C. Action de l’iode sur l’amidone
Lorsque l’on projette de la fécule dans une solution aqueuse diode, ce dernier corps est peu à peu absorbé et pénètre toute la substance, qu'il colore en unenuance bleuetellement foncée qu’elle semble noire.
On peut varier ce phénomène sous diverses formes très curieuses.
Que l’on porte à 1000 un mélange d’une partie de fécule dans 300 ou 400 parties d’eau et qu'on Jette le tout sur un filtre en papier ; J'amidone sera tellement détendue qu’elle paraîtra dissoute; du moins le liquide sera dia-
hane et ne laissera rien déposer si l’on n’a-
aisse pas sa température au-dessous de zéro.
Le dépôt resté sur le filtre sera plus ou moins abondant, suivant que la fécule employée aura plus ou moins de cohésion. Dans le liquide clair, filtré, si l’on ajoute quelques gouttes de solution alcoolique d’iode, le mélange deviendra bleu très foncé et ne sera translucide que sous une épaisseur peu considérable.
Un simple abaissement jusqu’à 0e ou audessous, avec où sans congélation, suffira pour éliminer complètement l’amidone bleuie;
ARTS AGRICOLES : FABRICATION DE LA FECULE
on la verra se précipiter sous la forme d’un beau réseau bleu, se contractant au milieu du liquide incolore ou légèrement jaunâtre, si si l’on avait mis un assez grand excès d’iode.
Pour obtenir le même phénomène, sans refroidir à 0leliquide bleui par l’iode, ilsuffira d'y ajouter une très faible proportion d’une solution acide ou d’un sel neutre quelconque.
Ainsi l’amidone bleuie se sépare d’un liquide qui ne contient qu'un dix-millième de son poids de chlorure de calcium (muriate de chaux. )
Au lieu de précipiter le liquide bleu par le refroidissement ou par les sels ou les acides, on pourra faire dissoudre et disparaître graduellement la coloration bleue en chauffant la solution.
Depuis la température de 65° on verra très sensiblement diminuer la nuance bleue, et elle disparaîtra entre ce degré et celui de l’ébullition, et plus ou moins vite suivant que la proportion d’amidone bleuie sera plus ou moins faible.
Le réseau bleui n'aura, dans cette expérience, éprouvé d'autre changement qu’un grand écartement entre ses particules; en effet, au fur et à mesure que le refroidissement les laisse reprendre leurs positions primitives, la nuance bleue revient graduellement aussi.
Pour rendre le phénomène plus curieux on peut le produire dans un iube, et, après avoir chauffé celui-ci de façon à opérer la décoloration on le plongera en partie dans l’eau froide.
La portion inférieure immergée, se refroidissant plus vite que celle qui est au-dessus de l’eau, deviendra bleue la première: mais comme le liquide bleui est alors moins chaud, par conséquent plus lourd que les couches supérieures, il n’y aura pas de mélange, et une ligne de démarcation bien nette, au niveau de l’eau extérieure, séparera la partie incolore de la portion bleuie. La figure 355 indique ces phénomènes :
A, tube contenant le liquide diaphane inco-
Fig. 355.
lore d'amidone filtrée ; B, même tube dont le liquide est entièrement bleui par un léger excès d'iode; C, le même, décoloré par la chaleur; D, le même, dont la portion plongée dans l’eau froide, est redevenue bleue avant la partie supérieure demeurée incolore.
On conçoit que cette portion devient ellemême bleue au fur et à mesure que son refroidissement a lieu, quoique plus lentement, dans l’air, et que tout le liquide est alors de nouveau coloré en bleu comme le montre le tube E.
Ces phénomènes se peuvent reproduire plusieurs fois, à la condition d'ajouter un peu d'iode pour compenser sa déperdition, qui résulte de l’évaporation ou de la formation d’un peu d’acide hydriodique.
D. Action de l'alcool, du tannin et dusous-acétate de plomb.
Les 2 premiers réactifs, en petite proportion,
cHAP. 17°,
rendent laiteuse la dissolution precitée d’amidone et l’on peut alternativement lui faire reprendre sa diaphanéité en dissolvant le précipité nuageux par l’élévation de la température ou le laissant se former de nouveau par le refroidissement ; il suffit à cet effet de plonger alternativement dans de l’eau chaude et dans de l’eau froide des tubes renfermant les liquides laiteux précités.
Le sous-acétate de plomb précipite la solution d’amidone, et le précipité est insoluble dans un excès d’eau.
E. Action des solutions alcalines sur la fécule.
L’extensibilité prodigieuse de l’amidone à l’état naturel, telle que la présentent les fécules et l’amidon, est également démontrée par les curieux phénomènes suivans.
On met en contact sous le microscope une outtelette d’un liquide contenant, pour 100 ‘eau, 2 de lessive caustique (1), avec quelques
grains de fécule, et l’on voit ces derniers AA (fig. 356) se gonfler d'abord en se déplissant
EXTRACTION DE LA FECULE DES POMMES DE TERRE
comme l’indiquent les figures BB, puis rapidement s'étendre en tous sens, et, s’affaissant ensuite, présenter de longs replis, comme l’indiquentles figures C, C; l'augmentation en superficie paraît être alors comme 1 est à 24 ou 30, et en volume de 70 à 80 fois le volume primitif.
On peut vérifier de deux manières cette augmentation de volume; en effet, si l’on délaie 10 grammes de fécule dans 500 grammes d'eau alcalisée comme ci-dessus, la fécule gonflée occupera tout le volume du liquide.
Si l’on ajoute alors 100 grammes d’eau pure et que l’on agite, la fécule gonflée se déposera librement, et au bout de 12 heures elle occupera environ 75 fois son premier volume, qui était de 15 centimètres cubes pour les 10 grammes, compris l’eau interposée.
Les mêmes phénomènes, qui ont eu lieu avec toutes les fécules des différentes plantes, exigent d’ailleurs pour se manifester des solutions alcalines d'autant moins fortes qu'il y a moins de cohésion dans l’amidone ; ainsi la fécule de très jeunes tubercules de pommes de terre (gros seulement encore comme des
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petits pois), sous l'influence d’une solution moitié moins forte, produit des effets analogues ; elle se gonfle plus régulièrement parce qu'elle n’a pa$ encotre recu de l’âge les différences de cohésion que présentent les grains des fécules plus mûres.
L'espèce d’empois que l’on peut former à froid, comme nous venons de le voir avec de faibles solutions alcalines, trouvera sans doute quelque application dans les arts industriels.
Il nous resterait à exposer la réaction de la diastase sur la fécule ; mais comme elle forme la base d’une industrie spéciale, nous la décrirons après avoir indiqué les procédés d’extraction de la fécule, tels qu’on les pratique aujourd’hui et quelques-unes de ses plus simples préparations.
SECTION II.— Extraction de la fécule des pommes de terre.
$ Ier, — Extraction de la fécule dans les ménages.
Nous exposerons d’abord les détails de cette opération, telle qu'on peut la faire, sur de très petites quantités ; elle est fort simple dans ce cas et n’exige aucun ustensile difficile à se procurer. Voici comment on s’y prend: on réduit la pomme de terre en pulpe, en la frottant contre les aspérités d’une lame de tôle ou de fer-blanc percée de trous; une rdpe
très commodes pour cela; on délaie la pulpe dans une ou deux fois son volume d’eau ; on verse le tout sur un tamis placé au-dessus d’une terrine; on fait couler un filet d’eau sur la pulpe en l’agitant continuellement à la main afin de lavér toutes les parties déchirées; le liquide passe au travers du tamis, entrainant une grande quantité de fécule, et laissaut dessus les parties les plus grossières de la pulpe; on continue ces lavages et le départ précité, jusqu’à ce que l’eau s'écoule limpide, ce qui annonce qu’elle n’entraine plus de fécule. Tout le liquide, passé au travers du tamis est rassemblé dans un vase conique, où bientôt la fécule se dépose. Lorsque l’eau surnageante n'est plus que légèrement trouble, c’est-à-dire au bout de 2 1/2 à 3 heures, on la décante; le dépôt blanc opaque de fécule, qui se trouve auü fond du vase, est délayé dans l’eau; puis on le laisse de nouveau se précipiter au fond du vase; on répète ce lavage deux ou trois fois.
Une petite quantité du tissu cellullaire échappe au tamisage et salit encore cette fécule; on l’en débarrasse en la mettant de nou veau en suspension dans l’eau et passant le tout par un tamis très fin en soie ou en toile métallique; on laisse encore déposer la faible
uantité de corps légers et on achève de les éliminer en raclant la superficie ou bien y versant de petites lotions d’eau; les eaux de
à sucre où une rdge à chapeler le pain sont | lavages, qui entrainent une certaine quantité
(4) On nomme ainsi une solution commerciale de soude caustique marquant 36° à l’aréomêtre de Baumé,
de fécule, sont réunies à une nouvelle quantilé de fécule brute, ou passees sur un tamis fin, puis déposées et décantées. ne
Les dépôts de fécule, ainsi recueillis, peuvent étre égouttés facilement en penchant lentement les vases qui les contiennent. On termine l'égouttage dans une toile, puis on les étend sur des vases aplatis où des tablettes, et on laisse la dessiccation s’opérer dans une chambre échauffée, dans une étuve, où même à l'air libre lorsque le temps est sec.
$ IL. — Extraction de la fécule en grand.
La préparation de la fécule en grand est basée sur des manipulations analogues à celles que nous venons d'indiquer; mais pour obtenir des résultats avantageux, sous ie rapport de la main-d'œuvre, il faut y apporter quelques modifications et surtout employer des ustensiles appropriés les plus expéditifs possibles.
Nous diviserons encore en deux classes cette opération, suivant 1° qu’elle s’applique à de petites fabrications à la portée de toutes les exploitations rurales, et 2° qu’elle est reiative à une grande manufacture ayant à se procurer les matières premières en très srandes masses et devant pourvoir aux moyens de transformer les produits afin de s'assurer «es débouchés suffisans.
À. Extraction dans une petile fabrication.
{1° Lavage des tubercules. Cette 1r° opération se fait en versant dans un baquet un volume d'eau à peu près égal à celui des pommes de terre; un homme armé d’un balai de boulezu aux 2/3 usé les agite vivement et avec force afin que le frottement détache dans le liquide les parties terreuses adhérentes et même une partie du tissu superficiel grisàtre, plus ou moins altéré, en sorte que les tubercules deviennent blanchâtres. Cela fait, on jette les pommes de terre sur un clayonnage, afin qu’elles s’y égouttent, et pour peu que l’eau coûte de main-d'œuvre à se procurer, on la recueille dans un grand baquet ou cuvier d’où les matières terreuses étant déposées on peut reprendre le liquide clair pour un autre lavage.
20 Réduction en pulpe. Le but de cette opération est de déchirer le plus grand nombre possible des cellules végétales qui renferment tous les grains de fécule ; les meilleures râpes, appliquées à cet usage, sont donc celles qui donnent la pulpe la plus fine, et dans un travail
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économique un râpage mécanique est indispensable.
Parmi les ustensiles de ce genre, mus à bras d'hommes, la râpe de Burerre, perfectionnée et construite avec beaucoup de soins actuellement par MM. RozeT et RAFFIN, nous semble présenter le plus d'avantages; elle a d’ailleurs été récemment approuvée par la société d'agriculture. Construite sur le plus petit modèle, elle coûte 70 fr. et peut être mue par un seul homme; le modèle d’une dimension
plus forte coûte 150 fr. et exige la force de deux hommes.
La fig. 357 représente cette râpe à bras ; on voit que toutes les parties du mécanisme sont | disposées sur lassise supérieure d'un bâtis so- :
LIV,. 1Vs
lide en chêne À, B, C, D. Un cylindre E, de 2 pi. de diamètre et 8 po. de hauteur, traverse par un axe qui repose sur les deux longues membrures du bâtis, est garni sur toute sa circonférence de lames de scie de 7 po. de long, au nombre de 128; elles sont dentées très régulièrement à la mécanique (fig. 358),
Fig. 358.
Fig. 357.
posées parallèlement à l’axe et séparées par des tasseaux en fer. Les lames et les tasseaux sont fixés sur le cylindre, à l’aide de deux cercles en fer formant rainure autour du bâtis en fonte; on introduit alternativement dans cetie rainure une lame deniée, puis un iasseau, et lorsque l’on a ainsi garni le quart de la circonférence du cylindre, on assujétit fortement le tout à l’aide d’un dernier tasseau formant coin, que l’on introduit et qu'on chasse à petits coups de marteau, par une ouverture latérale du bâtis en fonte.
On conçoit que pour enlever et changer tout ou partie de la garniture d’un quart du cylindre, il suffit de repousser le même tasseau en coin en le frappant par le bout opposé. L’axe du cylindre porte, à l’un de ses bouts, un pignon P de 16 dents, quiengrènent dans celles d’une roue divisée en 120 dents; une manivelle adaptée à l’une des extrémités de l'axe de cette roue, et de l’autre côté à la même distance de l’axe, mais sur une des branches de la roue, permet à deux hommes de mettre le cylindre en mouvement. (Dans les grandes féculeries, on fait mouvoir des râpes semblables, mais de plus fortes dimensions, à l’aide d’un manége tiré par des chevaux, Où au moyen d’une machine à vapeur.) Une auge ou un baquet en bois F, est place sous le cylindre et reçoit la pulpe produite par la râpe. Sur la face antérieure du bâtis, et près de la circonférence du cylindre, est ajusté un volet H en bois, mobile, et découpé dans le bas, de manière à représenter en creux la forme du cylindre, et à toucher presque celui-ci par sa partie inférieure; il fait corps avec deux tourillons qui dépassent de chaque côté les planches de la cage supérieure; une entaille à jour de celles-ci permet au volet de se mouvoir sur son axe, Mais limite ce mouvement ; deux ressorts de rappelS, tirant aux deux bouts les tourillons, font presser le volet contre les pommes de terre et les appuient sur le cylindre dont larmure dentée les réduit en pulpe. ;
Toutes les parties de cette machine, qui