‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre BixioChapitre 216 sur 295 · DISTILLATION DES HUILES ESSENTIELLES · texte numérisé non relu

DISTILLATION DES HUILES ESSENTIELLES

une opération qui se rattache à l'économie agricole, nous allons donner quelques notions

| à cet égard.

Section II. — De la distillation des huiles essentielles.

Il y a 2 modes principaux pour extraire les huiles volatiles, Fexpression et la distillation.

On n'’extrait guère par expression que Îles huiles de citron, cédrat, limette, bigarade, bergamotte et orange. A cet effet, on râpe l'écorce ou enveloppe de ces fruits, on en reçoit dans un vase la pulpe qu’on soumet ensuite à la pression entre 2 glaces. L'huile qui découle est aussitôt renfermée dans un flacon.

C’est par distillation que s’extraient le plus ordinairement les huiles volatiles. A cet effet. on introduit la plante coupée ou brisée, si cela est nécessaire, dans un appareil distillaloire, on verse de l’eau et on procède à la distillation. L'eau réduite en vapeur entraine l'huile et vient se condenser avec elle dans un récipient où s'opère la séparation de ces 2 liquides.

Dans le midi de la France, où l’on prépare en grand la majeure partie des huiles du commerce, les fabricans, au mois de juillet, font transporter leur alambic dans les lieux qui présentent une ample récolte de plantes aromatiques et l’établissent en plein air, autant que possible auprès d’une source ou d’un ruisseau. Àu moyen de quelques pierres ils construisent un fourneau et font publier qu’on demande telle ou telle plante. Les habitans des environs arrivent et, après les conventions, courent récolter les végétaux demandés qu'ils rapportent en quantité. Les fabricans transportent ailleurs leur petit atelier dès qu’ils ont tout épuisé autour d’eux.

L'appareil distillatoire pour les huiles volatiles est le même que celui employé pour la distillation des vins (p.230,/ig. 237), seulement il est proportionnellement plus élevé, et sa

- chaudière doit présenter une bien moins gran-

de surface au contact du feu. On se sert quel

uefois d’un chapiteau et d’un serpentin en étain fin, pour ne pas donner aux produits une odeur désagréable de cuivre.

Pour procéder à la distillation, on introduit les plantes ou parties de plantes dans la chaudière ou cucurbite ; on verse ensuile la quantité d’eau nécessaire, on place le chapiteau, auquel on adapte le serpentin, à celui-ci le récipient; puis on lutte les jointures et on allume le feu. L'eau réduite en vapeur s'élève en entrainant l'huile volatile contenue dans la plante, puis vient se condenser dans le serpentin, d’où elle coule, à l’état limpide, dans le récipient. Bientôt cette eau se trouble et devient lactescente par la séparation des molécules huileuses qui, à raison de leur plus grande légèreté, montent à la surface du liquide où elles forment une couche qui augmente de plus en plus et qu'il ne s’agit plus que de séparer pour avoir lhuile à l’état de pureté.

La quantité d'eau qu'il faut ajouter à la plante varie avec chaque espèce et suivant la quantité d'huile que cette plante est susceptible de produire. Si on met trop d’eau, les huiles vo-

iatiles étant, jusqu'à un certain point, solubles dans ce liquide, on éprouve une perte senslble et souvent même on n’obtient pas d'huile, mais seulement des eaux distillées ou saturées d'huiles volatiles. Au contraire, si on emploie trop peu d’eau, la plante s'attache au fond du vase, surtout vers la fin de l’opération, brüle et donne un produit empyreumatique qui altère considérablement la qualité de lhuile obtenue. L'expérience seule peut donc apprendre la quantité d’eau qu’il faut ajouter à la plante; mais en général il vaut mieux ne pas ménager l’eau, c’estle moyen d'obtenir des produits plus purs et plus suaves.

L'eau du récipient, dont l'huile s’est séparée, peut être employée à de nouvelles distillalions, parce qu’étant saturée d'huile elle occasionne alors moins de perte.

Quand on veut obtenir des huiles d’une excellente qualité, il faut fractionner les produits, c’est-à-dire mettre à part ceux qu'on obtient à diverses époques de la distillation. Les produits recueillis les premiers sont toujours les plus fortement chargés et ceux dont l'odeur est la plus agréable.

Quelques huiles moins volatiles que les autres passant plus difficilement à la distillation, on ajoute à l’eau du sel marin. Cette dissolution saturée ne bouillant qu'à 109 ou 110° C., on obtient ainsi une élévation de tempéralure qui favorise la distillation de ces huiles.

L'eau du réfrigérant sépare généralement plus d'huile quand on la maintient à une basse température; mais il ne faut pas oublier que certaines huiles, ainsi que nous l’avons dit, sont déjà concrètes au-dessus de 0°, et que dans ce cas il ne faut pas refroidir au-dessous de 6 ou 7°C., sion ne veut pas que l'huile se solidifie dans le serpentin.

Le feu doit être conduit avec modération et régularité, en évitant les soubresauts et surtout les coups de feu violens, qui brûlent les plantes et les décomposent. On cesse de distiller dès que les produits sont devenus insipides et inodores.

On recoit ordinairement les produits de la distillation dans un récipient florentin, sorte de flacon conique A (fig. 402), portant près de son fond un tube B, recourbé Fig. 402. en $S. Pendant-la distillation le mélange d'huile et d’eau coule dans ce récipient, où se fait bientôt la séparation de ces liquides ; huile surnage et, lorsque la hauteur du mélange condensé s'élève Jjusqu'a l'ouverture supérieure du tube B, l’eau s’écouie par ce dernier, de manière que le niveau reste toujours Île méme. La couche d'huile augmentant peu à peu, il ne s’agit plus que de la séparer de l’eau qu’elle surnage.

La distillation terminée, on verse ce mélange d'huile et d’eau dans un entonnoir à bec très fin qu’on bouche avec le doigt. Quand les 2 liquides forment, après quelques momens de repos, 2 couches bien distinctes, on ôte le doigt, on laisse écouler l’eau et on rebouche le bec aussitôt que l'huile est sur le point de couler, On transporte alors l’entonnoir sur un

flacon où on laisse écouler l'huile et qu’on bouche hermétiquement.

Le récipient florentin ne sert que pour les huiles plus légères que l'eau; celles qui sont plus pesantes sont recueillies dans des vases cylindriques qu'on remplace par d’autres quand ils sont pleins; on les sépare aussi du liquide qui les surnage avec l’entonnoir, excepté que ce sont elles qui coulent les 1'° et qu'on arrête l’écoulement quand l’eau arrive à l'extrémité du bec.

Par le repos il se sépare encore un peu d'huile de l’eau qui a servi de véhicule lors de la distillation. On hâte, dit-on, cette séparation en saturant cette eau avec du sel commun.

On conserve les huiles volatiles en les renfermant dans des flacons de verre parfaitement pleins, très bien bouchés et recouverts de papier noir. Ces flacons sont placés dans un lieu obscur et frais, mais non humide. Les huiles obtenues par expression sont celles qui se conservent le moins bien; quand elles déposent il faut les filtrer au papier et les renfermer dans de nouveaux flacons,commenous venons de le dire.

Secriox ÏIT. — De la fabrication des eaux distillées.

Les eaux distillées ou aromatiques répandues dans le commerce sont des préparations composées d’eau et d’une huile volatile en dissolution. Ces eaux, employées dans la parfumerie, la pharmacie, l’économie domestique, etc. se préparent par des moyens absolument analogues à ceux mis en usage pour recueillir les huiles volatiles, excepté qu’à la distillation on emploie une plus grande quantité d’eau et que le feu peut être poussé un peu plus vivement pour faire mouter, dans un temps donné, une plus grande quantité de vapeurs aqueuses.

L'huile volatile ne se sépare plus alors, elle reste en solution dans le liquide et lui communique une partie de ses propriétés.

C’est de cette manière, et en prenant 1 partie en poids des plantes ou portions des plantes, 4 d’eau, etdistillant ou recueillant2 parties seulement, qu’on obtient les eaux distillées d’anis, de menthe poivrée, de coriandre, de fenouil, d’absinthe, de thym, etc. Les eaux distillées de roses, de tilleul, ete., exigent 1 partie de plantes et 2 d’eau pour ne recueillir que 1 partie; celle de fleurs d'oranger double, 1 de fleur, 3 d’eau, et, distillant 2 parties; en ne retirant que la moitié du produit, on obtient l’eau de fleur d'orange appelée quadruple.

La fabrication des eaux distillées et des huiles essentielles à feu nu et dans un alambic ordinaire donne des produits suaves et agréables, quand on sait diriger convenablement le feu; mais il arrive souvent que les plantes, ramollies par la coction, s’attachent au fond de la chaudière, y brûlent ou y éprouvent un commencement de décomposition qui com- D DE aux produits une odeur et une saveur désagréables.

Le moyen le plus simple d'éviter cet accident est de garnir le fond de la chaudière avec une couche de paille longue ou une claie d’osier qui empèche le contact immédiat des plantes contre le fond. Henry a proposé l'emploi d’un seau percé de trous, ou mieux en toile métallique, qui reçoit les plantes et

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les tient plongées dans le liquide à une certaine distance des parois et du fond. Plus tardce chimiste s’est aperçu que les eaux distillées ainsi obtenues conservaient encore, à un certain degré, l'odeur empyreumatique, et, au lieu de plonger le seau dans le liquide, il l’a suspendu au-dessus, de manière que les vapeurs qui s’élevaient de la cucurbite traversaient les plantes et passaient à la distillation en entrainant tous les principes volatils.

Le seul remède tout-à-fait efficace consiste à soumettre les plantes à un courant de vapeurs sans qu'aucun des principes organiques soit soumis à l’action directe du feu. M. Du- PORTAL a décrit un appareil de ce genre qui consiste en une chaudière qui fouruit la vapeur d’eau, un vase intermédiaire qui contient les plantes et un serpentin qui recueille et conduit les vapeurs. On doit à M. Souser- RAN un appareil plus simple et que nous allons décrire.

A (fig. 403 )est un vase à bain-marie en étain ou en cuivre qui s'adapte sur la cucurbite. Ce vase porte, à la partie qui s’élève au-dessus de cette cucurbite, un tuyau en cuivre B, C, D, dont le coude extérieur B entre à frottement dans la douille de la cucurbite. La partie intérieure du tube se recourbe 3 fois à angle droit et vient se relever au milieu du fond en D. Ce tuyau amène la vapeur qui se produit

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