‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre BixioChapitre 178 sur 295 · CHAPITRE XV. — DE LA FABRICATION DU SUCRE DE BETTERAVES · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV. — DE LA FABRICATION DU SUCRE DE BETTERAVES

SECTION Jre. — Du sucre de betteraves et de la culture de cette plante.

La fabrication du sucre de betteraves est une industrie nouvelle pour la plupart de nos cultivateurs, et qui mérite de fixer leur attention. Depuis un certain nombre d’années elle a pris un prodigieux développement dans quelques-uns de nos départemens du Nord, et chaque jour elle s’étend davantage dans nos autres départemens. Nous nous proposons, dans ce chapitre, de faire connaître d’une manière succincte et précise les procédés au moyen desquels on extrait ce sucre, et d'indiquer les perfectionnemens qui ont été introduits récemment dans cet art agricole et manufacturier.

Le sucre de betteraves est sensiblement identique avec le sucre obtenu des cannes à sucre dans nos colonies et dans l’Inde. Les procédés au moyen desquels on obtient le premier peuvent même s'appliquer, sauf de légères modifications, au traitement du jus recueilli dans les colonies, et les améliorations les plus importantes introduites dans nos sucreries indigènes ont été exportées la plupart dans nos possessions coloniales.

Dans la culture des cannes et des betteraves, des applications en grand ont démontré

ue les engrais de matière animale produisent d très bons effets s’ils sont employés en doses convenables et s’ils ne sont pas assez rapidement altérés pour être classés parmi les fumiers chauds. Ainsi, 500 à 750 kilog. par hec-

tere de chair ou sang secs en poudre, ou 1200 à 1500 kilog. d’os pulvérisés,ou 12 à 15 hectolitres de noir animal résidu des clarifications, ou 18 hectolitres de poudrette, ou encore 12 hectolitres de noir animalisé(1), mêlés avec leur volume de terre du champ et répandus dans les sillons , soit avec la graine, soit sur les betteraves, ou avec les racines dans le trou du plantoir au moment du repiquage, activent très utilement la végétation et augmen tent de beaucoup les produits, sans nuire en aucune manière à la qualité sucrée du jus (voy- l’article Engrais, Tom. 1°", p. 82).

M. De Vazcourr a obtenu les meilleurs résultats du repiquage des betteraves sur ados ou billons; c’est en effet un moyen économique de donner le plus de profondeur en terre meuble à ces racines charnues que le fonds du sol arrête presque toujours dans une partie de leurs développemens.

Parmi les procédés d'emmagasinement des betteraves, l’un de ceux que j'ai indiqués consiste à les enfouir dans les silos étroits (5 à 6 pi. de large, 5 pi. de profondenr, sur une longueur indéterminée), et à les recouvrir de terre; il a obtenu généralement la préférence sur tous les autres.

Afin de mieux nettoyer et ameublir les terres, ou pour avoir une provision plus grande de betteraves lorsque le terrain à disposition ne suffit pas pour alterner les cultures, on peut obtenir plusieurs années de suite des récoltes de betteraves, sur le même terrain; mais dans ce cas, on ne profite pas pour la culture des céréales et autres du net-

(1) Cet engrais, employé dans la proportion de 18 hectolitres par hectare, a donné lieu dans la grande calture qu’on vient de fonder à Montesson, près Paris, à la production de très belles betteraves à sucre dans un

sol de médiocre qualité,

criaP. 15°.

toiement du sol par les façons que nécessitent et paient la culture et la vente des betteraves. Dans chacun des trois binages, il convient d'enlever les grandes feuilles couchées sur le sol : elles servent de nourriture aux bestiaux, tandis qu’elles ne tarderaient pas à s’altérer si on les laissait aux plantes.

M. Grener-PÉLÉé de Thoury a cultivé pendant dix années de suite des betteraves dans la même terre, et obtenu de très heureux produits en ajoutant en proportions convenables des engrais et notamment du noir animal.

Nous allons passer maintenant aux diverses opérations qu'on fait subir aux betteraves, puis au jus qu'on en exprime, et aux sirops de plus en plus rapprochés; enfin nous don-

nerons la description des principaux appareils de cuite récemment introduits dans la fabrication.

SecrioN II. — Du travail des betteraves.

$ Ier. — Récolte, nettoyage, lavage.

Les betteraves. dès qu’elles sont bien mûres ou même 15 jours ou 3 semaines avant , sont arrachées,effeuillées dans les champs, et les feuilles portées aux bestiaux, qu’elles nourrissent pendant un à 2 mois. Durant cet intervalle,on arrache et l’on porte à la râpe la quantité né- Fig. 272.

compose d’un grand cylindre creux en bois À, dont les douves sont écartées de 12 à 15 lignes à l'extérieur, et de 5 à 6 vers l’intérieur. Ce cylindre tourne sur son axe en fer, en plongeant à sa partie inférieure dans une caisse en bois B, remplie d’eau. Cette caisse doit être en bois de chêne et présenter une grande solidité; elle repose sur des cales qui, par la différence entre leur hauteur, règlent la pente que l’on veut donner à Pappareil. Elle doit avoir une profondeur telle que la terre détachée des racines puisse s’y amasser sans venir toucher le cylindre. Dans la partie inférieure de cette caisse, et du côté de la pente, doit se trouver un trou d'homme qui permette d'y entrer pour faire évacuer chaque Jour toute la vase qui s’y est accumulée. CC, petites empoises en fonte, boulonnées sur les traverses, qui forment le bâti de la caisse; elles sont garuies de coussinets en cuivre, dans lesquels tourne l'arbre en fer D, qui traverse le cylindre A. E, cercle en fonte, soutenu par 4

DU TRAVAIL DES BETTERAVES

cessaire à la fabrication journalière; le surplus est déposé dans des silos à proximité de l'usine, pour être traité postérieurement.

11 y a un double avantage à commencer le traitement des betteraves avant leur complète maturité : 1° elles contiennent alors presque autant de sucre, qui est d’une plus facile extraction ; 2° le temps de l’arrachagese prolonge aisément, et les betteraves non arrachées s’altèrent moins encore que dans les silos, ne füt-ce que parce qu’elles n’ont pas encore elé froissées, meurtries, ni blessées; 3° enfin, lorsque la fabrication se prolonge au-delà de 4 mois , dans les derniers temps on en obtient beaucoup moins de sucre.

A l'entrée dans la fabrique , la première opération à faire consiste dans un nettoyage, dont le but est d’erlever d’abord la terre adhérente et les cailloux.

Deux moyens sont employés pour y parvenir.

Le 1°", plus simple, quoique moins économique dans une grande exploitation, consiste à râcler avec un couteau toutes les parties couvertes de terre; on tranche même les petiles racines qui recèlent des pierrailles.

Le 2e mode de nettoyage consiste en un lavage dans un cylindre appelé laveur, dont on voit l'élévation de face et de profil dans les fig.270, 271 la coupe longitudinale dans la fig. 272et la coupe transversale dans la fig. 273. Celaveur se

Fig. 270.

Fig. 271.

rayons plats, partant d’un moyeu alesé, calé y p P

sur l'arbre D. F, disque ou plateau en bois, fermant entièrement l'extrémité inférieure du cylindre , sauf l'ouverture K, ci-après indiquée; il est armé à son centre d’une large rondelle ou douille, qui est aussi calée sur l’arbre, comme le moyeu du cercle E. G, 2° fond, qui ne remplit que la moitié de la surface du cercle F, et dont l’ouverture J est toujours accessible à la betterave qui roule dans le cylindre, tandis qu'une claire-voie a (fig. 271) la ramène contre le plateau ou disque extérieur, qui est percé en ce point du trou K, par où la betterave s’échappe et tombe sur le plan incliné L. Les cercles MM, Fi l’on aperçoit autour de l’axe du cylindre dans la fig. 273, sont, comme on le voit dans la fig. 272, la projection d’une espèce de tambour ou noyan, qui n'a d'autre objet que de porter la betterave à la circonférence du cylindre creux À. Celui-ci se compose de douvettes ou de liteaux en bois refendu ; la section de ceux-ci présente des

prismes dont le côté le plus large est appliqué sur le cercle en fonte E, et sur le disque ou plateau extérieur F, où ils sont vissés d’abord et consolidés par deux larges cercles en fer EH, ( fig.270, 272) fortement serrés et bien ajustés. L'ouverture longitudinale que ces liteaux laïssententreeux n’estque de 4 lignes à l’intérieur du cylindre, tandis qu’elle doit être d’un pouce à l’extérieur.

Le mouvement est ordinairement donné à ce Javeur par une courroie qui enveloppe la poulie N ; celle-ci doit être en fonte, afin de ne point se gauchir. Ceite poulie tourne à frotteinent doux sur l'arbre du cylindre, et ne Fentraine dans son mouvement de rotation, que quand on la fait avancer vers un embrayage qui est fixé sur ledit arbre par deux clefs. P est la trémie qui reçoit les betteraves. On voit qu’elle est construite de manière à ne pas les arrêter sur son fond; disposition utile que n'offrent pas ceux des laveurs, dont la manœuvre est souvent arrêtée par lengorgement de la trémie.

Lorsque le cylindre fait 12 à 15tours par minute il peut alimenter la râpe la mieux servie. Bien construit, il nécessite peu de puissance mécanique et consomme peu d’eau.

Il convient généralement, dans une fabrique de sucre de betteraves, de se servir de bœu/fs ou de vaches pour imprimer la puissance inécanique au laveur, aux râpes, presses, pompes, tire-sacs, elc.; car ces animaux, HOurrIs en srande partie avec le marc pressé de la pulpe, rendent, soit en accroissement de chair musculaire, soit en produit de lait, une valeur qui représente celle de ces résidus et les utilise ainsi. Un manége attelé de six animaux, ce qui en suppose 24 à l'écurie pour se relayer, suffit Jour une usine traitant 5,000,000 kilog. de Pr

Les betteraves, telles qu’elles arrivent des champs, sont jetées dans la trémie P, à l’un des bouts du cylindre laveur; elles s’avancent, en frottant les unes sur les autres, au milieu de l’eau, puis sortent débarrassées de la terre et des pierrailles à l’autre bout du cylindre sur le plan incliné L. On change l’eau seulement lorsqu'elle est devenue irop bour-

beuse et même on peut n’enlever que le dépôt et remplir d’eau.

La sommité de la tête, où sont insérées les feuilles (petioles), qui est plus dure et moins sucrée que le reste de la betterave, doit être

Fig. 278.

réservée pour les bestiaux. Il est assez important d'y joindre la pointe du cône, formant le bout de la tête, et que l’on tranche également au coutean, parce qu'il renferme ue sorte de dépôt d’uu suc salé analogue à cel des petioles.

Il reste toujours, soit dans les épluchures à la main, soit dans la vase du laveur, de petites racines qu’on doit en extraire par un lavage sur un crible, pour les donner aux animaux ; car, n'offrant que trop peu de prise, les râpes ne les réduiraient pas en pulpe.

Les betteraves, nettoyées par l’un des deux procédés ci-dessus, sont déchirées à la räpe. Nous allons nous occuper de cette opération, en prévenant que nous indiquerons plus loin une autre machine appliquée depuis quelque temps à l'extraction du jus des betteraves.

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