CHAPITRE VI
Charbon de bois, charbon de terre ou houille, et tourbe.
Quand le cliarbon est bien sec , et principalement la braise des boulangers , il absorbe avecrapidité l'iiumidité de l'atmosphère; aussi est-il le procède' le plus économique qu'on puisse employer pour dessécher les appartemens humides^ d'autant plus que lorsqu'il est sature d'eau il sulFit de le faire chauffer pour le rendre aussi propre que la première fois au même objet. Cette proprie'tè du charbon s'applique , au reste, depuis long-temps, à la conservation de la poudre de guerre, c'est-à-dire qu'on renferme le baril qui la contient dans un baril plus grand, et qu'on l'emplit l'intervalle avec de la poussière de charbon. Par ce moyen , cette poudre peut se garder plusieurs années, exempte d'humidité, dans les navires, et plusieurs mois dans l'eau même.
On a découvert dans ces derniers temps, ou peut-être on a découvert de nouveau, car il est difficile de croire qu'une observation aussi importante ait échappé à l'an-
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tîquité, que la poussière de charbon avoit la proprie'té d'absorbci' toutes les matières animales et véi^ètales, décompose'es et tenues en dissolution dansl'eau. Aujourd'hui donc^les eaux des cloaques les plus infects^ des mares les plus boueuses, peuvent être rendues aussi claires et ai^rèables au goût que celles des meilleures fontaines, par une filtration lente à travers quelques pouces d'épaisseur de cette poussière. Les amis de l'humanité ne sauroient trop publier ce fait j car combien de cultivateurs périssent annuellement pour avoir bu j pendant les chaleurs, de ces eaux alté^ rées par la putréfaction, qu'on trouve dans certains cantons de plaine ou de marais ! Il est très-peu de personnes assez pauvres pour n'être pas en état d'acheter vm demitonneau , d'y adapter une cannelle ou robinet de bois percé, du côté intérieur, de plusieurs petits trous , et mettre dedans , sous un faux fond mobile, cinq à six livres de poussière de charbon.
Les navigateurs, qui sont généralement peu délicats sur la nature de l'eau qu'ils consomment, commencent à se pourvoir de tonneaux ainsi jDréparés, au moyen desquels ils peuvent conserver de la bonne eau pendant le cours du voyage le plus long. La seule précaution à prendre , c'est de renouveler le charbon tous les deux ou trois mois. Le charbon ainsi employé, quoiqu'ayant souvent acquis une mauvaise odeur , n'eu est pas moins propre à la combustion 3 on peut
même l'employer plusieurs fois comme filtre, en le faisant rougir de nouveau ;, chaque fois pendant quelques minutes.
Les Anglais se contentent de carboniser l'inte'rieur des tonneaux dans lesquels ils mettent leur eau; mais ce moyen n'a pas des effets durables , et celui ci-dessus lui est pre'fe'rable. On tire encore parti de la faculté qu'a le charbon de décomposer les gaz, pour empêcher les viandes de s'altérer par la putréfaction, et pour les rétablir lorsqu'elles n'ont encore qu'un commencement d'altération. En effet, l'expérience a prouvé 1° que lorsqu'on enterroit un morceau de viande , un poisson , dans une masse de charbon , ils s'y conservoient intacts , pendant les plus grandes chaleurs, un nombre de jours peut - être décuple de celui où ils se seroient conservés dans toute autre situation , quelque favorable qu'on la suppose j 2*^ que lorsqu'on faisoit bouillir de la viande ou du poisson légèrement altéré , dans de «l'eau où on a mis de la poussière de charbon, cette viande ou ce poisson perdoit sa mauvaise odeur, et devenoit propre à être mangé sans répugnance. Le seul inconvénient qu'aient ces doux procédés , c'est que la viande ou le poisson prennent, lorsqu'on n'a pas soin, dans le premier cas, de leur donner de fair toutes les nuits, et lorsqu'on ne change pas l'eau deux ou trois fois, dans le second, un goût qui n'est pas agréable.
Le meilleur objet qu'on puisse employer
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pour se nettoyer les dents est certainement le charbon, en ce que non-seulement il agit comme corps dur, mais qu'il décompose le tartre et la matière de la carie. On a vu des douleurs de dents disparaître à la suite de cette opération, comme par enchantement, et les haleines fétides n'y résistent jamais, surtout lorsqu'on avale un peu de poussière de charbon. Des expériences ont prouvé que sa seule application pourroit être très - utile dans les abcès , et même dans la
eanerene.
Lorsqu'on fait bouillir le plus mauvais miel sur du charbon, il perd jusqu'à son goût de miel, et s'assimile presqu'entièrement au meilleur sirop de sucre.
En générai on conserve le charbon dans des caves et autres lieux humides j mais^ par cela seulement on altère sa qualitne Tout charbon vieux , ainsi conservé , e:^. fétide et brûle lentement. Il vaut beaucoup mieux le conserver dans un grenier.
On fabrique le charbon dans les forets, en faisant avec des bûches de trois pieds de long et deux pouces de diamètre moyen, placées parallèlement les unes aux autres^ et un peu inclinées vers le même point, des cônes ou mieux des demi - sphères , et au centre desquels on met le feu, après avoir couvert de terre leur surface dans une épaisseur d'environ un pied. Le feu consume lentement le bois au moyen des ouvertures qu'on a réservées dans la couverture , et
dont on augmente ou diminue le nombre ou la largeur au besoin.
li y a long-temps qu'on sait que la propriété d'absorber une grande quantité d'eau et de la retenir avec force pendant longtemps , rend le charbon un excellent amendement pour les terres légères et brûlées par le soleil. Les amateurs de fruits en mettent souvent quelques poignées recouvertes de terre au pied de leurs espaliers exposés au midi^ pour y entretenir la fraîcheur.
Charbon de terre ou houille.
Substance noire , légère , qui se divise facilement avec la flamme ; se trouve eu Gouches plus ou moins épaisses dans les schistes primitifs ou dans leur voisinage^ et ^^}e, dans beaucoup de lieux^ on substitue af^i bois dans les usages économiques et dans tous les arts où le feu est nécessaire.
On a beaucoup varié d'opinion sur l'origine du charbon de terre ; quelques personnes le regardent comme le lésultat de la précipitation de l'huile que contenoit l'eaunière dans laquelle ont cristallisé les granits. D'autres ont cru qu'il étoit produit par des émanations volcaniques. Enfui, le plus, grand nombre des naturalistes pensent qu'il doit son origine aux végétaux de l'ancien inonde portés par les rivières dans la mer, et repoussés par la jner dans les anses, rades, etc..
La mauvaise otlcur que répand en bru-;
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lant le charbon de terre , et les pyrites qui l'accompagnent souvent;, se de'composant par l'effet de la combustion, et exhalant des vapeurs suif ureuses ;, nuisibles dans beaucoup de cas, ont fait imaginer de réduire en charbon le charbon de terre par un procédé analogue à celui qu'on emploie pour fabriquer le charbon de bois. Il en résulte une substance beaucoup plus légère que la matière employée, et qui bride presque sans flamme , en donnant cependant une chaleur aussi intense qu'elle; on l'appelle coak de son nom anglais.
C'est en couches plus ou moins épaisses^ plus ou moins étendues , plus ou moins nombreuses, toujours accompagnées en-dessous de couches de grès ou de schiste, qu'on trouve le charbon de terre. On le lire de la terre par le moyen de galeries parfaitement analogues à celles en usage dans les mines métalliques.
Tourbe.
Lorsque le^ plantes herbacées , réunies eu masse, se décomposent à l'air, elles produisent du terreau, et lorsque, dans la même circontitance, elles s'altèrent dans l'eau ^ elles donnent de la tourbe. Ainsi donc la tourbe ne difïcre du terreau que parce qu'il est resté dans sa composition des parties que le terreau a perdues.
Toutes les espèces de plantes herbacées peuvent fournir de la tourbe, mais ce sont
les plantes qui vivent dans l'eau qui la forment j et parmi elles , certaines qui sont beaucoup plus abondantes, telles que les potamots, les renoncules, les myriopliylles , les cliaragnes , les [conserves , les sphaignes, les lenticules , les calitriclics , les roseaux , les tjphes , les scirpes , les flùteaux , les butolaes, les prèles, les rubaniers , les choins, etc.
Rarement on trouve des dépôts de tourbe parfaitement pure, parce que les alluvions y ont presque toujours amené, soit par instans , soit continuellement , des terres ou des sables qui n'en font pas par conséquent partie constituante, quoiqu'on l'ait dit.
De toute ancienneté, dans certains cantons abondans en tourbe^ on l'emploie comme combustible, soit pour le chauffage et les usages domestiques, soit dans les manufactures à feu.
La tourbe en masse , lorsqu'elle est pure, c'est-à-dire lorsqu'elle n'est pasmélange'e naturellement avec des terres ou des sables, ne peut servir à la vége'tation d'autres espèces de plantes que celles que la nature lui a exclusivement attribuées : voilà pourquoi les marais tourbeux sont si de'nue's d'arbres; voilà pourquoi elle est complètement infertile, lorsqu'elle est desse'chëe. Cette particularité n'a pas été' expliquée.
Lors donc qu'on voudra employer de la tourbe comme entrais , on la laissera se dessécher et se réduire en poudre, et on la mêlera en plus ou moins grande quantité, selon sa pureté et la nature du sol sur le-
quel elle devra être emploje'e, avec celles des substances ci-dessus qui seront le plus à la portée j on en fera des tas qu'on arrosera dans les sécheresses avec de l'eau pure, ou mieux avec des égouts de fumier, des urines, etc.
Outre ces moyens de rendre la tourbe soluble , et par conséquent propre à concourir à la fertilité des terres , on l'a encore indiquée comme pouvant servir à augmenter avantageusement la masse des engrais, soit en la répandant dans les écuries et les étables, soit en la mélangeant avec le fumier dans la cour , soit en la mettant dans les fosses , avec toutes les matières animales et végétales dont on peut disposer.
Les terrains tourbeux ne sont pas faciles à rendre propres aux cultures usitées ; cependant , avec du travail et du temps , on y parvient : il y a deux manières d'y procéder.
La première, en donnant de l'écoulement aux eaux et en chargeant la tourbe d'une épaisseur de terre suffisante pour que deux ^ arbres puissent y être plantés avec succès ; c'est celui qu'on a employé pour faire les promenades de la ville d'Amiens , promenades qui sont garnies de si beaux arbres,mais il est trop coiileux pour être employé dans les spéculations agricoles.
La seconde , en donnant de l'écoulement aux eaux, en brûlant la surface de la tourbe après sa dessiccation. Ce moyen est généralement usité dans les marais de la Hollande :
là j tous les ans ^ ou tous les deux ans , ou même seulement tous les deux ou trois ans , jusqu'à ce qu'on soit arrivé au point convenable , on approfondit les fossés d'écoulement, et on diminue l'épaisseur de la tourbe , en en brûlant la surface. Les terrains qu'on obtient ainsi sont d'une fertilité extraordinaire : c'est sur eux qu'on nourrit ces monstrueux bœufs , qu'on cultive ces énormes choux , etc. , qui font la fortune des agriculteurs. Les arbres sont plus long - temps avant d'y prospérer que les plantes • souvent, après douze ou quinze ans de culture , on ne peut pas encore en planter avec succès. Pour accélérer cette époque , on apporte de la terre des montagnes qui entourent les moors , on en remplit des trous de six pieds carrés , et c'est dans ces trous qu'on plante les arbres. Lorsque les racines arrivent à la tourbe, elles ont assez de force pour surmonter ses mauvais effets.