‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre BixioChapitre 293 sur 295 · INDUSTRIES MIXTES · texte numérisé non relu

INDUSTRIES MIXTES

des étoffes, et à une multitude d’autres travaux nécessaires pour la confection des étoffes, leur apprêt, leur teinture, leur emballage ou leur expédition. Citons deux exemples : il sort de Rouen, année commune, 1,600,000 kilog. de chaînes et tissures destinées à être confectionnées par les tisserands répandus dans un rayon de 15 à 18 lieues dans le département de la Seine-Inférieure, d’une forte partie de celui de l'Eure et d’une grande quantité decommunesde l'Aisne, de la Somme, du Pas-de-Calais et de la Manche. Des facteurs ou commissionpaires de fabrique, au nombre de 220 a 230 portent et rapportent ces objets quand ils sont tissés, et Rouen verse tous les ans dans ces contrées 4 millions en numéraire pour payer les facons (enquête commerciale de 1834). À Quintin, bourg des Côtes-du-Nord, renommé par ses belles toiles, une ferme aux environs est une espèce de petite manufacture, et on trouve peu de maisons à la campagne où il n’y ait un ou deux métiers. C’est un moyen d’occupation pendant l'hiver pour des bras que l’agriculture réclame dans la belle saison. Environ 70 ou 80,000 individus, de tout sexe et de tout âge, sont ainsi occupés à préparer, peigner, filer, tisser le lin, blanchir ses fils ou les tissus qu’on en fabrique ( idem.)

Le peignage et le filage de la laine et la confection des objets tricotés à la main, procurent également de l’occupation et des profits aux habitans de pos campagnes, surtout près des villes ou bourgs qui, comme Troyes, Arcissur-Aube, Romilly (Aube), Vitry-le-Français et Châlons (Marne), Levardin (Loir-et-Cher), Chaumont, Vignory, Joinville (Haute-Marne), etc., s'occupent spécialement de ia fabrication de ia bonneterie.

Nous croyons que diverses autres espèces de tissages, tel que celui des rubans, des galons, des étoffes de crin, des tapis, des gazes et toiles métalliques, etc., qui ne présentent pas plus de difficultés, peuvent de même être exécutés par la main de nos cultivateurs. Nous signalons encore, dans ce genre, la fabrication des lacets, sorte de rubans étroits, faits de plusieurs fils doubles etretors,entrelacés les uns aux autres au moyen de métiers particuliers d’une construction fort ingénieuse que nous ne pouvons décrire ici. Des métiers analogues à ceux pour faire les lacets servent à fabriquer des cravaches, sorte de fouet pour monter à cheval. Il est encore un très grand nombre d’ouvrages de mercerie, de passementerie faciles à exécuter, et qui sont susceptibles de donner un travail agréable aux personnes du sexe dans nos campagnes. À Neuilly en Thel, près Senlis, bourg de 1,200 habitans, les deux tiers d’entre eux s'occupent à dévider et retordre la soie et le coton à coudre, pour les marchands de Paris. Pendant les longues soirées d’hiver, les femmes de plusieurs communes du département de l'Oise confectionnent les boutons de soie dont il se fait aujourd’hui une grande consommation pour les habits d’hommes, etc. La fabrication et le tannage des filets peut aussi, dans les lieux où la pêche est active, occuper dans les soirées d’hiver les hommes, les femmes et les enfans.

On sait que la fabrication des dentelles et des blondes occupe une partie considérable de la

population de nos départemens du Nord et du Calvados. Dans l'arrondissement de Mirecourt ( Vosges ), il est aussi bien peu de ménages où les femmes n’occupent leurs loisirs à confectionner de la dentelle. Nancy estcomme on sait le centre d’établissemens de broderies communes ep tout genre, qui donnent du travail à plus de 20,000 ouvrières dans les communes des environs. Metz, Lunéville, Pontà-Mousson, Château-Selins, Recicourt, offrent aujourd’hui des établissemens du même “enre qui répandent le travail et l’aisance dans tout le pays qui les avoisine. Au Puy { Haute-Loire), la fabrication des dentelles et des petites blondes à bon marché est devenue une ressource immense qui donne de l’occupation à près de 40,000ouvrières quiemploient a cet ouvrage les temps les plus mauvais de l’année, ceux où elles ne peuvent se livrer aux travaux de l’agriculture. Malgré le salaire modique dont ces ouvrières se contentent (30 cent. par jour), ce commerce verse dans le pays, frais déduits, une somme annuelle de 3 millions, qui appartiennent exclusivement à la localité.

Parmi nos populations industrieuses pour lesquelles ces travaux industriels sont une source de bénéfices et de profits, nous ne devons pas oublier les ingénieux habitans de Mirecourt et des environs (Vosges) q'ui depuis long-temps se sont emparés de la fabrication des instrumens de musique qu’ils répandent en grande quentilé en France et en pays étrangers. C’est là qu’on fabrique une multitude de violons, guitares, altos, violoncelles, con-

trebasses, etc. ; qu’on taille un à un au canif:

de luthier, des chevalets pour tous ces instrumens; qu’on construit des orgues, des serinettes; qu’on fond, purifie et coule dans de petits cylindres de papier la matière résineuse appelée colophane et qui est employée à faire mordre:les crins de larchet sur les cordes des instrumens.

Citons enfin plusieurs petites industries où l’on travaille le bois, les métaux, la corne, livoire, l’écaille, les os, etc., et qui paraissent s'être fixées dans quelques localités où elles procurent aux habitans actifs qui les exploitent des bénéfices quelquefoisassez importans.

À Saint-Claude (Jura), on convertit, depuis nn temps immémorial, au moyen du tour, le buis, la corne, l’écaille, l’ivoire et les os en une foule de petits objets connus sous le nom de tournerie de Saint-Claude, et que le commerce répand ensuite en quantité considérable dans toute l’Europe. Puivert, à 30 kilom. de Limoux (Aude), présente la même activité et livre à la consommation une multitude de sifflets, flûtes, robinets, chantepleures , fuseaux, etc. Un pélerinage fameux à Notre- Dame-de-Liesse (Aisne) a donné l’occasion aux industrieux habitans de ce bourg et des environs de selivrer avec succès à la fabrication des croix, cœurs, bagues d'or et d’'argent, crucifixtüe cuivre, bimbeloterie en tilleul, fleurs artificielles en papier coloré, etc. Ceux d'Harréville, près Chaumont (Haute-Marne), se sont aussi adounés à la fabrication des bagues et cornets dits de Saint-Hubert, industrie dans laquelle ils ont eu pour concurrens les habitans de Bazoilles-sur-Meuse (Vosges), qui,

ARTS AGRICOLES : FABRICATIONS ET INDUSTRIES DIVERSES

commeeux, distribuent ces produits dans toute la France. La fabrication des tabatières en carton et autres ouvrages en papier mâché occupe, dans la saison morte, les loisirs des habitans de la campagne dans la Moselle, surtout ceux de Sarralbe, près Sarguemines. Des chapelets en coco et en verroterie et des 0bjets émaillés sortent par milliers des mains des habitans de Saumur (Maine-et-Loire) et des environs ; des tabatières en écorce de bouleau nous sont envoyées par masses des Vosges, de la forêt d'Orléans, etc.; la tournerie dite de campagne, qui sert aux frangiers et aux passementiers, se travaille dans plusieurs petits villages de Seine-et-Oise et de l'Oise; des bois d’'éventail, de la dominoterie, des brosses à dents, de la tabletterie en nacre et en ivoire sont fabriqués surtout au Déluge, à Corbeil-Cerf, à Laboissière, etc., et autres cantons de l’Oise. Enfin, des lunettes de toute espèce et de tout genre, en carton, en métal et en hois sont, pour le bourg de Songeons (Oise), une sorte de monopole qu’il semble s’être assuré pour long-temps.

Tous les objets de bimbeloterie, connus dans le commerce sous le nom d'objets ou jouets d'Allemagne, viennent, pour la majeure partie, de Berchtolsgaden, près Salsbourg en Bavière, où l’on travaille livoire, le bois, la corne, les métaux pour les transformer en vases de toute espèce, objets de bureau, canelles, boîtes à ressort, cuillers, pipes, objets sculptés, jouets d'enfant de toute nature, etc. Dans tous les villages, aux environs de cette ville, il n’est pas un cultivateur qui ne travaille à l’un de ces produits industriels dans ses momens de repos, soit seul, soit au milieu de sa famille et même de ses plus jeunes enfans qui l’aident dans ces agréables travaux. Chacun fait choix d’un genre particulier d'occupation dans lequel il atteint bientôt un haut degré d’habileté : ainsi. les uns sont menuisiers ou sculpteurs, les autres tourneurs, peintres, doreurs, serruriers, dessinateurs et ainsi desuite, de sorte que les produits si simples de leur industrie, qu’on livre à des prix si minimes, passent quelquefois dans 6 ou 7 mains et plus avant d’être portés à Berchtolsgaden, à Schellenberg et de là à Nuremberg et à Augsbourg, d’où on les répand dans le monde entier.

Les sculpteurs, tourneurs et tabletiers du Tyrol, et surtout ceux des montagnes calcaires qui environnent la vallée de Grœnen, ne sont pas moins célèbres par leur industrie, dont les produits vont jusqu'aux Indes, et répandent chaque année plus de 200,000 fr. parmi les laborieux habitans de cette vallée.

Les tourneurs, fabricans de jouets et d’horloges de bois, de la Souabe, dans les environs d'Ulm, ceux de la Forêt-noire livrent aussi à la consommation une quantité considérable d'objets en bois qui leur assurent chaque année des bénéfices certains qui accroissent l’aisance des habitans de ces pays, vauvres mais industrieux.

A l'exposition des produits de l’industrie française, à Paris, en 1834, les habitans du bourg d'Oyonnax, près Nantua (Ain), avaient envoyé une foule de petits objets en hêtre, buis, os, corne, etc., d’un prix très bas et dont ils ont un débit considérable.

ciap. 28°,

La fabrication des jouets d'enfans, tels que poupées en papier mâché mates et gernies ou en peau bourrées de son, celle des yeux en émail qu’on leur applique aujourd’'hui, celle des raquettes en cordes à boyau, des volans, des toupies et sabots pour les enfans, des objets en étain, en fer-blanc, en bois peint, en peau, en carton, etc., peut, quand on met dans la confection de ces objets le goût convenable, donner jeu à un débit assez étendu.

Rien ne serait plus aisé dans ies campagnes que de fabriquer des cages en osier et en fil d'archal, dont on se sert pour retenir captifs des oiseaux ou autres petits animaux domestiques. A cette fabrication on ajouterait celle des souricières, ratières, piéges et trébuchets divers propres à prendre les animaux nuisibles. Un petit nombre d'outils, un peu d'attention et de soins suffisent pour réussir dans cet art simple et modeste.

La fabrication de couleurs diverses tirées du règne végétal ou minéral, quand on est à proximite des lieux qui fournissent les matières 1r:, pourrait être entreprise avec quelque succès dans un assez grand nombre de localités. Nous nous dispenserons d'indiquer les couleurs qu’on pourrait ainsi préparer et les moyens les plus simples de fabrication qu’il conviendrait d'employer, parce que notre but n’est ici que d’éveiller sur cet objet l'attention des hommes industrieux de nos campagnes.

Depuis quelque temps on fait dans l’économie domestique en France un grand usage de farine de racines potagères et de légumes cuits propres à faire des purées et des potages en un instant. La fabrication de ces farines ne parait pas ni difficile, ni compliquée; elle

eut s'exercer sur des produits qui sont sous a main du cultivateur et faite avec le soin convenable, elle pourrait sans doute procurer des bénéfices. On pourrait aussi se livrer avec succès à la préparation de la farine de châtaignes cuites, à celle des gruaux, des orges perlées, des graines décortiquées, de la farine de glands, qui entre aujourd’hui dans la composition de diverses préparations alimentaires, des polentas, etc.

TRAVAUX DIVERS

Les faux-cols, qui servent à maintenir les cravates et qui sont aujourd’hui un objet essentiel dans l'habillement des hommes dans les villes, pourraient faire aussi l’objet d’une petite fabrication. Ces cols consistent en général en 2 bandes de toile superposées et entre lesquelles on place verticalement et de distance en distance, pour leur donner de la consistance, de petits paquets de 3, 4 ou 5 soies de sanglier, des morceaux minces de baleine, ou des ressorts à boudins très fins, etc., qu’on maintient en place en piquant la toile entre chaque paquet, morceaux ou ressorts et en y passant un fil un peu fort. En cet état les cols sont découpés sur les bords suivant la forme voulue, puis bordés avec une bande de peau qui empèche les corps contenus entre les 2 toiles de glisser au dehors.

L’emballage et la conservation des objets de ménage exige une foule de petits objets mobiliers en bois, en cuir, en toile, en étoffes diverses, en carton et en papier, dont ja fabrication, au moins pour quelques-uns, pourrait fort bien occuper les loisirs des gens de la campagne ; seulementil faudrait faire choix de ceux qui sont le plus aisés à établir, qu'on peut espérer placer le plus sûrement et qui peuvent se transporter sans trop de frais à des distances plus considérables.

Aujourd’hui les femmes font usage pour se garantir de la boue et de l'humidité d'une sorte de chaussure qu’on appelle socques, et qui consiste en une semelle de bois, de cuir ou de liége, brisée par une charnière et sur laquelle sont cloués un talon, qui empêche le socque de sortir du pied en arrière, et d’une demi-empeigne qui retient le pied en avant.

Le tout est fixé sur le pied au moyen d’une bride en cuir qui s’ouvre et se ferme par une boucle ou tout autre mécanisme. La fabrication du bois ou semelles des socques, et même celle des socques complets, n’offrant aucune difficulté, nous parait un travail très propre à occuper les bras des gens de la campagne pendant les jours d'hiver.

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