CHAPITRE VIII. — ÉDUCATION DES ABEILLES
SECTION 1'°.— Histoire naturelle des abeilles. $ 1°. — Espèces, variétés.
De touslesinsectes connusjusqu'à ce jour, l'abeille est sans contredit le plus utile à l'homme par le miel et la cire qu’elle lui fournit. Aussi s’en est-il occupé de temps 1mmémorial et a-t-il étudié avec beaucoup de soin son histoire pour la bien cultiveret pour rechercher les moyens d’en obtenir d'abondantes récoltes. Nous allons entrer ici dans les détails nécessaires pour soigner avec avantage ces insectes précieux dans tous les départemens de la France.
Il y a beaucoup d'espèces d’abeïlles, mais il n’yen a qu’une indigène des parties tempérées de l’Europe qui soit cultivée. On Ja nomme simplement abeille et mouche à miel ( 4pis mellifica, Lin., Fab. ). On en connait quatre variétés dont celle nommée petite hollandaïse a obtenu la préférence dans Ja culture, parce qu’elle est plus active, plus douce et plus facile à apprivoiser.
$ II. — Famille ou essaims d’abeilles.
Un essaim contient 1° wne mère ou reine; 2 plusieurs milliers d’abeilles reutres ou ouvriéres ; 3° quelques centaines de 724les. L’abeille étant un insecte généralement connu, ilestinutile de le décrire, et il suffira ici de faire connaitre les formes etles couleurs qui distinguent les mères, les ouvrières et les mâles.
Fig. 153. L’abeille ouvrière (Jig. 153) est petite, et sa taille varie suivant la grandeur de l’alvéoledans laquelle elle a été élevée.
Sa couleur est d’un roux brunâtre. Sa trompe est longue.
Ses pattes ont des brosses, et les deux de derrière, plus longues que les autres, ont une palette ou petite cavité. Enfin, son aiguillon est droit et a 6 dentelures.
La mère abeille (fig.154), un peu plus grande etplus grosse que l’ouvrière, s’en distingue au premier coup-d'œil par son ventre ou abdomen beaucoup plus alongé quand elle est pieine, ce qui est son état ordinaire. Elle est plus rousse, mais ses pattes, plus longues, sont d’une couleur plus claire et dénuées de brosses et de palettes. Elle a deux ovaires,
organes qui sont avortés dans l’ouvrière. Enfin son aiguillon est plus long, recourbé vers le haut, et il n’a que 4 dentelures.
Fig. 155.
Le méle (fig. 155),moins long que la mère, a le corps plus gros, plus aplati que l’ouvrière et d’une couleur noirâtre. Ses mâchoires et sa trompe sont plus petites; ses pattes n’ont ni brosses, ni palettes, et il n’a pas d’aiguillon. Son abdomen est, en grande parlie,rempli par les organes de la génération qui se retournent et s'élèvent en sortant, et dans cet état ressemblentun peu à une tête de chèvre avec ses cornes. Le grand bruit qu'il fait en volant lui a fait donner le nom de faux bourdon.
$ III.—Mœurs et gouvernement des abeïlles.
L’'abeille a un caractère fort doux et elle est rarement l’agresseur dans les combats qu’elle livre. Très-active et uniquement occupée de ses travaux, elle se contente d’être sur la défensive et d’avoir à l’entrée de l’habitation une garde qui veille à la sûreté de la famille, et qui la prévient du danger si elle craint une attaque. Dans ce cas les abeilles sortent en foule et ne craignent de combattre ni l’homme ni les animaux les plus redoutables, et de les poursuivre à une certaine distance. La crainte de Ja mort ne les arrête pas, quoiqu'il en périsse souvent un grand nombre dans ces attaques, parce qu’elles laissent ordinairement leur aiguillon dans la plaie qu’elles ont faite, et perdent leur gros intestin qui tient fortement à cet aiguillon. Cependant il est des circonstances où elles prennent l'offensive; ainsi, quelques heures avant l’orage, la moindre chose les irrite, et il est alors dangereux de les approcher, et surtout en faisant du bruit. Le nectar des fleurs du châtaignier les agite également beaucoup.
L'odeur des personnes à cheveux rouges et de celles dont les pieds exhalent une forte odeur, les incommode au point que lorsque
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ces personnes s’approchent près d’un essaim, une ou deux abeilles volent aussitôt près de leur visage, et par un mouvement vif de gauche à droite et de droite à gauche, accompagné d’un son très-aigu. semblent les menacer. Il faut alors se retirer pour éviter leur aiguillon. Enfin, si elles manquent de vivres, elles se décident à attaquer un autre essaim bien approvisionné.
Les abeilles sont trés-laborieuses et trésactives. Douées d’un odorat très-fin, on les voit sortir, dès la pointe du jour, de leur habitation, pour se rendre directement, d’un vol rapide, vers les fleurs sur lesquelles elles comptent trouver du nectar qu’elles avalent, et du pollen ou de la propolis qu'elles placent dans la palette de leurs pattes de derrière.
Pendant qu’elles s’approvisionnent, d’autres s'occupent des travaux de l’intérieur. Elles ne souffrent pas de bouche inutile.
Leurs yeux sont disposés de manière à voir pendant la nuit comme pendant le jour. Aussi travaillent-elles à ces deux époques à la confection de leurs rayons.
Elles sont susceptibles d'attachement et reconnaissent ceux qui les soignent. Leur amour pour leur reine ou mère est tel qu'elles se sacrifient au besoin pour la sauver du moindre danger.
Quant à leur instinct, leurs travaux démontrent qu'il est très-développé, comme les faits suivans le prouveront. Leur cri ou chant très-varié leur donne les moyens de s'entendre.
Leur gouvernement est maternel. C’est une mère de famille constamment dans l’habitation, qui surveille les travaux de ses enfans, qui s'occupe une partie de la journée de reproduire son espèce et qui ne demande en échange que le simple nécessaire. Ses sujets sont tous égaux. Ils s'occupent indifféremment, à l’exception des mâles, de tous les ouvrages utiles à la société, et iis jouissent en commun des provisions qu'ils ont déposées dans leurs magasins.
$ IV.— Travaux des abeilles,
Dès qu’un essaim a choisi pourson habitation, soit un trou d’arbre, soit un creux de rocher, son premier soin est de le nettoyer et d'en boucher tous les trous et crevasses, à l'exception d’une ouverture qui servira pour entrer et sortir. Pendant ce travail une partie des ouvrières s'attache, avec les crochets dont leurs pattes sont munies, au sommet du local, et d’autres s’accrochant aux 1", elles forment comme un ovale ou une grappe de raisin.— Bientôt le groupe se subdivise pour commencer le travail des rayons, a représentent des rideaux séparés de açon à laisser un intervalle de quatre lignes entre eux. Ces dispositions faites, elles emploient les matériaux qu'elles ont apportés, et bientôt un grand nombre d’ouvrières se rendent dans les forêts ou les champs, jusqu’à une lieue de distance, pour butiner sur les fleurs, pour se procurer de l'eau et même d’autres substances qu’elles recherchent sur les fumiers, dans les urines et au bord des mares. Lorsqu'elles sont suf-