‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre BixioChapitre 189 sur 295 · PRÉPARATION DU CHANVRE · texte numérisé non relu

PRÉPARATION DU CHANVRE

jour il se divise mieux dans le peigne et donne moins de déchets.

Après le peignage le lin reçoit souvent un maillage qui est destiné à lui donner de Îa douceur, à diviser ses fils et à le préparer au filage. Ce maillage se donne sur un bloc de bois, au moyen d’un maillet aussi en bois qui sert à frapper les paquets. En Bohème où on pratique avec soin celte opération, le lin est mis en paquets et tordu pour qu'il ne se mêle pas, puis maillé soigneusement pouce par pouce, en retournant le paquet de temps à autre et je frappant toujours, jusqu’à ce qu'il devienne chaud; alors on le prend à la main et on le froisse vivement et dans toute sa longueur pendant plus où moins de temps. Le maillage, cet échauffement et ce froissage séparent les filamens, les affinent et les adoucissent. Ce travail pourrait, comme on voit, s’exécuter plus promptement au moyen des procédés de macquage que nous avons indiqués ci-dessus.

Les lins amenés à ce point gagnent encore en finesse, en douceur et en nerf, avant d'être filés, à être conservés dans des caisses garnies de papier et placées dans un lieu sec et frais.

SECTION II. — De la préparation du chanvre.

6 Ier. — Du rouissage.

Le chanvre, ainsi que nous l'avons vu au chapitre de sa culture, est une plante dioïque, c'est-à-dire que ce sont des pieds différens qui portent les organes sexuels mâle et femelle (1). 11 mürit par conséquent à 2 époques différentes et on l’enlève en 2 fois, savoir : le chanvre mâle au mois de juillet ou d'août, et le chanvre femelle six semaines après, vers celui de septembre ou d'octobre.

On reconnaît la maturilé du chanvre mâie lorsque les fleurs ayant répandu leur poussière fécondante se détachent, que les feuilles se flétrissent, que la tige jaunit par le haut et blanchit vers la racine. Quant à celle du chanvre femelle, elle est indiquée par la maturité de la semence et la sécheresse de la tige. Il faut s'appliquer à saisir avec exaclitude cette époque de maturité, parce que le chanvre müûr à point se rouit plus promptement, donne une filasse qui se détache plus facilement que celui qui a été récolté vert ou qui est resté trop long-temps sur pied

La récolte des chanvres mâles et femelles étant faite à temps, il ne faut pas, comme cela se pratique en quelques lieux, Les réunir pour les rouir ensemble; les derniers étant plus desséchés sur pied, seraient à peine rouis lorsque les autres commenceraient à éprouver dans le routoir un commencement de décomposition putride.

Le chanvre étant mûr, estarraché de terre, et posé en petits faisceaux sur le sol pour Pare sécher ; 11 faut pour cela 8 à 10 jours. Au bout de ce temps on bat le chanvre femelle pour en extraire la semence ; quelques personnes ent conseillé de rouir le chanvre avant qu'il soit

(4) Par une habitude bizarre on donne presque partout en France et en Belgique le nom de chanvre mâle aux tiges qui portent la graine, et celui de chanvre femelle à celles qui portent les organes mäles de la plante. Nous ae pouvons adopter ces locutions vicieuses et nous employons dans le texte les mots de chanvre mäle et

femetle dans lear véritable acception.

bien sec, en assurant qu'il présentait alors moins de résistance au rouissage, mais l’usage a prévalu dans les pays où l’on cultive cette plante, de ne le soumettre à cette opération

w’après l’avoir fait sécher complètement, en alléguant comme fait d’expérience qu’il donne alors une filasse plus nerveuse et plus durable, et qu’il est moins sujet à pourrir dans le routoir.

On a aussi prétendu que les quite introduites dans les routoirs avec les tiges passaient très promptement à l’état de décomposition putride et altéraient la qualité du chanvre; cependant en Alsace, où on produit de très belles filasses, on fait rouir le chanvre avec ses feuilles. Au reste, si on craignait quelque mauvais effet de leur présence, on peut eulever celles du chanvre mâle au moyen d'un peigne à dents de fer ou de toute autre manière; les feuilles du chanvre femelle tombent généralement au battage.

Avant de rouir le chanvre on fera bien d’enlever les racines et les sommilés qui ne produisent rien ou presque rien, qui concourent à brouiller les filamens, à faire perdre du temps aux ouvriers et à augmenter les déchets. On fait cette opération en plaçant les tiges sur un billot et en coupant les racines ou les sommités avec une hache, ou bien en ;es mettant entre 2 planches et retranchant les parties

ui passent avec une vieille faux emmanchée dre un morceau de bois.

Le but du rouissage du chanvre est le même que celui du lin; c’est-à-dire au moyen de l’eau ou bien de la lumière, de la rosée et de la pluie, de faire passer à l’état de décomposition le principe gommo-résineux qui enveloppe et agglutne les fils, de rendre la chenevotte cassante et de séparer celle-ci de la couche fibreuse qui l’environne.

On faitrouir le chanvreau moyen de procédés aualogues à ceux dont on se sert pour le lin, tels que le rorage et le rouissage à l’eau. Ce dernier est ie plus généralement employé; quant au rorage, qui mériterait la préférence, suivant M. Nicocas, professeur de chimie à Caen, il est déjà usité dans les Vosges el dans quelques autres lieux de la France ainsi que de l'Allemagne. On peut voir à la section précédente la manière de pratiquer ces 2 procédés.

Le rouissage du chanvre est plus prolongé que celui du lin. Le chanvre mâle reste dans le routoir 8 à 10 jours et le chanvre femelle 15 jours et plus long-temps encore, même dans les temps les plus favorables de l’ännée. On reconnait qu'il est complet à des indices semblables à ceux qu’on emploie pour le lin, tels que l’état cassant de la chenevotte, la facilite avec laquelle la filasse se détache sur toute ia longueur de latige; enfin, lorsqu'on a conservé les feuilles, au peu d'effort qu'il faut faire pour les séparer.

Les tiges du chanvre s’élevant quelquefois 1 12, 15 et même 18 pi. de hauteur, il est impossible de les mettre debout dans les rouloirs; mais ici les sommités et les racines etant retranchées , toutes les autres portions de la tige peuvent se rouir plus également et être placées transversalement sur des perches en plusieurs couches successives qu'on assujétit ensuite par des liens, et qu’on immerge à la manière ordinaire dans les routoirs. On

ARTS AGRICOLES : PRÉPARATION DES PLANTES TEXTILES

fera bien de couper en 2 ou 3 parties les tiges de 12 à 15 pieds; de cette manière ces tiges sont plus faciles à travailler, elles s'adaptent mieux aux dimensions des routoirs, donnent de plus longs brins, moins d’étoupes au peignage et.

une filasse toute aussi résistante.

Par le rouissage à l’eau on obtient généralement, quand l'opération est bien conduite et qu'il y a un léger renouvellement de l'eau, une filasse blanche et nerveuse; dans les routoirs à eau stagnante elle est blonde, jaune ou verdâtre. Par un bon rorage il paraît qu’elle est grise, douce et facile à blanchir. Les chanvres noirs où marqués de taches brunes, sont trop rouis, échauffés ou altérés. Au reste, la couleur des chanvres, très variabie dans chacune de nos provinces qui les cultivent, dépeñd en grande partie de la nature du sol du degré de maturité de la plante, du mode de rouissage et des eaux où il s’est opéré.

SEL. — Du halage, teillage, broyage, etc. du chanvre.

Le chanvre parfaitement roui est ordinatrement séché sur le pré, nettoyé, mis en bottes et conservé dans un lieu sec jusqu’à ce qu'on le soumette aux manipulations qui ont pour but d’en séparer la filasse.

La manière la plus simple de séparer la filasse de la chenevotte est le teillage à la main,

ui se fait ordinairement à la campagne par

es femmes, des enfans ou des vieillards. Les femmes tiennent ordinairement sous le bras gauche où dans un tablier une boite de chanvre, dont elles prennent 2 ou 3 tiges qu’elles rompent entre les doigts; la cnenevotte se casse, elles la détachent de la couche filamenteuse dont elles entourent leurs bras Lorsqu’elles ont rassemblé une quantité suffisante de filasse pour en former une poignée, elles la tordent de 3 à 4 tours pour que les brins ne se brouillent pas. Cette façon, très en usage encore en Bourgogne et en Champagne, est longue et on lui reproche de donner une filasse qui n’a pas toute la longueur de la tige, ei qui cause par conséquent beaucoup de déchet au peignage; en outre cette filasse enlevée en rubans reste couverte de plaques de gomme qui augmentent son poids au détriment de l’acheteur; elle n’est pas débarrassée du limon et autres impuretés qui l’ont salie dans les routoirs, et est très difficile à blanchir.

Ces inconvéniens font qu’on donne la préférence à la broye ordinaire pour le travail des chanvres:; mais auparavant de faire usage de cet isstrument il convient de sécher les tiges au hâloir comme celles du lin. ,

Nous conseillons, si on veut chtenir une belle filasse, de soumettre préalablement, ces tiges à un bon macquage par un des moyens que nous avons indiqués ci-dessus.

La broye qu’on emploie pour le chanvre est la même que pour le lin et se manœuvre de la même manière; seulement, les tiges de chanvre étant beaucoup plus grosses et plus dures, on se sert de broyes dont les languettes sont moins hautes que pour le lin et entrent plus librement dans les rainures, pou ne pas éprouver trop de résistance; où bien on commence le travail avec une broye à une seule languette et rainure très libre et très facile, et

cap. 16€.

on l'achève avec une autre à doubles rainures et languettes à frottement un peu plus juste.

Les chanvres, surtout les fon forts et les plus nerveux, sont en grande parlie vendus teis qu'ils sortent de la broye et livrés aux cordiers ou aux ateliers de la marine, où on leur donne les autres préparations pour en fabriquer des câbles, cordes et cordages. A l'état brut, le chanvre de bonne qualité doit avoir le brin d’une longueur de 1 m. à 1 m.50, être gras, brillant, exempt de chenevotte et très résistant. Les poignées doivent être composées de brins égaux entre eux et les têtes non fourrées d'éloupes; tels sont généralement les chanvres de l’Anjou, de la Tourraine, de la Champagne, etc.

Après le broyage le chanvre qu'on destine à la fabrication des fils et des toiles reçoit différens appréts. Dans quelques lieux on en forme de petits paquets qu’on place dans un vaisseau rempli d’eau, et qu'on laisse macérer pendant quelque temps, avec l'attention de ne pas trop prolonger cetle macération, qui pourrirait le chanvre. Généralement, le chanvre mis en paquets tressés est pilé sur des billots avec de gros maillets, pour le diviser, ladoucir et en séparer les fragmens de chenevotte. Ce travail s'exécute aussi quelquefois dans des moulins à pilons ou sous une meule, comme dans ies moulins à huile. Dans tous les cas il faut veiller à ce que les fils ne se brouillent pas, si on ne veut pas éprouver de grandss pertes au peignage.

Dans les corderies le chanvre est espadé de la même manière que le lin et avec des instrumens à peu de chose près identiques, puis soumis au peignage. Ce peignage se fait au moyen de sérans de plusieurs grandeurs; les plus grands sont à dents carrées de 13 po. de longueur, ceux de la seconde grandeur n’en ont que de 7 à 8 po., ceux de 3: de 4 à 5, et les derniers les ont encore plus courtes, plus menues et plus serrées. C’est à ce peignage que se borne la préparation du chanvre pour l'usage ordinaire. Pour les chanvres destinés à faire de belles toiles, les peignes sont beaucoup plus fins, etsouvent, entre deux peignages cousécutifs, le chanvre est maiilé une 2° fois, pour favoriser la séparation des fils et le dégommage.

Les qualités des chanvres peignés peuvent varier à l'infini, par suite des causes qui influent sur celles du chanvre à l’état brut et que nous avons fait connaître plus hant, ainsi que suivant le degré d’affinage auquel ilsontété amenés par l’ouvrier et l'habileté de celui-ci. Ces qualites reçoivent souvent différens noms dans le commerce, et ces noms paraissent varier avec les provinces. Quelquefois, avant d'être livré aux fileurs, le chanvre est passé pour l’assouplir encore à l’affinoir et au frottoir. L’affinoir est semblable à celui du lin et s’applique de même; quant au frottoir, c’est une planche percée au milieu, dont la surface est travaillée en pointes de diamants; on fait entrer le chanvre dans le trou de planche sous laquelle la main gauche retient un bout de

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