TOME JIE
là ils vivent encore 2 ou 3 jours sans manger, puis finissent par mourir le corps vide, mou et d’un blanc sale ; peu d’heures apres, ils noircissent et exhalent une odeur très-fétide. Cette maladie, quoiqu’elle s’offre dans les 5 1°"° âges, fait ses plus grands ravages dans le 4° et au commencement du 5°. Elle n’admet aucun moyen de guérison.
B. Grasserie, jaunisse (giallume, itterizia, graldone). La jaunisse se manifeste, au contraire, par l'augmentation de volume du corps et la proéminence des anneaux, aux côtés desquels commencent à se montrer quelques stries parallèles, jaunâtres, pâles d’abord, mais très-visibles ensuite. La tuméfaction croît souvent au point que la peau se crève spontanément en quelques points, ce qui, au reste, arrive au moindre attouchement, et qu’il en découle une humeur jaunâtre, la plupart du temps dense et opaque.
Les vers atteints, qu’on connaît sous le nom de vaches, gras, jaunes, etc., ne cessent pas de manger, si ce n’est dans les dernières périodes du mal. La jaunisse se montre quelquefois au 2° âge, mais elle est plus commune au 5° et surtout dans les derniers jours, quand apparaissent les premiers signes de la maturité.
On croit que la jaunisse a pour origine une saison pluvieuse, de grandes variations atmosphériques, un abaissement prolongé de la température, qui troublent les fonctions vitales et la digestion.
Aucun moyen n’est encore connu pour guérir la grasserie, même dans les 1°" symptômes. L'animal atteint périt la plupart dû temps, et son cadavre ne tarde pas à manifester les caractères de la gangrène. Dans le département de Vaucluse, pour en garantir les vers, on les saupoudre, dit-on, avec de la chaux vive en poudre, au moyen d’un tamis de soie, puis on leur jette ensuite ‘des feuilles arrosées de quelques gouttes de vin.
C. Apoplexie, mort subite (apoplessta, suffocamento). Cette maladie, qui se développe surtout vers la fin du 5° âge, est précédée de la perte de l’appétit et d’une évacuation de toutes ou presquetoutes les matières ingérées dans l’estomac. Les vers attaqués, dont on ne peut soupconner l’élat maladif, meurent tout-à-coup, et comme frappés de la foudre.
Ils restent immobiles, avec toute leur fraicheur, dans l’attitude qu’ils avaient sur la claie au moment où ils ont été suffoqués, ce qui a donné lieu aux noms différens sous lesquels on les désigne de morts-plats, mortsblancs, tripes ou tripés. La gangrène succède promplement à la mort. On croit que lapoplexie, dont on ignore l’origine, se montre plus fréquemment dans les années où la saison est très-variable et la nourriture de mauvaise qualité.
La gangrène, quelle que soit son origine,fait périr non seulement Île ver, mais détériore encore le cocon de ceux qui sont parvenus à filer et à se changer en chrysalide. On reconnaît ces cocons à leur odeur, à leur légèreté et à l’état d’imperfection où ils sont; l’animal, vaincu par le mal, cesse de filer avant d’avoir terminé son travail. Ces cocons, désignés sous le nom de chiguettes ou falloupes,
fournissent une petite quantité de soie, de couleur pâle et terne, et d’une odeur peu agréable.
Les vers atteints par la gangrène ou la grasserie parviennent quelquefois à se transformer en papiilons, mais ceux-ci sont souvent privés d’ailes et impropres à la génération. Le duvet qui recouvre leur peau est de couleur sombre et sale, et cette peau, parfois dénudée de son duvet, est brune et terne.
Telle est souvent l’apparence des phalènes qui sortent des chiquettes et des falloupes.
Quelquefois la chrysalide, au lieu de se résoudre en une humeur noire qui tache le cocon, se dessèche au point qu’il n’en reste plus que l’enveloppe adhérente à l’intérieur du cocon. C’est, sans doute, une autre espèce de gangrène qu'on pourrait désigner sous le nom de gangrène sèche, pour la distinguer de l'autre, qui est la gangrène humide.
4° Marasme, vers-:courts, harpians, harpions, passés Où passis (riccione). Cette maladie est propre aux derniers jours du 5° âge. Elle parait être due aux mêmes causes que la gangrène,et c’est, comme dans celle-ci, un changement substartiel de l'humeur de la soie ; mais le cadavre dans celle-ci ne noircit pas et ne tombe pas en sphacèle. Le ver malade est court, ridé, engourdi, paresseux, d’une couleur brunâtre et montrant déjà les linéamens de la future chrysalide. Cette maladie a divers degrés d’intersité, et tôus les vers ne meurent pas sans filer. Ceux surtout qu’on place dans des cornets de papiers filent un cocon d’une assez bonne qualité.
5° Hydropisie, luzette, luisette, clairette (idropisia, lusarola, scoppiarola). Une locomotion lente, peu d’appétit, le corps enflé, surtout la tête, la peau très-luisante et presque diaphane, ce qui a fait donner à ceux attaqués le nom devers-clairs, sont les symptômes de cette maladie qui a le plus communément pour cause l’exposition des vers à un excès d'humidité atmosphérique, leur alimentation avec des feuilles trop aqueuses ou humides, couvertes d’eau de pluie ou de rosée, maf séchées après le lavage, etc. On a cherché à guérir l’hydropisie qui se développe ordinairement depuis l’avant-dernière mue jusqu’à la montée sur les rameaux, par des fumigations aromatiques de vinaigre, de styrax où de romarin, ou en aspergeant les feuilles de mûrier avec un vin généreux; mais ces remèdes sont peu efficaces, et le meilleur moyen, pour ne pas perdre toute la famille, est d’écarter les causes qui produisent l’affection; sans cela, les insectes attaqués ne tardent pas à être frappés de la mort, qui se manifeste par l’épanchement d’une grande quantité de sérosité, ce qui a lieu,presque conslamment, par la rupture de la peau, surtout près de la tête ou des parties voisines.
6° Diarrhée (flusso, diarrea). Les symptômes de cette maladie sont à peu près les mêmes que ceux de la précédente, mais le gonflement et la diaphanéité sont beaucoup moindres. Outre les causes de l’hydropisie qui occasionent la diarrhée, M. le docteur Lomenr croit que cette maladie a encore pour origine un embarras gastrique ou intestinal provenant, soit des organes eux-mêmes qui font mal leurs fonctions, soit de l’insalubrité
cHaAP. 7‘.
des alimens: telles seraient des distributions de feuilles affectées de la rouille. Cet embarras se transforme, en peu de jours, en un flux ventral qui amène promptement la mort. Dans tous les cas, l'observation des principes que nous avons posés dans ce chapitre, et l'attention de rejeter les feuilles qui sont tachées, mettent une magnanerie à l’abri des attaques de cette maladie.
7° Les vers-à-soie sont encore sujets à quelquesautres affections, telles que la touffe, mal produit par une chaleur excessive qui suffoque les vers, unie à l’insalubrité des litières. duadnes éducateurs promènent autour des claies une pelle chaude sur laquelle ils répandent du vinaigre dont la vapeur réveille les insectes. Une bonne ventilation, des aspersions d’eau fraiche sur le pavé pendant les grandes chaleurs, le changement des litières, quelques moyens préservateurs contre la chaleur directe des rayons solaires, ont presque toujours du succès dans ce cas.— Les émorrhoides surviennent lorsque le ver,en quittant sa tunique pendant la mue, ne peut se débarrasser, aux stigmates et à l’anus, des tuyaux d’ancienne peau qui les obstruent et causent des grosseurs ou varices qu’on peut comparer a des hémorrhoïdes. On a indiqué comme remède de donner un bain d’eau fraiche aux malades; le ver, se trouvant alors rafraichi, expulse abondamment des matières fécales qui entraînent les tuyaux. Mais ce remède ne paraît guère applicable en grand.—Les chutes, des violences extérieures, ou une pression trop forte entre les doigts quan on les saisit, occasionent souvent chez les vers des tumeurs, dans lesquelles s’extravase et se solidifie la matière soyeuse; c'est ce qu’on nomme perle soyeuse. Les vers qu’on touche trop souvent sont atteints de flaccidite, c’est-à-dire que leur corps est mou; ils perdent lentement la vie lorsque la pression a ete assez considérable pour meurtrir, léser ou déchirer leurs organes.
On voit, d’après ce tableau des maladies les plus communes chez les vers-à-soie, que la plupart sont incurables, et que c’est par des soins, de l’activité, de la vigilance, et plutôt par des moyens hygiéniques que thérapeutiques, qu’on peut les prévenir et les combattre avec succès dès leur début. Ces moyens hygiéniques se composent de pratiques simples et faciles à observer, mais trèspre à bannir des ateliers ces redouta-
les affections pathologiques qui exercent tant de ravages chez les éleveurs négligens et ignorans, el leur font éprouver des pertes considérables. Nous les résumons dans les préceptes suivans :
Maintenir les papillons dans un local sec, à une température de 16° à 19° centig.; ne pas entasser les œufs, mais les étendre sur une surface suffisante, puis n'exposer ces œufs qu’à une température de 14° ou 15° qu'on élève ensuite peu-à-peu jusqu’à ce que l'éclosion soit accomplie. — Maintenir les vers naissans à la température de 19° environ ; les préserver du froid et des vents insalubres, froids et secs; les distribuer sur un espace proportionné à leur nombre, et suffisant pour qu'ils puissent vivre et respirer en liberté. — Renouveler fréquemment
PREPARATIONS DE LA SOIE
l’air des ateliers, ou entretenir des courans qui l’agitent, l’entraînent doucement et avec lenteur; le purifier par les moyens que nous avons indiqués p. 133, lorsqu'il a acquis des qualités délétères. — Entretenir une température égale dans l'atelier; allumer de la flamme à propos, quand l'air est humide, ou l’arroser pendant les grandes chaleurs ou les temps secs et orageux. Admettre autant que possible la lumière solaire à l’intérieur, quand elle n’élève pas trop la température.
—Préserver l’intérieur de la magnanerie des variations brusques de température, et généralement de toutes les secousses ou phénomènes atmosphériques accidentels. — Ne distribuer que des alimens sains, non humides, de bonne nature, et conformes en qualité et en quantité à l’âge de l’insecte, et les donner avec une parfaite régularité. — Entretenir la plus grande propreté et enlever avec soin et ponctualité les litières avant qu'elies entrent en fermentation. — Séparer généralement les vers malades de ceux qui sont sains, et exercer une surveillance active et continuelle. — Enfin, redoubler d’attention à l’époque des mues et à celle de la montée sur les rameaux.
Il n’y a jamais de maladies, dit DanpoLo, lorsque l’œuf a été bien fécondé, bien conservé, et qu'on a observé rigoureusement les préceptes exposés par les plus habiles éducateurs. F. M.
SECTION VI. — Préparations de la soie.
Nous avons déjà vu ( p. 121) quels sont les organes dont le ver-à-soie fait usage pour transformer en un fil continu le liquide visqueux qui est contenu dans un appareil qui le sécrète en particulier. Nous sommes entrés aussi dans les détails nécessaires pour faire connaitre la manière dont on amène cet insecte à former ce fil et à en faire une sorte de peloton qu’on nomme cocon. Dans cet élat, ce fil précieux ne saurait être d’un usage bien étendu dans les arts, et il est nécessaire, au moyen de pratiques particulières, de dévider ce peloton en un fil continu, de le doubler et le tordre pour le rendre propre à la fabrication des tissus de toute espèce. Les travaux qu’on exécute pour cet objet prennent le nom général de moulrnage des soies. Ces travaux sont d’une trèsgrande importance, puisque, indépendamment de la nature et de la qualité du fil en cocon, ils contribuent beaucoup par leur bonne exécution à élever la valeur de la soie, et à donner aux étoffes cette force, ce moelleux et cet éclat qui les font rechercher.
Le moulinage des soies se partage en 2 opérations principales : l’une appelée tirage de la soie, qui peut être exécutée facilement dans les campagnes par ceux qui élèvent des vers-à-soie ; l’autre, le rzoulinage proprement dit, qui exige généralement de grandes machines, et est plutôt du ressort des fabriques. Nous nous étendrons peu sur celle-ci, mais nous entrerons, relativement à l’autre, dans des détails plus étendus ; notre intention, toutefois, n'étant pas ici d’enseigner un art qui, comme bien d’autres, exige une étude et une longue pralique, mais de
donner aux agriculteurs une idée des travaux auxquels il faut se livrer pour filer et préparer la sole.
$1°'.—Du tirage de la soie.
1° Opérations qui précédent le tirage.
Le cocon, tel qu’on le recueille sur les rameaux, après que le ver a terminé son lravail, se compose à l'extérieur d’une certaine quantité de fils, Jetés dans diverses directions, et formantun réseau lâche, mou, transparent, auquel on a donné le nom de bourre, qu'on peut dévider, et qui, lorsqu'il est enlevé, laisse un corps ovoïde, creux, ferme et élastique, formé d’un fil continu, peloté régulièrement,dont la longueur varie de 227 à 357 mètres (700 à 1100 pi.). C’est cette partie du cocon, lorsqu'elle est dévidée, qui porte exclusivement le nom de sore.
La 1'° chose à faire quand on. a recueilli les cocons ou quand on les a recus, c’est de faire périr les chrysalides afin qu’elles ne se transforment pas en papillons et ne percent pas le cocon, ce qui lui enlèverait toute sa valeur. Cette opération, à laquelle on donne le nom d’étouffage, a déja été décrite par nous, et nous avons donné ( p.141) les diverses méthodes qui ont été proposées dans ce but, telles que emploi des gaz délétères, de l’eau bouillante, du camphre, de la chaleur des fours, des étuves, etc. Nous n'avons donc plus à nous en cccuper jet :
Une fois que les chrysalides oni été étouffées, on doit, aussitôt qu’on le peut. dévider les cocons; mais celte opération étant impossible à exécuter en même temps sur un grand nombre de cocons, surtout quand on se livre un peu en grand à l’éducation des vers-à-soie, 11 faut alors porter ceux-ci au grenier pour les faire sécher parfaitement, afin que les animaux morts qu'ils renferment ne se corrompent pas dans la coque et ne gâtent pas la soie.
Avant de procéder au tirage, il est essentiel de faire une opération qu'on nomme triage, et qui consiste à classer les cocons suivant leurs qualités. Ce triage est d’autant plus nécessaire qu’il sert à séparer les diverses qualités de soie suivant qu’elles sont propres à la fabrication de telle ou telle étotfe ou de telle partie des tissus, il contribue à maintenir la bonne réputation de la soie des magnaneries où il est pratiqué avec soin et bonne foi.
Dans le triage, les cocons appelés doupions, c'est-à-dire ceux qui renferment deux chrysalides dans un seul cocon, ceux qu'on nomme chiques ou falloupes, ou dont les vers sont morts avant d’avoir accompli entièrement leur travail ; les cocons tachés, percés, et en un mot, ious ceux qui diffèrent des autres par des accidens particuliers, sont d’abord mis soigneusement de côlé pour en former une soie à part, ou de la filoselle.
Les fileurs soigneux séparent aussi les cocons des divers pays et localités; car la variété des expositions, l’état du sol, de la culture, de l'atmosphère, le régime, etc., ont une très-grande influence sur les qualités de la soie. Par exemple, dans les pays où l’air
est pur, sec et un peu raréfie, le cocon est plus &grenu et a plus de densité, en même temps que le brin est plus fort. Dans les localités basses, au contraire, le cocon est plus gros, la soie ‘en est plus grossière; elle est à un titre moins élevé, et a une force relative moins grande. Dans cet état, on lui donne la préférence pour la trame, tandis que la première est plus propre pour la chaine. On peut mettre ensuite à part les cocons blancs, puis classer les autres suivant leurs couleurs et qualités. Ce triage se fait le plus communément par 3 qualités différentes : 1° les cocons fins ou ceux dont le tissu présente une superficie à grains très-fins ; 2° les demi-fins, dont le grain est plus lâche et plus gros; 3° les cocons satinés qui n’ont pas de grain et dont la surface est mollasse et spongieuse. Chacune de ces qualités est jetée dans une manne d'osier particulière.
Si on ne procède pas tout de suite au tirage des cocons, il faut les reporter au grenier sur des clayons, les y retourner et visiter tous les 2 ou 3 Jours, afin de prévenir la fermentation, et pour empêcher qu’ils ne soient attaqués par les rats ou les insectes.
Quand on veut dévider la sorte des cocons, on commence par les débarrasser de la bave ou bourre qui les enveloppe, ce qui se fait de la manière la plus simple, en enlevant a la main cette bourre, jusqu'à ce qu'on parvienne à cette partie du cocon où le fil se trouve peloté régulièrement.
2° Appareil de tirage.
Le tirage de la soie, avons-nous dit, consiste à développer le fil du cocon dans toute sa longueur; or,on ne peut dérouler le peloton qu'en faisant dissoudre une matière gommeuse qui enduit le fil et colle l’une à l'autre les divers zigzags qu'il forme.
L'eau froide n'ayant pas une action suffisante pour opérer cette dissolution, il faut avoir recours à l’eau élevée à une certaine température. Cette température varie avec l’état des cocons, et on la détermine selon leur âge, leur dureté, leur finesse, la qualité et la destination de la soie. Les cocons, récemment récoltés, dont la gomme n'est pas encore endurcie, ne demandent pas une eau très-chaude, tandis que les vieux cocons creux, secs et serrés, exigent presque de l’eau bouillante. L'eau trop chaude nuit beaucoup à l'éclat de la soie.
Le fil du cocon est si délié et offre si peu de résistance; qu’en cet état il ne pourrait guère être employé dans les arts: on est donc obligé d’en réunir un certain nombre qu’on üre ensemble. La gomme qui liait les circonvolutions du peloton, ramollie dans le bain d’eau chaude, sert alors à unir les différens brins qu'on file ensemble, et à donner à ce pouveau fil, lorsqu'il est sec, une consistance et une union qu'on ne peut plus altérer, même par l’eau, à moins qu’elle ne soit bouillante. — Non seulement le tirage à l’eau chaude donne aux brins de l’adhérence enire eux, mais par suite du ramollissement de la partie gommeuse et des divers frottemens combinés que la soie éprouve, celle-ci acquiert de la rondeur, de l'égalité et un as-
GHap. 7°.
pect lisse et lustré, qualités essentielles pour la beauté des tissus brillans fabriqués avec celte matière.
L'opération du tirage de la soie n’est pas aussi simple qu’on pourrait le croire au premier abord et exige au contraire beaucoup d'adresse, d'intelligence et surtout une expérience qui ne pass que par une pratique constante de plusieurs années. Cependant c'est de la bonne exécution du tirage que dépend en grande partie la beauté et la bonne qualité de la soie.
Pour procéder au tirage de la soie. une ouvrière, qu'on nomme la téreuse ou fleuse, s’asseoit devant une bassine en cuivre plate et remplie d’eau chauffée par le foyer d’un fourneau sur lequel ce vase est placé. La bassine et le fourneau lui-même sont établis devant une machine destinée à tirer la soie et qu'on norame un tour. L’eau de eette bassine étant portée à la température nécessaire pour ramollir la matière de nature gommeuse qui enduit el colle le fil du ver-àsoie, la fileuse y jette une ou deux poignées de cocons bien débourrés et les agite fortement ou les fouette avec les pointes coupées en brosse d’un balai de bouieau ou de bruyère; c'est ce qu’on nomme faire la battue.
Lorsque, par cetle battue ainsi que par la chaleur de l’eau, elle est parvenue à faire paraitre les baves, c’est-à-dire à déméler et accrocher les bouts des brins de la soie de
PRÉPARATIONS DE LA SOIF
chaque cocon, elle étire à la main la 1'° couche qui est formée d’un fil grossier qu’on nomme côte, et lorsque cette enveloppe est enlevée et que la soie pure commence à venir, elle recueille entre ses doigts tous les brins, les divise en 2 portions égales composées d’autant de brins qu'il en faut pour composer le fil qu’elle veut tirer, les tord légèrement entre le pouce et l'index, les fait passer dans des filières, ainsi que nous l’expliquerons plus bas, les croise un nombre déterminé de fois, puis les livre à une autre ouvrière nommée tourreuse qui les accroche à une des lames de l’asple ou dévidoir du tour qu’elle met aussitôt en mouvement au moyen d'une manivelle pour rassembler le fil à mesure qu'il se dévidé et en former des flottes ou écheveaux.
3° Atelier de Gensoul.
Le mode simple décrit ci-dessus pour dévider le cocon est encore en usage dans un assez grand nombre de localités; il offre cependant plusieurs défauts graves, et dès qu’on s’occupe de l'éducation des vers-à-soie sur une échelle un peu étendue, il faut donner la préférence à un appareil imaginé par M. GEN\souL, à l’aide duquel on applique au tirage de la soie le chauffage à la vapeur. Voici la description de cet appareil.
La fig. 143 est une coupe longitudinale de
Fig. 143.
l'atelier de tirage dans lequel se trouvent 14 appareils. Nous n’en avons représenté qu’environ la moitié, ce qui est suffisant pour faire concevoir l’autre moitié qui se répète exactement depuis À jusqu'en B.— La fg. 144 est
Fig. 144.
une coupe verticale selon la largeur du même bâtiment. Le tuyau A est en fonte, il est adapté sur la chaudière et traverse le mur à 2 60
(8 pi.) au-dessus du sol, comme on le voit fg. 147 sur une plus grande échelle. Un long tuyau carré en bois BB conduit la vapeur dans la longueur de l'atelier. Les extrémités de ce tuyau sont plus élevées de65 cent. (2 pi.) que le milieu, afin que la vapeur qui se condense puisse retomber dans la chaudière. 14 {uyaux appelés rameaux descendent verticalement du tuyau B pour conduire la vapeur dans l'eau des bassines ou auges D, jusqu’à 9 millim. (4 lig.) du fond. Ces tuyaux sont en cuivre, ils ont 20 millim. (9 lig.) de diamètre; ils doivent entrer de 14 millim. (6 lig.) dans l’intérieur du tuyau B, afin que l’eau formée par la vapeur condensée ne puisse, en s’en retournant dans la chaudière, descendre dans les bassines. Chaque tuyau ou rameau est muni d’un robinet E (fg. 143 ). On peut faire usage des rameaux fg. 145 . Le 1°° a la forme d’un T renversé bouché aux extrémités inférieures et percé de petits trous dans la partie horizontale. Le 2° porte à sa
partie inférieure une plaque ou disque de cuivre servant à empêcher le bouillonnement de l’eau.
Les bassines D (fig.
146) sont en bois de sapin de 40 millim. (18 lig.) d'épaisseur, 975 millim. (3 pi. } de long el 488. millim. (18 po.) de large; elles sont portées par des supports en bois F, et retenues par des vis. Sur le fond est fixé pareillement avec des vis un pelit tasseau en bois dans lequel entre le bout du rameau afin qu'il ne puisse pas vaciller.
La chaudière G(£g.
144 et 147) est dispo-
sée sous un toit à
l'extérieur et au milieu de la longueur du bâtiment, elle est ro formée de douves en
ù bois de chêne de 81
millim. (3 po.) d’é- | paisseur retenues
dit auf par des cercles de fer.
r La cuve H, pleine d’eau, est destinée à
Fig. 147.