‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre BixioChapitre 66 sur 295 · ANIMAUX MORTS · texte numérisé non relu

ANIMAUX MORTS

Fig. 75.

SECTION 1V. — Préparation et emploi de quelques autres produits des animaux.

Nous allons entrer dans quelques détails sur l'emploi que l’on pourrait faire de quelques autres produits qu'on retire des animaux morts et des préparations qu’on pourrait leur faire subir pour augmenter encore leur utilité ou les profits qu’on peut en tirer.

Crins, poils, laines, plumes. — Toutes ces substances peuvent être conservées par les mêmes moyens; on les fait dessécher au four, après s'être assuré préalablement que la température n’y est plus assez élevée pour opérer sur elles quelque altération; il suffit ensuite de les emballer dans des caisses, des barils ou tout autre vase bien clos et Le plus sec possible;on aura plus de chances encore d’une bonne conservation, en les mettant en conact avec le gaz du soufre en combustion avant de les tirer du feu : pour cela, on fait, en écartant ces matières, une place nette au milieu de la sole, on y pose deux briques, et l’on place dessus un pot à fleur ou tout autre vase en terre ou en fonte, percé de quelques trous au fond, dans lequel on a mis un morceau allumé ( la moitié, par exemple) d’une mèche soufrée. Dès que le soufre cesse de brûler, on se hâte d’emballer les substances qui ont été exposées à son action. Si l’on voulait prolonger pendant plusieurs années la conservation de ces objets, il serait bien de renouveler, avant les chaleurs de l'été, la dessiccation et le soufrage que nous venons d'indiquer.

L'emploi des plumes est généralement connu, même dans les campagnes; mais il est assez rare que l’on y emploie les procédés susceptibles de prévenir leur prompte détérioration. Nous donnerons plus loin la préparation des plumes à écrire, et nous ajouterons seulement ici que les plumes défectueuses et toutes celles qui ne peuvent servir ni pour les lits ni pour écrire seront aisément utilisées comme un excellent engrais, en les mettant dans des sillons creusés pres des plantes et les recouvrant de terre.

cmap. 2. PRÉPARATION ET EMPLOI DE QUELQUES PRODUITS DES ANIMAUX. 71

Les crins longs, tels que ceux de la queue des chevaux dits à tous crins, doivent être mis à part comme ayant beaucoup plus de valeur que les crins courts; ces derniers ne servent qu’à filer des cordes, à rembourrer des coussins, meubles de siége, selles de chevaux, etc., tandis que les premiers s’emploient dans la confection des étoffes de luxe dont le prix est assez élevé : la fabrication des éloffes de crin acquiert beaucoup d’extension, et déjà la matière première lui manque en France. Si les habitans des campagnes préféraient faire usage des crins plutôt que de les vendre, il leur serait très-facile de jes filer, soit par eux-mêmes ou par des gens du mélier, en cordes d’une grande solidité, trèsdurables lors même qu'elles sont exposées aux intempéries des saisons; sous ce rapport, les cordes de crin sont très-convenables pour étendre le linge, auquel, d’ailleurs, elles ne communiquent pas de traces brunes, comme cela arrive avec les cordes de chanvre altérées par l’humidité. S'ils voulaient préparer le crin pour rembourrer quelques meubles, ils l’exposeraient à la vapeur de l’eau bouillante en tresses, qui, après le refroidissement, conservent les formes ondulées, utiles pour le rendre élastique.

Les soies de cochon, que l’on extrait, en quelques endroits, après l’échaudage de ces animaux, peuvent être assimilées aux crins courts et vendus comme tels aux bourreliers el fabricans de meubles ou aux apprêteurs de crins.

La bourre, ou poils de diverses peaux, enlevée à l’aide d'une macération dans l’eau de chaux, sert à la sellerie grossière et à fabriquer les feutres pour doublage des vaisseaux; mais cette matière de peu de valeur ne peut guère être obtenue que chez les tanneurs : il en est de même des déchets des peaux tondues. Au reste, beaucoup de peaux de petils animaux, n'ayant de prix qu’en raison de leurs poils, et les autres pouvant être vendues sans en être débarrassées, il convient, en général, aux gens des campagnes que toutes les peaux qu’ils pourront se procurer en dépouillant les animaux morts soient conservées avec leurs poils, comme nous Île verrons plus loin.

Fers, clous. — Les bœufs, chevaux, ânes, mulets sont souvent munis de fers plus ou moins usés lorsqu'ils meurent ou sont abattus. Les vieux fers qui ne peuvent être forgés seuls sont encore très-uliles aux forgerons; on les chauffe fortement trois ou quatre à la fois, on les soudeen les corroyant ensemble au marteau, et les fers neufs, ainsi que les autres ouvrages de forge qui en résultent, sont fibreux, d'excellente qualité, et aucunement sujets à casser. Ce fer corroyé est trèspropre au service de la grosserie ( ferremens de charronnage ), en raison de sa grande ténacité. Les clous arrachés des pieds de ces animaux s’emploient utilement, sous le nom de rapointés, pour hérisser les pièces de bois qui doivent être recouvertes de plâtre ou de mortier ; on s’en sert dans plusieurs provinces, et surtout en Auvergne, pour ferrer les sabots et rendre cette chaussure plus durable ; ils peuvent servir à fixer les loques, au moyen desquelles on palisse les arbres à

fruit le long des murailles et à quelques autres usages des clous à tête.

Cornes, sabots, ergots, onglons, etc. — Tous ces produits des animaux sont formés d’une même substance : aussi ont-ils plusieurs usages communs; leur couleur et leurs dimensions les font seules différer d'utilité dans dans emplois. Le premier soin à pren-

re après les avoir rassemblés est donc de les assortir suivant ces caractères physiques. Ainsi, on mettra ensemble tous ceux de ces objets qui offriront à peu près la même nuance et la même grandeur ; ceux qui, étant à la fois le moins colorés*et les plus grands, n'ayant d’ailleurs aucune sorte de défectuosilé, auront la plus grande valeur; réciproquement, les plus petits et les plus colorés, comme ceux qui offriront des déchirures, des trous, des entailles ou des formes trop irrégulières, ne pourront se vendre qu’à un prix moindre; toutefois, parmi les plus grands, on mettra à part ceux qui seront sans défaut, et on réunira en un seul lot tous les défectueux; les cornes et les sabots peu colorés, mais difformes, seront aussi mis de côté; enfin, on réunira tous les petits ergots et les rognures ou fragmens de tres-petites dimensions.

Tous les sabots, cornes, onglons entiers se vendent aux aplatisseurs, qui les préparent pour la fabrication des peignes et autres ob- Jets en corne; ceux qui sont défectueux ne sont propres qu’à la préparation de la poudre et râpure de corne blonde ou brune; enfin, les déchets, menus fragmens et petits ergots s’emploient par les fabricans de prussiate de potasse : il est probable qu’on trouvera moyen de les employer dans la tabletterie, et qu'alors il sera utile de les assortir suivant leur nuance.

La préparation de la poudre et de la répure de corne est si simple et si facile, que les habitans des campagnes ne peuvent manquer de s’y livrer avec fruit : il suffit, en effet, de saisir l’objet qu’on veut diviser ainsi, entre les mâchoires d’un étau, sous le valet d’un élabli, où même entre deux morceaux de bois serrés par une corde, puis d’user la corne ainsi maintenue, à l’aide d’une forte räpe; la râpure ou corne divisée est recueillie, et lorsque l’on en a amassé une certaine quantité, on peut la vendre aux tabletiers : il conviendrait de la tamiser préalablement, afin de donner plus de valeur à la poudre plus fine, et de tirer ainsi un parti plus avanlageux de la totalité. On doit éviter avec soin de répandre de l’huile ou des matières grasses sur celte poudre, et même d’y mêler tout autre corps étranger, qui, pouvant s'opposer à son agglomération, la rendrait impropre à la fabrication d'objets en corne fondue.

Quant aux fragmens de cornes, de sabots et d'ongles, trop peu volumineux pour être employés entiers ou réduits en râpures, on parviendra facilement à tirer parti de ces débris en les nettoyant à l’eau froide, les divisant grossièrement à l’aide d’un hachoir, couperel ou couteau, les mêlant avec un quart de leur volume de râpure de cornes, passant le tout dans de l’eau bouillante ou de la lessive faible pendant une ou deux heures, puis les maintenant comprimés pendant

une heure dans un cercle de fer entre deux disques chauds en même métal. Ou atteindra la température convenable en faisant chauffer presque au rouge naissant ces disques , qui doivent avoir de six à neuf lignes d’épaisseur; puis les plongeant pendant une seconde dans l’eau froide au moment de s’en servir.

Le cercle ou moule, dont nous venons d'indiquer l'usage, sera tout trouvé en employant ces demi-boites de roues enfoncées dans te gros bout des moyeux; elles seront même très-propres à cet usage. Après un long service, la forme conique de leurs parois facilitera la sortie de la galette qu'on y aura moulée.

Les deux disques en fer seront découpés dans des rognures de tôle ow forgés avec quelques morceaux de ferraille. +

On pourrait obtenir une pression suffisante à l’aide de coins en bois serrés dans l'intervalle de deux pièces de bois; mais on se procurera sans peine une presse plus commode et peu dispendieuse, soit en faisant usage d’un étau de serrurier dans les momens oùilest libre, soit en taraudant avec la filière d’un fort boulon le haut (renforcé en cet endroit) d’une bande de roue contournée en forme d’étrier; on serrerait le boulon avec une clef ordinaire; quelques fragmens de fer ou de fonte posés sur le disque supérieur recevraient la pression directe et la transmettraient à la matière renfermée dans le moule. |

Les galettes ainsi préparées seront facilement réduites en râpure et vendues avec avantage aux tabletiers et fabricans de boutons, ainsi que nous l'avons dit plus haut.

Ce dernier travail pourrait occuper des enfans et même des aveugles. La mème presse, dont nous venons d'indiquer la construction simple servirait à l’aplatissage ciaprès décrit des grands morceaux de cornes propres à la confection des peignes.

Aplatissage des cornes et ergots.—On prend toutes les cornes et ergots susceptibles de donner des morceaux d’une étendue de deux à trois pouces au moins, en tous sens; on supprime d’un trait de scie le bout plein des cornes; on les fend, de même que les ergots, à l’aide d’une scie à main où d’un ciseau mince à tranchant, dans leur courbure interne; on les plonge dans l’eau, qu’on fait chauffer à l’ébullition pendant environ une demi-heure ; elles sont alors assez amollies pour être ouvertes et développées à l'aide de tenailles ou de coins en bois; on les soumet, ainsi étendues, à l’action de la presse entre des plaques en fer un peu plus grandes que ces cornes, développées et chauffées comme nous l'avons dit. On peut metlre en

resse à la fois cinq ou six cornes, en ayant e soin d’interposer entre chacune d'elles une plaque en fer ; on conçoitque, pour celte opération, la virole ne sauraitètreemployée, puisque l’étendue des morceaux comprimés doit varier librement, afin qu'ils s’aplatissent sans obstacle.

Les cornes aplaties se placent avec avantage chez les fabricans de peignes et les tabletiers ; elles trouvent un débouché trèsfacile à différens prix, suivant leur nuance et leurs dirnensions.

Peaux. — Cette partie est l’une de celles qui ont le plus de valeur dans les animaux morts : en effet, depuis les peaux de taupes et de rats, que les tanneurs apprêtent pour certaines fourrures, celles de lapins, de lièvres, dont les chapeliers extraient le poil, Jusqu’äux plus grands cuirs, aux toisons les plus estimées et aux fourrures les plus précieuses , toutes les peaux peuvent se vendre avantageusement. Lorsque les établissemens manufacturiers dans lesquels on travaille les peaux sont peu éloignés, on peut les y porter toutes fraiches; les plus grandes s’y vendent au poids.

La conservation, et, par suite, le transport des peaux à des distances assez considérables sont faciles; il suffit généralement d’en éliminer le plus possible les substances charnues ou grasses adhérentes, puis de les étendre à l’air jusqu’à ce que leur dessiccation soit complète; cependant, lorsqu'il s’agit de les garder long-temps, et surtout afin de pouvoir en accumuler une quantité de quelque valeur jusqu'au moment de les expédier, il est utile de les 1nprégner d’une substance antiseptique ; à cet effet, on peut suivre lun des procédés économiques suivans :

1° Les peaux destinées aux tanneurs 5e conservent assez Iong-temps, et même se transportent humides ( dites à l’état vert), en les imprégnant d’un lait de chaux léger fait en délayant environ une demi-livre de chaux éteinte en pâte dans deux seaux d’eau,

2° Lorsque les peaux sont desséchées, on les suspend dans un cabinet clos ; on place dans une des encoignures un tesson de vase en terre contenant quelques copeaux saupoudrés de soufre; on les allume, puis on ferme la porte le plus hermétiquement possible; l’acide sulfureux, qui s’introduit (a l’aide d’un peu de vapeur d’eau) dans les poils et le tissu de la peau, les défend assez long-temps de toute altération spontanée, comme des attaques des insectes : ce moyen sera d'autant plus efficace, que l’on pourra enfermer les peaux dans des vases mieux clos, immédiatement après cette fumigation.

Il serait utile, dans certains cas, de renouveler cette opération peu coûteuse.

3° Lorsque les peaux seront à demi sèches, on les plongera dans un vase contenant une solution de sel marin ou d’alun en quantité suffisante pour qu’elles y soient complètement plongées.

La solution de sel marin et d’alun se fait en délayant dans l’eau froide du sel de cuïsine ou de l’alun en poudre, que l’on y ajoute successivement par poignées, en agilant de temps à autre, jusqu’à ce que la solution soit complète. Il faut employer environ un douzième du poids des peaux en sel, ou moiüié de cette quantité en alun : un vase en grès,un seau,un baquet, eic., sont propres a celte opération.

Lorsque les peaux ont été trempées ainsi pendant trente-six à quarante-huit heures, on les étend à l’air sec ou dans un lieu chauffé par un poêle pour les faire dessécher, et on les renferme dans des caisses ou des tonneaux, et on les garde dans un endroit sec jusqu’au moment de les expédier. Si l’on devait trop tarder, il conviendrait de les expa-

cap. 2°. PREPARATION ET EMPLOI DE

ser à la vapeur de la combustion du soufre, comme nous l’avons indiqué ci-dessus.

Les peaux de bœufs, bouvillons, vaches, génisses, chevaux, mulets, ânes, veaux, se vendent aux tanneurs et nhongroyeurs; celles de chèvres, chevreaux, de moutons (tondus), d’agneaux, cerfs, biches, etc., sont achetées plus particulièrement par les mégissiers. Les maroquiniers achètent en général les plus belles parmi celles de chèvres et de moutons.

Les peaux de moutons, desquelles on n’a pas extrait la laine par la tonte, se vendent aux négocians laveurs de laine; celles des lapins, des lièvres sont livrées aux chapeliers sans aulre préparation que d’avoir été desséchées, étendues à l’air, le poil en dedans, et avec le soin d'éviter que le sang et tout autre liquide animal se répandent sur les poils.

La plupart des autres peaux se vendent aux fourreurs.

Débourrage des peaux.— Les peaux à poils ras (celles des chevaux, bœufs, ânes, mulets, etc.), qui ne s’emploient généralement que débarrassées de leurs poils, peuvent ètre débourrées facilement par les gens de campagne ; il leur suffira, en effet, de plonger ces peaux dans de la lessive qui a servi au lessivage du linge, et de les y laisser macérer jusqu’à ce que le poil s'arrache trèsfacilement. Si l’on a l'occasion de changer le liquide une fois ou deux pendant la macération, celle-ci sera plus promptement terminée et les poils seront plus propres; ceux de bœufs, ainsi traités, seront mieux disposés à servir pour rembourrer les selles,comme pour fabriquer des couvertures grossières et le feutre des doublages de navires.

À défaut d’eau de lessive, on peut se servir d'un lait de chaux contenant environ trois kilogrammes de chaux pour cent kilogrammes d’eau.

Dès que la macéralion sera amenée au point convenable, on rincera les peaux en les changeant plusieurs fois d’eau ou les exposant à un courant d’eau vive; puis on raclera sur une table ou un large tréteau toute la superficie extérieure avec un racloir à pâte ou tout autre outil analogue.

Les peaux débourrées seront étendues à l'air, desséchées et expédiées ou conservées par les moyens que nous avons indiqués précédemment. Avant de les faire dessécher, il serait bien, afin de les rendre plus souples, de les mettre tremper, pendant deux ou trois Jours, dans de l’eau blanche faite avec une poignée de recoupes délayées dans un demiseau d’eau.

À défaut d'autre usage, le débourrage des peaux forme un excellent engrais.

Apprét et assainissement des plumes de lit.

— Nous avons vu que les plumes destinées à remplir des enveloppes (lits de plumes, traversins, oreillers, elc.) peuvent être rendues faciles à conserver en les faisant sécher et soufrer au four; on atteindra plus sûrement encore le même bul en les soumettant à l’action de la vapeur sous la pression de deux atmosphères el à la température correspondante, puis les faisant sécher et soufrer à Yétuve.

AGR

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