‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre BixioChapitre 59 sur 295 · CHAPITRE II. — pes MOYENS D'UTILISER LES ANIMAUX MORTS · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — pes MOYENS D'UTILISER LES ANIMAUX MORTS

SECTION 1'°. — Considérations sur Les débris des cnimaux,

Toutes les industries qui s'occupent du traitement des substancesanimalesen France manquent de malières premieres ou s'en procurent à grands frais chez les nations étrangères; presque en aucune localité les

substances animales ne suffisent à l’engrais de nos terres, et partout, sans exception, elles peuvent y être avantageusement employées.

Cependant, ces matières utiles sont incomplètement recueillies dans les lieux où se presse une forte population agglomérée, et totalement perdues dans la plupart des

petites villes, des villages et des hameaux.

Les gens des campagnes, industrieux à rechercher une multitude de débris presque saas valeur, négligent, ou plutôt ils repoussent avec horreur et anéantissent , en les enfouissant dans la terre, des débris animaux qui pourraient leur procurer des ressources nportantes.

La répugnance profonde que l’on éprouve généralement pour les cadavres des animaux morts, est uu des principaux obstacles à la réalisation des vues utiles qui vont suivre, el cette répugnance est souvent rendue invincible par la crainte de l’insalubrité qu'on attribue aux matières plus où moins putrides; nous devons denc nous ef'orcer de détruire les idées fausses sur ces objets et sur quelques arts industriels improprement appelés énsalubres. Ces préjugés, démentis par les nombreux rapports de savans distingués, sont cependant encore empreints dans une foule de réglemenus administratifs.

Si l'on examine en particulier chacune des industries qui traitent des matières animales et présentent les plus fortes émanations parmi celles rangées daus la première classe des établissemens dits é2salubres où incommodes, où reconnaitra qu'elles n’ont jamais donné lieu à aucune maladie parmi les nombreux ouvriers qu'elles occupent, ui méme chez les habitans du voisinage. Des enquêtes les plus minulieuses ont eu lieu, sous ce rapport, relativement aux boyauderies, aux fonderies d'os, aux fabriques de colle-forte et de produits ammonlacaux, aux tanneries, aux manufactures de poudrette, enfin aux clos d'écarrissage qui réunissent toutes les causes de putridité, et notamment à Montfaucon Ilest facile de démontrer ainsi cette importante proposition, que les gens des campagnes n'ont aucun danger à craindre en s'occupant d'utiliser les débris des animaux morts, lors même qu'une putréfaction avancée les forcerait a opérer en plein air.

Cette assertion esl vraie dans tous les cas observés, à une seule exception près; mais l'affection morbide y relative, à laquelle ont succombé les animaux, peut ètre caractérisée d’une manière tellement précise, qu'elle ne donnera jamais lieu à des méprises fàcheuses. La maladie connue sous le nom de charbon (anthrax) se décèle par une tumeur gan-reneuse, circonscrite, élevée en pointe, sur laquelle se forme une ou plusieurs phlyctènes (vulgairement dites cloches), accompagnée d’une vive douleur, d’une chaleur ardente ; les pustules élevées sur le sommet de ces tumeurs (ou boutons) se convertissent rapidement en escarres (ou croûtes) noiràtres, qui, semblables à du charbon éteint, ont recu le nom de charbon. Les animaux alteints du charbon montrent une tristesse profonde; leurs flancs s’ag'tent fortement; on observe, en differentes parties de leur corps, surtout au poitrail et près des côtes, des grosseurs qui leur causent beaucoup de douleur, et qui rendent, au toucher, des sous analogues au bruit d'une peau sèche. Après la mort, qui arrive au bout de quinze à trente heures, la langue est noire, le sang et la chair sont d’une couleur brune foncée.

Il faut éviter de toucher un animal mort du charbon, surtout lorsqu'une blessure à la main pourrait favoriser où déterminer la contagion. Si l’on n’était pas bien assuré de reconnaitre le charbon aux indices précédens, il conviendrait de consulter un médecin-vélérinaire ; cetie précaution ne devrait Jamais être négligée lorsqu'il sera possible de la prendre; enfin, dans le cas où il resterait des doutes sur la nature de la maladie, on devrait s'abstenir de dépecer l'animal.

Si l’on avait reconnu la qualité contagieuse de la maladie, on enterrera lanimal mort à 1 pied 12 environ sous terre, et pour le conduire à la fosse, on pourrait se servir d'un crochet fixé au bout d’un long manche. On remarquera d’uve manière quelconque la place où on laura enterré.

Il conviendra d'y semer du grain, afin de profiter de cette puissante fumure souterraine : au bout de deux ans, on videra la fosse et on trouvera les os complètement décharnés et propres aux usages que nous indiquerons plus loin.

S'il est démontré que dans le dépècement des animaux morts du charbon, des affections mortelles peuvent être contraciées par l’opérateur, il ne parail pas moins certain que ces accidens sont extrémement rares; Car on n'en a pas couslaté un seul parmi les écacrisseurs qui, à Montfaucon, abattent annuellement 10,000 à 11,000 chevaux, et la chair provenant d’une partie de ces mêmes animaux, el de ceux qui out succombé à diverses maladies épidémiques où contagieuses, n’a jamais causé d’indis .osilion chez les individus qui l'ont cousommée comme substance alimentaire.

Enfin, nous ajouterons qu'a peine est-il douteux que la solution de chlorure de chaux, obtenue actuellement à si bas prixen France, imprégnée dans une blouse dont se recouvrirait l'opérateur, versée sur ses mains et sur l’aniinal au moment de l'ouverture, introduite même alors dans l’intérieur du cadavre, iaissài planer la moindre crainte de danger. Une des sources des plus fortes inductions en ce sens résuite sans doute des expériences faites récemment sur des vêlemens de pesifférés par une commission de médecins.

L'animal dépecé avec ces précautions, ou seulement coupé en qualre morceaux, puis soumis en vase clos à la vapeur à 120 degrés , serait facilement désossé, et sans doute d’une innocuité complète dans tous les usages plus loin indiqués. Les intestins et vidanges étendus et recouverts de 6 à 10 pouces de terre alimenteraient une riche végétation. Il faut donc espérer que l'on aura bientôt la certitude de pouvoir tirer parti de tous les animaux morts, sans aucune exception.

Les animaux morts des suites de maladies, ou atteints par la foudre, de même que ceux qui succombent après un excès de fatigue, éprouvent plus facilement les effets de la putréfaction. Il est donc nécessaire de les dépecer le plus tôt possible, el de traiter immédiatement toutes leurs parlies par les agens et les moyens indiqués dans cet artiele:

Au fur et à mesure que l'on met à décou-

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