CHAPITRE XIV
Des marais salans, marais salés.
Marais salans. Lieux bas disposés sur quelques parties de nos côtes pour recevoir à voionîé l'eau de la mer, et lui donner moyen de s'évaporer et da livrer à la consommation le sel qu'elle contient. Cet objet n'étant point directement du ressort de l'agriculture , je n'en parierai pas plus au long.
Marais salés. Marais formés sur les bords de la mer par la mer même , et dont par conséquent l'eau est salée.
Ces marais; qu'il faut distinguer des ma-
rais salans , puisque ces derniers sont les produits de l'art, ne donnent naissance qu'à un petit nombre de plantes particulières qu'on a appele'es plantes maritimes , telles que les soudes, les salicornes, le crambé, etc., qu'il faut bien distinguer des plantes marines, qui sont les varechs , les ulves et les conferves. Les ce're'ales et les autres articles de nos cultures ordinaires ne peuvent y croître, de sorte, qu'il faut s'y borner à semer des soudes , dans les parties qui sont susceptibles d'être labourées , dans le but d'en tirer l'alkali.
Mais il arrive quelquefois qu'on peut empêcher le retour des eaux de la mer par le moyen des digues ; et alors la première opération à faire pour rendre la terre de ces marais propre à recevoir des semences de blé et autres céréales , des prairies artificielles , des arbres fruitiers et forestiers , etc. , c'est de la dessaler.
Pour cela on a trois moyens : 1^ d'attendre que les eaux de pluie aient entraîné le sel , ce qui demande quatre à cinq ans ; 30 d'y introduire une rivière ou un ruisseau, ce qui va plus vite , mais ne peut se pratiquer partout ^ 3« d'y semer d'abord de la soude , et ensuite planter du tamarix , qui décomposent le sel (i). Comme ce dernier
(i) Phénomène dont on n'a pu trouver encore la cause j mais c'est un bienfait remarquable de la Providence , que les seules plantes qui puissent venir sur ces terrains salés soient celles que la nature a douées de la singulière propriété de décoipposer le sel ; qui les rend infertiles. . . # ...
MAISON RUSTIQUE. IqS
moyen concourt avec le premier , et fait qu'on arrive plus promptement au Lut, on en fait fréquemment usage. Les mêmes moyens s'emploient ou peuvent s'employer pour les terres qu'une maiee extraordinaire, ou une violente tempête , auroit momentanément couvertes d'eau de mer , et qui par là seroient devenues infertiles.
On appelle sel marin la combinaison de l'acide muriatique avec la soude.
On trouve le sel marin dans l'eau de la mer, dans celle de quelques fontaines , et en grandes masses solides dans la terre.
Il se forme du sel marin de toutes pièces dans les lieux humides et peu ae'rt's , où il y a des matières animales et ve'ge'tales en de'composition , c'est-à-dire dans tous ceux où il se produit du salpêtre.
On retire le sel de l'eau de la mer et des fontaines salées par l'évaporation naturelle ou artificielle. Gomme cette ope'ration n'est pas du ressort de l'agriculture, je n'en parlerai pas.
En France , c'est du sel marin provenant des eaux de la mer qu'on fait usage le plus ge'ne'ralement. Il est fort impur, contenant de la silice , de l'argile , du fer , de la chaux, de la magnésie , et les muriates qui ont ces deux dernières terres pour bases. On l'appelle sel gris, par opposition au sel blanc, qui est le même , purifié , ou privé des terres ci-dessus , par la dissolution, la décantation , la fdtration et l'évaporaliou sur le feu. IV. 17