‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre BixioChapitre 185 sur 295 · DU ROUISSAGE À L'EAU · texte numérisé non relu

DU ROUISSAGE À L'EAU

racines forment les bases, et auxquelles on donne de la solidité en liant lesextrémitésavec une de ces tiges. Ainsi disposé, le lin sèche en très péu de temps; alors on en forme des bottes de médiocre grosseur qu’on conserve dans un lieu sec et aéré, jusqu’au moment du broyage.

B. Du rouissage à l’eau.

Le rouissage à l’eau ou rouissage proprement dit est celui qui est le plus généralement en usage en France dans les départemens qui cultivent le lin, dans les Pays-Bas et dans les contrées du norä de l’Allemagne et de l'Europe. Cette opération ne se fait pas de la même manière dans tous ces lieux, et il est assez difficile de décider quelle est celle à laquelle on doit donner la préférence. Dans les environs de Courtray où le lin est cultivé et travaillé avec le plus grand soin, on apporte en août ou bien en octobre ou après l'hiver au mois de mai, à la rivière la Lys, le lin réuni en bottes de 3 1/2 à 4 3/4 kilog. pour l'y faire rouir. A cet effet, on a ménagé sur le bord de la rivière, au moyen de pieux et de perches, un endroit de la capacité quo juge nécessaire. Dans cet endroit isolé on pose le lin debout et on le retient par des bâtons entrelacés , liés ensemble et attachés aux pieux qui sont enfoncés dans la terre au bord de ja rivière. De cette manière le lin se trouve réuni et fixé, afin qu'il reste plongé dans l’eau à telle profondeur et aussi long-temps que cela est utile. On compte qu'il faut pour cette opération, au mois d'août, 7 Jours; au commencement d'octobre, 12 jours ; à la fin de mai 9 à 10 jours, suivant le degré de température de l'atmosphère. Dans tous les cas, 1l convient de consulter cette température et de s'assurer au bout de quelques jours si le lin est suffisamment roui. On est certain d’être parvenu au point précis, lorsque !a couche fibreuse se détache facilement de l'écorce, depuis la racine de la tige jusqu’au sommet de la plante. Ce point, toutelois, est assez difficile à déterminer et ex;ge pour être saisi convenablement beaucoup d'attention ; il est même prudent de vérifier le routoir 2 fois par jour, car le rouissage étant terminé, le lin ne doit pas rester une heure de plus dans ce routoir où il perdrait de sa force et se pourrirait bientôt. Quand le lin est retiré du routoir, on pose les bottes debout, pour le faire égoutter. Le même soir ou le lendemain matin on le délie et on l’étend sur un pré sec, doni l'herbe est très courte,

Si dans ce moment on avait à craindre une forte pluie, on différerait d'étendre le lin ; car dans les 1res heures qui suivent l’étendage, le lin est susceptible de se détériorer en recevant une averse.

L’étendage a pour but de nettoyer le lin des immondices qui se sont déposées sur ses tiges dans le routoir, dele faire sécher et de plus de le blanchir et de déterminer par une fermentation insensible et plus lentela décomposition des portions de la substance gommo-résineuse qui avaient échappé à cette action dans je routoir. À cet effet, le linreste 12 à 16 jourssur le pré ; on leretourne de temps à autre, afin qu’il soit partout également en contact avec l’airet la lumière. Aussitôt que la filasse commence à se détacher des tiges les plus fines, onlelieen bottes et en le transporte à la grange où pendant l'hiver, dans un temps sec, les tiges sont brisées au moyen du batioir, puis soumises à l’espadage.

On a fait à Gand en 1813 des essais sur le meilleur mode de rouissage, d’après une méthode due à M. d’Hondt d’'Arcy; les résultats obtenus, joints aux expériences entreprises plus récemment à Hohenheim et poursuivies pendant 4 années, ont paru démontrer assez clairement les résultats que nous allons faire connaitre.

Les eaux courantes des ruisseaux ou des rivières ne sont pas avantageuses pour le rouissage, parce que la fermentation y est trop lente. trop inégale, et qu’elles communiquent au lin des taches et un certain degré de dureté. Ce fait avait déjà été observé dépuis longtemps dans nos départemens du nord: d’ailleurs des réglemens locaux s'opposent presque partout au rouissage des lins et des chanvres dans les rivières, à cause de l’insalubrité de cette opération et parce qu’elle détruit partout le poisson.

Ce qui parait le plusconvenable pour Le rouissage, est d'établir des routoirs ou fosses à rouir près des rivières dont l’eau soit douce, pure et non ferrugineuse. Le routoir doit luimême être creusé dans un sol quine contienne ni ocre, ni particules de fer, parce que ces substances donnent au lin une coloration qu'on ne peut plus faire disparaître.

Un routoir nouvellement creusé, ou employé lusieurs fois de suite sans le nettoyer, donne jeu à des accidens analogues. On fera bien, quelques semaines avant, de faire usage d’un nouveau routoir, de ie remplir d’eau, et au moment d’y placer le lin, de le vider, le nettoyer et ie remplir d’une eau nouvelle. Un routoir qui a servi plusieurs fois doit être de même vidéet nettoyé, en enlevant toute la vase qui s’est déposée au fond. Si l’on n’a à sa dispote qu'une eau dure, on en remplit e routoir eton la laisse en repos exposée pendant quelque temps au soleil avant d'y plonger le lin; puis on y jette avec précaution un peu de sable fin qui recouvre les particules qui se sont déposées , et contribue à la purifier.

Le routoir que l'on suppose être parfaitement en état de retenir l’eau, et au besoin enduit d'argile, doit avoir en profondeur un

ied de plus que le lin n’a de longueur ; mais il ne doit pas dépasser 6 pi., parce que quand il est plus profond l'eau reste froide au fond,

ARTS AGRICOLES : PRÉPARATION DES PLANTES TEXTILES

et la partie inférieure du lin est plus de temps que la supérieure à éprouver le rouissage.

Le lin réuni en bottes y est déposé debout, c’est-à-dire les pointes qui sont les plus difficiles à rouir, en haut, et non pas horizontalement, ou, comme on le fait en Westphalie et dans quelques lieux de la Flandre, la racine à la surface. La masse liée et réunie au moyen de perches, doit se tenir bien verticalement dans le routoir où on l’enfonce à la profondeur nécessaire avec des planches sur lesquelles on pose des poids en assez grand nombre pour que l'extrémité supérieure du lin se trouve au-dessous de la surface de l’eau, et les pattes ou racines à un pied du fond.

La capacité du routoir doit être double de celle de la masse du lin, afin que la fermentation marche avec plus de modération; dans les routoirs remplis entièrement de bottes de lin la fermentation est quelquefois si active, surtout dans les temps chauds, qu’on a beaucoup de peine, malgré une extrême vigilance, à saisir le moment précis où il faut enlever le lin si on ne veut pas qu’il se détériore.

Pour éviter en plongeant le lin dans l’eau, qu'il ne soit en contact aves les parois ou Le fond du routoir, contact qui donnerait aux tiges une couleur inégale, on peut, comme on l’a fait à Hohenheim,, renfermer les bottes de lin à rouir dans des espèces de caisses à claire-voie, formées avec des lattes ou des perches qu’on recouvre de paille, de planches et de pierres pour les submerger. Au moyen de liens de paille fixés d’un côté sur les bords du routoir et de l’autre aux caisses, on empêche celles-ci de toucher le fond et de se renverser, lors des mouvemens d’ascension et d’abaissement qu’elles éprouvent pendant la fermentation.

Partout où on établit des routoirs en maconnerie ou en terre, et où cela est possible, il faut, comme on le pratique quelquefois en Flandre, les munir de petites vannes, écluses ou robinets, pour l'introduction lente et continue d’un léger filet d’eau et pour l'évacuation de celle-ci. La vanne d'introduction doit être

lacée au fond de la fosse, et celle qui sert à ‘évacuation à l'opposé et à la surface du routoir. Si l’on se contentait de faire couler l’eau qui sert au renouvellement à la surface, comme elle est plus légère que celle de macération, elle ne pénétrerait pas plus avant et s’écoulerait immédiatement par la vanne de trop plein. En agissant comme il vient d’être dit, on obtient un rouissage à eau courante, qui a, il est vrai, l'inconvénient d'être plus long que celui à eau stagnante, mais donne une filasse moins colorée et plus facile à blanchir, est plus aisé à bien diriger et offre moins de dangers pour ceux qui sont exposés à en recevoir les émanations. D'ailleurs, dans une eau non renouvelée, le lin est trop sujet à se gâter.

Le lin fournit une filasse bien plus belle quand on l’a plongé immédiatement après la récolte dans Les routoirs, lorsqu'il retient encore toute son eau de végélation et n’a pas été soumis à la dessiccation.

Pendant les trois 1°" jours de l’immersion du fin il n’y a rien à faire, si ce n’est de veiller à ce qu’il soit complètement recouvert par l'eau Au bout de 3, 4 ou 5 jours. des builes

cuaAP. 16°.

d’air viennent crever à la surface du liquide, et c’est lorsque le nombre de ces bulles a beau- |

coup diminué qu’il convient de visiter tous les 3 ou 4 heures le routoir, pour examiner si les indices d'un rouissage parfait se manifestent. Ces indices sont 1°, lorsqu'une tige extraite d’une des bottes se rompt avec facilité quand on cherche à la faire fléchir; 2° lorsque la couche fibreuse peut se détacher «d’un bout à l’autre de la tige, les fils restant ums les uns aux autres; 3° lorsqu’en saisissant les tiges par le bout et frappant 3 ou 4 fois la

racine sur l’eau, la couche fibreuse crève et s’ent'rouvre.

Quand ces signes indicateurs ne se montrent pas, il faut encore attendre quelques heures; mais aussitôt qu’on les voit apparaitre complètement, on doit se hdter de retirer le lin du routoir , le laver à l’eau pure et par poignées, surtout s’il a été roui dans un routoir ordinaire et non dans des caisses, afin de le débarrasser de la vase et de la matière colorante qui se sont déposées sur ses tiges.

Si les localités permettent de renouveler en totalité et avec promptitude l’eau du routoir, on pourra le faire et laisser le lin encore plusieurs heures dans le routoir pour le laver et le nettoyer; la fermentation s’arrête alors et il n’y a pas de danger.

Le lin étant bien égoutté et ressuyé, il faut l’étendre fort clair sur une herbe courte pour le blanchir, et observer à cet égard les règles pratiques données pour le rorage. Ce bi:nchiment, sorte de 2° rouissage à la rosée, dure plus ou moins de temps, suivant le degré de fermentation que les tiges ont éprouvé dans le routoir; il peut varier de 3 à 14 jours et même plus.

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