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un bout par une forte cheville. La pièce ou mächoire inférieure est montée sur 4 pieds inclinés pour fui donner plus de solidité, et est élevée d'environ 812 (30 pou.) afin qu’elle soit à la portée de la main de l’ouvrière qui travaille debout. Elle consiste en une pièce de bois de 14 à16 centim. (5 à 6 po.) d’écarrissage, et de 2m 27 à 2" 60 (7 à 8 pi.) de long creusée dans presque toute sa longueur par 2 grandes mortaises, larges de 27 mill. (1 po.), qui la traversent dans toute son épaisseur. Les 3 languettes que laissent ces mortaises sont taillées en couleaux non tranchans dans leur partie supérieure. Une autre pièce moins large que la tre, la mâchoire supérieure, munie d’un manche par un bout et portant sur sa largeur 2 languettes pareillement taillées en couteau et par-dessous, est attachée sur la ire par une cheville de fer qui ies traverse toutes deux par le bout opposé au manche, et fait l'office de charnière. Les 2 languettes de la mâchoire supérieureentrent librement dans les rainures de la mâchoire inférieure.
Pour broyer le lin, l’ouvrière en prend une poignée de la main gauche, et de la droite soulève par le manche la mâchoire supérieure de la broye. Alors elle engage le lin entreles 2 mächoires, puis abaissant fortement et à plusieurs reprises la mâchoire supérieure, elle brise la chenevotte et l’oblige, en tirant à elle la poignée, à quitier la filasse. Quand la poignée est bien broyée et secouée jusqu’à ia moitié, elle reporte sous les lames de la broye l’autre moitié qu’elle tenait à la main, et ne la quitte plus qu’elle ne soit entièrement broyée. Cette manipulation est répétée sur plusieurs poignées, jusqu'à ce qu’il y ait environ ? livres de filasse; alors elle en fait un paquet qu’elle plie en 2 en le tordant légèrement et en le nonant par le bout. C’est ce qu'on romme ordinairement queues de cheval ou filasse brute.
En Bohème, le lin séché au soleil est d’abord soumis à une broye en gros, qui n’a qu’une languette et qu'une rainure; &@e Jà il passe à la broye en fin, qui a 2 languettes et autant de rainures; quelquefois il ne subit cette 2° opération, qu'après avoir passé quelques heures dans le häloir. Dans quelques pays on ne fait usage que de la broye en gros, mais seulement pour les chanvres et lins grossiers; dans d'autres, les broyes ont 5 languettes et rainures, et même plus. En Languedoc. on passe en 1° lieu dans une broye dont les languettes sont dentées en scie, puis dans une autre à languettes unies comme la broye ordinaire. Enfin il est quelques pays où on
cHAP. 16°.
travaille d’abord le lin avec une broye dont les languettes supérieures jouent très librement dans les rainures inférieures, puis ou on l’affine avec un instrument de ce genre, ou ces parties entrent presqu’à frottement juste les unes dans les autres.
Il faut que les arêtes des languettes et des rainures soient arrondies soigneusement, si On ne veut pas couper la soie, et on doit veiller à ce que les ouvrières ne les rendent pas tranchantes pour hâter la besogne. On fera même bien avant de consacrer une broye neuve à la
réparation des lins fins et de 1" qualité, de Péolarer au moins un an sur le chanvre ou Je lin commun. On ne doit tirer ia poignée de filasse, que lorsque la mâchoire supérieure est à moitié soulevée; d’abord on procédera avec lenteur et seulement lorsque les extrémités seront déjà débarrassées de leur chenevotte, autrement on briserait beaucoup de fils; et on ne tirera avec quelque vivacité que lorsque toute la poignée sera bien réduite en filasse, pour l’affiner et l’adoucir.
La broye, come on le voit, est un instrument grossier; on lui reproche les inconvéniens suivans : elle broie imparfaïtement les pointes où se trouve la filasse la plus fine; les tiges engagées entre les mâchoires et pressées
ar les lames, ne pouvant s'étendre convena- Pichet, cèdent sous le choc de la mâchoire supérieure, et se brisent ; le froissement que la filasse éprouve entre les lames la fait bourrer, mêle les brins, et malheureusement ce sont toujours les fils les plus fins et les plus beaux qni se rompent ou se brouillent ainsi, et sont ensuite enlevés au sérançage ; enfin la manœuvre de cet instrument est longue et très pénible, surtout pour des femmes qui sout généralement chargées de cesoin.
$ III.— De l’espadage et de l’écanguage.
Le lin qui a été broyé n’est pas pour cela débarrassé de toute sa chenevotte; il en conserve encore une grande quantité qu’il s’agit d'enlever par üne opération que l’on nomme espadage ou écouchage. L’espadage se fait sur une planche À (fig. 333) attachée verticalement à une forte pièce de bais B qui lui sert de pied; cette planche a vers le haut une entaille demi-circulaire C, ou quelquefois elle n’est échancrée que sur le côté. L’espadeur ploie de la main gauche une poignée de lin, qu'il appuie sur l’entaille ou l’échancrure C de la anche, il frappe la portion de lin q:'il tient
e long de la planche avec le tranchant de l'espade ou espadon (fig. 334), sorte de couteau
Fig. 534
DE L'ESPADAGE ET DE L'ÉCANGUAGE.
de bois à 2 tranchans mousses de 2 pi. de longueur, large de 4 à 5 po., épais de 6 à 7 lig. et ayant à une de ses extrémités une poignée par laquelle l’ouvrier le tient de la main droite. Il secoue sa poignée après l'avoir frap-
ée, la retourne, la frappe encore, travaiile a pointe comme il a fait les pattes, prend soir de bien frapper le milieu qui est souvent le plus mal travaillé, et nettoie ainsi son lin des brins de chenevotte, de la plus grossière étoupe et des portions non brisées par la broye,
L'espadage est une opération importante qui exige, pour être bien faite, un ouvrier exercé. Celui-ci doit tenir fermement la poignée dans sa main pour qu’il ne s’échappe pas de fils qui se bouchonneraient, et toucher le lin avec l’espadon plutôt en frottant ou en glissant qu'en frappani. Quelque soin qu’il prenne, il coupe encore beaucoup de brins sur l’arête vive de l’échancrure de la planche et les fait ainsi tomber en étoupes.
Pour être espadé convenablement, le lin doit être très sec, et dans le Wurtemberg, surtout dans les temps humides, on lui communique le degré de siccité convenable en le passant au four ou dans un häloir.
Une partie de la filasse tombe sous l’ecangue et l’espade avec la chenevotte; ces 2 matières mélangées se nomment vulgairement équignons; elles sont séparées par des ouvriers qui font avec les débris de la soie un fil grossier pour la fabrication des toiles d'emballage.
Lorsque le lin, au sortir de l’espadage, conserve de la rudesse et que le milieu des poignées est encore chargé de débris de chenevottes, on passe en quelques pays cette partie sur l’affinoir, lame de fer polie à son bord intérieur et formant un tranchant mousse, large de 3 à 4 po., épaisse de 2 liges longue de 2 pi. 1/2, posée verticalement et bien attachée à un poteau. L’affineur prenant de la main droite une poignée de lin par les pattes, la passe derrière la lame et en saisit les pointes de la main gauche; il F5 em le milieu sur le tranchant du fer, tirant fortement et alternativement les 2 mains, de manière que tous les brins et les différentes parties de brins soient frottés successivement contre ce tranchant.
On donne encore au lin pour l’affiner une autre préparation qui consiste à le passer sur un frottoir ; cette opération, qui paraît préjudiciable à cette matière textile, sera décrite quand nous parlerons du travail du chanvre.
Les Flamands, avons-nous dit, ne broient
as le lin, et se contentent de le mailler; mais a ce maillage ils font succéder l'écanguage, sorte d’espadage énergique préférable à l’espadage ordinaire et qui se donne de la manière suivante. L'écangue (fig. 335) est une sorte de hachoir ou couperet plat et mince, muni par le haut d’unetêtequiest destinée à lui donner plus de poids ou de la volée ; le manche est court, aplati, fixé sur une des faces du couperet Fe des chevilles de bois. Cet écangue est en
ois dur et lisse, d’une épaisseur de 5 mill.
(2 lig.) et ne pèse pas au-delà de 5 quarterons. La planche à écanguer A (fig. 336) a 4 pi. de hauteur, 1 de large et 1 po. d'épaisseur; elle est assemblée verticalement sur une autre planche horizontale B qui lui sert de patin
| ou pied, et porte à 2 pi. 1/2 de hauteur une
échancrure E de 3 po. de hauteur et 4 de profondeur. Une des arêtes inférieures de ceite échancrure, celie du côté où frappe l’écangue, est taillée en biseau (/ig. 337) pour que cet
Fig. 335.
Fig. 337. Fig. 336.
écangue en tombant ne soit pas arrêté par ce bord et ne coupe pas la filasse. Le patin B ou planche inférieure a 5 pi. de long, 1 1/2 de large et 2 po. d'épaisseur. Du côté où l’ouvrier se place, et à chaque extrémité sont 2 forts montans ou pieux D de 1 pi. 1/2 de hauteur, qui reçoiventune grossecourroieen cuirC fortement tendue , qui sert à garantir les jambes de l’ouvrier pendant le travail ou la chute de l’écangue. L’écangueur prend dans sa main gauche autant de lin qu’elle peut en contenir, passe celui-ci dans l’échancrure jusqu’au milieu de sa longueur, l’étend sur le bord inférieur, puis frappe verticalement dessus, du côté du biseau, avec l’écangue qu'il tient de la main droite; il roule, retourne et frappe ainsi sa poignée jusqu'à ce que la chenevotte soit détachée et qu'il ne reste que la soie, puis passe successivement d’une portion écanguée à celle qui ne l’est pas. Un ouvrier dans une Journée de travail peut écanguer ainsi 5 kilog. de filasse provenant de 20 kilog. de lin roui.
Ii y a aussi dans ce pays des fermiers qui emploient un moulin à ailes de bois pour écanguer leur lin; cette machine se meut à bras.
L'opération est plus rapide que par l’espadon ou lécangue qu’on tient à la main, mais le lin se casse davantage et est moins fort. En employant 4 hommes, un moulin de cette espèce peut espader 22 kilog. de lin par jour, tandis qu’un bon ouvrier n’en espade à la main que 41/2 à 5 kilog. On fait aussi usage pour l’espadage, en Angleterre, d’une machine mue par un cours d’eau et en forme de tambour vertical qui porte des espadons et M. Giranrp est inventeur d’une machine ingénieuse destinée au même usage.
Le lin, étant espadé, recoit encore en Flandre un autre apprét qui se donne de la mamère suivante : l'ouvrier assis prend le lin par pebites parties, le met sur un tablier de cuir qu'il porte devant Jui, et le ralisse avec des couteaux de fer d'environ 1 pi. de iong,
ARTS AGRICOLES : PRÉPARATION DES PLANTES TEXTILES
Liv. IV, larges de 10 lig., mais plus étroits vers le manche ,et dont le tranchant est arrondi.
Ces couteaux sont de 3 espèces, et vont en augmentant de finesse. Le lin est frotté, ratissé de cette manière dans sa longueur 3 fois consécutives, jusqu'à ce que les débris de chenevotte et degomme soient enlevés. En Westphalie où on se sert du même procédé, l’ouvrier ratisse le lin sur son genou qui est couvert d’une peau de sanglier, le côté lisse en dehors, et ne se sert quede 2 couteaux. Les déchets sont assez considérables; ceux du fer frottement servent à faire des toiles d’emballage, ceux des auires à confectionner des fils pour les toiles à sac où de grosses toiles de ménage. Ainsi préparé, le lin est plié par bottes de 1 kilog 375 (2 3/4 liv.),et remis auxfileuses ou aux peigneurs.
6 IV. — Du peignage ou sérançage.
Le lin nettoyé de toute sa chenevotte par l'espadage, doit, avant d’être filé, être soumis à une dernière opération qui a pour but d’enlever les dernières traces de la gomme-résine qui salit encore ses fils , de le déméêler, de le refendre et de l’affiner. Cette opération se nomme peignage ou sérançage; elle est faite par les fileuses elles-mêmes ou mieux par des ouvriers appelés séranceurs, qui travaillent ie lin au moyen de peignes ou sérans.
Les peignes où sérans sont en géneral formés d’une planche de bois dur sur laquelle sont implantées des broches de fer, de cuivre ou d’acier pointues et polies. La forme de ces dents varie avec les pays et la finesse de la filasse qu’on veut obtenir; tantôt elles sont uniformément rondes dans leur longueur,excepté vers l’extrémité supérieurequi est pointue, ou bien elles sont coniques depuis le pied jusqu’au sommet ; tantôt elles sont taillées en losange ou en Carré. Parfois on les plante en lignes droites, les unes devant les autres sur les planches; le plus souvent aujourd'hui, comme dans les peignes anglais, elles sont dis-
osées en échiquier ou diagonalement avec Péatcute de précision. Leur longueur est également très variable, et dans un atelier de sérançage, on a ordinairement un assortiment complet de sérans , depuis les plus gros jusqu'aux plus fins, à travers lesquels on passe successivement la filasse suivant le degré de finesse qu’on veut obtenir. On a pour l’ordipaire des peignes de 4 grandeurs; les dents des plus grands sont carrées ou en Josanges , et ont par le bas une ligne carrée sur 3 £ po. de longueur ; celles des plus fins sont rondes et grosses comme desaiguilles à coudre la toile de ménage.
Pour procéder au sérançage, le peigneur fixe ses sérans sur une table solide, selon l'ordre de leur finesse, puis prend de la main droite une poignée de lin vers le milieu de sa longueur, et avec un des bouts pendans, ordinairement les pointes, il enveloppe celle-ci une ou 2 fois pour lui donner plus de force.
Le séranceur serre alors fortement la main, et imprime verticalement à la poignée un mouvement circulaire, qui fait tomber la filasse sur les dents du peigne Île plus gros; s'il éprouve trop de résistance à Lirer la filasse horizontalement , il enlève doucement pour
cuap. 16°.
en engager une moindre quantité. Quelquefois il lève la poignée de dessus le séran, ouvre et ladivise; quelquefois il la passe et la repasse vivement. Lorsque la pointe est bien démélée, il en engage une plus grande longueur , et continue ainsi peu à peu jusqu'à ce que la filasse passe sans difficulté entre les dents du peigne; après quoi, tortillant autour de sa main la partie démêlée, il peigne l’autre bout avec le même soin. On passe ainsi la filasse sur des peignes de plus en plus fins, où elle se divise, acquiert de la souplesse et de la douceur. La filasse obtenue la 1" est connue sous le nom de it"brin. On en plie les poignées en 2 moitiés tortillées l’une sur l’autre, pour former des paquets. L'étoupe restée dans les sérans se travaille de nouveau, et fournit un brin fin, mais plus court et plus dur que le 1‘, qu'on nomme second brin. Le reste de l’étoupe qu'on peut carder est employé à divers usages.
On ne sérance guère que les lins destinés à la fabrication des toiles ordinaires ; le lin ramé qui sert à celle des batistes n’acquerrait pas ainsi assez de finesse, et ne serait pas suffisamment débarrassé de sa gomme et de ses impuretés. Pour lui donner le degré de finesse requis, on le soumet à l’action de la brosse. Cette brosse qui ressemble à une balle d’imprimeur, est composée d’un manche long de 5 po. auquel est attachée une demi-sphère de 12 po. de circonférence, garnie, sur sa surface convexe, de poils de sanglier d'environ 3 lign. de hauteur, placés à une ligne de distance les uns des autres. On brosse sur une planche lisse de 1 pi. de largeur sur 3 de long, à une des extrémités de laquelle est implantée une cheville verticale qui sert à fixer par 2 ou 3 tours la poignée de lin, ou bien on en prend une petite partie grosse comme le doigt qu'on tortille par le haut sur l'index gauche et qu’on maintient fortement avec le pouce; le reste de la poignée est élalé avec soin sur la planche et on y passe la brosse qu’on tient de la main droite, en 1+° lieu du côté de la patte et d’abord avec précaution, puis un peu plus énergiquement suivant le degré de finesse qu’on veut obtenir. Cela fait, on retourne le lin et on le travaille de même du côté de la pointe, puis on tord légèrement et l’on plie vers le inilieu de cette partie, qui s'appelle un cordon de lin, Lorsque le lin est bien sec, les fils se divisent, la gomme-résine qui enveloppe encore ses fils s’exfolie, s’enleve en poussière, et on obtient une filasse fine, douce et douée de beaucoup d'éclat. Les bottes de 2 liv. 3/4 se trouvent ainsi réduites à 1 3/4 liv. et même 1 1/2 liv. Les étoupes qui sont fines donnent des fils propres à fabriquer de belles toiles de ménage, du linge de table, etc.
Dans plusieurs pays on pense que le lin doit être bien sec pour étre sérancé, et on fait même chauffer les sérans quand le temps est humide où quand ils ont séjourné dans un lieu froid. Au contraire, dans d’autres on conserve le lin à la cave avant de le peigner, parce que l’expérience semble avoir prouvé que par ce sé-