DE L’AMENAGEMENT DES FORÊTS
abattus; ces derniers cubent cha-
cun 30 pieds métriques et valent,
à raison d’un franc 20 centimes
le pied cube, 36 francs chacun, /
ce qui fait pour tout. . . ..... 180 »
4° Il reste 3 arbres de cent ans
et au-dessus ; on peut en couper
deux, qui valent ensemble, y com-
pris les branchages. . . . . . . . 112 »
Le taillis de 25 ans produit
6,400 pieds cubes de bois propre
au chauffage ou à la carbonisa-
tion qui, à 15 centimes le pied
cübe, valent: 4 + 2402 209 . 4 .': 960 »
Valeur totale de la coupe. . . .1,440 f. 80 c
Comme cette coupe est le seul .reveuu d’une forêt qui contient 25 hectares, il en résulte que l’hectare rapporte annuellement 57 francs 63 cent. Cette somme est bien supérieure au taux moyen du revenu des forêts de l'Etat, qui ne dépasse pas communément 20 francs par hectare; mais nous calculons sur une forêt située dans les plaines du nordest de la France, où les débouchés sont faciles et les moyens de consommation assurés.
Ainsi, en réduisant les produits à leur valeur en argent, nous trouvons qu’une forêt de haute-futaie jardinée produit annuellement par hectare, terme moyen. . . . 36 fi 15.6
Qu'une forêt semblable traitée par la méthode allemande pro-
AUS 'APRPERRERANETEN EC Neue sv: 102 85
Fi qu'une forét exploitée en taillis et futaie sur iaillis produit 57 63
Ceité comparaison donne lieu aux réflexions suivantes :
Le système des massifs de futaie qui s’étend sur les 9/10°° des forêts de la France n’est plus en vigueur, puisque généralement on ne réserve pas des arbres en assez grand nombre et d’un âge convenable pour remplacer ceux que l’on exploite. La méthode du jardinage n’est plus généralement suivie, mais aucun mode fixe n’y a encore été substitué.
On peut remarquer seulement que la pratique générale qui s'établit en France, par une foule de faits isolés, tend à adopter en définitive pour unique base de l'aménagement forestier les produits en argent. C’est par une suite de calculs faits avec plus ou moins d'exactitude sur cette base he grande partie de nos fuiaies ont été aballues, et que l’époque de l'exploitation des taillis a été devanvée ; les revenus sont considérables parce que l’on exploite beaucoup à la fois; mais ils s'épuiseront, et l'on ne pourra en creer de nouveaux que par l'adoption d’un bon systéme de culture forestière, lequel consiste principalement à accélérer la croissance des taillis et des futaies en dépensant à propos l'argent nécessaire pour en soigner la production.
Cette culture consiste : 1° à approprier les espèces de bois au sol et au débit; 2° à composer chaque aménagement d’une espèce d'arbres ou de deux espèces analogues ; 3° à ne conserver dans chaque massif que des plants dela mène force, du même âge et convenablement espacés autant que possible;
4° à n'exploiter chaque massif qu’à l'âge où il rend le »#2azimum des produits en argent; 5° à ne pas conserver de vieux baliveaux dans les taillis, mais à élever de grands arbres en massifs dans la meilleure partie de la forêt; 6° à employer dans Jes portions arides des forêts la méthode d’ensemencement naturel pour les futaies et celle du furetage pour les taillis; 7° à ne pas épargner les frais de culture lorsqu'il est évident qu'ils doivent être remboursés par des produits immédiats ou psr un surcroit de produits éloignés.
Les calculs qui seront faits d’après l'étude du maximum des produits en argent feront connaitre que tel bois doit être exploité à 106 ans, tel autre à 30, tel autre à 100 ans, suivant les besoins que l’on a dans chaque contrée, de menu bois, de gros bois ou de pièces de charpente. Parlout l'étendue et la nature de la production devront se régler d’après la demande présumée. On ne réalisera pas de telles améliorations sans beaucoup de calculs et de démonstrations prélimivaires. Nous ne croyons pas inutile, sous cerapport, de passer encore une fois enrevue les tables précédentes.
Prenons un exemple dans la table 1'* de la page 81. La progression nous fera conpaitre, en Ja combinant avec un calcul très-facile, l’âge auquel il convient d’abattre les arbres qui croissent suivant cette progression.
Nous supposerons que l’on veut les exploiter aussitôt qu’ils ne rapportent plus 4 p. 0/0 par an. Leur valeur primitive doit doubler tous les 18 ans pour qu'ils puissent rendre cet intérêt. Nous voyons que l'arbre désigné dans
ce tableau a plus que doublé de valeur tous |
les 18 ans jusqu’à l’âge de 55 ans ; son volume croit ensuite plus rapidement, mais le pied cube de gros bois étant plus cher que celui d’un petit bois, on gagne encore à attendre pour je couper. Si nous jetons un coup-d’'œil sur le tableau de la page 19, nous verrons que jusqu’à l’âge de 110 ans la valeur de Parbre qui fait le sujet de cette table, a encore doublé dans la dernière période de 18 ans.
La table qui fait connaitre l'accroissement moyen des sapins dans un massif jardiné (page 85) donne à peu près le même résultat.
Il ne faut point perdre de vue que ces lableaux d’accroissement des futaies ne s’appliquent qu'aux arbres qui ont pu vieillir un siècle ou un siècle et demi dans un état sain,
mais qu'elles n’ont aucun rapport avec une |
foule d'autres arbres viciés ou gâtés par des maladies et des accidens de tout genre. Si les arbres de la 1"* classe grossissent suivant celte progression, il s'en faut bien que l’accroissement total des massifs de nos futaies pris en masse suive Ja même loi; mais on la retrouve dans les forêts soumises à la méthode de l’en-
semencement naturel et des expurgades par |
éclaircies. J'ai reconnu que dans la forêt de Joux, et dans les autres belles foréts du Jura, les sapins qui ne sont pas défectueux grossissent uniformément d’un pouce par an sur leur circonférence; mais cette progression n’est point applicable à l’étendue totale du massif qui estsoumis au jardinage.
AGRICULT. FORESTIÈRE : CULT. ET AMÉNAGEMENT DES FORÈTS. Liv. v.
$ VII. — Exploitation des futaies avec un repeuplement artificiel.
Si les repeuplemens artificiels étaient tou jours bien assurés, Ce serait sans contredit la voie la plus économique pour repeupler les Joréts. On pourrait faire des coupes pleines, dans l’espace d’un an, ce qui serait beaucoup plus avantageux que de faire durer lexploitation à diverses reprises pendant 10 ans; mais on ne peut guère espérer de voir ce procédé géneralement usité, tant que chaque forêt n’aura pas sa pépinière pour fournir du plant en abondance et à bon marché.
Cependant c’est amsi que se régénèrent jes plus belles forêts de sapins de la Toscane; on y a fait les exploitations à blanc, et le repeuplement s'opère au moyen des pépiniéres annexées aux forëèts. Ces repeuplemens sont peu dispendieux, car une pépinière de 2ares suffit pour replanter f hectare. Les plantations se font en automne ; le printemps est trop sec en Italie pour que lon puisse confier dans cette saison le plant à la terre, à moins qu’elle ne soit arrosée. Les plants sont espacés de manière à occuper chacun un étendue de 7 à 8 pieds de rayon.
On a adopté l’ordre symétrique comme celui dans lequel les arbres se développent le mieux. L'efficacité de ce soin est d'accord avec l'observation que les arbres demandent un espace dans lequel ils puissent s’étendre également dans tous les sens. Peu de temps après que la plantation est effectuée , le sol se couvre d’une infinité de ronces et d'autres arbustes que l’on se garde bien de détruire, car ils tiennent le sol à couvert et garantissent par là le jeune plant d’une trop forte transpiration; mais au bout de 6 ans cette espèce d’abri a disparu, ei les sapins couvrent tout l’espace.
La coupe de ces arbres se fait vers leur 90° année, lorsque la flèche supérieure, qui | est la dernière pousse annuelle, s'incline et ne s’alonge plus.
La culture momentanée du seigle dans les sapinières exploitées a produit, dans ces climats chauds, des effets désastreux, en arrélant la multiplication des arbustes, des ronces et des grands herbages qui croissent naturellement après la plantation, et qui seuls conservent la fraiclieur et humidité nécessaires à la végétation.
On ue connait en Italie que deux modes de culture forestière, celui des taillis et celui des massifs de haute-futaie. Le mode mixte des futaies surtaillis n’y est pas em-
| ployé.
| $ VIII. — Des essarts.
| Après avoir parlé des méthodes générales | d'exploiter les bois, soit en taillis, soit en | futaie, nous parlerons des pratiques locales | qui sortent de ces grandes divisions.
La culture des bois en essarts se pratique depuis plusieurs siècles dans les Ardennes, les Vosges, dans le pays de Darmstadt et en divers lieux sur les bords de la Sarre, de la Moselle et du Rhin. Les bois d’essarts sont | des taillis de chêne qui s’exploitent en plein,
haine
TE CPE I 7
visa. 4°.
sans réserve de baliveaux, tous les 16 ou 15 ans, et dont on cultive le sol après l’exploitation pour y semer du seigle et d’autres graines pendant 2 où 3 ans au plus. à L’écobuage est l'un des travaux essentiels de cette culture. Lorsque le taillis est coupé, les habitans du voisivage cultivent le sol à la pioche ; ils disposent la pelouse en petits fourneaux sur lesquels ils placent les genêts et les herbes qu’ils ont pu ramasser dans le voisinage ; les cendres de ces fourneaux sont répandues sur le sol ; ensuite on y sème du
seigle. Dans certaines localités, la portion du #
Le
propriétaire, qui n'est tenu à aucuns frais, s'élève ordinairement à 30 ou 36 francs par hectare.
L'abattage des taillis et l’écorcement se fout simultanément ex pleine sève. M. LiNTz a reconnu que la végétation se montre bien plus puissante dans ces essarts que dans les taillis ordinaires ; il a mesuré des jets de chêne d’un an, qui avaient 3 mètres de longueur. Il regarde celte forte végétation comme l'effet de l'abattage opéré en pleine sève; mais la culture y contribue davantage, car on ne remarque pas dans les taillis incultes, coupés en pleine sève, des effets semblables. Les taillis des essarts sont aussi élevés et aussi forts à l’àäge de 6 ans que les taillis ordinaires à l’âge de 12 ans. Les brins étant écorcés jusqu’au niveau du sol, les jets sortent nécessairement du collet des racines et forment plus tard eux - mêmes de nouvelles souches.
Les Allemands, qui ont étudié ce sujet d'un point de vue élevé, ont reconnu que cet usage se recommande encore plus par l'étendue des travaux utiles qu’il exige que par la richesse du produit brut qu'il procure. En effet, une partie de ce produit est une création industrielle.
$ IX. — Du furetage.
On appelle ainsi le mode d'aménagement qui consiste à couper dans un taillis les plus gros brins d’une grosseur déterminée , en laissant subsister les petits brins jusqu’à l’époque où ils auront atteint la dimension des premiers. Les bois où le furetage s'exerce sont peuplés principalement de hêtres: on n'y conserve point de futaies, parce qu’elles sont considerées comme nuisibles; on réserve à peine quelques baliveaux; mais on laisse croître en liberté les châtaigniers qui se trouvent cà et là dans ces taillis. L’exploitation revient tous les 10 ans dans la même partie de la forêt. Sur chaque souche il y a des brins de 3 âges différens (Æg. 109). On coupe tous ceux qui ont plus d’un pied de tour,et on laisse subsister les autres. On conserve tous les brins de semence.
Les coupes nouvellement furetées sont couvertes d'herbes, de genêts, de brins cassés ou pliés; mais quelques années après on n’apercoil aucune trace des dégâts que l’exploitation avait occasionés, et les arbustes sont étouffés. Les petits brins, trouvant l’espace nécessaire pour se déveloper, croissent avec force, et comme le sol n’est jamais
nr AQU >
DE L'AMÉNAGEMENT DES FORETS 93 Fig. 109.
Re
SA
riture abondante ; le taillis procure aux derniers jets des souches un abri contre les vents desséchans et contre jies gelées. Ce genre d'exploitation convient parfaitement aux taillis de hêtre, dans les terrains secs et légers. Il est usité dans les forêts du nordest de la Nièvre, et de l’ouest de Saône-et- Loire. Les taillis de chêne du même pays, qui sont destinés à être écorcés, sont exploités de la manière suivante: tous les 6 ans on coupe sur chaque souche les gros brins, qui sont âgés de 18 ans, et on laisse subsister tous ceux qui sont âgés de 12 ans et de 6 ans. Six ans plus tard on revient couper les brins qui avaient 12 ans à l’époque de la coupe précédente, et ainsi de suite.
Cette exploitation s'exerce avec certaines précautions, qui ne doivent jamais être négligées. Comme dans les essarts, on écorce les brins jusqu’au niveau du sol, afin que les jets sortent nécessairement de terre; on ne réserve point de baliveaux ; 2 ans après chaque coupe, on procède au curage, opération qui consiste à couper le houx, le genêt, les épines, les brins trainans et les plantes adventices, de manière que le.plant de chêne reste seul dans la forêt.
Exemples de ce mode d'exploitation : Bois de Roussillon et Verrière (Morvan); bois d’Arleu (Nièvre).
$ X.— Aménagement ou assolement de forêts suivant la méthode de M. COTTA.
But de cette méthode. —Répartir les forêts selon les besoins du pays et suivant la nature du sol; — céder à l'agriculture les portions de forêts qui lui conviennent, et qui après un long repos sont engraissées par l'accumulation de débris végétaux ; — placer les forêts
découvert, les racines recoivent une nour- | dans les lieux qui ne conviennent pas ou qui
ne conviennent plus à l’agriculture; — regler cet assolement de manière à augmenter la
masse totale des produits agricoles et forestiers: — tel est le hut de la méthode de M. Corra, quiclasse dans un seul système toutes les cultures, y compris la culture des bois.
Exposé de la méthode.—1° On choisit une forêt propre à l’objet que l’on se propose ; on la divise en un certain nombre de coupes déterminées d’après la nature du sol, la température du climat, et l'espèce d'arbres que l'on veut élever.
2° Chaque année on abat le bois de l’une de ces coupes dans l’ordre suivant (Æg. 110) :
Fig. 110.
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ARR Eee Mt om té <QULÉRE Mes cu 00 le at CHR NS RE Burns di Dé 2 EN I IAE DR AR. baston LUTTE EE ENT NMREAS y. PES LE Pret A TRS dur A 2 1840 3° On défriche la coupe et on en dispose
le sol pour la culture des céréales. On cultive ce terrain défriché comme un champ ordinaire.
4 On choisit ensuite une espèce d’arbres propre au but que l’on veut atteindre et aux besoins locaux. On plante ces arbres en raies dans le sens des sillons, en disposant les rangées de manière qu’elles soient éloignées l’une de l’autre de 20 à 30 mètres, selon que l’on a plus ou moins besoin de blé, de fourrage ou de bois. Les tiges des arbres qui forment ces rangées sont éloignées entre elles de 10 à 12 décimètres.
5° Entre ces lignes d'arbres on cultive du plé ou d’autres céréales, tous les ans, jusqu’à l’époque où les arbres ont pris assez de croissance pour gêner cette culture. On la cesse ensuite entièrement.
6 On éclaircit ces arbres lorsqu'ils sont devenus assez forts pour se nuire mutuellement; on ne laisse subsister que ceux qui peuvent croître avec vigueur, jusqu’à l'époque de la coupe définitive.