‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre BixioChapitre 220 sur 295 · DE LA CARBONISATION DANS LES FORETS · texte numérisé non relu

DE LA CARBONISATION DANS LES FORETS

par le trou central du chapeau, dans l'espèce de cheminée ménagée au milieu de la masse; elle tombe au fond du fourneau et embrase le menu charbon et le bois sec qui s’y trouvent placés, et afin que la flamme se distribue vers les bords du fourneau on bouche hermétiquement l’orifice central du chapeau, dont on lute le bouchon avec de la terre à potier humectée. On laisse agir pendant quelque temps l’'embrasement ; mais aussitôt qu'on s'aperçoit que fa flamme bleue prend une couleur blanchätre et forme des nuages, on ferme légèrement les soupiraux du couvercle et on diminue les ouvertures des évens, afin de laisser très peu de passage à l’air; on dirige ensuite l'opération suivant la nature du développement des fumées et on bouche entièrement les soupiraux.

Si l'abondance des vapeurs était telle qu’elles ne pussent être convenablement attirées par la cheminée extérieure placée au bout du condensateur, il vaudrait mieux perdre un peu d'acide et laisser échapper quelques vapeurs par les soupiraux du chapeau, plutôtque de voir l’opération se ralentir et peut-être Île feu s’éteindre.

L'opération doit durer 60 à 80 heures pour obtenir du charbon de bonne qualité. Au moyen d'une sonde on peut reconnaitre letat de la carbonisation, soit en retirant des morceaux de bois carbonisé, soit en examinant si le tassement est égal dans toutes les parties du fourneau. S'il ne l’est pas, on ouvre l’évent du côté où ce tassement est le moins considérable, et le soupirail opposé, et bientôt l'équilibre se rétablit.

Lorsque l'opération est terminée, on trouve ue le bois s’est affaissé d'environ moilié e sa hauteur, s’il a été empilé horizontale-

ment. 6

Quand on est assuré que la carbouisation est complète, soit par le sondage, soit par la nature et la couleur du peu de fumée qui peut encore se manifester, on donne le coup de force, c’est-à-dire qu'à l'exception de l’orifice central du chapeau, on ouvre toutes les autres ouvertures et les évens ; alors il se produit un dégagement d'hydrogène qui n'avait pu être évacué en totalité. Si on n’effectuait pas ce dégagement, le charbon conserverait une teinte rougeàlre qui nuirait à la vente.

Lorsqu'on voit à travers les soupiraux la surface du tas devenir incandescente, on procède à la suffocation, en bouchant herméliquement et avec beaucoup de soin toutes les ouvertures ; on enlève la terre qui était sur le couvercle, et on le badigeonne au pinceau avec de la terre délayée dans l’eau. Pour clore les soupiraux du couvercle, on y introduit les bonchons de tôle; on les surmonte de manchons de tôle ou de terre cuite d'un plus grand diamètre et d’une plus grande hauteur que les collets, et on les remplit de terre qu’on enlève de dessus le chapeau.

La durée du refroidissement est d'environ 72 à 80 heures dans les fourneaux qui ne chôment jamais. ji ;

Dès que le fourneau est refroidi on le découvre el on s'aperçoit que le charbon, sauf le retrait, a conservé la forme du bois sans mélange de terre ni d'aucune impureté. Pour le retirer, un ouvrier descend, sans le moindre

danger pour lui, dans le fourneau, enlève à la main, et sans le briser, tout le charbon en morceau , et ramasse ensuite avec une pelle le peu de menu et de poussier qui pourraient rester au fond. S'il trouve quelques fumerons il les met à part; mais ii est rare qu’il y en ait.

Dans le cas ou le refroidissement n’aurait pas été complet, l’ouvrier se sert d’une main de fer ; s’il était resté du feu dans le fournean par suite de la clôture imparfaite des évens, il n’en faudrait pas moins le vider. Le charbon allumé ou mal éteint est porté sur une are voisine, où il est étendu avec des ràteaux, ce qui suffit pour qu’il s’éteigne de luimême.

Quand le fourneau est vidé on le recharge, et on s'occupe à en vider un autre. Cinq ouvriers suffisent pour le travail de huit fourneaux.

Le produit annuel de ces 8 fourneaux a été de 20 p. 0/0 dans l’établissement de M. DE La CHABEAUSSIÈRE, Où on a obtenu pour 2,000 stères bois de chène, pesant1, 250,000 kil.

16,000 hectol. charbon pesant 250,000 1,000 pièces d'acide acétique impur pesant 223,500

La dépense de construction de chaque fourneau est d'environ 450 fr., dont 400 fr. pour le chapeau ét le surpius pour le fourneau. En cas de déplacement, il n’y a de perte réelle à faire que celle des fourneaux, dont l’entretien est presque nul, les ouvriers pouvant les réparer eux-mêmes au fur et à mesure des dégrada-

tion la dépense de l'appareil de condensation, qui, une fois construit, est facile à transporter sans de grands frais.

Ce procédé offre sur les méthodes ordinaires les avantages suivans : le charbon est obtenu en plus grande quantité et de meilleure qualité; l'opération est plus facile à conduire et à surveiller; il y a économie de temps pour le chargement et le déchargement du fourneau ; le charbon est facile à recueillir; il n’est mélé ni de terre ni d'aucune impureté; les fumerons y sout très rares; les appareils sont simples, peu coûteux à établir, et exigent peu d'entretien; enfin, on peut à volonté perdre ou recueillir les produits volatils.

En traitant des produits résineux nous indiquerons la préparation du noir de fumée, qui n’est auire chose qu’un charbon très divisé, el nous décrirons un mode particulier de carbonisation des bois épuisés de térébenthine, à l’aide duquel on obtient des goudrons moins colorés et plus résistans que par les procédés habituels. F. M.

Secrion III. — Emploi du charbon.

Il serait trop long d’énumérer ici tous les usages du charbon de bis ; nous nous contenterons de rappeler qu'il est employé : 1° comme combustible, surioui dans les circonstances où l’on veut obtenir une température inlense sans un fort tirage el sans fumée dans de petits fourneaux d’une construction très simple; 2° pers garnir le pied des paratonperres, afin de distribuer dans le sol ou d'en soulirer le fluide électrique capable de neutraliser l'électricité contraire des uuages. Il |

ARTS AGRICOLES : FABRICATION DU CHARBON DE BOIS

tions. On ne fait pas entrer dans cette évalua-

faut, relativement à cette application, que le ;

charbon soit bien calciné, comme ia braise des fours àboulangeries, afin qu’il soit bon conducteur; 3° pour tapisser les parois intérieures des tonneaux destinés à la conservation de l’eau dans les voyages de long cours et la garantir ainsi de la fermentation putride. A cet effeton carbonise tout simplement les parois intérieures des barriques en y faisant brûler des copeaux à plusieurs reprises. Aujourd'huionpréfère généralement se servir de caisses en tôle, qu’on préserve de l’oxidation par un enduit de bitume et d'huile de lin, et dans lesquelles on dépose de la ferraille pour préserver l’eau de la putréfaction ; 4° pour la dépuration des eaux potables; 5° pour la désoxidation d’un grand nombre de substances ; 6° pour la préparation de la poudre à canon, des crayons, etc.

SECTION IV.— Des diverses variétés de charbon.

Nous terminerons cet article par une considération importante sur la valeur et les propriétés spéciales du charbon de bois, suivant deux circonstances données de sa préparation.

Dans les procédés suivis, soit pour carboniser en perdant tous les produits volatils, soit en recueillant les vapeurs condensables et brûlant à partles gaz, toutes les fois que l’opération faite sur de grandes masses est lente etrégulièrement graduée, toutes choses égales d’ailleurs, et, par exemple, pour des bois à'égale densité apparente, le charbon a pris plus de retrait, par conséquent il est plus lourd sous le même volume et moins dispezdieux à prix égal, puisqu'on l’achète à la mesure; il est d’ailleurs de beaucoup préférable pour obtenir une haute température dans les fonderies en bronze, etc. ; en effet, il développe dansun même espace une plus grande quantité de chaleur.

Le charbon plus léger, qui résulte d’une rapide carbonisation, offre l'avantage de s’allumer plus vite et d’accélérer ainsi de petites opérations de laboratoire où d'économie domestique.

Une 3° variété &e charbon, peu en usage encore, a élé utilisée depuis deux ans par les conseils de M. Durournez, élève de l’école centrale des arts et manufactures de Paris, et indiquée comme une grande amélioration dans l'emploi économique de ce combustible; nous voulons parler de l’application des fumeronsou mouchots, c’est-à-dire du bois incomplètement carbonisé ou amené seulement à l’état de charbon roux.

Les 1 essais ont eu lieu dans la forge de M. Josar», en employant un tiers de lacharge du combustible en fumerons. Ces sortes de résidus, que l’on croyait devoir rejeter naguère et que l’on extrayait à dessein des meules carbonisées, et souvent dans la proportion de 5 à 10 p. 0/0, n’ont rien changé à l'allure du fourneau, et ont procuré par conséquent une économie notable.

On enatiré la conséquence qu'il y aurait beaucoup plus de profit encore à carboniser exprès, seulement à ce point, la totalité du bois à charbon. On peut se faire une idée des avantages qu'on doit retirer de cette innovation par les données suivanles, que nous re:

Fit

cuaApP. 20°.

produisons avec l'autorité du nom de M. Ber- THIER, membre de l’Institut, directeur des mines, et dont l'opinion est entièrement favorable à l'emploi précité du charbon roux.

Le tableau suivant permettra de calculer ces avantages ; il indique dans la 1" colonne les divers charbons obtenus suivant les procédés mis er usage ; dans la 2° se trouve la quantité de chaque sorte de charbon pour 100 kil. de bois ordinaire contenant 13 d’eau hygrométrique, et représentant donc 87 de bois séché à l’étuve ou 38 de charbon pur ; dans la 3° colonne on voit la quantité de carbone ou charbon supposé pur que représente chaque variété de charbon, et dans la 4° l’équivalent en charbon pur de la perte faite dans chacune des opérations en regard.

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