‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre BixioChapitre 190 sur 295 · DE L'EMPLOI DES MACHINES · texte numérisé non relu

DE L'EMPLOI DES MACHINES

la poignée, tandis que la droite frotte le chanvre sur les éminences. Cette manière d'affiner la filasse est très efficace, mais elle la mêle beaucoup et occasionne du déchet.

On a proposé un grand nombre de moyens pour adoucir le chanvre et le lin, pour leur donner de l'éclat et faciliter le blanchiment des fils et des tissus qu’on en fabrique. Les uns font bouillir la filasse dans l’eau avec de l'argile et du sel, d’autres la plongent dans l’alcool, d’autres dans l’eau de chaux pendant 6 heures, uis la lavent à l’eau acidulée, et enfin la font Fate dans une lessive faible. Quelquesuns se contentent d’une dissolulion de savon dans laquelle ils cuisent les paquets de filasse, On assure qu’on a obtenu des résultats avantageux en faisant macérer à froid pendant 48 heures les lins et les chanvres dans une lessive de. cendres dans une cuve à double fond fermée, puis faisant couler la lessive et introduisant un jet de vapeur d’eau pendant une heure, évacuant l’eau de condensation, faisant macérer de nouveau dans une eau de potasse faible, soutirant ce bain au bout de 24 heures, renouyelant le jet de vapeur pendant 2 heures et enfin rinçant à l’eau tiède jusqu’à ce que celle-ci sorte incolore, et faisant sécher le lin et le chanvre qui ont aiors une belle couleur gris-argenté et une grande douceur , etc.

Ces manipulations, sorte de décreusage, sont longues et coûteuses; elles font perdre au Jin ou au chanvre une partie de leur force, el souvent, faites par des mains inhabiles, elles altèrent la filasse et lui donnent une coloration qu'il est impossible de faire disparaitre sur les fils ei les toiles lors du blanchiment en fabrique.

SecTiON III. — Des machines employées à la préparation des plantes textiles.

Lalenteur du rouissage, son insalubrité et la difficulté de conduire cette opéralion au point précis de perfection, la qualité inférieure des lins et des chanvres qui l’ont subie d’une manière imparfaite, ou trop prolongée, et le danger, pour la santé des ouvriers, des travaux subséquens pour la conversion de ces plantes en filasse, enfin l'énorme déchet que lon éprouve dans ces travaux, ont depuis longtemps suggéré l’idée d'appliquer les machines à la préparation des plantes textiles. Quelquesunes des machines inventées n’ont eu d'autre but que de remplacer la broye ordinaire et ne dispensent pas du rouissage; les autres, au contraire, ont été destinées à préparer le lin et le chanvre sans rouissage préalable, et de l’amener à un degré plus ou moins parfait de finesse et de douceur (1). On a aussi proposé des moyens mécaniques pourespader, brosser et peigner la filasse, et plusieurs des machines inventées donnent aussi ces façons au lin ou au chanvre après l'avoir soumis au broyage.

La plupart des machines proposées jusqu'ici opèrent le broyage du lin ou du chanvre au moyen de cylindres -cannelés; d’autres emploient des moyens mécaniques qui les rap-

(4) Parmi ces nombreuses machines nous citerons celles inventées en Angleterre, par Lez, Hire et Bunpor, etc, ; en France, par Gizzasoz, Monracne, Duran», Curisriax, Laroresr, LoritciArD, elc.; en Allemagne, par Hevnen, Wixsraup, Korur, H. Scausants ; en Ltalie, par Roccero, CarzixerTi; en Amérique, par Goopsazz, Rosp, Himss et Ba, et celle importée par M. A. Dezcouxr, etc,

prochent plus ou moins de la broye ordinaire, et en général elles terminent laffinage par des moyens analogues ou par des dispositions variées.

Les tentatives faites jusqu'ici pour la construction d’une bonne machine pour le travail des chanvres et des lins n’ont pas répondu aux espérances des inventeurs et à l’attente du public, et presque partout on en est revenu au travail à la main. Ces essais infructueux, et qui nous dispenseront de décrire ces machines, la plupart déjà tombées dans l’oubli, ont paru établir avec assez de certitude les faits suivans :

1° On n’a pas réussi à remplacer par des procédés mécaniques l'opération purement chimique du rouissage; 2° le broyage par machine, sans rouissage préalable, donne une filasse dure et rude, mal purgée du vernis gommo-résineux qui la couvrait, et ne pouvaut être filée qu’en bas numéros, c’est-à-dire propre seulement à la fabrication des toiles grossières et communes; 3° cette filasse, mal décapée et convertie en fils ou en toiles, blanchit avec difficulté, éprouve dans cette opération un retrait considérable et donne des tissus dont la détérioration est très rapide; 4° les lins et chanvres broyés, espadés et peignés par machines éprouvent un déchet considérable, sans pouvoir être amenés au même point de finesse, de douceur et d'éclat que ceux travailiés à la main. Dans ce dernier cas l’ouvrier qui fait usage de la broye, de l’espadon et du séran, a sans cesse égard à l’éclat, à la nature, à l’aspect de la filasse, et a recours à des procédés variés qui exigent de l’intelligence et donnent lieu à une foule de manœuvres qu’on ne peut attendre d’une machine simple à mouvement uniforme et continu; 5° la plupart du temps on est obligé d’avoir recours à un décreusage dispendieux pour adoucir et dégommer la filasse; 6° enfin plusieurs de ces machines sont d’un prix fort élevé, volumineuses, compliquées, exigeant, pour les mouvoir, une force assez considérable et dispendieuse, et peu propres à devenir des instrumens usuels dans l’économie rurale.

SECTION IV. — Produit du lin en filasse par divers procédés.

Suivant M. ANDRÉ dans son Mémoire sur la culture et Le travail des lins, 1000 livres de lin récoité dans les environs de Moy (Aisne), dépouillé de sa graine et de sa menue paille, est réduit par le rouissage à 800 livres, qui fournissent par l’écanguage 200 liv. de filasse. Les expériences faites à Saint-Ouen, lors de l'essai de la machineà broyer le lin sans rouissage de M. DeLcourr, ont prouvé, que par les procédés ordinaires usités en Picardie, 100 kilog. de lin en baguettes rendaient, après avoir été rouis, broyés et espadés, 17 kilog. 875 de fi-

ARTS AGRICOLES : PRÉPARATION DES PLANTES TEXTILES

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