‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre BixioChapitre 80 sur 295 · RÈGLES PRATIQUES SUR L'ÉDUCATION DES POULETS · texte numérisé non relu

RÈGLES PRATIQUES SUR L'ÉDUCATION DES POULETS

avec un corps dur. Dès que cela est fait, les efforts du poulet suffisent pour séparer l’une de l’autre les deux parties de la coquille.

Quelquefois l'introduction de l’air dans la coquille a séché les portions du blanc de l'œuf qui humectait les plumes appliquées contre la membrane, et le poulet 5e trouve fixé à sa piace; pour le tirer de cette position, on peut briser la coquille en morceaux; mais il vaut mieux, pour ne pas le faire souffrir, mouiller avec ïe bout du doigt ou avec un linge fin , légèrement humecté, tous les endroits où le duvet est collé ; le poulet se dégage alors lui-même.

$ IV.—Premiers soins à donner aux poulets.

Les poulets qui viennent de naître dansles fours, les couvéirs ou les étuves, s’y ressuient peu-à-peu, et au bout d’une heure ou deux cherchent à faire usage de leurs jambes.Pour qu’il ne leur arrive aucun mal, on les dépose presque aussitôt dans une boîte ou un panier de forme indifférente, qu'on replace dans le four, l’étuve , ou la mère arlificielle, où on peut les laisser ainsi 24 ou 36 heures sans songer à eux et sans qu’ils soient pressés par la nécessité de manger. On leur en fait naître l'envie en jetant devant eux quelques miettes de pain, soit seules , soit mêlées à des jaunes d'œufs durs et des grains de millet ; plusieurs essaient sur-le-champ de faire usage de leur bec, el au bout de 24 heures on les verra tous becqueter les mietteset les grains qu’on aura mis à leur portée. Si on a soin de placer dans leur hoîte un petit vase rempli d’eau tiède, on en verra qui iront y plonger le becet avaler,en élevant la tête, la goutte d’eau qu'ils yauront puisée. Dès qu’ils auront montré du goût pour manger et pour boire, on sortira la boite de l’étuve et on en relèvera le couvercle; la Iumière leur donnera de la gaîté, de l’agilité et de l'appétit, surtout si le soleil brille sur l’horison et qu'on les expose à ses rayons.

Lorsque l’air n’est pas extrêmement doux et que le soleil ne luit pas, après les avoir laissés jouir du grand air pendant un quart d'heure, on les fera rentrer dans l’étuve, pour les en relirer au bout de 2 à 3 heures, et leur faire faire un 2° repas. On leur en fera faire 5 à 6 pareils par jour; plus on les multipliera, mieux ils se porteront. Après qu’ils out mangé et respiré un air pius pur, la chaleur leur est nécessaire.

Le trailement du 2° jour et des suivans doit être semblable à celui du 1‘, et on le continuera plus ou moins, suivant la saison.

En hiver, on pourrait les tenir au four pendant un mois ou 6 semaines, mais il vaut mieux, au bout de 3 à 4 jours, cesser de les y faire rentrer, afin de les élever avec moins de sujétion.

$ V.—Des chapons conducteurs des poussinières et mères artificielles.

Les poulets éclos dans les fours ou les couvoirs sont privés de leur mère et doivent cependant, une fois qu’on les a habitués à vivre a l’air libre, être garantis du froid et de l’humidité, surtout pendant la nuit. Ce qu’il y a de mieux à faire dans une ferme quand on

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n'a qu'un petit nombre de poulets, el ainsi que cela se pratique quelquefois dans les campagnes, c’est de confier ceux nouvellement nés à un chapon, qui s’affectionne à eux autant que l'aurait pu faire la poule qui leur aurait fait voir le jour. Le chapon conducteur ne le cède en rien en talens elLen assiduité à la poule la plus attachée à ses poulets et la plus attentive à les soigner. Un seul chapon peut suffire à élever autant de poulels qu'en élèveraient 3 ou 4 poules, et en conduit bien 40 à 50. D'ailleurs il recoit tous ceux dont on veut bien le charger, et il luiest indifférent quel âge ils aient, surtout quand par des lecons on lui a donné une éducation convenable.

Lorsqu'on n’a pas de chapon conducteur, il faut préparer aux poulets un nouveau logement où ils puissent jouir d'un air chaud et salubre. Ce logement ou poussinière est une cage ou mieux une boîte proportionnée au nombre des poulets qu’on veut y faire vivre, ainsi qu'à leur âge. Cette boîte est à peu près trois fois aussi longue que large, et est munie d’un couvercle à charnière. Une des longues faces de la boite est grillée du haut en bas, dans toute sa longueur, en fil de fer ou en barreaux de bois, comme les cages d'oiseaux.

La poussinière qui n’est destinée qu'à loger 50 poulets nouvellement nés, sera assez spacieuse , si elle a 3 pieds de long, 1 pied de large et autant de hauteur.

Pour réchauffer les poulets et leur tenir lieu des ailes de la poule, la poussinière est garnie d’une mére artificielle. Cette mère est une sorte de pupitre (#2. 97) dont le bout le

Fig. 97. plus bas est encore assez élevéau-dessus du plan sur lequella mère est posée, pour qu'un petit poulet puisse passer dessous sans trop fléchir les jambes.

SE Toute sa surface intérieure est lapissée de peau de mouton ou d’agneau, bien fournie de laine douce. La petite charpente de cette mère est un châssis fait en toit; ce châssis laisse à la peau fourrée qui est tendue à sa surface inférieure, une flexibilité quelle n'aurait passi ce toit était fait d'un ais,et ilest posé de chaque côté sur une planche mise de champ, plus haute à sa partie antérieure, ou plutôt il est porté sur 4 pieds, dont les postérieurs sont très-courts. Une hauteur de 2 pouces leur suffit si la mère est destinée à des poulets nouvellement nés. Les 2 pieds antérieurs ont alors assez de 4 pouces; on leur en donne davantage et on augmente proporüonnellement celle des pieds postérieurs , à mesure que Îles poulets deviennent plus grands, ou si la mère est destinée à des poulets plus âgés.

Celte mère peut occuper toute la largeur de la poussinière. Sa longueur est arbitraire ; il suffit d’en avoir une de quinze pouces, si elle n’est destinée qu’à recevoir quarante ou cinquante jeunes poulets à la fois.

Ceux de la poussinière ne sont pas longtemps à connaitre à quoi la mère peut leur être utile; ils savent se rendre dessous toutes les lois qu'ils songent à prendre du repos et a se mettre chaudement.

Les poulets seraient excore plus chaudement sous la mère artificielle si une de ses extrémités était fermée; elles peuvent l’être l’une et l’autre par un rideau de flanelle qui oppose peu de résistance à ceux qui veulent entrer et sortir ; mais, dit Réaumur, il faut bien se garder d’en fermer l’une des deux avec un corps arrêté fixement, attendu que les poulets ayant l'habitude de s’entasser les uns sur les autres, les plus forts montent sur les plus faibles, et les écrasent si ceux-ci ne trouvent pas à s'échapper par l’ouverture la lus basse de la mère. On voit au reste que ‘inclinaison du châssis favorise le classement des poulets , les plus petits s’avançant plus avant que les plus gros.

Malgré la fourrure et l’entassement des poulets, il est rare, surtout dans la saison froide, qu’il règne en tout temps dans la capacité de la mère une chaleur suffisante. Pour pouvoir y entretenir une température qui doit être environ de 15 à 18 degrés, Réaumur conseille dans ce cas de placer en dessous une boîte contenant une chaufferette, remplie de braise couverte de cendre. Il vaut mieux introduire dans cette boîte un vase de grès, de fer ou d’étain, rempli d’eau bouillante, qu'on renouvelle 3 fois par Jour dans les temps les plus froids. En été et dans une partie du printemps et de l'automne, l’eau chaude renouvelée le soir suffira pendant toute la journée. Un thermomètre placé dans la mère sert à déterminer la température qui règne dans son intérieur.

Dans le système d’incubation de Bonnemain, on chauffe la poussinière en introduisant dans son intérieur, au-dessus des châssis qui portent la peau de mouton, les tubes qui ont circulé dans l’étuve, et au moment où ils vont se rendre de nouveau dans le calorifère , (#2. 98); ce qui suffit pour y entretenir une chaleur douce et constante.

La mère doit être placée à une des extrémités de la poussinière, mais elle n’en sera pas assez proche pour la toucher, et on aura soin de laisser entre elle et le bout un dégagement capable de contenir quelques poulets.

La poussiaière sera garnie de juchoirs placés à diverses hauteurs, de petites tremies pour contenir les grains et la nourriture des poulets, et d’un vase rempli d’eau, mais à ouverture étroite, afin que ces jeunes animaux ne puissent se mouiller les pieds ou quelques parties de leur plumage. Dans les essais d'incubation artificielle faits en Angleterre , on lui a donné un double fond mobile comme aux cages d'oiseaux, pour favoriser le nétoiement quotidien, et chaque jour on répandait sur ce fond une couche de terre sableuse, pulvérulente et séchée au four.

Pendant la nuit, et dans tous les jours où le temps est rude, les poussinières doivent être mises à couvert dans une chambre bien close qu’on chauffera même en hiver, ou, ce qui est plus simple, elle sera rapprochée des fours ou des foyers où l’on entretient une chaleur constante. Mais lorsque les jours ne

cuar. 5° CONSIDÉRATIONS ECONOMIQUES SUR L’'INCUBATION ARTIFICIELLE. 89

sont ni froids ni pluvieux, on ne doit pas hésiter à mettre les poussinières au grand air, en faisant choix des endroits à l’abri du vent et exposés aux rayons solaires.

Nous n'avons parlé que des poussinières pour les petits poulets; de beaucoup plus grandes, mais sur le même modèle, sont nécessaires pour ceux d’un âge plus avancé.

On pourrait construire des poussinières à compartimens qu'on enlèverait à mesure que les poulets deviendraient plus forts. Dans tous les cas, quand ces boites ont de grandes dimensions, 1l faut les monter sur des roulettes pour les faire facilement changer de place.

Sionexploitait un peu en grand l’incubation artificielle, il serait à propos de faire construire, aussi économiquement que possible, une grande poussinière qui consisterait en un bâtiment rond ou octogone, ayant au centre un poêle pour le chauffer, et un assez grand nombre de compartimens où les poulets seraient réunis par àge, chose importante si on ne veut pas exposer les plus jeunes élèves à être écrasés ou affamés par les plus gros. Des portes à coulisses pratiquées sur le devant permettraient aux poulets de venir s'ébattre pendant la chaleur du jour dans de pelits Jardins correspondans à chaque compartiment. Pour les oies et les canards.

on établirait de petils bassins dans ces jardins, qu'on pourrail d’ailleurs orner et ombrager de plantes ligneuses qui n’ont rien à redouter de ces jeunes animaux.

$ VI. — Nourriture des poulets.

Les poulets nés par des moyens artificiels ne se nourrissent pas autrement que ceux éclos sous la poule.

On est assez dans l’usage de leur offrir pour première nourrilure du jaune d'œuf durci et mis en miettes; cette nourriture est chère. Souvent on mêle le jaune d'œuf avec du pain émielté; mais on peut s'en tenir à ne leur donner que de la mie de pain seule.

Ils sont en état, dès les premiers jours, de digérer des graines, et on peut mêler du millet a la mie de pain qu’on leur donne. Outre le millet, qu'ils aiment beaucoup, on peut leur donner de la navette, du chenevis, du froment, du seigle, de l’avoine, du sarrazin, du maïs mondés ou concassés grossièrement , du caillé égoutté avec soin et coupé en petits morceaux, des pommes-de-terre cuites à l’eau ou à la vapeur, réduites en farine grossière, et qu'on laisse légèrement sécher à l'air, etc., etc.

On peut encore leur faire des pâtées avec de l’orge crevée dans laquelle on fait entrer de la mie de pain et du lait; leur distribuer des pâtées faites avec les restes du pot-aufeu ou la desserte de la table, des matières grasses, des os concassés ou broyés fine-

ment, comme CraprTaL l’a vu pratiquer avec succès à Montpellier, des viandes où matières animales communes, soit rôties ou bouillies, soit crues, hachées et mêlées avec du grain, des criblures, des vannures, etc.

Les vers de terre, les asticois sont aussi fort du goût des poulets, et on fera bien de leur en donner quand on pourra s’en procurer en grande quantité et à bas prix (For.

t. III, p. 74). On peut aussi leur distribuer des plantes potagères crues et du mouron ; mais il faut leur donner cette nourriture avec discrétion, et ne pas en faire leur principal aliment.

Les soins à donner aux autres oiseaux de basse-cour qu'on ferait naitre par des moyens artificiels sont à peu près les mêmes que ceux mis en usage pour les poulets. Il faudrait seulement varier la nourriture suivant les espèces, et apporter quelques modifications au régime d’après les mœurs ou les habitudes propres à chacune d’elles.

VII.—Considérations économiques sur l’incubation artificielle.

L'incubation artificielle est avantageuse à pratiquer dans tous les lieux où il est nécessaire de faire éclore de jeunes poulets dans les saisons où les poules ne couvent pas,ou bien dans les circonstances locales où il s’agit de produire régulièrement un grand nombre de poulets au milieu d’un petit espace. Dans les grandes villes, près des centres de grande consommation et des lieux où la volaille peut se débiter à un prix élevé et où les produits des couvaisons naturelles ne suffiraient pas aux besoins, on réalisera sans doute des profits en faisant éclore ainsi ces jeunes animaux. En outre, une consommation beaucoup plus étendue de la chair des oiseaux de basse-cour par le peuple des villes ‘et des campagnes pourrait encore rendre cette industrie plus lucrative. Mais il faut se rappeler que partout elle doit toujours être exercée d’après les principes de la plus stricte économie, et qu’elle ne pourrait être entreprise d’une manière profitable dans les endroits où le combustible et les salaires sont à des prix élevés, et surtout dans les lieux où on ne pourrait se procurer à très-bas prix tous les matériaux nécessaires à la nourriture et à l’engraissement de ces oiseaux. Au reste, l’art de faire éclore les poulets n'offre pas de difficulté; ce qui est difficile, c’est de les préserver des épidémies qui frappent tous les rassemblemens d'animaux de même espèce, et de pouvoir les élever à un prix inférieur à celui des poulets élevés dans les campagnes. L'expérience, le temps et les lieux peuvent seuls décider des avantages qu’on peut retirer de cette industrie. F. M.

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