RECOLTES DU MIEL ET DE LA CIRE
par ce point, de manière que les ouvrières, qui sont dans l'obscurité, se retirent promptement et directement par ce passage au lieu de se tuer contre les carreaux de vitre. On bouche la cheminée et onsesert d’un fourneau our empêcher les abeïlles de venir par miliers se précipiter et périr dans la chaudière lorsqu'on fait la cire. Dans ce laboratoire, on a : 1° un ou plusieurs cuviers À d’une dimension relalivé au nombre des ruches, au fond desquels on adapte un tuyau de 3 à 4 ponces sur 1 pouce de diamètre, muni d’un bouchon; 2° plusieurs pots et barils BB de proportions diverses, une chaudière C, des moules pour couler la cire, une cuillère de même contenance que les moules et une ou deux spatules; 3° plusieurs paniers D d’un diamètre un peu plus petit que l’ouverture des cuviers: le fond de ces paniers, qui a 12 à 15 po. de diamètre, et dont les côtés sont droits, est composé de brins d’osier placés parallèlement à une demi-ligne de disiance; des tringles assez fortes pour soutenir les paniers sur les cuviers, et plusieurs morceaux de toile claire nommée canevas ; 4° enfin un pelit pressoir E où une petite presse à coin.
On prépare son miel en prenant les rayons un à un, avec l’altention d’en chasser les abeilles, dont on a dû faire partir la presque totalité lorsqu'on a porté les calottes ou les hausses, etc., dans le laboratoire, en fermant les volets et en ouvrant un peu le carreau mobile; on enlève des rayons les abeilles mortes, le couvain et le pollen ou rouget, parce que tous ces objets donneraient un mauvais goût au miel. On peut mettre à part, pour l’usage de la table, quelques rayons nouveaux reconnaissables à la blancheur de leur cire.
Si on veut faire du m£el vierge, on choisit
les rayons récens et ordinairement blancs dans lesquels il n’y a point eu de couvain ni de pollen. Ces rayons, plus lourds que les autres parce qu'ils sont entièrement pleins de miel, n’étant pas diminués par les toiles filées par les vers, sont placés droits dans un >anler posé sur le cuvier, après qu’on a enevé, avec une lame mince de couteau, la fine couche de cire qui ferme les alvéoles. Il faut que le bas des rayons dans la ruche soit en haut dans le panier, pour que l'inclinaison des alvéoles, dirigée vers le fond, facilite l'écoulement du miel. Si on veut donner une odeur à ce miel, on met au fond du panier des fleurs d'oranger ou de robinier, ou d’autres substances.
On met dans un autre panier, pour faire du miel de deuxième qualite, les autres parties de rayon, qu’on écrase avec la main audessus du panier dans lequel on fait tomber le miel et tous les débris des alvéoles.
Ces deux opérations faites, on laisse couler le miel dans les baquets, et, pendant ce temps, on enferme les rayons qu’on veut conserver dans des vases de terre vernissée
u'on couvre bien. Ce miel est le meilleur
e toute la récolte, il se conserve plus longtemps et peut se manger avec la cire, qui corrige sa propriété relàchante.
Le miel de 1° qualite, ou miel vierge, étant écoulé, on en brise les rayons qu’on méle avec le miel de 2° qualité. Il faut re-
marquer que pour que ces 2 qualités de miel se séparent en grande partie de la cire, et pour achever de les en extraire au moyen de la presse, il faut que le laboratoire ait de 24 à 25° de chaleur du thermomètre de Réaumur.
Dès que le miel ne coule plus et qu’on a assez de rayons brisés pour remplir le seau de la presse, on met dans ce dernier un très-fort canevas assez grand pour le doubler par-dessus la cire sur la longueur et la largeur. Alors on jette les débris de eire dans le seau qu'on remplit bien en foulant la cire avec les mains. On recouvre avec le canevas; on met un baquet ou cuvier sous la presse, et on fait faire quelque tours à sa vis, jusqu’à ce que le miel coule bien. Quand l’écoulement diminue, on augmente peu à peu la pression, jusqu'a ce qu’elle soit suffisante. On opère ainsi sur tous les rayons, moins ceux qui sont vides, avec l’attention, si on a beaucoup de rayons, de ne pas mêler ceux qui sont blancs avec ceux qui ont pris de la couleur, parce que ces derniers, ne pouvant se blanchir dans certains cantons, coloreraient la cire des blancs et nuiraient à sa valeur. On peut remplacer la presse ordinaire par celle à coin. À défaut des moyens de forte pression, on place tous ses débris dans des vases qu’on fait entrer dans un four dont la chaleur soit à environ 40° pour amollir la cire. Si on n’a ni pressoir ni four, on dispose une étuve qu’on maintient à la température ci-dessus. Enfin si on est dénué de toules ces ressources, on jette les débris de cire dans une chaudière exposée à un feu doux et sans flamme. On les remue con- Uünuellement pour échauffer la cire sans la fondre et sans la laisser s'attacher contre le fond de la chaudière, où elle pourrait brûler, brunir et communiquer un goût désagréable au miel. Quand la cire est amollie par l'emploi d’un des moyens ci-dessus, on en met dans une toile forte et claire, on l'y pétrit et of la comprime par une forte torsion pour en extraire le miel qui n’est que de 3° qualité. On laisse ce miel dans le cuvier 3 ou 4 Jours pour qu'il s’épure, et on enlève l’écume qui le recouvre quelquefois, ainsi que le miel de 2° qualité; ensuite on le met en baril.
Si on trouve du rztel candi dans les rayons, on le sépare pour le jeter dans une chaudière placée sur un feu assez doux pour ne pas élever l’eau qu’elle contient à plus de 40°. On manie et on remue le miel dans l’eau, puis on sépare, par la pression, la cire du liquide qu'on expose à un feu doux le temps nécessaire pour le réduire en sirop.
Le miel est une nourriture fort saine, mais un peu relàchante, et qui, par celte considération, est très-utile pour les enfans en bas âge. Il sert de remède contre plusieurs maladies, et l’expérience a prouvé qu’en metlant un peu de miel dans la pâte faite avec la farine d’un blé mal purgé d’ergot, il peut préserver de la gangrène sèche.
$ I. — Emploi du miel.
Le miel est un agent conservateur pour les substances qu’on en couvre, et il peut être
employé sous ce rapport pour le transportau loin de greffes, d'œufs, de graines et même de certains fruits. On s’en sert pour améliorer les vins dans les années mauvaises pour la maturité du raisin, et dans les cantons qui n’en produisent que de médiocre. A cet effet on en fait bouillir avec un quart de son poids d’eau, et on le verse chaud dans le moût.
Tous les restans de miel peuvent aussi être utilisés. Ainsi, après la dernière pression de la cire, comme il y reste encore du miel, on brise le marc et on l’émiette. On verse dessus l’eau qui a servi à laver les instrumens, dans le rapport d'une partie sur dix de marc; on y Joint les écumes des miels des 2° et 3° qualités, et, après 24 heures, on presse. Le miel obtenu par cette opération est mêlé d’eau qu’on fait évaporer à un feu doux si on veut se servir de ce miel de dernière qualité, soit pour soigner les bestiaux, soit pour nourrir les abeilles auxquelles on ne le donne qu'après lavoir fait bouillir, écumé et mêlé avec un peu de liqueur fermentée.
Si au contraire on veut en faire de l’Aydromel, on brise de nouveau le marc et on y jette de l’eau en quantilé plus ou moins grande, suivant qu’on désire que la liqueur soit un véritable hydromel ou produise un petit cidre. On presse de nouveau; on mêle celle eau avec le miel obtenu par lavantdernière pression; on fait bouillir pendant plus d'une heure, après quoi on met l’hydromel refroidi en futaille ou en bouteille, suivant la quantité. C’est une liqueur commune, mais fort saine.
Quant au mélange plus chargé d’eau, après qu'il est froid on le verse dans des futailles ou dans une cuve couverte pour l’y laisser fermenter, et si on désire rapprocher cette liqueur d’une bière légère, on y met quelques branches de genièvre, ou l'extrémité de branches d’épicéas ou de sapinette du Canada (2emlock spruce ).
On fait encore une espèce d’Aydromel plus vineux et qui peut remplacer le vin ordiaire. À cet effet, on prend 12 livres du miel de 3° qualité, 36 livres d’eau ; on fait bouillir celte eau dans laquelle on a mis infuser 3 ouces de fleur de sureau pendant un quartd'heure. On y mêle alors 2 onces de tartrate acidule de potasse, et 4 à 5 grains d’acide borique. Lorsque le tout comnience à refroidir, on y délaie le miel et 2 livres de levure de bière; on place ce mélange pendant 15 jours dans une futaille couverte et dans un lieu à la température de 20°, et l'opération est terminée. Si on désirait que la liqueur fût plus spiritueuse, on y ajouterait une demi-livre d’eau-de-vie. On double ou on lriple la quantité de chaque substance, si on veut faire le double ou le triple du vin.
Eufin on fait avec le miel x vin de liqueur agréable. Il suffit de mêler 3 parties d’eau bien pure avec une partie de miel de 1°° qualité. On le fait bouillir à petit feu et en remuant bien et en écumant Jusqu'à évaporation suffisante pour qu'un œuf frais surnage. On a préparé une où plusieurs futailles dans lesquelles on a mis les substances dont on veut donner le goût et l’odeur à la liqueur qu’on verse bouillante jusqu'à la bonde. Ou
cHap. 8°.
couvre cette dernière. La liqueur, placée à 18 ou 20° de chaleur, fermente pendant près de 2 mois et rejette beaucoup d’écume. On tient la futaille toujours pleine avec un peu de liqueur conservée à cet effet. Après la fermentation on met une bonde, on place la futaille dans un lieu frais, et on continue à remplir tous les 15 jours, jusqu'à ce que la liqueur ait acquis sa qualité. Alors on met en bouteille, qu'on laisse pendant un mois debout, les bouchons à moitié enfoncés. Enfin on achève de boucher les bouteilles, et on les couche.
La préparation du sirop de miel est mainteuant très-connue. Il suffira de dire qu'on ajoute une partie d’eau à cinq parties de miel, et qu’on purifie avec le charbon. Ce sirop peut remplacer celui de sucre dans les liqueurs et les confitures.
$ II. — Manipulation de la cire.
Le marc du miel qui contient la cire est de nouveau émietté et jeté dans une chaudière remplie au tiers d’eau chaude à 40 ou 50°. On laisse au moins 3 doigts ou 2 po. de vide, et on remue. Lorsque l’eau bout, on diminue le feu, et si la cire s’élève trop on y jette un peu d’eau froide pour l'empêcher de se répandre au dehors. On continue un feu doux jusqu’à ce que le marc soit bien divisé et la cire fondue. On verse alors le tout dans le seau de la presse garni du fort canevas très-clair et d’un second plus fin par-dessus, après avoir mis sous le pressoir un euvier ou un baquet qui contienne un peu d’eau tiède. On prend les extrémités du canevas qu’on soulève un peu à droite et à gauche pour faire écouler une partie de l’eau et de la cire, et on plie les extrémités pardessus, dès que la chose est possible, pour commencer la pression. On détache la cire qui se fige sur la maye, et on continue la pression jusqu’à ce qu'il ne coule plus de cire.
Dès que la cire est assez refroidie dans le cuvier pour pouvoir être maniée, on la pétrit par petites poignées qu'on jette dans un baquet à moitié plein d’eau chaude; là on la pétrit de nouveau et, par ces 2 pétrissages, on débarrasse en grande partie la cire des substances étrangères qu’elle contenait encore,
Il ne s’agit plus que de la fondre avec un peu d’eau pour la mettre dans des moules, en enlevant avec une écumoire les saletés qui pourraient encore s'élever à la surface. Lors-
w’elle est à moitié refroidie, on la détache 74 bords des moules si elle paraît se crevasser à la superficie. Dès qu’elle est froide, on la retire des moules pour la ratisser par-dessus, s’il y a des matières étrangères. Cette cire peut alors être livrée au commerce.
Toutes ces opérations terminées, on peut faire fondre les débris de cire provenant du ratissage et des écumes pour en former un
ain de cire grossière qui peut servir à frotter
es planchers.
Si on n'avait pas de pressoirs, on pourrait employer les moyens suivans pour extraire la cire du marc. On fait un sac de canevas proportionné à la grandeur de 5a chaudière ; on