‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre BixioChapitre 286 sur 295 · DE LA CHAUX ET DE SA FABRICATION · texte numérisé non relu

DE LA CHAUX ET DE SA FABRICATION

On allume alors le feu au fond des 3 gorgesil gagne peu à peu, et dès qu’on l’apercçoit vers les couches supérieures, on continue d’ajou; ter successivement un lit de charbon de 1 po. et une couche de 6 po. de pierres, jusqu’à ce que le four soit complétement rempli.

Si lou ne voulait faire qu’une seule opération, elle serait termirée lorsque toute la partie supérieure deviendrait rouge , incandescente, et lon aurait environ une toise cube et demie, ou 12 mètres cubes , ou 120 hectolitres de chaux. Dans ce cas, 5 hommes de jour et 1 de nuit dirigent la calcination de la manière suivante.

Dès six heures du matin, toute la masse étant échauffée aa rouge, on jette dessus 5 on 6 pellées de charbon, et aussitôt on tire par le bas avec un grapin en fer 6 hectolitres par chaque gorge; on recouvre immédiatement ce produit où bien on le charge dans un tombereau pour le transporter à destina- Uon.

On répand autour de la superficie abaissée de la masse dans le four un cordon de houille employant 5 hectolitres, que l’on recouvre d’un cordon de pierres contenant 36 brouettées de 1 pi. cube et 1/2 chacune. Un quart d'heure après on tire encore 6 hectolitres de chaux par chaque gorge et on répand sur la fournée un 2° double cordon avec 4 hectolitres et 1/2 de houille, puis 30 brouettées de pierres ; 2 heures et demie après on tire encore des 3 gorges une tournée de 18 hectolitres de chaux, et l’on charge le four d’une double couche, dite mise sur toute la superficie avec 5, hectolitres et 1/2 de houilie et 46 brouettées de pierres; 2 heures et demie après, on réitère la même tournée en employant pour la mise 8 hectolitres et 1/2 de houille et 46 brouettées de pierres; enfin on tire en 2 fois, dans l’intervalle de 6 heures, 36 hectolitres de chaux, et l’on charge une double mise avec 9 hectolitres de houille et 52 brouettées de pierres.

En additionnant aussi les 9 à 10 hectolitres de houille employés pour réparer le feu et couvrir le soir, on verra que la consommation en 24 heures est de 42 hectolitres pour calciner 200 brouettées ou 300 pi. cubes de pierres, qui produisent 108 hectolitres de chaux ou 10 mètres cubes 8 dixièmes.

En conduisant ainsi ce four si l’on aperçoit anelques pierres mal calcinées ou crues arriver dans les gorges, on doit augmenter la quantité de houille ; si au contraire quelques pierres sont noircies, il y a excès de charbon ou défaut d'air; on diminue le combustible et l'on augmente le tirage en enfonçant une barre en fer en quelque partie de la surface ; c’est ce que l’on appelle barreyer. Enfin on ne doit jamais tirer ia chaux en assez grande abondance pour que le charbon incandescent descende aussi dans les gorges, ce qui occasionnerait une perte de chaleur.

On peut très facilement modérer la calcination; ainsi le samedi on tire 3 ou 4 tournées de plus qu’à l'ordinaire, on charge 2 doubles mises plus haut, et on peut laisser le dimanche un seul homme régler le feu, couvrir les endroits où il devient trop actif, ouvrir avec la barre des passages là où trop de ralentisse-

| ment se manifeste, ménageant ainsi la jour

née que la plupart des ouvriers contructeurs consacrent au repos.

Si le travail devait être interrompu 1,2 et même 3 mois, pour reprendre ensuite, on couvrirait complétement le dessus du four et l'on fermerait le fond des gorges avec de la cendre ou des poussiers de chaux, et lorsqu'on voudrait remettre en train, il suffirait de découvrir ou enlever la couche supérieure, d'ajouter quelques hectolitres de gaillettes, ürer une ou deux tournées de chaux par les gorges, laisser respirer (ou le tirage s’activer) vendant 3 ou 4 heures, et reprendre lallure abituelle.

Avec le même four on parvient encore soit à travailler à demi-charge en produisant seulement 50 hectolitres de chaux par 24 heures, ou charger comble (2 mises par-dessus les bords )} et retirer 120 hectolitres au lieu de 108 chaque jour. ;

La même construction, en ôtant la borne et l’un des pieds en grès, pourrait servir à la cuisson de la chaux par les bourrées, fagots,

Pour chauffer avec de la tourbe, il conviendrait de poser une grille sous laquelle on püt uver les cendres. Avec ces combustibles lopération ne serait pas continue; chaque fournée serait cuite en entier avant de tirer, et pour soutenir les fragmens de pierres, une première voûte en pierres plus grosses serait d'abord établie à sec, laissant le plus possible d'interstices pour le passage de la flamme, comme nous l'avons indiqué plus haut pour les autres fours intermittens.

$ IV. — Propriétés usuelles de la chaux.

Cette substance, dont nous avons déjà indiqué les caractères à l’état de pureté, diffère un peu dans son élat ordinaire; elle est d’un biauc jaunâtre où grise, caustique; bien que son poids spécifique soit de 2,3, l’eau étant 1, le dégagement de l'acide carbonique ayant laissé la pierre très poreuse, 1 hectolitre ne pèse qu'environ 80 kilogrammes ; les graines ne germent pas dans sa solution, ce qu explique la nécessité de laisser aérer, on, pour mieux dire, carbonater la chaux dans Îles chaulages abondans, et de ne pas laisser longtemps immergées les graines dans le lait de chaux. L’hydrate de chaux retient l’eau en si intime combinaison qu'il ne l’abandonne pas, chauffé même au rouge brun, et que la pou-

ARTS AGRICOLES : PRODUITS MIiNÉRAUX.

dre qu’il forme alors parait complétement sèche.

Tenue dans un vase sous l’eau, la chaux garde sa causticité presque entière ; c’est ua moyen d'en faire provision d’une quantité connue pour la fabrication du sucre, pendant une saison. Abardonnée à l’air, elle absorbe l’eau et l'acide carbonique, et se convertit peu à peu, en tombant en poussière, en hydrate, puis en carbonate. C'est à cette action de l'atmosphère, régénérant en quelque sorte la pierre calcaire que l’on doit surtout la grande dureté acquise si lentement aux mortiers de chaux grasse, tels que ceux des Romains, tanais que les chaux hydrauliques improprement appelées cimens romains doivent, comme uous l’avons vu , leur rapide solidification à l'union de la silice avec la chaux, union qui se fait d’autant plus rapidement que les parties constituantesen présence dans la chaux sont mises sous l'influence d'un excès d'humidité.

6 V. — Emplois de la chaux.

Les principaux usages de la chaux sont, en agriculture, dans l'amendement des terres, la macération des engrais, le chaulage des grains. C’est un agent précieux pour plusieurs exploitations agricoles et manufacturières, notamment la fabrication du sucre de betteraves et de cannes, la préparation de l’indigo, les constructions hydrauliques, le blanchiment des fibres textiles, fils, toiles, etc. On s’en sert très utilement dans la fabrication de la colle-forie, du savon, des chlorures ; pour l’épilage des peaux , l'assainissement des puisards infectés par l’acide carbonique ou l’acide sulphydrique (hydrogène sulfuré), des murs d’écuries et d’étables ; la confection des badigeons, des fonds en certaines couleurs pour les papiers peints, ainsi que pour l'épuration du gaz-light tiré des houilles.

Parmi ces diverses applications importantes, sur lesquelles nous ne saurions entrer dans beaucoup de détails sans sortir du cadre de cet ouvrage, ce qui intéresse le plus l’agriculture est relatif à l'amendement des terres et à l'amélioration de quelques composts et engrais végétaux. Ce sujet a été traité daus le tome I, page 61, avec les développemens qu’il comporte et nous y renvoyons le lecteur.

PAYEN

chan. 27°.

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