissait l'intervalle eutre les arbres; mais actuellement le taillis étant devenu le produit principal, la futaie dégénère rapidement. Les coupes des taillis dont l’époque est déterminée par des caiculs fondés sur un intérêt élevé étant plus fréquentes qu’elles ne l’étaient autrefois, il sera impossible désormais d'élever de beaux arbres dans les coupes, car, pour avoir une futaie d’une belle dimension, les taillis ne doivent pas être coupés trop jeunes; les baliveaux ne s’élevant plus guère après l’ex-

loitation,surtout lorsqu'ils ne sont pas nom-

reux, ils ne forment jamais que des arbres rabougris, et l’on ne manque pas de prononcer que le sol de la futaie ainsi traitée ne convient pas pour élever de la futaie.

$ VI. — De l’âge auquel il convient de couper la futaie.

Nous parlerons d’abord de l'usage général.

Ce n’est que depuis un demi-siècle environ que l’on lait en France de grands abattis de futaie. On conservait autrefois les vieux arbres sans s'occuper du point de savoir si leur accroissement rapportait 1,2 où 3 p.00; l’usage, une espèce d'idée vague du sacrifice fait au bien public, une pensée dominante d'ordre et de conservation guidaient le forestier même àsoniosu,etil réservait uneimmensité d'arbres qui, tout en continuant de végéter, ne gagnaient pas un pour cent par an. Les vues qui dirigentaujourd’huile forestier français sont encore puisées en partie dans ces idées de conservation et reposent aussi en partie sur des théories particulières ou sur des calculs plus ou moins justes; en sorte q'i'is n’y a aucune fixilé à cet égard. L'aménagement en Allemagne se règle d'après les produiis en nature. On veut conserver pour les siècles futurs une masse de bois égale au moins à celle que l’on a trouvée. Il en est tout autrement en Angleterre, où l’on coupe un arbre lorsqu'il ne rapporte plus tant pour cent. On cherche uniquement uu produit en argent, à moins qu'il ne s'agisse d’arbres conserves pour agrement.

Il serait Ir PORANIE de comprendre complètement la théorie générale de l’'aménagement si l’on n’appréciait pas toutes les conséquences diverses de chacun des modes que nous venons d'exposer. Nous ferons d’abord connaître la différence entre les produits matériels dans deux circonstances opposées.

Prenons une forêt de 100 hectares aménagée à l’âge de 10 ans, dans un sol de qualité moyenne; on exploite par an dix hectares de taillis qui produisent chacun 50 stères de bois, lesquels, à 5 fr. le stère, vaudraient 250 fr., ce qui donnera pour le revenu de la forêt 2,500 fr.

Prenons une autre forêt semblable pour le sol, mais aménagée à 100 ans, et daus laquelle on enlève périodiquement Le bois mort et les chablis ; cette forêt rendra :

1° En bois mort et chablis, par

AD 4,086. ù NUS TRIER 200 fr.

2° La coupe pleine, dont la contenance sera d’un hectare, comprendra 500 arbres valant chacun 20 fr., ce qui fait en tout. . « +. 10,000 fr. Revenu annuel . . . 10,200 fr.

(On trouve en France, et notamment dans le haut plateau des Vosges, des massifs de haute-futaie qui contiennent pour 10,000 fr.

d'arbres résineux dont l’âge moyen est de 100 ans.) Ainsi le pays perd les 3/4 des produits en nature par un aménagement en laillis; mais la génération présente gagne sur l'intérêt de l'argent.

Il est évident qu'une contrée qui possède un million d'hectares de bois âgés de 100 à 150 aus est beaucoup plus riche en matière forestière qu’une autre contrée qui possède un million d'hectares de bois taillis dont l'âge moyen est de 20 ans. Dans la première contrée on fait abstraction de l'intérêt de l'argent; dans la secondé on en fait une ap.

plication peu éclairée.

Dans l'impossibilité de réduire le taux de l'intérêt de l’argent, il ne reste d’autre moyen pour rétablir l'équilibre de la production que celui d'accélérer la croissance des plants forestiers; on y parvieut par les cultures, par le nettoiement, par l’élagage et par l’appropriation des bonnes espèces de bois au sol. Tel est aujourd'hui l’état de la science forestière en Angleterre, où l’art s'efforce de recréer une partie de ce qui a été perdu sous l'influence de l’ancienne législation des forêts et des chasses.

En Allemagne, on conduit d’une manière savante les arbres jusqu’au terme où ils ont acquis les plus belles dimensions propres à leur espèce. On exploite la plupart des forêts résineuses et celles de hètres à l’âge de 150 ans; ainsi chaque année on abat la 140° partie de leur étendue totale. Les massifs de chéne subsistent pendant plusieurs siècles.

Comparons cet aménagement avec l’aménagement ordinaire de nos forêts de sapins.

Ces dernières, exploitées par la méthodé du Jardinage, produisent annuellement envirou 60 pieds cubes par hectare pour toute l'étendue de la forêt; ainsi une forêt de 140 hectares produit par an 8,400 pieds cubes de bois qui valent dans la forêt, à raison de 60 centimes le pied cube, la somme de 5,040 fr.,

cHaAP. 4°.

laquelle exprime le revenu de 140 hectares, en sorte que le revenu par hectare est de 35 francs.

En Allemagne, une forêt âgée de 140 ans contient 20,000 pieds cubes de bois, terme moyen, par hectare, en sorte qu’en exploitant un hectare par an, le produit total est de 20,000 pieds cubes de bois de chêne, hêtre ou sapin, qui, à 60 centimes le pied cube pris chiorét, valent. . 1. ..20:.: : 12,000 fr.

On procède à l’expurgade des bois blancs et des plants qui surchargent le massif 4 fois dans la révolution de l'aménagement, c’està-dire tous les 35 ans, coupe qui, réduite à un terme moyen annuel, s'étend sur 4 hectares et produit à raison de 600 fr. par hectare la somme totale de. . . . . . . . . . . 2,400

Total. . .... 14,400 fr.

Ainsi, le revenu annuel d’un massif de futaie, traité par la méthode allemande, est de 14,400 francs pour 140 hectares, ce qui revient à 102 fr. 85 cent. par hectare, soinme qui dépasse de beaucoup le revenu des forêts semblables traitées suivant l'ancienne méthode du jardinage.

Exemples de forêts bien peuplées: Forêt de Riquervirch (Haut-Rhin); il y a dans ce massif 1400 sapins par hectare estimés 21,000 fr.; forêt de Nideck (Bas-Rhin).

Nous allons calculer pour dernier terme de comparaison le revenu moyen d’une futaiesur taillis, exploitée suivant la méthode française dans un sol assez fertile et dans laquelle on a choisi des réserves dont le nombre est gradué dans la proportion indiquée au $ précédent. Ce revenu est calculé pour la coupe d’un hectare dans un bois de 25 hectares aménagé à 25 ans.

1° On trouve 50 baliveaux âgés de 25 ans, et comme on en réserve 18, il en reste 32 à abattre. Dans ce dernier nombre la moitié ne sert qu'à faire du bois de chauffage , il en reste 16 dont les tiges contiennent chacune deux pieds cubes 3/10, et comme le pied cube métrique de petit bois vaut communément ua franc, la valeur de 16 arbres sur taillis est JOADAPOUPENLE - - -. . . . . 36f. 80 c.

Les 16 autres arbres sur taillis, propres seulement au chauffage, valent ensemble, avec les bran-

BuES des prémuétss TT V0 < "(5 »

2° On trouve 18 modernes ou

arbres de 75 ans par hectare,

8 sont réservés et 10 sont coupés ;

dans ce dernier nombre 7 sont

propres au service, les troisautres

pe peuvent guère servir que pour

le chauffage. Les 7 premiers cu-

bent chacun 15 pieds métriques

et valent 15 francs. Leur valeur

Page 1