‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre BixioChapitre 187 sur 295 · LIN RÉCOLTÉ LCONG-TEMPS AVANT LA MATURITÉ DES SEMENCES · texte numérisé non relu

LIN RÉCOLTÉ LCONG-TEMPS AVANT LA MATURITÉ DES SEMENCES

ROUISSACE

|Par le rorage. Gris jaunâtre. Gris argenté, | |Par le rouissage à| jaune pâle.

Jaune grisätrel'eau.

clair.

Uu lin mal roui se reconnaît 1° quand il west pas assez roui, à ce qu'une portion seulement des fils se détache de la tige, l’autre portion adhérant encore si fortement au bois qu'ils se rompent plutôt que de céder ; 2° quand il est trop roui, en ce que les fils se détachent très aisément, mais inégalement entre eux et se brisent au moindre effort; 3° en ce que le lin trop ou trop peu roui, malgré le travail prolongé de la broye et du peigne, n’acquiert jamais un éclat pur, mais conserve un aspect terne; ses couleurs, qui par le rorage se rapprochent du gris, et par le rouissage à l’eau du jaune, deviennent mates et pâlissent quand le rouissage n’a pas été suffisant et serembrunissent quand il a été trop prolongé, en passant même au noir vers les extrémités.

Le Lin récolté trop tard ou desséché par le selei!, soit sur pied, soit sur le pré, a une couleur jaune-rougeâtre ou brun-rouge.

6 IL, — Des procédés autres que le rouissage.

On a proposé un grand nombre de procédés autres que le rouissage et le rorage pour préparer le chanvre et le lin, mais aucun d'eux n’a eu de succès. C’est ainsi qu’on a fait macérer le lin pendant un certain temps dans de l’eau bouillante tenant en dissolution une petite quantité de savon ou de lessive caustique. Par ce moyen on obtient assez bien la séparation de la chenevotte et une filasse fine et fa cile à blanchir, mais le fil qu’on en tire est sans consistance, sans force, et n’atteint jamais au filage un haut numéro. La vapeur d'eau dont on s’est servi en Allemagne pour dissoudre le principe gommo-résineux n’a pas réussi; la chale élevée ä&e la vapeur paraît attaquer fortement la filasse, lui enlever en partie sa ténacité et ternir son éclat; les fils et les toiles qu’on fabrique avec cette filasse

sont cotonneux, et s’élinent promprement.

Enfin on a proposé de substituer à l'opération toute chimique du rouissage l’action des machines; cette innovation n’a pas encore été généraiement accueillie dans la pratique, et nous reviendrons plus {foin sur ce mode de préparation.

SECT. JE. — Du hâlage, broyage, peignage, espadage, etc., du lin.

$ Ier. —— Du hâlage.

Quelque sec que paraisse le lin quand on le

ARTS AGRICOLES : PREPARATION DES PLANTES TEXTILES

rentre dans les greniers, où après plusieurs mois de séjour dans les granges, il ne l’est point encore suffisamment pour que le bois où chenevotte se rompe avec netteté, pour que la couche fibreuse s’en détache entièrement et que les fibres elles-mêmes se séparent entre elles avec facilité. Pour lui donner le degré de siccité nécessaire aux manipulations qu'il va subir, il faut le häler, c'est-à-dire l'exposer à une chaleur qui lui enlève la plus | grande partie de son eau de végétation.

On hâle le lin de différentes manières; au soleil, dans des fours, sur la touraille des brasseurs où dans un hâloir.

Pour häler le lin au soleil on le sort du grenier et on expose les bottes pendant 2 ou 3 jours à l'air libre; au bout de ce temps on délie les javelles et on étale les tiges debout au'soleil, par un jour pur et chaud, dans un endroit propre et sec soit le long des murs, des maisons, des haies, soit en les soutenant avec des gaules ou des ramilles. Chaque soir on l’enlève pour qu'il ne soit pas mouillé par la rosée et on le serre dans un lieu bien sec. Au bout de 6 à 8 jours de beau temps le lin est propre à être broyé. Le hâlage au soleil, suriout pour les lins qui sont déjà anciens, est le plus avantageux et le plus économique; il donne constamment une filasse plus forte et plus douce que par les autres procédés et n’expose pas au danger des incendies.

On häle le lin dans des ous sur la touraille ou dans un häloir, quand on ne veut pas attendre les beaux jours et qu’on veut le broyer l'hiver ou quand le temps est pluvieux, couvert et froid. Les pauvres gens introduisent leur lin réuni en bottes dans un four à boulanger dont on vient de retirer le pain; d’autres cultivateurs ont des fours construitsexprès qu'ils font chauffer comme les précédens, et dans lesquels ils placent leur lin. Dans les pays où l’on fabrique la bière, le lin est étalé et séché sur la touraille des brasseurs, et dans ceux où on cultive cette plante en grand, on se sert. d'un häloir pour cet objet. Le häloir est un hangar ou une pièce isolée de tout bâtiment, ou enfin une caverne, qu’on trouve si fréquemment dans les pays montagneux. Dans cette pièce on forme à environ 4 pi. du sol un grillage en bois sur lequel on étend le lin; dessous on allume du feu avec de la chenevotte et on l’entretient avec prudence pour

ue le lin sèche également partout et ne s’en-

amme pas. Lorsqu'il est parvenu au degré de dessiccation convenable, on l’enlève et on le livre aux broyeuses.

Cts derniers modes de hâlage sont très préjudiciables au lin. D'abord, dans les fours de boulangers dont on vient de retirer le pain, la température qui est de 80 à 100° C. et plus, est beaucoup trop élevée ; le lin surpris par ce degré de chaleur sèche qui est suffisante pour décomposer certaines matières végétales, roussit et s’altère; la matière gommorésineuse qui enveloppe encore ses fils, au lieu de se dessécher, pour être ensuite enlevée en poussière, se fond, et en refroidissant agglutine de nouveau Îles fils, qu'il devient impossible de séparer au broyage. L’humidité du lin réduite en vi Ed n'ayant pas d’issue, retombe parlerefroidissementsurles tiges qui redeviennent molles et flexibles, enfin la

cuap, 16° lilasse perd en partie son brillant et sa force el est dure et cassante. Sur les tourailies le lin n'est pas autant altéré, mais la température qu'il y éprouve, 60°, C. au moins, est encore trop élevée; enfin dans un hâloir banal, outre l'imperfection du procédé, l’enfumage du lin et son incomplète dessiccalion, on a encore à redouter le danger d’un incendie.

Un bon hdloir, tel qu’on en a établi dans quelques parties de lAllemagne, est une chambre assez étendue, un peu basse, ayant une issue pour le dégagement de la vapeur d’eau et dans laquelle on range le lin debout par bottes de 40 à 50 tiges. Ce hàloir est chauffé par un poêle en faïence doublé en terre ou en brique, dont la température s'élève et s’abaisse ainsi avec lenteur, et dont la porte est placée à l'extérieur pour prévenir tout danger du feu. On peut aussi avec avantage élever la température à l’intérieur de cette chambre au moyen d’un calorifère placé dans un autre lieu ou par la circulation de lea, de la vapeur, ou par la chaleur qu’on perd souvent dans plusieurs établissemens industriels. Le lin étant rangé dans ce häâloir, on allume le feu qu’on conduit avec lenteur jusqu’à ce que la température soit à 25 à 30° C. (20 à 24° R.). A cette température, qu’on cherche à maintenir pendant un certain temps, l’eau de végétation du lin se vaporise avec lenteur et s’échappe par l'issue ménagée. Quand il ne se dégage plus de vapeur on élève peu à peu ia température à 40 ou 45° (32 à 36° R.), et après l'avoir soutenue quelques momens à ce degré, Ééerabon est terminée. On retire le lin, on le laisse refroidir quelques heures, puis on le soumet à la broye.

$ IT. — Du macquage ou maillage, broyage.

Le lin étant suffisamment sec, il faut le sou- |

mettre à une série de manipulations pour sé arer le bois ou chenevotte de la couche fireuse et réduire celle-ci en filasse. Ces manipulations ne sont pas les mêmes dans tous les pays,et ontrecu, ainsi que nous allons le voir, des noms différens.

Avec quelque soin qu’on ait traité Je lin au rouissage et au häloir, il y a toujours dans les bottes un certain nombre de tiges courtes rompues où brouillées, qui enlacent les autres et qui, au travail de la broye et du peigne, tombent elles-mêmes en étoupes, brisent la bonne soie et causent un déchet assez considérable. La 1" chose à faire est donc de trier le lin. Ce triage se fait au moyen d’un peigne à grosses dents de bois ou de fer assez écartées , sur lesquelles on jette les poignées de lin qu'on tient à la main par une des extrémites, et qui retiennent les tiges courtes ou mélées. Ces tiges ne sont pas perdues pour cela, on les rassemble pour les broyer ensemble ou pour les travailler comme les éloupes.

Quand le lin a été trié , il faut, pour faciliter encore l’action de la broye, le soumettre au Mmacquage où maillage. Le macquage se donne ordinairement avec l'instrument appelémacqueoumaque, qui consiste en une masse de bois dur, avec laquelle on frappe les poignées de lin sur un billot plat en bois ou en pierre, depuis la patte ou racine jusqu'à la

DU MACQUAGE ET DU BROYAGEF.

pointe. La macque aplatit les tiges, casse la chenevotte, détache l’enveloppe fibreuse, diminue la cohésion des fils, éclate et rompt la matière gommeuse qui les agglutine encore.

En Westphalie, on se sert pour le macquage d'un moulin mu par l’eau; là, un arbre tournant, muni de cames, élève 4 à 6 petits pilons en bois de hêtre, et les laisse retomber sur les tiges de lin étendues sur un bloc uni de bois. Des ouvriers placés devant ces pilons retournent et secouent detemps à autre les poignées de lin, et les empêchent de s’échauffer et de se brouiller.

Une autre machine usitée pour cet objet en Allemagne consiste en 2 cylindres en bois placés l’un sur l’autre, portant des cannelures longitudinales larges et profondes, et fixés sur des axes en fer, dont l’un porte de chaque côte une manivelle. Le lin engagé par poignées entre ces cylindres, est reçu de l’autre côté à mesure qu'il s’avance par suite de leur mouvement de rotation, sur une planche inclinée de bois après avoir subi un macquage parfait.

Eu Flandre où l’on ne fait pas usage de la broye ordinaire pour le lin, or lui donne un bon maillage en l’écrasant à grands coups avec une pièce de bois dur, nommée battoir (fig.329), longue de 2? cent. (10 po. 1/2), large de 13 (5 po.) et épaisse de 8 à9(3 po. 1/2). Cette pièce porte par-dessous des cannelures prismatiques à arêtes arroidies d'environ 13 mill. (6 lig.) de hauteur, et dans son milieu est fixé un manche courbe (fig. 330) qui sert à la manœuvrer.

Fig. 329. Fig. 330.

Le lin étendu avec régularité sur une aire plane, on le frappe avec cet instrument d’a- >ord par la patte, puis par la pointe, enfin au milieu de la tige. Ainsi maillé d’un côté, ilest retourné de l’autre et traité de la même manière. L'opération terminée, l'ouvrier enlève les poignées, les secoue pour en détacher les impuretés et les débris de bois, et en forme des paquets. ù

Quelquefois on se sert dans le même pays pour cet objet de moulins qu'un cheval fait mouvoir el qu'on nomme moulins à battoirs.

Ces machines consistent en une meule posée verticalement , qui parcourt un cercle en écrasant le lin qu’on lui présente. On peut briser ainsi de 130 à 150 kilog. de Jin par jour,

Nous pensons qu’on pourrait aussi se servir avantageusement pour cette opération de la machine simple et ingénieuse, dont on doit l'invention à M. CarziweTri (fig. 331). Cette

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machine se compose d’un plateau circulaire horizontal À, porté sur son cenire par un arbre vertical B, avec lequel il peut tourner.

Ce plateau, sur sa face supérieure, est sillon- |

né de canvelures qui partent de la circonférence, et vont toujours, en diminuant de largeur, converger vers le centre. Sur la moitié de la surface de ce plateau, sont posés 9 cylindres coniques également munis de cannelures identiquement semblables à celles du plateau. Le 1er et le dernier cylindre sont en fonte et ne touchent pas les autres qui sont en bois, et placés très près les uns des autres. Ce 1e cylindre C porte un axe en fer qui se prolonge au-delà du bâti, et sur lequel est monté un volant D, muni d’une magivelle E. C’est lui qui, par les cannelures dont il est muni, engrène dans celles du plateau etle fait mouvoir circuiairement. Les axes de tous autres cylindres portent des ressorts d'acier, qui les font presser contre ce plateau. Pour briser le lin, un enfant en prend une poignée qu'il étale sur le plateau, de manière à n’en couvrir que la moitié, à partir de la circonférence. Aussitôt que ce lin, par suite du mouvement qu’un homme imprime à la machine, est passé sous le 1: cylindre, l’enfant en étale une 2° poignée, puis une 3°, et ainsi de suite. Quand ledisqueachève son tourentier, l'enfant enlève le lin tout broyé et par poignées, à mesurequ'ilsort de dessous le dernier cylindre; ou bien si le broyage n’est pas suffisant , il lui donne un second tour, avec l'attention de retourner sers dessus dessous les poignées. Le lin étant suffisamment broyé, il l’enlève, donne un coup de brosse sur les cannelures du plateau pour les nettoyer des brins de chenevolle, puis recommence à charger le plateau. Tout cela marche avec assez de célérité pour que l'opération soit continue.

En général, le lin maillé avec soin n’a pas besoin au broyage d’avoir été séché à une température aussi haute; il conserve plus de longueur, sa sole est mieux divisée et devient plus fine par le travail ultérieur ; enfin les pointes qui donnent la filasse la plus belle n’échappent plus à la broye, et ne sont plus enlevées en pure perte à l'espadage.

Le macquage fait éclater l'enveloppe fibreuse du lin, et commence à briser et à détacher la chenevotte ; il ne s’agit plus maintenant que d'achever de rompre celle-ci, de la séparer de l’enveioppe et de réduire cette dernière en filasse. Onatteintce butau moyen du broyage qui se donueavec la broye, instru-

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