‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre BixioChapitre 215 sur 295 · DE L’EXTRACTION DE L’'HUILE DES OLIVES · texte numérisé non relu

DE L’EXTRACTION DE L’'HUILE DES OLIVES

Ce filtre est formé d’une caisse garnie de métal; l’étoffe et les matières filtrantes s’interposent entre? treillis àcarreaux en bois soutenus par 2 cadres en bois AA. Tout cet appareil porte sur une saillieC, pratiquée dans la caisse, et est pressé à l’aide de 4 vis D mobiles dans 4 écrous fixés sur les bords de la caisse. A l’aide de ces dispositions, les matières que l’on place entre les treillis sont comprimées par l'effort des vis, et celles-ci fixent en outre cet appareil dans la caisse, de manière à l’'empécher de sortir si une force tendait à produire cet effet. Ce filtre ainsi organisé, on amène l'huile à filtrer à travers le tube à robinet E. Elle passe dans le milieu F où elle exerce une pression qui varie avec la hauteur du liquide dans le tube E.Cette pression détermine le passage du liquide à travers le filtre; il passe ainsi dans la cavité supérieure, d’où il sort par un robinet H placé au-dessus du treillis. On sait que la vitesse d'écoulement des fluides varie comme la racine carrée de la colonne liquide superposée à l’orifice d'écoulement, et ce filtre a pour objet de rendre la filtration rapide avec la petite quantité de liquide contenue dans le tube E qui répartit le liquide dans la caisse inférieure uniformément et dans tous les sens.

Dans le cas où l'huile contiendrait des matières susceptibles d’obstruer promptement l’étoffe, le liquide ayant une marche ascendante, les matières arrêtées par l’étoffe peuvent retomber au fond du vase par leur propre poids.

Les huiles ainsi préparées portent dans le commerce le nom d'huiles blanches.

Si les huiles sont extrêmement épaisses et chargées, on peut augmenter la quantité d’acide et la porter à 3 p. 0/0; on peut même recommencer cette opération une 2° fois, si la 1re opération n’a pas donné de résultats satisfaisans.

Les huiles traitées ainsi perdent depuis 2 jusqu’à 5 p.0/0 de leur poids. On a aussi proposé, au lieu d’une addition d’eau, de faire arriver de la vapeur d’eau dans l’huile jusqu’à ce que le tout ait atteint la température de 100° et de laisser déposer le mélange comme à l'ordinaire. Ce moyen n’a pas eu grand succès.

Le procédé d'épuration par l'acide est long, et l'huile retient toujours , quand elle n’a pas été abandonnée au repos pendant un temps suffisant, une quantité notable d’eau qu’on ne peut chasser que par une forte chaleur à feu nu ou une longue évaporation au bain-marie ; on a proposé récemment de le modifier de la manière suivante : On mêle avec l’acide sulfurique à la manière ordinaire, on brasse et on

attend que le dépôt des fèces on flocons noirs :

commence à s’opérer. Alors on ajoute à l’huile, et par petites portions, une bouillie épaisse d’eau et de craie et on agite fortement la masse. Lorsqu'on a ajouté ainsi environ 1/3 en plus de la craie nécessaire pour saturer l'acide sulfurique et former du sulfate de chaux, et lorsqe le papier de tournesol, plongé et agité dans le liquide, ne change plus de couleur, on verse l’huile dans les cuves à dépôt, dans lesquelles les flocons noirs, le sulfate de chaux formé et la craie surabondante ne tardent pas à se précipiter. Après quelques heures l'huile peut être décantée dans les cuves à filtration garnies de mèches de coton. Ce mode de dé-

puration épargue lout le temps du lavage à l’eau, qui est au moins de 12 jours, et on n’éprouve que très peu de déchet; parce que la craie, préalablement saturée d’eau, ne s’imbibe pas sensiblement d'huile. M. Pour£r dit avoir employé avec beaucoup de succès, au lieu de craie, du marbre blanc réduit en poudre fine.

Au lieu d'achever l’épuration de l’huile lavée à travers le coton ou le filtre, opération toujours longue et embarrassante, on se sert dans le Nord et à Paris d’un procédé qui donne de bons résultats. L'huile lavée ainsi que nous l'avons dit est déposée dans une futaille défoncée et posée sur son fonds; cette futaille peut contenir 7 hectolitres. On y verse6 hectolit. d'huile acidifiée, lavée et encore louche, et on la bat avec 50 kilog. de tourteaux de colza bien secs et bien pulvérisés. Ce battage dure une demi-heure, puis on laisse déposer 9 jours; après ce temps on peut décanter 4 tonnes ou hectolit. clairs et les remplacer par une pareille quantité d'huile louche; on bat de nouveau, et 3 jours après on soutire, et ainsi de suite jusqu’à ce que les 50 kilog. de tourteaux aient épuisé leur force clarifiante, ce qui arrive après un soutirage de 200 tonnes d'huile clarifiée.

Dans l’épuration des huiles de graines par l'acide sulfurique, les fèces épaisses et brunes surnagent l’eau acidulée et se trouvent ainsi placées entre les couches d'huile et d’eau, ce qui prouve déjà leur richesse en corps gras.

Dans le nord de la France, ces fèces sont vendues aux savonniers pour la fabrication des savons mous. Ces matières ne sont que faiblement acides et ne contiennent que peu d’acide sulfurique libre. Après un repos très prolongé elles ne rendent qu’une faible proportion d'huile; chauffées, elles n’en rendent pas davantage. Si l’on traite ces matières par la vapeur d’eau, ou, ce qui est à peu près la même chose, si on les fait bouillir dans une chaudière avec de l’eau, qu’on laisse reposer pour séparer par décantation l’eau excédante, on obtient un magma qui, jeté chaud sur un filtre, rend spontanément un fort tiers de son volume d’une huile brune qui brûle à peu près comme l'huile non épurée et qui subit bien l’épuration. Le résidu resté sur ce filtre est estimé pouvoir rendre,

ar une pression énergique comme celle de a presse à coins ou de la presse hydraulique, une quantité d'huile qui, jointe à celle qu’on a retirée par filtration, donne au moins 80 p. 0/0 du poids de la fèce. La matière qui reste après la pression a la consistance, l’aspect et la saveur du tourteau, et il est vraisemblable qu’elle est de même nature. L’acide sulfurique employé dans l'opération entrai-

nerait donc surtout le parenchyme de la graine qui se trouve en suspension dans l'huile ct qu’on ne peut en séparer par un simple repos. Il parait que, dans ce mode d’épuisement des fèces d'épuration, l’eau, en se combinant avec les matériaux du tourteau, sépare l'huile qu’ils retenaient. Un simple égouttage sur un filtre séparela majeure partie de l’huile, et la matière qui reste sur le filtre acquiert alors une consistance qui permet de la soumettre facilement à l’action de la presse.

Une fois épurées, les huiles de graines peuvent être livrées à la consommation; mais lorsqu'on ne peut les débiter sur-le-champ, il est avantageux, pour éviter les pertes et leur altération, de les conserver, ainsi qu’on le fait maintenant dans le département du Nord, dans de vastes citernes en briques et mortier de chaux hydraulique, construites à l'instar des fosses destinées, sous le nom de piles, à la conservation des huiles d’olive dans les provinces méridionales.

Les huiles de graines se débitent généralement dans de petits tonneaux d’une contenance de 90 à 91 litres, plâtrés sur les 2 fonds pour éviter les fuites. M. MERTIAN a proposé des tonnes métalliques qui paraissent avantageuses pour la conservation, mais qui sont sujettes à plusieurs inconvenients dans le transport et d’un prix élevé.

Secrion IV.— De la quantité d'huile fournie par d’autres graines ou fruils.

Avant de terminer ce chapitre nous donnerons ici un tableau de la quantité d'huile que peuvent fournir beaucoup de graines ou de fruits quand elles sont de bonne qualité, dépouillés soigneusement de leurs siliques, enveloppes, bois, tiges, et de toutes les partes qui ne renferment pas d'huile, et que celle-ci est obtenue par les meilleurs moyens d'extraction.

Quantité

Quantité Q d'huile.

d'huile. | 200 parties en poids de

:250 parties en poids de DS Noix

Ricin commun 62 INoisetle 60 Cresson alénois Amande douce Amonde amère | 28 à 46 |OEillette ou pavot Radis oléifère bo {Sésame jugoline 50 (Tilleul d'Europe 48 |Arachide 435 Choux

|Moutarde blanche Chou-navet et navet de

Euphorbe épurge 30 Moutarde sauvage 50 Cameline 28 Gaude 29 à 56 Courge 25 Citronnier 25 Onoporde acanthe 25 Graine d'épicéa 14 Chenevis Lin 11 à 22 Moutarde noire 15 Faîne 15 à 17 Soleil 15 Pomme épineuse 15

Suède 53,5 Pepins de raisin 1,4 à 12 Pruvier domestique 59rS Marrons d'Inde 1,2 à58 Colza 56 à 40 Julienne 18 Navette 30 à 56

CHAPITRE XIX. — DE LA FABRICATION DES HUILES VOLATILES ET DES EAUX DISTILLÉES.

Secrion Ie. — Des huiles volatiles et des corps qui les produisent.

Les huiles volatiles ou essentielles sont des corps généralement fluides, d’une odeur forte, vive et pénétrante; la plupart du temps agréables, d’une saveur piquante, âcre, brûlante et quelquefois caustique. Elles se vaporisent à

l'air, à la température ordinaire, plus promptement par le moyen de la chaleur, ne bouillent presque toutes qu’au-dessus de 100°, s’enflamment à l'approche d’un corps en ignition, et brülent avec une flamme claire en répandant beaucoup de fumée. Distillées seules, beaucoup d’entre elles se décomposent; mais avec une addition d’eau elles passent à la dis-

cHAP. 19°,

tillation sans changer de nature. Elles sont légèrement solubles dans Fean et très solubles dans l'alcool.

Quelques huiles volatiles sont solides; telles sont celles de roses, d’anis, de persil, etc., qui sont déjà concrètes au-dessus de zéro. Presque toutes peuvent être amenées à cet état var un abaissement de température.

La pesanteur des'huiles est très variable. La majeure partie est plus légère que l’eau ; quelques-unes seulement, comme celles de sassafras, de laurier-cerise, de séséli, de girofle, etc., sont plus pesantes que ce liquide.

Presque toutes ces huiles sont colorées au moment où on vient de les extraire, mais beaucoup sont décolorées par le contact de la lumière solaire. Celui de Pair leur fait aussi subir diverses altérations qui les colorent.

Les huiles volatiles s’extraient des végétaux, mais toutes n’appartiennent pas aux mêmes produits de la végétation. Elles sont quelquefois distribuées dans toute la plante, comme dans l’angélique, souvent dans les feuilles et les tiges, comme la mélisse, la menthe et l’absinthe; l’aunée, l'iris de Florence contiennent leur huile dans la racine; la lavande, le thym, le romarin, le serpolet, dans les feuilles et le bouton de la fleur; la rose dans le calice, la camomille, le citronnier, l’oranger dans la fleur, surtout dans les pétales et l'écorce du fruit des 2 derniers ; l’anis, le fenouil ont leur huile dans des vésicules rangées sur des lignes saillantes qu’on aperçoit sur l'écorce.

Les végétaux fournissent leur huile volatile en plus grande abondance et de meilleure qualité quand la partie, qui la contient est

arvenue à son entier développement. Ainsi es racines en fournissent davantage à la fin du printemps, les feuilles et la tige lorsque l2 fleur est sur le point de se développer, celle-ci quand elle est complètement épanouie et ne montre encore aucune trace de flétrissure, et les fruits au moment où ils atteignent leur maturité.

La plupart des plantes ou parties des plantes, et les fleurs surtout, ne donnent d'huile volatile qu’à l’état de fraîcheur ; d’autres peuvent se conserver des années entières sans

ue leur huilese volatilise ou soit détruite, et il en est même, tels que le millefeuille et le baume des jardins, qui ne fournissent d'huile que lorsqu'elles sont desséchées.

La quantité d'huile qu’on extrait des plantes varie beaucoup avec l'espèce; en outre, elle w’est pas la même dans tous les climats et change suivant la nature du terrain, l’exposition, l’élat de fraicheur, de dessiccation ou daltération des plantes au moment de la préparation, et les soins apportés dans la disüillation.

En général les végétaux qui croissent spontanément dans les terrains arides, montagneux et exposés au midi, fournissent une plus grande quantité d’huile volatile, surtout au moment de l'épanouissement des fleurs et quand on les distille aussitôt après leur récolte.

Les huiles essentielles sont d’un usage fort répandu dans la médecine, dans la parfumerie et la toilette, et dans les arts pour composer des vernis, par la propriété qu’elles ont de dissoudre les couleurs et de s’évaporer dès qu’on les a appliquées. Leur extraction étant

Page 1