II. Essaims forcés, artificiels et par séparation
On vient de voir toutes les peines qu’il faut se donner pour ramasser les essaims ; mais, comme dans un grand rucher il peut en sortir plusieurs à la fois, que d’une autre part la saison peut retarder la sortie et donner le temps à la reine-mère de tuer toutes les jeunes reines, ce qui pourrait empêcher l’essaimage pendant un mois et plus, et conséquemment ne procurer que des essaims plus à charge qu'utiles , on a pris le parti de prévenir ces inconvéniens en les faisant soimême dès qu’on s'aperçoit, par la sortie des mâles et par le bruit qu’on fait dans les ruches, que l’époque de l’essaimage est arrivée. On y parvient de plusieurs manières :
1°£n forcant les abeilles d'abandonner leur ruche. Pour y parvenir, on a un tabouret de la hauteur d’une chaise, recouvert d’une planche au milieu de laquelle on a fait un trou assez grand pour y faire entrer la partie supérieure d’une ruche d’une seule pièce, qu'on y place, l’ouverture en haut, après avoir mis les abeilles en état de bruissement. On en met une vide à sa place pour amuser les ouvrières qui reviennent des champs. On couvre la ruche en expérience par la ruche préparée et destinée pour l’essaim, on la maintient aux points de Jonction par une ligature , assez large pour couvrir le bord des 2 ruches et même les entrées faites dans leur parois. 3 ou 4 minutes après, on frappe avec des baguettes la ruche pleine, en commençant par sa pointe, pour remonter trèslentement jusqu’à la ruche vide, et on continue jusqu'à ce qu’on entende un fort bourdonnement dans cette dernière ruche.
Alors, pendant qu’on continue les coups, une personne défait la ligature et lève doucement la ruche vide et seulement assez pour voir de quel côté les abeilles montent.
On soulève alors cette ruche du côté opposé.
pour s'assurer s’il y a assez d’abeilles pour former un bon essaim, et lorsqu'il y en a suffisamment, on enlève cette ruche pour la mettre en place, après avoir posé une demilivre ou mieux ure livre de miel sur le plateau. On diminue l'entrée de la ruche, ou même on la ferme pendant un quart-d’heure.
On donne du miel, parce que, prises à l’improviste, les abeilles ne se sont pas gorgées,
au lieu que jes essaims naturels s’approvisionnent pour 3 jours. bé
Si la reine y est montée avec les ouvrières, dès que ces dernières sont libres il en sort plusieurs; mais, bientôt, d’autres abeilles sonnent le rappel, et les premières rentrent, Dans le cas contraire, il n’y a point de rappel, l'opération est manquée et à recommencer, et les ouvrières sortent peu-à-peu pour retourner à la ruche-mère,ce qu’elles font, à moins qu’on n’ait une jeune reine, dont on a miellé les ailes, à leur donner, et après l’entrée de laquelle on ferme la ruche pendant uu quart d'heure.
Quant à la ruche-méère qu’on a tout de suite remise en place, les ouvrières qui reviennent des champs y entrent, et si la mère y est restée, l’ordre s'établit tout de suite; mais si elle est avec l’essaim, beaucoup d’ouvrières sortent, volent autour jusqu’à ce que la vue des nymphesde reine ou, à leur défaut, d'œufs ov de vers d’ouvrières de moins de 3 jours, déterminentlesabeilles quisont dans l’intérieur à battre le rappel pour rétablir l’oräre, ce qui fait connaitre que l’opération a réussi.
2° Si on veut agir sur les ruches villageoises ou à hausse, on les met dans leur position naturelle sur le tabouret; mais cet instrument doit alors avoir son ouverture fermée avec un morceau de toile de fil de laiton. On garnit ses côtés avec de la serpillière qu’on y cloue tout autour, excepté sur le devant, où la toile n’est attachée que dans le haut pour qu’on puisse mettre sous le tabouret un fumerou ou un réchaud contenant des charbons en feu, sur lequel on a jeté des débris de toile ou de la bouse de vache desséchée. On tire le couvercle à la ruche villageoise ou la hausse supérieure de la ruche à hausse. On place sur la 1° le corps d’une ruche vide qu’on recouvre du couvercle de la ruche-mére, si cette dernière contient beaucoup de miel. On en fait autant à la ruche à hausse ; on met alors le fumeron ou le réchaud sous le tabouret. Les coups de baguette, joints à la fumée, réduisent à moitié, au moins, le temps nécessaire pour faire monter lessaim. Ensuite on agit cowme cidessus, sauf le miel qu’on ne donne pas à l’essaim, à moins qu’on ne soit forcé de rendre le soir le couvercle ou la hausse aux ruchesmères, si elles n’en ont pas d’autres. On fait ces essaims depuis 9 heures du matin jusqu’à 3 heures du soir.
3° Quant à ceux qu'on forme par séparation avec les ruches qu'on divise sur la largeur, il faut, la veille, les ouvrir pour s'assurer de quel côté sont les alvéoles de reine. On rapproche les 2 parties sans les attacher, et le lendemain, depuis la pointe du jour jusqu’à ja nuit, après avoir attiré par quelques coups la reine du côté qu'on veut emporter, et avoir mis les abeilles en état de bruissement, on sépare les 2 parties de la ruche. on applique à chacune une partie vide. On apporte celle qui contient la mère de l’autre côté du rucher et on laisse l’auire en place. Les 2 ruches, ayant moitié du couvain et des provisions, n’ont besoin de rien.
4° Les mauvais temps ou d’autres causes ex posent quelquefois les apiculteurs qui lais-
sent sortir les essaims à n’en avoir qu'un petit nombre, quoique leurs ruches soient trop garnies d’abeilles, et qu’une partie soit forcée de passer la nuit sous le plateau où elles se forment en groupe. Alors ils peuvent former des essaims de la manière suivante.
Ils prennent une ruche bien préparée qu'ils emmiellent un peu; s’ils ont de jeunes reines, ils en prennent une dontilsemmiellent les ailes pour l'empêcher de voler. Ensuite, après avoir relourné la ruche, ils passent une plume entre le plateau et un groupe d’abeilles pour détacher ce dernier et le faire tomber dans la ruche, puis ils en font autant à d’autres groupes, le ous Les Dronn en AnS qu'à ce qu’ils trouvent l’essaim assez fort.
Alors ils le mettent tout desuite en place avec une livre de miel; ou bien, s'ils ont une ruche très-forte en abeilles qui n’essaime pas,après avoir disposé une ruche comme ci-dessus, on la met de onze heures à midi à la place de la ruche qu'on emporte dans la partie la plus éloignée du rucher. Les abeilles qui reviennent chargées de provisions, après être entrées et sorties de la ruche, se décident à y rester à la vue du couvain ou de la reine qu’elles nettoient, et elles sonnent le rappel. Alors l’essaim est formé.
Quelquefois, un essaim sort sans avoir trouvé un lieu pour se fixer, et il s’abat dans le rucher pour se réunir à un autre essaim.
Si ce dernier est faible et de l’année, on l’y laisse entrer ; mais si cet essaim est fort et de l’année précédente, on s'oppose à la réu-
‘ nion, parce que, dans le 1°° cas, les 2 essaims
pourraient en donner un qui sortirait trop tard pour réussir, et que cependant on n’empêcherait pas toujours sa sortie en augmentant les dimensions de la ruche ; dans le 2° cas, il y aurait un combat entre le nouvel essaim et l’ancien qui ferait périr beaucoup d’abeilles, et la destruction pourrait être tres-grande siles abeilles des ruches voisinesse joignaient aux combattans. Pour prévenir cette perte, on diminue beaucoup l'entrée de la ruche altaquée, on y répand de la fumée,et on présente au nouvel essaim une ruche bien préparée et emmiellée dans laquelle il finit par entrer.