‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre BixioChapitre 235 sur 295 · CHAPITRE XXII.— DES PRODUITS RÉSINEUX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII.— DES PRODUITS RÉSINEUX

On désigne sous l'acception générale de produits résineux différentes substances com-

merciales extraites de certaines plantes et qui |

comprennent notamment les térébenthines, ré- |

sines, huiles essentielles, goudrons, poix, brais, huile derésine, noirs de fumée, etc., tous ces produits acquièrent chaque jour un plus grand intérêt, soit en raison des applications nouvelles

qu'ils recoivent, soit par suite des importan- |

tes plantations en arbres qui les fournissent, qui, du moins, donnent directement les térébenthines, matière 1r° de leurs diverses préparations.

Secrion Ir. — Des lérébenthines.

$ 427, — Des diverses espèces de térébenthines,

Les térébenthines doivent leur consistance pâteuse ou demi-fluide à une proportion variable d'huile volatile; elles découlent spontanément et par incisions d’arbres appartenans pour la plupart à la famille des conifères et aux genres pin, sapin et mélèze.

Il existe un assez grand nombre de variétés de térébenthines, mais nous ne nous occuperons ici que de celles qui, ayant des applications dans les arts industriels, donnent lieu à des opérations de quelque importance, eten particulier de celles qu'on recueille, dans notre pays.

1° Térébenthine de Bordeaux ou térébenthine des pins. Cette térébenthine découle du pinus maritima et du pinus silvestris de Lax., qui croissent en grande abondance dans les landes entre Bordeaux et Bayonne; on la recueille par le procédésuivant: lorsque l'arbre a atteint l'âge de 25 à 35 ans, c’est-à-dire environ 2 1/2 à 4 pi. de circonférence, on fait, vers la fin de février, une entaille à sa partie inférieure, et dans toute l'épaisseur de son écorce, d’environ 5 à 6 po. de largeur sur une hauteur de 15 à 18 po. ; on entaille ensuite dans le bois, à une profondeur de 3 lignes, une cavité rectangulaire de 4 po. de large sur 3 po. de haut ;

au bout de 8 jours on ravive la plaie en aug- | mentant de 1 po. ou de 1 1/2 po. la hauteur

dans le bois et l’on continue ainsi toutes les semaines, Jusqu'au mois d'octobre, de sorte

qu'après 8 ans l’entaille se trouve avoir de 12 à 14 pi. de hauteur, alors on recommence une semblable entaille à côté de la première et ainsi de suite sur toutes les faces de larbre. Pour atteindre jusqu'à la hauteur maxime des entailles, l’ouvrier résinier se munit d’une échelle légère à l’aide de laquelle il acquiert l'adresse de se cramponner tellement au tronc de l'arbre, qu'il peut tenir à deux mains la petite hache bien affütée, dont la lame a une forme de gouge, et pratiquer les entailles su- FERA aussi promptement que celles du

as de larbre. La térébenthine qui découle de ces incisions est reçue dans un trou fait au pied de l'arbre, et dans la substance d’une grosse racine, où dans des augettes en bois; elle prend dans le pays le nom de gomme molle.

En opérant ainsi, un arbre peut donner de la térébenthine pendant plus de soixante ans. On doit apporter tous les soins possibles à la récolte de la térébenthine pour éviter qu’elle ne se salisse trop par des corps étrangers.

Lorsque, pour ménager des éclaircies, ouvrir des routes, elc., on veul abattre les pins dans un délai moins long, on les taille à pin perdu ; à cel effet on pratique des entailles sur les quatre faces à la fois et on les fait trois fois plus grandes ; la plus grande proportion de térébenthine ainsi obtenue dans le même temps, est une circonstance favorable à la pureté du produit.

Les parties latérales des entailles se recouvrent peu à peu de térébenthine concretée

| journellement sous l'influence de l'air; à la

fin de chaque saison on enlève par un grattage ces sortes de concrétions que l’on met à part et que l’on vend sous le nom de barras où galipot; c'est une sorte de térébenthine consistante que rendent impure les divers corps étrangers y adhérant et surtout les débris ligneux entraînés dans ces grattures. On vend à meilleur marché le galipot et on l’emploie aux usages indiqués plus loin, pour lesquels les impuretés en question ne sont pas nuistbles.

Epuration de La térébenthine. Celte opération est d'autant plus importante à bien faire, | qu'elle augmente la valeur non-seulement de

394 8 latérébenthine, mais encore de la résine et de l'huile essentielle (essence de térébenthine) que l’on en tire; elle consiste dans une filtration qui sépare plus où moins complètement les corps étrangers (matière terreuse, débris ligueux, etc.) qui salissent la matière. Voici comment on s’y prend : sur un double fond troué d'un tonneau (fig. 438), on dispose des

Fig. 438.

naîtes en paille maintenues par un cercle intérieur, la résine molle est versée sur ces nattes et la température des rayons solaires suffit pour la fluidifier au point de filtrer; on recueïlle le produit dans un vase inférieur recouvert; il faut pouvoir recouvrir aussi le tonneau lorsque-le soleil est caché ou que la pluie menace.

On se sert en plusieurs localités d’un autre filtre : c’est une caisse (fig. 439) de 7 à 8 pi.

en carré formée de madriers en sapin hermétiquement joints; le fond est incliné et déborde dans un récipient inférieur ; un 2: fond horizontal reçoit la résine molle que le soleil fluidifie au point de la faire couler par les Joints des planches étroites de ce faux fond.

La térébenthine filtrée est mise en tonneaux que l’on empile dans des magasins bien dallés en pente et très propres ; le temps de l’emmagasinement et la température de l'air determinent des fuiles au travers des joints des douves, et opèrent ainsi une 2e filtration spontanée. La térébenthine recueillie dans un réservoir où aboutissent les pentes du dallage est plus pure et se vend plus cher que celle obtenue de la 1° filtration ; il serait sans doute possible d'opérer du 1° coup une meilleure épuration en perfectionrant les moyens employés.

La térébenthine de Bordeaux est ordinairement blanchätre, trouble et consistante, d’une odeur forte, peu agréable et d’une saveur âcre ; on peut retrer de 20 à 24 p. 0/0 d'huile volatile du traitement ultérieur de cette substance. Nous donnerons quelques détails sur plusieurs produits commerciaux analogues.

2 Térébenthine du Canada. Elle porte plus ordinairement le nom de baume du Canada et de faux baume de Gélead; on l’obtient par incisions du pinus balsamea, Lan., arbre de l'Amérique septentrionale, qui appartient à la famille des conifères.

ARTS AGRICOLES : DES PRODUITS RESINEUX

ET. AVS

3° Terébenthine de Chio. Cettesorte commerciale est fournie par le térébenthe, pistacia terebenthus, Lin., arbre de la famille des térébenthacées qui croit en abondance dans l’Archipel grec et notamment à Chic.

4 Térébenthine de la Mecque, baume de la Mecque, baume de Judée, baume de Gélead.

Elle est produite par lamyris opobalsamum de Lain., balsamodendron opobalsamum de Kunr, petit arbre de la famille des térébenthacées qui croit en Arabie, en Judée et en Egypte.

5° Térébenthine de Strasbourg, térébenthine de sapin. Cette térébenthine est fournie par le pinus picea, Lax., arbre qui croît abondamment dans les Vosges, le Jura, la Suisse, PAllemagne et les contrées du nord de lEurope. On la recueille à peu près de la même manière que la térébenthine de Bordeaux, mais elle est plus estimée. Voici ses principaux caractères: elle est assez fluide, transparenté ou un peu laiteuse, d’une odeur forte et pénétrantie, d’une saveur âcre et très amère; elle est plus riche en huile volatile que la térébenthine de Bordeaux et sert aux mêmes usages décrits plus loin. ,

6° Térébenthine de Venise ou térébenthine du mélèze. Cette sorte provient du pinus larix, Lan., larix Europæa de DE Canp., arbre très commun dans les Alpes, la Suisse, ainsi que dans le nord de l’Europe. Autrefois elle était mise dans le commerce par Venise, mais maintenant la plus grande partie nous arrive des environs de Briançon.

La térébenthine dite de Venise est liquide, transparente, d’une couleur un peu verdätre, d’une odeur forte sans être désagréable, d’une saveur chaude, âcre et amère; les usages sont les mêmes que ceux des térébenthines de Strasbourg, de Bordeaux et de l Amérique septentrionale; on en obtient les mêmes produits à l’aide de moyens ci-après décrits.

$ IE. — Distillation de la térébenthine commune.

Cette opération a pour but de séparer d’une part la résine, et de l’autre Phuile essentielle qui est volatile à une température où la résine peut rester fixe, quoique fluide et sans altération.

Les divers alambics en tôle épaisse, de fer ou de cuivre ou en fonte, peuvent servir à cetteopération ; toutefois, pour la facilité de la manœuvre, l’économie des combustibles et la durée de l'appareil, nous croyons devoir recommander les dispositions indiquées plus loin , fg. 440 à 442, qui s’appliquent avec succès à celte opération depuis quelques années, et qui servent très bien aussi à la transformation de la résine sèche en huile, industrie nouvelle pour laquelle elles ont été employées d’abord, }

Quel que soit l’alambic employé, on y introduit la térébenthine au commencement de chaque opération, soit directement en inclinant les barils au-dessus d’une large ouverture de la cucurbite, soit et bien mieux encore après l'avoir fait liquéfier et déposer dans un vase préparatoire, chauffé par la fumée du foyer de la chaudière principale et indiqué fig. 442. On échauffe graduellement après avoir fermé l’ouverture par

CcrAP.

laquelle la térébenthine a été introduite; si cette dernière n’a pas été préalabiement fondue, elle dégage d’abord de la vapeur d’eau, puis des quantités de plus en plus grandes d'huile essentielle, qui se condense dans le réfrigérant et coule dans le récipient ou réservoir intérieur. Peu à peu l'écoulement de ce produit liquide de la distillation diminue, enfin il cesse complètement; alors la distillation est finie. On couvre le feu ou on l’enlève, puis, en ouvrant le robinet du tuyau adapté au fond de la chaudière, on fait couler la résine liquide dans un récipient en bois mouillé, où elle ne tarde pas à se figer et à se prendre en masse.

Après le refroidissement, on renverse le vase et le pain de résine s’en détache, on le concasse pour l’emballer dans des tonneaux et l’expédier.

C’est ainsi que l’on obtient la résine de térébenthine ou resine commune du commerce, appelée aussi brai sec, urcanson et colophane ; c’est, comme on le voit, le résidu de la distillation de la térébenthine dépouillée de presque toute l’huile volatile ou essence de térébenthine, que l’on recueille dans le récipient et dont le prix est plus élevé. Cette résine esi d'autant plus belle, que l’on a plus soigneusement filtré la térébenthine et que surtout on en a plus complètement exclu tous débris de matière ligneuse : en effet, ceile-ci en se carborisant communiquerait par ses produits goudronneux une nuance brune à la résine et diminuerait sa valeur rommerciale.

On appelle encore résine, un mélange préparé à dessein , de 3 parties de brai sec, et d'une partie de galipot fondus ensemble, après que ce dernier a été passé au travers de naites de paille. Dans cette opération, le galipot qui contient 10 à 15 p. 0/0 d'huile essentielle, rend le mélange plus fluide à chaud.

La resine, ainsi PR est reçue dans un baquet ou moule humecté; on projette dedans environ 15 p. 0/0 d’eau, que l’on brasse fortement ; la prompte solidification dela matière renferme de l’eau interposée; on expédie en pains jaunâtres opaques le produit ainsi 0btenu. Cette manipulation a été recommandée comme un moyen de décolorer la résine, qui en effet, vue en masse, paraitrait brune si on la laissait figer dans le moule sans addition d’eau ; dans cet état, moins estimée des commerçans et des consommateurs, elle se vendrait moins cher. Cette préférence est fondée sur un faux préjugé, ici apparence est évidemment trompeuse.

On peut d’ailleurs reconnaître cette vérité en faisant fondre la résine blonde opaque; l’eau est éliminée, la couleur brune reparait et le poids de la substance a diminué de plusieurs centièmes.

C’est doublement à tort que l’on préfère la résine blonde opaque. En effet, les 4 à 6 centièmes d’eau qu’elle renferme , non-seulement diminuent d'autant sa valeur réelle, mais encore la présence de l’eau estmuisible dans quelques emplois. Lorsque, par exemple, on saupoudre de résine des surfaces métalliques fortement chauffées pour les décaper, on conçoit que l’eau agisse comme oxidant et nuise

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