‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 4)Chapitre 83 sur 595 · LIV.V · texte numérisé non relu

LIV.V

7° Lorsque ces derniers arbres ont atteint l'âge déterminé, on les arrache et on en replante d’autres dans l’espace qu'occupaient les céréales; ensuite on cultive des céréales dans les lieux où existaient les arbres que l'on vient d'arracher.

8° On dirige autant que possible les rangées d'arbres du nord au sud.

9° Les espèces d’arbres que l’on plante de préférence, sont le bouleau, le pin, le mélèze et le cerisier. (Il est indispensable d’avoir une pépinière dans chaque forêt.)

10° En cessant de cultiver le blé, on sème avec celui de la dernière année des graines de trèfle et de sainfoin.

11° Les arbres sont soumis à l’élagage, s’ils en ont besoin.

Les avantages de ce mode d’aménagement sont ceux-ci : — le bois croît bien plus rapidement dans un espace cultivé que dans un massif de forêt ; — la croissance d’un arbre isolé est bien plus vigoureuse que celle d’un arbre de même espèce, qui croît au milieu d'un bois; — lorsqu'une terre a été pendant 30 ou 40 ans plantée de bois, et surtout d’essences résineuses, les céréales y croissent avec plus de force qu'auparavant, et sans engrais pendant long-temps; — les arbres eroissent ensuile à leur tour avec force dans un sol qui a été cultivé; — on ne nuit point aux arbres, dans leur jeunesse, en cultivant du blé ou d’autres plantes annuelles, dans leur voisinage, et réciproquement, celles-ci n’en reçoivent aucun dommage ; — on obtient ainsi la plus grande quantité possible de blé, de fourrage et de bois dans un espace donné.

Chaque partie du sol est occupée de la manière la plus avantageuse; le plus petit espace est planté du bois qui lui convient, et chaque espèce d’arbres est à sa place.

Exemples. En Poméranie, on essarte dans les forêts de pins des espaces dans lesquels on sème du blé pendant plusieurs années, après lesquelles le terrain est abandonné pour être ensemencé par les bois voisins. En Souabe, en Franconie, les terres sont mélangées d'arbres. Dans la vallée de l'Emmen, en Suisse, les collines sont boisées de bouleaux que l’on exploite à l’âge de 20 à 30 ans; on arrache les souches, on brûle le résidu de l'exploitation pour en répandre les cendres sur le terrain dans lequel on sème, pendant 3 années de suite, du blé, des pommes-de-terre et des légumes. Le sol épuisé est derechef planté en bouleau.

Application. — La culture du bois peut s’alterner avec la culture des céréales, à des intervalles plus ou moins longs; la durée des périodes varie suivant les espèces d’arbres. Le marsault s’exploite en taillis qui se coupent tous les 8 ou 9 ans; fes souches conservent leur force pendant 30 ans; ensuite on les arrache, et on cultive le sol jusqu’à l'époque où la culture en devient onéreuse ou peu profitable. 6

Lorsqu'on exploite le pin sylvestre, les souches sont arrachées, et on met utilement le terrain en culture. Les terres qui ont été fécondées par l’engrais des feuilles de pins, deviennent fertiles pour un assez grand uombres d'années.

La culture forestière des grands bois à

cHAP. 4°. CULTURE

feuilles caduques ne peut s’alterner avec la culture des céréales qu'à de longs intervalles, car les semis de chêne, d'orme et de frêne ne produisent que de faibles brins, dans les 20 premières années de leur existence; mais, après la première exploitation, le recru pousse avec force; les souches produisent encore davantage après la seconde exploitation; leur vigueur dure plus d’un siècle, à peu près dans la proportion suivante :

- Dans un taillis de 20 ans, la solidité d’une tige est d’environ 1 pied cube. Sa souche poussera des rejets, dont le volume total, à la fin de la 2° période de 20 ans, sera de 3 pieds cubes. La sauche de 40 ans portera des jets qui, 20 ans plus tard, cuberont ensemble 10 pieds. La souche de 60 ans produira une cépée d’environ 20 pieds cubes.

Il est des souches d’aulnes qui produisent, dans une période de 26 ans, 60 pieds cubes de bois. On peut vérifier cette observation dans tous les taillis.

Ainsi. on ferait une perte considérable, si l’on arrachait un plant de bois dur tous les 20, 30 ou 40 ans; mais il y a du profit à arracher les arbres résineux, dont les feuilles ou aiguilles engraissent le sol, au point qu’il devient pour long-temps fertile sans engrais ai

amendement. L’assolement des céréales seû

combinant parfaitement avec la culture des = =

arbres résineux, ce sont ces dernières essences qu'il faut planter de préférence.

SECTION 1V. — Culture des forêts.

$ IT.— Soins et culture à donner aux plantations.

Labourage et culture à la houe. Yes plantations qui sont faites dans les terrains secs n’ont besoin de culture que dans la première année qui suit la récolte des blés dans lesquels les plants ont été placés. Ce labour coûte 18 fr. par hectare. Mais, dans les terrains humides, il est indispensable de couper l'herbe tous les ans, jusqu’à ce que le taillis soit assez fort pour l’étouffer. £rempie. — Vastes plantations de Nully (Haute- Marne), en bouleaux, marsaults et chênes.

Il est beaucoup plus facile de cultiver les plantations faites en lignes, que celles qui sont disposées irrégulièérement. On peut même semer dans les intervalles, des plantes anauelles, dont la récolte rembourse les frais de culture. Exemple. — Plantation de chêne et frêne , faite dans le bois de Lamarche (Côte-d'Or), cultivée avec mélange de maïs.

— Croissance excessivement rapide.

Les bois formés par la voie des semis ne demandent pas à être cultivés dans les premières années, à moins qu'il n’y ait trop de grandes herbes sur le sol, mais ül ne faut pas même le dégarnir de ces plantes protectrices, à moins que le jeune plant ne soit assez épais pour couvrir presque entièrement la terre. Éxzemple d’un semis de chène âgé de 20 ans, fait à la charrue, et n'ayant point reçu de soivs ultérieurs, à Buisseuil, près Paray (Saône-et-Loire). Ce semis forme un taillis très-beau et bien garni.

Des observations faites sur un grand nombre de plantations prouvent que leur réussite n’est assurée que lorsque les plants sont

DES FORÊTS. 95 irès-épais. Si le plant de l'espèce que l'on veut propager est trop cher, on remplit les intervalles de bois blanc dont la croissance rapide procure promptement le couvert dont la plantation a besoin. Cette observation s'applique à tous les terrains qui ne sont pas humides.

$ IT. — Travaux d'assainissement et d'irrigation. t

L’humidité du sol, occasionée par le séjour d’eaux croupissantes, est une canse fréquente du dépérissement des forêts, tandis qu’en faisant écouler ces eaux dans des canaux creusés pour ces objets, on peut, dans certaines localités, s’en servir pour d’utiles irrigations. Le desséchement s'opère presque toujours facilement en ouvrant, suivant la direction de la pente du terrain, des fossés qui versent les eaux au dehors de la forét.

Les eaux stagnantes se rendent dans ces fossés par de petites rigoles qui sillonnent le terrain dans toutes les directions indiquées par la configuration du sol (g. 111).

Fig. 111.

re, el

Ces fossés et rigoles peuvent être tracés à peu de frais, de la manière suivante : On charge le garde forestier, ou un ouvrier in-

telligent, d'aller reconnaître, après une grande pluie, la direction des petits courans qui s’établissent de toutes parts sur la surface de la terre inondée, et de planter des jalons dans toute l’étendue de ces courans ; ‘et lorsque l'eau est retirée, on fait creuser des fossés et des rigoles plus ou moins larges dans toutes les directions jalonnées, que l'on redresse un peu. Le prix des fossés varie, suivant leurs dimensions, de 10 à 15 centimes par mètre courant. De petits aquéducs construits en pierre ou en bois traversent les chemins et les routes, dans tous les endroits où ces voies de communication interceptent le cours des eaux.

Ce système de desséchement, si peu dispendieux, réussit complètement, à moins que le terrain ne soit dominé par des courans supérieurs. Il est inutile de donner d’abord beau coup de largeur aux fossés : on reconnait plus tard, en exécutant le premier curage, les dimensions précises qui leur conviennent.

Un desséchement subit fait périr les aulneset les marsaults; mais les espèces dures ne

tardent pas à paraître à leur place, s’il y a de grands arbres porte-graines de cette dernière essence dans le voisinage. Toutes les terres argileuses deviennent fécondes lorsqu'elles sont desséchées.

Les irrigations naturelles, occasionées par le débordement des rivières et des ravins dans iles forèts, influent fortement sur la végétation, pourvu que ces eaux puissent prendre assez promptement leur écoulement, et ne croupissent pas dans le sol. Le bois qui croit dans les parties arrosées d’une terre légère ou sablonneuse a, toutes choses égales d’ailleurs, quatre fois plus de volume que celui qui existe dans les parties supérieures au niveau du débordement. Il est souvent facile, par le moyen de quete barrages, d’arroser un bois à peu de frais, opération qui permet de récoller des fourrages dans les intervalles des plants forestiers.

$ 111. —Clôture et abri des semis et plantations.

Sur les bords de la mer, où il est si difficile de faire réussir les plants forestiers sans avoir formé des abris préalables, il est nécessaire de conserver des massifs d’une dizaine de mètres de largeur, pour protéger les plants ou le recru des taillis, surtout contre les vents du nord-ouest, dans la plupart de nos contrées. Dans les Alpes, on laisse subsister sur les bords des forêts d’épaisses lisières d’arbres ; ce sont ordinairement des sapins; quelquefois on choisit d’autres espèces ; M. Kas- THOFER Cite une plantation de sorbiers faite autour d'une forêt communale en lignes si serrées, qu’ils eu ferment l'entrée aux brebis et aux chèvres.

En France, dans plusieurs localités, on laisse subsister des lisières de 2 à 3 mètres de largeur sur le bord des coupes, pour rompre l’effort des vents et former une espèce de clôture. La figure suivante donne une idée de la disposition de ces lisières, qui sont trèsutiles dans les forêts dont le sol est un peu sec et élevé (/£g. 112). Les clôtures murées et

Fig. 112.

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