CHAPITRE XXVIII.—'TRAVAUX DIVERS
Nous nous sommes occupés jusqu’ici des travaux pouvant faire l’objet d’une petite fabrication et se rattachant à l’agriculture pour employer les loisirs de l’homme des champs, entretenir son activité, développer son intelligence et augmenter ses profits et son bienêtre. Parlons maintenant de quelques occu-
ations auxquelles il pourrait se livrer dans a saison morte ou dans les instans de désœuvrement que laisse quelquefois l'exploitation d’une petite culture.
Un assez grand nombre de plantes en usage dans la médecine sont cultivées, soit dans les jardins botaniques publics, soit dans ceux des particuliers. Cette culture est alors du ressort du jardinage; mais il en est un certain nombre d’entre elles qu’on préfère recueillir à l’état sauvage, parce qu'alors leurs propriétés sont plus actives et plus développées, Dans tous
les cas, il faut savoir les récolter et les conserver, Cette récolte n’offrant aucune difficulté et pouvant procurer quelques avantages, nous allons dire en peu de mots comment elle se fait et comment on conserve les plantes
ui ne sont pas employées à l’état frais. On
oit récolter les racines annuelles vers le temps de la floraison, les bisannuelles au commencement de la 2° année, les racines vivaces au moment où les feuilles tombent, les racines aquatiques en tout temps, excepté en hiver, et les racines charnues avant l’hiver et peu après la maturité des graines. Les écorces s’enlèvent au printemps, les bois en hiver ou au commencement du printemps. Pour les 1e, on donne la préférence aux Jeunes branches, et pour les 2, aux arbres d’un âge moyen. Les herbes se récoltent dès que les feuilles sont entièrement développées, es
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fleurs, au moment de leur épanouissement ou peu après. Enfin, les fruits après leur maturité. Les plantes étant récoltées, ji faut les dessécher. Pour cela, on nettoie les racines, et, lorsqu’elles sont petites, fibreuses et peu chargées d'humidité, on les laisse entières; si elles sont grosses et charnues, on les coupe par tranches. On les étend ensuite sur des claies d'osier, on les enfile pour les suspendre, et, dans l’un ou l’autre cas, il faut les dessécher à l’étave dont on élève la température de 30 à 40°. Pour dessécher les bulbes, on en sépare les squames ou écailles qu’on coupe par languettes, puis qu’on étend sur un tamis, enfile en chapeletset dessècheà l’étuve.Lesracineset les bois n’ont besoin que d’être exposés dans un lieu sec et aéré. Les feuilles, purgées de celles qui sont mortes ou moisies, sont étendues au soleil et remuées avec soin plusieurs fois par jour jusqu’à parfaite dessiccation. Les fleurs sont étendues sur des claies d’osier garnies de papier gris, exposées au soleil ou à l'étuve; on iles couvre souvent aussi ävec du papier gris pour leur conserver leur couleur. Les semences sont étendues dans un endroit sec et d’une température modérée. Les fruits doivent être desséchés promptement; on les place sur des claies dans un four chauffé au degré nécessaire pour cuire le pain; au bout d’un quart d'heure, on les retire, on les expose au soleil; on les replace ensuite dans le four ou dans une étuve, mais beaucoup moins chauffée qu'auparavant. Toutes les plantes séchées doivent être conservées dans un lieu sec, et celles qui sont aromatiques dans des boîtes bien fermées.
Les plantes employées dans les arts ne sont pas non plus toutes cultivées par la main des hommes ; quelques-unes croissant spontanément dans la nature, peuvent être récoltées dans les pays où elles végètent, et faire l’objet d’un petit commerce. C’est ainsi que depuis un temps immémorial, les habitans du Grand-Galargues (Gard ) se rendent tous les ans au mois de juillet dans les départemens des Bouches-du-Rhône, du Var et de Vaucluse, pour ramasser {es plantes connues dans le
ays sous le nom de mozellète et par tous les
otanistes sous celui de croton des teinturiers ( croton tinctorium, Lin.), dont ils préparent une matière colorante d’un beau bleu connue sous le nom de tournesol de Languedoc, et qui sert à différens usages industriels. El en est de même des habitans de l’Auvergne et de la Lozère, qui, pendant l’hiver et dans les temps de pluie, vont errer sur les montagnes aui les environnent, armés de lames de fer flexibles d’un mèt. de longueur, et d’un sac, pour détacher sur les rochers certains lichens (lichen parellus, Lin. ou le variolaria orcina, selon d’autres). Ces lichens sont livrés ensuite à des fabricans qui les transforment par des manipulations conuvenables en une matière ünctoriale très usitée dans nos ateliers, et connue sous le non d’orseille de France, orseille de terre ou du pays.Dans les Pyrénées les habitans, surtout ceux de la vallée de Prats-de-Mollo(Pyrénées Orientales), font également la récolte d’une autre espèce de licnen (variolaria deal-
bata ou lichen dealbatus, Achar), dont on prépar@aussi de l’orseille.
La récolte des graines des arbres forestiers peut aussi procurer une occupation utile et des profits; on peut consulter a cet égard ce que nous avons dit, t. IV, p. 70, pour connaitre l’époque à laquelle chacune d’elle doit être récoliée , et les manipulations que plusieurs exigent avant d’être livrées au commerce ou aux propriétaires.
La récolte des mousses, si facile, si simple,
eut donner de l’occupation à des enfans et a des personnes âgées. Ces mousses ont une foule d’usages et d’applications utiles : elles sont excellentes pour le transport desplantset pour entourer les greffes. Disposées en lit, on en fait des couches à melons. Beaucoup de plantes délicates ne lèvent bien que dans la mousse. Tout le monde sait qu’avec la mousse on fait des paillasses et des matelas ; qu’on en rembourre des siéges, qu’elles sont très bonnes pour emballer des objets fragiles où des fruits qui s’y conservent bien; qu’elles sont précieuses après avoir été mêlées avec de l’argile pour les constructions hydrauliques. On en calfate aussi les bateaux, et en les pétrissant avec du menu de houille on en fait un combustible facile à transporter. Les glacières dont les parois sont construites avec ces plantes, conservent aussi bien la glace que celles bâties en pierre. Enfin, dans les Vosges, les habitans recueillent une espèce de mousse du genre polytric, qu'on rencontre dans les bois marécageux ou les pays montueux,etdont on fabrique à Rouen et dans les autres villes manufacturières les brosses qui servent aux tisserands à étendre sur leurs toiles l’encollage nommé parou.
Les fougères qui croissent spontanément dans les boiset les lieux incultes peuvent fournir aux arts des produits ütiles. Dans les Vosges et le Jura, on les recueille avec avantage avant la maturité pour les brüler et en tirer de la potasse; dans d’autres lieux , on en fait de la litière pour les animaux domestiques, ou on les expédie pour l’emballage des poteries et autres objets fragiles.
Plusieurs populations des provinces méridionales de la France emploient , à certaines époques de l’année, leurs momers de loisir à la récolte du chiendent (andropogon digitatum) , dont on fait des brosses et des balais, qui se consomment en grande quantité; dans les Ardennes, on recueille de même la bruyère à balais (erica scoparia), dont on fabrique les mêmes produits qui n’ont pas un débit moins considérable. Dans nos départemens méridionaux de l’Aude, de l’Hérault , etc., on récolte en abondance une petite fougère à tige
rêle et lisse, connue dans le commerce sous e nom de capillaire de Montpellier (adianthum capillus vencris), et dont on prépare dans la pharmacie et dans l’art du confiseur un sirop aromatique assez agréable. Dans la Charente, la Dordogne et la Corrèze, on va chercher en automne et en hiver, dans les forêts de charmes, de châtaigners et de chênes, les truffes qui y croissent naturellement et qui se vendent ordinairement à un prix élevé.
cHaAP. 28°.
Nos départemens méridionaux voient aussi chaque année les habitans de certains cantons se répandre sur les friches et les pelouses garnies de mousse, pour y cueillir le mousseron (agaricus mousseron et ag. pseudo-mousseron ), champignons comestibles fort recherchés des amateurs, et qu'on mange frais ou qu’on fait sécher pour les expédier au loin. C’est aussi à l'état frais ou sec qu'on mange les morilles (morchella esculenta) , autres champignons qui croissent à terre et sont d’un goût assez delicat. Là on s'occupe de la cueillette des plantes aromatiques, ici des plantes médicinales qui croissent spontanément ; plus loin de la récolte des roseaux pour faire des nattes et paillassons ou des genéts à balais, etc. Enfin quelques-uns, dans le Languedoc, recueillent sur les pruniers, les cerisiers, les pommiers qui sont vieux, ou sur ceux qui ont été taillés avec maladresse, une exsudation gommeuse connue sous le nom de gomme du pays et qu’on emploie principalement dans lachapellerie.
Dans d’autres pays on fait laguerreaux animaux. C’est ainsi que dans les environs de Dax (Landes), à Castel-Jaloux ( Lot-et-Garonne).
dans le dép. de l'Aisne, et surtout dans l’Indre, on se livre à la pêche des sangsues.
Dans ce dernier département ce sont surtout les habitans de la Brenne, petit pays malsain et inculte, et dont le chef-lieu est Mézières, qui se livrent à cette exploitation. Par exem-
le, ceux de Moebecq, qui passent pour très Labiles à cette pêche, entrent jambes nues aans les étangs ou les flaques d’eau qui les contiennent, et prennentà ia main toutes celles qui s’altachent à leurs jambes; plus ordinairement ils battent l’eau à mesure qu’ils avancent avec des bâtcns, ce qui met en mouvement les sangsues qu'ils attrapent à la main pendant qu'elles nagent et renferment dans un sac, ou bien ils les recueillent sur les herbes marécageuses ou sous les pierres. Cette pêche se fait surtout au printemps et en automne; où dit que l’approche d’un orage la favorise; dans la saison favorable on peut dans 3 ou 4 heures ramasser ainsi 10 à 12 douz. de sangsues. Parfois les pêcheurs sont armés de petits harpons avec lesquels ils placentun morceau de viande presque gâtée dans les lieux fréquentés par les sangsues ; celles-ci se rassemblent en quantité sur cette proie,et on les enlève avec la viande dans de petits vases à moitié remplis d’eau.
La récolte des cantharides pour les usages de la médecine, ainsi qu'on ie fait principaiement dans l'arrondissement de Vitré (Ille-et- Vilaine), est facil2 et cause peu de frais. Ces insectes, qu’il faut apprendre à distinguer, se montrent vers les mois de mai et juin, et presque toujours en grand nombre sur les frênes, les lilas, les troënes, dont elles dévorent les feuilles et + ag sur les sureaux et le chèvre-feuille; leur présence est décelée par l'odeur particulière qu’elles répandent. Leur récolte exige quelques précautions, d’abord de la part des personnes qui la font, et qui pourraient, par défaut de soin, éprouver de graves accidens, ensuite par rapport à leur conservation; voici le procédé en usage pour Ja récolte. Dans le courant de juin on étend sous un arbre chargé de cantharides plusieurs dreps, ei on en secoue fortement les branches
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le soir et le matin, parce qu'alors ces insectes sont dans une sorte d’engourdissement ; ils tombent, et lorsqu'on en a obtenu ainsi une assez grande quantité, on les réunit sur un tamis de crin pour les faire per en les exposani à la vapeur du vinaigre bouillant, ou bien on les rassemble dans une toile claire que l’on trempe à plusieurs reprises dans un vase contenant du vinaigre étendu d’eau. Il s’agit ensuite de les dessécher, opération importante pour leur bonne conservation; pour cela on les expose au soleil, ou mieux encore dans un grenier où sous un hangar bien äéré sur des claies recouvertes de toile ou de papier gris non collé. On ne doit les remuer qu'avec beaucoup de précautions, sans quoi on s'exposerait à des maladies inflammatoires des voies urinaires où à des maladies des yeux très graves.Il faut, pendant leur dessiccation, ne toucher les cantharides que les mains garnies de gants ou se contenter de les remuer avec un bâton. Quelques personnes, après avoir étendu des toiles au-dessous des arbres, placent tout autour des terrines remplies de vinaigre qu’elles entretiennent en ébullition, et, après avoir secoué les arbres, ramassent les cantharides, les placent aussitôt dans des vases de boïs ou des bocaux de verre, les y laissent 24 heures et, après qu’elles sont mortes, les retirent et les font sécher comme ji a été indiqué; cette méthode est plus emvarrassante et plus dispendieuse.
M. PIETTE, pharmacien à Toulouse, a proposé une nouvelle méthode pour conserver les cantharides, et qui consiste à les placer viventes dans une terrine vernissée, et à verser sur elles un filet plus ou moins prolongé d’essence de lavande ou d’une autre labiée. Les cantharides ainsi préparées ont, dit-il, uneplus belle couleur verte; elles ne sont pas attaquées par les Insectes même après plusieurs années, ce qui permet d’y conserver toute la cantharidine dans laquelle paraît résider le principe actif de la propriété vésicante de l’insecte.
Nous indiquerons encore sommairement ici plusieurs occupations qui peuvent être profilables dans les campagnes; les œufs de fourmis, qui servent à la nourriture des jeunes faisans et des rossignols, peuvent être recherchés et récoltés par de jeunes enfans et des femmes. Les paysans des environs de Nuremberg sont très habiles dans cette chasse, et savent en outre dessécher ces larves à une douce chaleur, pour pouvoir, sans danger de les voir se corrompre, les expédier au loin et les vendre à un prix assez élevé.
Ceux du Tyrol, de la Forêt-Noire et dela Thuriage se livrent avec beaucoup d'intelligence à l'éducation des serins de Canarie, dont ils vendent les Jeunes mâles avec profit à des marchands qui les envoient en Russie, en Hollande, en Angleterre, et surtout en Turquie où ils sont très recherchés. Près des grandes villes on peut de même élever divers oiseaux de chant ou faire la chasse à plusieurs petits oiseaux de nos bocages qu’on débite en grand nombre; il n’est pas jusqu'aux animaux malfaisans tels que le putois, la fouine, le biaireau, la loutre, etc., qu’on ne
uisse poursuivre, tant pour s'opposer à eurs dégâts, que pour tirer partie de leurs
peaux qui, sous le nom de sauvagines, sont achetées dans les villes par les pelletiers fourreurs. Dans les environs de Nimes les paysans recueillent en particulier les cloportes qu'ils font périr dans du vinaigre et qu'on expédie pour les pays où la pharmacie en fait encore quelque usage.
L'homme pauvre des champs peut encore trouver des profits à recueillir les plantes marines qui servent à l’engrais ou à la préparation de la soude; à fabriquer des ruches en paille ou en bois, à louer ses services à autrui pour faire des constructions en pisé, des clitures diverses, des toils en chaume ou en bruyère, ou autres constructions rustiques, des composts et une foule de travaux ruraux qui exigent de l'intelligence et quelque pratique. Dans les pays où se trouvent de vastes ateliers de teinture sur toiles de coton, les paysans peu fortunés rassemblent sur les routes les bouses de vaches qui servent dans ces ateliers à fixer les couleurs sur les étoffes. Dans les déartemens arrosés par la Garonne, quelques Lbituns des villages connus sous le nom d’orvailleurs ramassent, après les débordemens de cette rivière, quelques paillettes d’or qu'on lrouve dans ses sables; on recueille aussi des paillettes de ce métal dans le Gardon, la Cèzeet la Gagnère, ainsi que dars le Rhône, dans l'Erieux et l'Ardèche, dans le département de
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